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Fibre optique, du fil à retordre pour les immeubles

Fibre optique, du fil à retordre pour les immeubles
Février 2012
Le Particulier Immo n° 283, article complet.
Auteur : BERTRAND (Marianne)

Après une période de frilosité et d’inertie, le déploiement de la fibre optique gagne du terrain, tout au moins dans les métropoles. Mais pour les immeubles ayant sauté le pas du très haut débit, l’installation ne se déroule pas toujours sans encombre. Comment réagir ? Et si vous êtes sur le point de vous raccorder, quelles précautions prendre ?

Les clés
  • La fibre optique supplante techniquement l’ADSL.
  • Le temps de son installation dans les copropriétés a été largement sous-estimé.
  • La mutualisation des opérateurs n’est pas encore effective.

Téléphoner, regarder un film en haute définition, surfer sur Internet, accueillir une console de jeux… la plupart des foyers bénéficient aujourd’hui de ces services grâce à l’ADSL (Asymmetric Digital Subscriber Line). Lancée en 1999, la « ligne d’abonné numérique à débit asymétrique » utilise le réseau téléphonique en cuivre existant qu’il suffit de relier à une box (boîtier de connexion à Internet) fournie par un opérateur (Orange, Bouygues Telecom, Free, SFR). Mais l’ADSL est vouée à être supplantée par une technologie plus performante, qui permet de passer du haut débit au très haut débit. Un saut réalisé grâce, cette fois, au déploiement dans les immeubles de la fibre optique, un matériau qui transmet les informations à la vitesse de la lumière via des fils de verre souple ou de plastique transparents très fins. Concrètement, la fibre optique est capable d’acheminer des débits environ 100 fois plus élevés que ne le sont ceux transportés par le réseau ADSL.
Il y a cinq ans, les principaux opérateurs de télécommunication s’engouffraient sur le marché, colossal, de la fibre optique, déjà présente à grande échelle dans les foyers d’autres pays européens. Aujourd’hui, ils se montrent moins offensifs, refroidis sans doute par des retards d’installation mal maîtrisés. Si l’infrastructure se déploie progressivement dans les grandes villes, l’équipement en fibre optique, à l’échelle d’une copropriété, suscite des difficultés récurrentes tant techniques que juridiques.
Dans ce contexte, quel est l’intérêt pour les copropriétés françaises de passer à la fibre ? Avoir accès à un maximum de services multimédias en simultané. « Entre l’essor de la télévision haute définition (HD) et même 3D, particulièrement gourmande en bande passante (la capacité d’un réseau à transmettre des informations, calculée en bits par seconde, ndlr), le téléchargement de films, le dépôt de photos sur un site et les jeux en ligne, une famille aura besoin de la fibre », assure Antoine Darodes de Tailly, directeur de la régulation des marchés du haut et du très haut débit à l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep).

Mieux que l’ADSL, la fibre transmet sans atténuation du signal

Qui plus est, l’ADSL ne fait pas mouche à tous les coups : dans la réalité, les performances annoncées par les fournisseurs d’accès à Internet ne sont véritablement atteintes qu’à condition de résider à proximité d’un central téléphonique. « Même au cœur de Paris, il peut rester quelques logements trop éloignés du point de raccordement du réseau pour avoir de la haute définition », reconnaît Yves Parfait, directeur du programme fibre chez Orange. Or, un signal qui s’affaiblit, cela engendre une baisse de débit. Par ailleurs, la transmission des données dépend aussi de la plus ou moins bonne qualité de la ligne téléphonique… La fibre est capable de transmettre à très grande distance sans atténuation du signal. Elle favorise également le développement de services dans les copropriétés, tels que la télésurveillance des appartements et des parties communes, la détection d’incendie et la télémaintenance des installations électriques de l’immeuble (chauffage, portes automatiques, ascenseur) reliées à une centrale extérieure. Ces atouts peuvent servir à réduire le délai d’intervention des techniciens et, idéalement, les dépenses de la copropriété…

