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Focus : vrai ou faux savon de Marseille

Focus : vrai ou faux savon de Marseille
Juillet-août 2014
Le Particulier Pratique n° 403, article complet.
Auteur : POZNANSKI (Roselyne)

Au rayon des savons, la tendance est à l’artisanal : textures et couleurs naturelles, senteurs et appellations évoquant Marseille, la Provence. Authentique ou factice ? Nous avons crevé les bulles.

Simple, familier et fleurant bon la tradition… un argument largement exploité par les industriels qui occupent le marché du savon en France. Dove (qui appartient à la multinationale Unilever) et Le Petit Marseillais (propriété de Johnson & Johnson) totalisent, depuis plusieurs années, plus de 50 % des ventes en grande surface. Le reste se répartit entre toute une série de marques (Le Chat, Cadum, Monsavon, Le Petit Olivier étant les plus connues du consommateur), les produits à marque de distributeur (MDD), ceux commercialisés principalement dans les magasins spécialisés ou les parfumeries (Roger & Gallet, L’Occitane…), les savons vendus sur d’innombrables sites internet et sur les marchés touristiques. Le plus souvent, on est loin, très loin, des traditionnels et (presque) inusables savons de Marseille de l’enfance.

À l’origine, un savon 100 % végétal

Le vrai savon de Marseille est fabriqué en chaudron, avec des huiles exclusivement végétales : de l’huile d’olive, que l’on mélange progressivement avec de l’huile de palme pour durcir plus encore le savon et de l’huile de coprah pour qu’il mousse davantage. Au final, après saponification – cuisson qui produit une réaction entre le corps gras et une base minérale (la soude pour le savon solide et la potasse pour le savon liquide) –, il renferme 72 % d’huiles végétales. Il ne contient ni parfum, ni colorants, ni conservateurs, ni autres produits de synthèse. Il est, par ailleurs, reconnu hypoallergénique par le corps médical et est biodégradable. Quant au savon d’Alep (du nom de la ville syrienne), il résulte d’une combinaison d’huile d’olive et d’huile de baies de laurier, en proportions variables, à laquelle on ajoute seulement de la soude et de l’eau.

Des copies à la graisse de porc

La dénomination “savon de Marseille” n’est pas une appellation protégée – dans les mois qui viennent, la création d’une indication géographique protégée (IGP) devrait permettre d’identifier plus facilement l’authentique savon de Marseille. Par conséquent, tout le monde peut en vendre. Il suffit, par exemple, de se promener l’été sur les marchés pour constater que de très nombreux étals regorgent de savons prétendument de Marseille (ou de Provence), aux couleurs criardes et aux senteurs (florales, marines, épicées…) prononcées. Et le consommateur ne dispose souvent d’aucune information : rien sur la provenance de ces savons, pas davantage sur leur composition. En effet, lorsqu’ils ne portent pas la mention “pur végétal”, ces savons fantaisie se composent généralement de graisses animales, de bœuf ou de porc. Celles-ci devraient être signalées sur l’emballage, selon les normes de la nomenclature internationale des ingrédients cosmétiques (Inci), obligatoire en Europe depuis une quinzaine d’années. Ainsi, le tallowate de sodium correspond à la graisse de bœuf et le lardate de sodium à celle de porc.

