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Bisphénol A, phtalates et autres plastifiants : les plastiques alimentaires sont-ils dangereux

Bisphénol A, phtalates et autres plastifiants : les plastiques alimentaires sont-ils dangereux
Avril 2012
Le Particulier Pratique n° 378, article complet.
Auteur : RISTE (Christine)

Du saladier à la bouilloire et aux biberons, en passant par les boîtes de conserve, les canettes de soda et la poêle à frire, nous utilisons chaque jour une multitude d’objets en plastique, ou enduits de plastique. Les composés chimiques qu’ils renferment sont-ils vraiment inoffensifs ?

Les plastiques alimentaires posent question. Les phtalates et le bisphénol A, deux familles d’agents chimiques utilisés dans la fabrication de plusieurs plastiques, ont une configuration voisine de celle des hormones. Ils peuvent interagir avec le récepteur de certaines d’entre elles, modifiant ainsi notre équilibre hormonal – on parle d’activité hormonomimétique et de perturbateurs endocriniens. Normalement, une fois polymérisées, ces molécules sont censées rester à l’intérieur du matériau. Sauf que, sous l’action de la chaleur par exemple, elles migrent dans les aliments. Même si des seuils de migration sont fixés par la réglementation européenne et respectés par les industriels, on peut se demander si la multi-exposition à ces perturbateurs endocriniens ne nous met pas en danger. D’autant que le débat scientifique sur leurs effets délétères fait rage et que le législateur serait sur le point de faire évoluer sa position. Qu’en est-il exactement ?

Chasse aux phtalates dans le PVC

Les phtalates, qui servent principalement à assouplir le polychlorure de vinyle (PVC), semblent très peu employés dans celui destiné à entrer en contact avec des aliments. “L’industrie n’utilise plus de phtalates au contact alimentaire depuis plus de 15 ans, y compris dans les films alimentaires”, assure Michel Loubry, directeur de la région ouest de l’Europe de PlasticsEurope, association européenne des producteurs de matières plastiques. Les marques de films alimentaires Alfapac et Albal nous ont d’ailleurs confirmé qu’elles n’en utilisaient pas. Des études réalisées chez l’animal ont, notamment, prouvé les effets de ce perturbateur endocrinien sur l’appareil reproducteur mâle et femelle, sur la fertilité et le développement de cancers hormonodépendants.

Les phtalates les plus dangereux ont récemment été quasi interdits. Depuis février 2011, le règlement Reach range, en effet, le DEHP et le DBP, deux phtalates réputés très nocifs, parmi les six substances classées hautement préoccupantes et conditionne leur utilisation à une autorisation pour l’usage souhaité. Au nom du principe de précaution, les députés français ont, de leur côté, adopté en première lecture, en mai 2011, une proposition de loi visant à interdire la fabrication, l’importation, la vente ou l’offre de produits contenant des phtalates. Pour l’instant, le texte n’a pas été présenté au Sénat, où il pourrait être retoqué. Certains phtalates peuvent donc toujours être utilisés pour ramollir le PVC destiné à entrer en contact avec des aliments.

Querelle sur la présence de phtalates dans le PET

On lit souvent, à propos des produits fabriqués à partir de polyéthylène de téréphtalate (PET), notamment les bouteilles d’eau du commerce, qu’ils contiennent des phtalates susceptibles de migrer dans les liquides. Selon Éric Houdeau, chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) à Toulouse, qui a mis en évidence les effets perturbateurs du bisphénol A sur les intestins, “le PET contient bien un phtalate, le téréphtalate, qui entre dans la composition du polyester des bouteilles, mais son activité hormonomimétique, s’il est libéré dans l’eau, est très faible, et aucun effet délétère n’a, à ce jour, été démontré chez l’animal”. Une conclusion que modère Benoît Lefebvre, responsable des affaires réglementaires d’Elipso, l’organisation professionnelle des entreprises de l’emballage plastique et souple. “Le PET, malgré son nom ambigu, ne contient pas de phtalate en tant que substance libre. Il ne s’agit en aucune façon des phtalates dont on parle couramment, qui sont utilisés comme additifs à certains plastiques. Aucun phtalate n’est donc présent dans les contenants en PET”, affirme-t-il.