Deux technologies plus ou moins lourdes

Pour déployer la fibre, deux technologies s’opposent, qui ont des incidences sur l’utilisateur final. Le FTTLA (Fiber to the Last Amplifier) privilégie, comme son nom l’indique, le déploiement de la fibre seulement à proximité des immeubles, les derniers mètres de raccordement utilisant le cuivre de la ligne téléphonique, ou les réseaux câblés déjà installés dans les années 1980 pour la diffusion de la télévision. Cette solution est moins onéreuse pour l’opérateur, mais aussi moins performante. De plus, cette technologie n’est pas mutualisable avec celle des opérateurs « tout fibre » (voir p. 26). Le marché est actuellement monopolisé par Numericable, mais c’est aussi la voie qu’empruntent aujourd’hui Bouygues et Darty.
Autre technologie, le FTTH (Fiber to the Home) : la fibre est amenée jusqu’au logement (voir schéma). Avantage, l’absence de déperdition du signal jusqu’au terminal de l’installation. C’est de la Fibre pure. Revers de la médaille, son coût, colossal pour les opérateurs présents sur le créneau, principalement Orange, Free et SFR. Ainsi, pour Orange, la facture atteint 2 milliards d’euros pour couvrir 40 % de la population d’ici à trois ans. Au sein du FTTH, deux architectures sont utilisées. L’architecture GPON (Gigabit Passive Optical Network), déployée par Orange et SFR, où différents immeubles sont raccordés au nœud de raccordement optique (NRO), par une fibre unique qui est ensuite éclatée en autant de brins que d’appartements à desservir. Ce procédé « point-à-multipoint » prévaut dans les grandes villes : Orange dessert ainsi 64 clients avec une seule fibre. Mais le procédé oblige à partager la bande passante entre les abonnés, donc à sécuriser les données. Dans le « point-à-point », chaque fibre remonte séparément depuis le logement jusqu’au NRO. Une solution déployée par Free. L’avantage, c’est que le client bénéficie de sa propre fibre, dont le débit est préservé. L’inconvénient, la lourdeur du système pour les opérateurs, handicapés par des fourreaux épais, du fait de fibres démultipliées, difficiles à déployer dans les égouts, et un nombre conséquent de NRO à prévoir. Les répercussions pour les immeubles ne se sont pas fait attendre. Pour nombre de copropriétés qui se sont engagées sur la fibre, il s’est avéré impossible de relier à temps leurs immeubles à ces NRO. Avec des retombées toujours d’actualité.

Des retards massifs de déploiement

L’opérateur choisi en assemblée générale, qui s’engage par convention avec la copropriété à installer le très haut débit, a en effet une obligation légale de « fibrer » un immeuble dans les six mois. Un délai court qui a été largement sous-estimé par les opérateurs. « Leur objectif était de susciter l’intérêt des copropriétés pour déployer un réseau exponentiel. Le problème est que l’on a confondu vitesse et précipitation. Le déploiement de la fibre ne s’est pas fait au même rythme que la demande des copropriétaires », regrette Isabelle Fournier, vice-présidente de la chambre Fnaim-Paris-IDF, et administrateur de biens.
Résultat, dans bon nombre d’immeubles, on a pu constater des retards de déploiement pouvant dépasser deux années. « C’est de loin le motif le plus courant de plainte dans notre association. Surtout à la fin de 2010, où cela concernait plus de 80 % des dossiers portant sur la fibre », renchérit Alain Moussarie, conseiller technique en fibre optique à l’Association des responsables de copropriété (ARC).
La convention-type élaborée sous l’égide de l’Arcep prévoit bien la possibilité pour les copropriétaires de résilier unilatéralement la convention par lettre recommandée avec accusé de réception lorsque les travaux n’ont pas été achevés dans le délai légal. Sauf que l’immeuble peut très bien avoir été fibré dans les temps sans avoir été relié au réseau, ce qui rend l’installation inutilisable ! En effet l’obligation de fibrer dans les six mois ne porte que sur l’installation « à l’intérieur de l’immeuble », autrement dit la partie la plus facile à déployer… Des opérateurs n’ont pas manqué de s’engouffrer dans la brèche en se dépêchant de fibrer en vertical l’immeuble signataire tout en traînant des pieds ensuite pour le fibrage horizontal, voire au stade du raccordement final (voir témoignage p. 27). Autant d’immeubles qui se sont retrouvés « gelés ». Dans le collimateur des copropriétés, principalement Free. Interrogé, l’opérateur assure avoir « pris l’engagement avant l’été d’informer par lettre recommandée avec accusé de réception les copropriétaires concernés que l’accord est caduc et qu’ils sont libres de traiter avec un autre opérateur ». Dont acte. Quelque 200 000 logements seraient ainsi concernés. Aujourd’hui, à en croire Maxime Lombardini, « la course à la convention, qui a touché aussi les autres opérateurs, a cessé ». L’objectif est de s’engager avec une copropriété lorsque le raccordement au NRO va être ouvert. Quant aux presque deux millions de logements visés par des conventions, « le fibrage devrait avoir lieu pour tous dans le courant de l’année », pronostique-t-il.