L’huile d’olive est devenue un simple alibi

Prenons l’exemple du savon de Marseille Le Chat à l’huile d’olive. Fabriqué, en fait, en Europe de l’Est, reconnaît la directrice du marketing de la branche française Beauty Care du groupe Henkel, il est destiné aux “inconditionnels du savon de Marseille”. C’est, en tout cas, ce que proclame le site internet de la marque. Or, à y regarder de plus près, le premier ingrédient qui entre dans la composition de ce produit n’est autre que du tallowate de sodium. La mention “huile d’olive”, très apparente sur le recto de l’emballage, entretient, elle aussi, la confusion puisque, au verso, il est indiqué “formule enrichie à l’huile d’olive”. Une nuance qui change tout : ici, l’huile d’olive n’est ajoutée, pour son action surgraissante, qu’à la fin du processus de fabrication, et non au cours de la saponification comme c’est le cas pour le vrai savon de Marseille.
“Il n’y a pas de différence entre un savon fabriqué avec des graisses animales et celui issu d’huile végétale dès lors que la composition en acides gras est identique”, affirme Denis Graeffly, ­pharmacien et responsable du process qualité à Weleda. Hormis des questions d’éthique, une fois les graisses débarrassées de leurs impuretés, tel savon n’est donc ni plus ni moins agressif ou allergène qu’un autre. De plus, “les graisses animales coûtent jusqu’à dix fois moins cher que les graisses végétales”, souligne Didier Thevenin, responsable de la formation internationale à Melvita. C’est pourquoi les grands parfumeurs comme les industriels continuent à employer du gras animal en grande quantité : les savons Cadum, Monsavon, Palmolive, Mont St Michel, Nivea… contiennent essentiellement du tallowate de sodium.
Ces produits doivent leur succès auprès du consommateur à leurs promesses. En l’absence de réglementation contraignante, les fabricants ont, en effet, la liberté de mettre en avant des ingrédients vendeurs, même si ces derniers n’entrent que très peu dans la recette de leurs savons. Nombre de clients se laissent séduire par des formules telles que “à l’huile d’amande nourrissante” (savon crème de Nivea), “adoucissant au miel et au romarin” (savon de Marseille Nectar of Nature des Cosmétiques Design Paris, distribué par Carrefour) ou “fabrication à l’ancienne” (Monsavon), alors que le produit n’a presque aucun composant naturel et que sa fabrication n’a rien d’artisanal.

Des additifs moussants et anticalcaires, mais polluants

Ces techniques marketing ne sont pas réservées aux seuls savons issus de gras animal. Lorsque la liste des ingrédients ne mentionne que du sodium palmate (huile de palme saponifiée), du cocoate de sodium (huile de coprah, ou noix de coco, saponifiée), du sodium palm kernelate (huile de noyau de palme saponifiée) ou encore du sodium olivate (huile d’olive saponifiée), le savon est bel et bien d’origine végétale. Pour autant, cela ne garantit pas qu’il est exempt de substances chimiques. Par exemple, certains ingrédients synthétiques comme le tetrasodium etidronate ou l’édétate de sodium (tetrasodium EDTA), utilisés pour leurs propriétés moussantes et anticalcaires, mais décriés pour leurs effets polluants, entrent dans la composition de très nombreux savons. Des marques haut de gamme, telles que Roger & Gallet, promettant des produits extra-doux, comme Le Petit Olivier, ou vantant leurs “cosmétiques frais faits main”, Lush par exemple, y ont également recours.

Une large palette de parfums… chimiques

Concernant les senteurs, dont le marché ne cesse de s’élargir, c’est la même tendance. Par exemple, bien que la marque Le Petit Marseillais revendique un savoir-faire traditionnel, son parfum de fleur d’oranger est synthétique, reconnaît Séverine Vervier, chef de groupe pour les douches et savons solides chez Johnson & Johnson. En fait, seuls les savons labellisés bio (Weleda, Melvita, Florame, Cattier…) renferment dans leurs matières végétales des parfums naturels, issus directement d’huiles essentielles. Le consommateur a généralement bien du mal à savoir ce que contient réellement son savon tant la liste des ingrédients emprunte au seul jargon scientifique. Enfin, certains produits proposés par des laboratoires pharmaceutiques (Vendome, Uriage, Eucerin…) ou par Dove ne sont pas à proprement parler des savons, mais des pains dermatologiques ou des pains de toilette. Deux dénominations plus présentables que le terme scientifique syndet (synthetic detergent), qui désigne un produit lavant totalement issu de l’industrie pétrochimique.

Roselyne Poznanski


Mots-clés :

COSMETIQUE , ETIQUETAGE , SAVON DE TOILETTE




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