Est-on moins exposé quand on boit l’eau du robinet ? Pas vraiment, selon Bernard Petit, expert des plastiques au Réseau environnement santé, qui recommande plutôt de diversifier les sources d’approvisionnement en eau. “Les canalisations en fonte peuvent être protégées à l’intérieur par des résines époxy, qui contiennent du bisphénol A. Tout comme les citernes des châteaux d’eau, qui sont enduites de ces mêmes résines pour améliorer la qualité de stockage de l’eau”, explique-t-il.

Le bisphénol A au centre des inquiétudes

Le bisphénol A (BPA) est préoccupant pour la santé humaine. Chez l’homme, il est suspecté d’affecter la reproduction, le métabolisme des sucres et des graisses, de provoquer des maladies cardio-vasculaires et des cancers hormonodépendants. Chez l’animal, ses effets sur la reproduction, le métabolisme, sur la glande mammaire, le cerveau, les intestins et le foie sont avérés. La réglementation européenne a établi une dose journalière admissible (DJA), c’est-à-dire la quantité de BPA qu’un individu peut, théoriquement, absorber quotidiennement tout au long de sa vie, sans risque pour sa santé. Cette DJA est fixée à 0,05 mg/kg de poids corporel par jour. Considérant qu’elle n’était pas suffisante pour protéger les bébés et les jeunes enfants, la France a adopté la loi du 30 juin 2010, qui interdit la vente de biberons contenant du BPA. L’Union européenne s’est rangée à la position française, interdisant, à son tour, depuis le 1er mars 2011, la fabrication de biberons renfermant du bisphénol A.

Outre les nombreuses études qui incriminent, chaque jour un peu plus, le BPA, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a, dans son rapport de septembre 2011, relancé le débat sur “les effets sanitaires, avérés chez l’animal et suspectés chez l’homme, même à de faibles niveaux d’exposition de BPA”. Elle a également préconisé de limiter l’exposition des femmes enceintes et des jeunes enfants à cette substance. Dans la foulée, les députés français ont adopté une proposition de loi visant à interdire, en janvier 2013, l’utilisation du BPA dans tous les contenants alimentaires destinés aux enfants de moins de 3 ans et, en janvier 2014, dans tous les autres. Ce texte n’a pas encore été adopté par le Sénat. La France a, néanmoins, déjà demandé à Bruxelles d’interdire les exportations vers l’Hexagone de récipients alimentaires contenant du BPA. Elle a essuyé le refus de la Commission européenne, qui a alors prié Paris d’apporter des éléments de preuve des risques courus par la population. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) n’a pas, elle non plus, suivi l’Anses dans ses recommandations. Pour l’Efsa, l’Anses a fait un rapport d’évaluation des dangers de la substance, mais n’a pas établi de relation entre ce danger et l’exposition de la population à celle-ci. Cette seconde partie d’analyse est, en effet, attendue pour fin 2012.

La plasturgie cherche une alternative au polycarbonate

Devant les réticences de l’opinion publique, les plasturgistes se préparent à supprimer le BPA du plastique. Cela implique de trouver un remplaçant au polycarbonate, ce plastique rigide, transparent et brillant, qui contient près de 100 % de BPA. Or, d’une part, l’aspect haut de gamme du polycarbonate est plébiscité par les services ­marketing des industriels ; d’autre part, sa surface ne présente pas d’aspérités sur lesquelles les bactéries pourraient s’accrocher. D’où son utilisation massive pour les biberons en plastique jusqu’en 2010, année de leur interdiction. Ceux-ci sont aujourd’hui en polypropylène (PP) ou en polyethersulfone (PES). “Le PP est, certes, réputé sans danger, mais il n’est ni transparent ni très solide. Le PES est un plastique très rigide à base essentiellement de bisphénol S (BPS), qui est, lui aussi, un œstrogénomimétique, quoique beaucoup moins puissant que le BPA. Le BPS permet de fabriquer un plastique plus résistant aux fortes températures et à l’acidité que le polycarbonate”, explique Éric Houdeau.