Le libre choix de l’opérateur reste à conquérir

Autre problème en suspens, la question de la mutualisation des réseaux entre les opérateurs. De quoi s’agit-il ? Depuis 2008, l’opérateur d’immeuble choisi par la copropriété pour déployer la fibre doit pouvoir permettre l’accès du réseau vertical qu’il a installé à tout concurrent, sans discrimination et en respectant une « neutralité technologique absolue ». C’est une obligation légale. L’opérateur qui a déployé la fibre partage ainsi son infrastructure, mais il partage également avec ses concurrents présents dans la partie terminale du réseau les frais de déploiement associés et les travaux. Quant aux copropriétaires, ils peuvent choisir en toute liberté l’opérateur qui va relier leur domicile au réseau vertical et leur offrir ses services.
Peu importe que le déploiement soit en multifibre ou en monofibre. La mutualisation est possible même si, dans ce dernier cas, le changement d’opérateur ne peut s’effectuer qu’après intervention d’un technicien de l’opérateur de l’immeuble pour ouvrir le boîtier du point de mutualisation… En multifibre, le réseau peut alors contenir plusieurs fibres par logement qui passent par le même fourreau ; quant à la prise installée dans le logement, elle comporte autant d’entrées que de fibres déployées.
Par ailleurs, un cadre réglementaire a été défini par l’Arcep portant sur la localisation du point de mutualisation. Dans les grandes villes, dès lors que la copropriété comporte plus de douze lots, ce point peut se situer à l’intérieur de l’immeuble, et non dans la rue. Le gendarme des télécoms a aussi apporté des précisions techniques sur les modalités de réalisation du raccordement au palier et les tarifs de mutualisation, sources de différends entre les opérateurs.
Un espoir de voir débloquer des situations litigieuses qui causent des retards préjudiciables aux copropriétaires désireux d’utiliser les services d’un opérateur concurrent. Au 30 septembre dernier, selon les derniers chiffres de l’Arcep, les abonnements réels souscrits auprès d’un opérateur concurrent étaient encore minimes : 13 000, malgré une augmentation annuelle de… 620 %. Il faut dire que dans les immeubles, toujours selon l’Arcep, à peine 30 % des installations amenant la fibre jusqu’au logement (FTTH) sont mutualisables. Rien n’oblige en effet les concurrents à venir se déployer. Aussi se montrent-ils pragmatiques, concentrant leurs efforts surtout dans les grands immeubles qui offrent le meilleur potentiel. « Même dans les copropriétés, y compris parfois auprès du syndic, il est difficile de faire passer le message qu’un nouvel opérateur va demander l’autorisation d’amener sa propre fibre. Surtout que le point de mutualisation passe souvent, comme à Paris, dans des caves privatives », constate Antoine Darodes de Tailly. Une question de temps, la mutualisation ? Pas seulement. Les dysfonctionnements sont aussi techniques. Certaines installations antérieures à 2008 ne permettent pas le branchement de concurrents. Des copropriétaires se retrouvent pieds et poings liés avec l’opérateur qui a fibré l’immeuble, sauf à refaire l’installation… La loi prévoit que le fibrage d’une copropriété est à la charge de l’opérateur choisi en assemblée générale. « Ce dernier supporte les frais d’installation, mais aussi d’équipement et de maintenance du réseau, qu’il refacture le cas échéant aux autres opérateurs qui se sont associés aux travaux », explique Alexandre Wauquiez, directeur marketing et solutions réseaux chez SFR. Mais ce financement s’arrête à la prise située dans le logement. Si son occupant entend s’abonner à la fibre, il traite directement avec l’opérateur commercial qui prend en charge le raccordement. Quitte, pour ce dernier, à se retourner contre l’opérateur d’immeuble si le problème vient en fait du réseau…

Une offre complexe à décrypter

La loi impose un délai de trois mois entre la fin de l’installation de la fibre dans l’immeuble et la première proposition commerciale de raccordement au logement faite par un opérateur. Si c’est l’assemblée générale qui décide de l’opérateur au niveau de l’immeuble, c’est à chaque copropriétaire de décider s’il veut ou non être raccordé individuellement, et de choisir son opérateur. Il peut s’agir de celui qui a procédé à l’installation, mais pas forcément. Parmi les points à examiner avant de se décider :
- quel est le débit réel obtenu en fibre optique ? La technologie FTTH, amenant la fibre jusqu’au logement, autorise un débit équivalent en réception comme en émission – on parle de débit symétrique. En théorie. Certaines offres prévoient un débit montant (en émission, c’est-à-dire de l’usager vers le réseau) limité.
- le risque de déperdition sur le terminal de l’installation. Le débit d’un ordinateur fonctionnant en WiFi (sans fil) est susceptible de se réduire de moitié si plusieurs cloisons séparent la prise d’arrivée de la fibre, de la pièce où se trouve l’ordinateur. Un risque de déperdition d’autant plus important si la dernière partie de l’installation n’est pas de la fibre mais du cuivre (technologie FTTLA). Demander conseil à un installateur peut s’avérer utile.
Du côté des coûts, le ticket d’entrée pour un abonnement en fibre optique est d’environ 35 E par mois. Ce tarif peut doubler en fonction des prestations fournies. Mais les offres restent globalement à peine plus chères qu’un forfait ADSL Internet, téléphone et télévision. Un surcoût dénoncé par l’ARC comme un moyen de détourner l’obligation de gratuité des installations de fibres optiques. Sans compter les frais divers liés à l’ouverture de la ligne, de migration de l’ADSL à la fibre ou encore de résiliation de l’ancien abonnement. Là encore, tout dépend des opérateurs.

Marianne Bertrand


Mots-clés :

COPROPRIETE , FIBRE OPTIQUE , FOURNISSEUR D'ACCES A INTERNET , INTERNET




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