Si les biberons en polycarbonate (PC) sont désormais interdits en France, on peut encore trouver ce plastique – ainsi que du polysulfone (PSU), composé de 50 % de BPA et 50 % de BPS –, dans nombre d’appareils de puériculture ; par exemple, dans ceux qui associent un cuit-vapeur et un mixeur. Cela dit, lors d’une visite dans un magasin Darty, nous avons constaté que les modèles de Béaba, Tefal et Philips Avent destinés aux petits sont estampillés “BPA free”. Quoi qu’il en soit, si votre appareil n’est pas tout récent, mieux vaut vous renseigner auprès du service consommateurs de la marque pour connaître la matière de la cuve, car elle risque d’être en PC ou en PSU. De même pour les blenders et les robots chauffants. 

Toute une vaisselle à remplacer

Qu’en est-il de la classique boîte de conservation Tupperware ? “Le bol est, en règle générale, en polypropylène et le couvercle en polyéthylène. La marque n’a jamais eu non plus recours aux phtalates pour l’ensemble de ses gammes”, assure Lionel Villain, directeur qualité Europe de Tupperware. L’entreprise a décidé de supprimer complètement le polycarbonate de son catalogue dès ce mois d’avril. “Il était encore présent dans environ une quinzaine de produits, soit de 5 à 6 % du catalogue”, précise Lionel Villain. Il s’agissait surtout d’ustensiles de préparation (hachoirs, presse-ail…) et de plats de service (bols, saladiers…). Jamais cette vaisselle en polycarbonate n’a porté le logo “micro-ondable”. Par ailleurs, il était précisé sur l’emballage que ces récipients ne devaient pas être réchauffés. “Nous avons remplacé le polycarbonate par un copolyester, qui est sans bisphénol, et presque aussi transparent et rigide”, ajoute Lionel Villain. “Le polyester a, cependant, une résistance aux chocs bien inférieure au polycarbonate”, souligne Michel Loubry.

Les boîtes de conserve incriminées

Le BPA est également un composant des résines époxy, ce vernis souple appliqué par chauffage à l’intérieur des boîtes de conserve métalliques afin de garantir leur étanchéité et la sécurité microbiologique des aliments. On trouve également cette résine sous le couvercle en métal des pots en verre (comme les petits pots pour bébé ou les conserves en verre), dans les capsules de bouteilles en verre, à l’intérieur des canettes de boisson et des bouilloires dites en aluminium. Il n’existe pas encore d’équivalent aux résines époxy. Le problème est de taille, car sans elles l’aliment pourrait corroder le métal. “Il faudra encore au moins 2 ou 3 ans pour trouver une solution de substitution, prédit Olivier Draullette, délégué général du Syndicat national des fabricants de boîtes, emballages et bouchages métalliques (SNFBM). Nous travaillons déjà sur des résines en polyester, mais nous devons procéder à des contrôles de sécurité sur le plan industriel. Sans compter que l’Anses doit valider l’innocuité de ces nouvelles résines.”

Les résines à base d’oléorésineux, notamment de sève de pin, utilisées, par exemple, dans le bio, pourraient-elles être une alternative aux résines époxy ? “Ces résines étaient employées dans les années 1960. Elles sont beaucoup moins performantes que les résines époxy, qui présentent une meilleure fiabilité quant à la sécurité microbiologique de l’aliment et sont plus résistantes dans le temps. Les résines époxy permettent aux industriels de la conserve de proposer sans crainte des dates limites de consommation assez longues, ce qui n’est pas le cas des résines à base d’oléorésineux”, indique Olivier Draullette.

Le téflon, un autre plastique problématique

L’utilisation du polytétrafluoroéthylène (PTFE), un plastique non recyclable, est également préoccupante. Ce polymère fluoré, connu sous le nom de téflon, est un revêtement antiadhésif approprié à une cuisine pauvre en matière grasse. Si le PTFE est stable jusqu’à 260 °C ; au-delà, il se dégrade. Ses propriétés antiadhésives sont alors altérées, et cette dégradation entraîne une émanation de gaz fluorés toxiques inquiétante pour les organismes fragiles. 

L’autre crainte des consommateurs tient au fait qu’au cours de sa fabrication de l’acide perfluorooctanoïque (PFOA) est parfois utilisé. Or, ce dernier est soupçonné d’être un perturbateur endocrinien qui provoquerait cancer de la prostate et troubles de la fertilité chez l’homme. Cela dit, le PFOA n’aura bientôt plus sa place dans la fabrication du PTFE. Si sa suppression n’est pas une exigence réglementaire, huit fabricants mondiaux se sont engagés auprès de l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis à renoncer à l’emploi de ce composé d’ici à 2015. De nombreuses marques, dont Tefal, garantissent, depuis plusieurs années, l’absence de PFOA dans leurs poêles, et ce même si le fournisseur de PTFE a utilisé le PFOA comme additif de polymérisation. “80 % de nos fournisseurs ont banni le PFOA. Les 20 % restants l’auront supprimé courant 2012”, assure Bénédicte Simond, responsable de recherche pour les articles culinaires de Tefal.

Retrouve-t-on des traces de PFOA dans nos poêles ? Les tests de toxicité réalisés par l’Institut national de la consommation – publiés en mars 2010 dans 60 Millions de consommateurs –, comme ceux de l’UFC-Que Choisir – parus en septembre 2011 dans la revue éponyme –, sont a priori plutôt rassurants sur les migrations de PFOA. Se pose, toutefois, la question de l’innocuité de l’additif de polymérisation qui remplace le PFOA dans le processus de fabrication des poêles en PTFE. Les fabricants de PTFE opposent le secret industriel et ceux de poêles refusent de se prononcer sur le sujet, préférant laisser aux premiers la liberté de communiquer sur leur produit.

Céramique contre PFOA

Les consommateurs méfiants pourraient privilégier les poêles en céramique, présentées comme des alternatives saines au téflon. Mais, même si les fabricants s’abritent derrière le secret industriel, on peut imaginer que ce matériau est issu de la silice, de l’alumine ou de la zircone. Le système d’accroche sur le métal de la poêle fait parfois appel aux nanotechnologies. Dans ce cas, les nanoparticules peuvent grossir sous l’effet du traitement thermique, et donc changer de structure, ce qui annule le danger. Si elles restent à l’état de nanoparticules, normalement, elles ne se libèrent pas. Cela dit, on peut s’interroger sur leur devenir lorsque la céramique est abîmée. 

Les propriétés antiadhésives de la céramique sont moindres que celles du PTFE. Ce que confirme Bénédicte Simond, qui annonce pourtant que Tefal lancera, au second semestre 2012, un modèle en céramique. “Le téflon s’adresse à des personnes qui veulent cuisiner sans matière grasse ; la céramique, à celles qui acceptent d’ajouter un peu de matière grasse et qui savent qu’elles devront passer plus de temps à nettoyer leur poêle, reconnaît-elle. Nous ne vendrons, d’ailleurs, pas notre nouvelle poêle en céramique comme une alternative antiadhésive au PTFE, car ce n’est pas le cas.”

Christine Riste

 


 


Mots-clés :

PRODUIT ALIMENTAIRE , PRODUIT DANGEREUX , PRODUIT TOXIQUE , SECURITE DES PRODUITS




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