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Maisons de verre : le triomphe du verre

Maisons de verre : le triomphe du verre
Juillet-Août 2011
Le Particulier Immo n° 277, article complet.
Auteur : JUERY (Françoise)

Attrait de la transparence, fluidité de l’espace, osmose avec l’environnement : maisons neuves, mais aussi traditionnels pavillons de banlieue, commencent à s’approprier ce matériau aux multiples vertus.

« En quelques années seulement, nous avons connu une évolution considérable, affirme Pierre Minassian, architecte en région lyonnaise. Il y a dix ans encore, seule la réhabilitation de maisons anciennes intéressait les particuliers. Puis vers 2000-2002, principalement grâce à une large couverture médiatique, nous avons vu se dessiner un réel engouement pour les créations contemporaines. Et, depuis 2006, date à laquelle j’ai construit la maison de verre que j’habite toujours, on ne cesse de me solliciter pour des commandes de ce type. »
Un optimisme relayé par Frank Salama, architecte parisien d’une cinquantaine de constructions où le verre prédomine. « Nos réalisations sont très dépendantes tant des règlements d’urbanisme que de la culture de nos clients qui, heureusement, est aujourd’hui en pleine mutation, notamment grâce aux préoccupations écologiques mettant en avant des matériaux comme le verre et le bois. »

La qualité du projet prime sur la réglementation 

Certes, la réglementation constitue encore un obstacle, mais, sur le terrain, les agents chargés de sa mise en œuvre sont de plus en plus ouverts, architectes des bâtiments de France compris. « C’est la qualité du projet qui prime, et non plus le respect de la réglementation au détail près », conclut Frank Salama.
« Il y a dix ans, on déposait 4 ou 5 projets. Aujourd’hui, on obtient le permis de construire du premier coup », confirme Pierre Minassian, présélectionné lui aussi, comme Frank Salama et Pablo Katz, pour le concours Archinovo/Saint-Gobain1.
Tous pour le verre, donc ? Peut-être pas encore. Mais le matériau gagne même les constructions les plus traditionnelles. La transformation et l’extension de maisons par l’introduction d’un volume transparent venant éclairer et rajeunir un bâtiment souvent sombre et dépourvu de cachet se sont effectivement développées ces dernières années. Les pavillons de banlieue, en particulier, s’ornent de plus en plus d’espaces transparents.
Des chantiers modestes que les architectes ne dédaignent pas, à condition, comme pour toute construction individuelle, d’être sur la même longueur d’ondes que leur client. Pablo Katz a ainsi officié à Boulogne-Billancourt, David Orbach à Fontenay-aux-Roses, Isabelle Coste à Chaville, tandis que Frank Salama intervenait à La Garenne-Colombes. Un exercice-type qu’ils ont tous effectué sur de « typiques » meulières… Mêlant souvent verre, bois et métal, ils ont chaque fois transfiguré le bâtiment, mais aussi métamorphosé le mode de vie de ses propriétaires. Dans la plupart des cas, l’architecte a inversé le classique plan initial, tournant la pièce de séjour vers le jardin et laissant la lumière y entrer à flots.

Témoignage d’une véritable mutation sociologique 

Ainsi, à Fontenay-aux-Roses, l’ancien séjour sur rue d’une modeste maison des années 1960 abrite-t-il désormais la partie nuit, tandis que la nouvelle pièce à vivre s’est vue doter d’une façade entièrement vitrée, mais aussi d’un plafond et d’un plancher de verre au travers duquel on peut voir évoluer… les hérissons, dans l’herbe, cinquante centimètres plus bas. « Une telle inversion des espaces de vie témoigne d’une véritable mutation sociologique. Elle signifie que nous ne sommes plus dans la représentation, mais dans la qualité d’usage », souligne David Orbach.
Le verre se prête par ailleurs à des jeux de couleurs et de lumières que les parois opaques interdisent. Comme ces films colorés tendus par David Orbach sur certaines des parois vitrées de son extension, ou encore le choix d’un éclairage scénographique du jardin qui se teinte en vert gazon pour la nuit, imaginé par Isabelle Coste afin de conjurer l’effet de « paroi noire » de la façade vitrée en phase nocturne. Elle a ainsi transformé ce pavillon de Chaville un peu étriqué en lui adjoignant, côté jardin, une grande pièce multifonction. Grâce à un décaissement de type « cour anglaise », elle lui a donné le cachet qui lui faisait défaut.

Une résistance encore méconnue du grand public

Mais les plus grands ennemis du verre restent ses faiblesses supposées, tenaces dans l’inconscient collectif : « Le verre demeure synonyme de fragilité, alors que les avancées considérables de la chimie et de l’industrie lui ont donné des qualités de résistance impressionnantes. Témoin, la maison ‘‘Belvédère’’ de Meudon qui a essuyé la tempête de 1999 sans le moindre dommage », observe Sophie Berthelier, qui l’a conçue. Si les constructions elles-mêmes sont robustes, le verre doit cependant encore répondre à certains défis : la modulation de la luminosité, le contrôle des échanges thermiques, l’acoustique, la sécurité…
Pour ce qui est, entre autres, de la luminosité, les panneaux vitrés se prêtent à de multiples variations d’aspect : réfléchissants, colorés, gravés, sablés, sérigraphiés, etc. Alimentés en courant basse tension et doublés d’un film invisible conducteur d’ions, ils se teintent lorsque la lumière naturelle s’intensifie, ou passent instantanément de la transparence à l’opacité sur la pression d’un simple interrupteur.
Quant à la performance énergétique tant recherchée aujourd’hui, la baie vitrée, longtemps considérée comme une source de déperditions thermiques, est, au contraire, devenue un capteur de calories gratuites, le défi – pas encore totalement relevé –, étant d’optimiser l’isolation des parois vitrées sans neutraliser leur fonction de capteurs de chaleur en hiver. Grâce au vitrage dit faiblement émissif ou à isolation renforcée (VIR), doté d’une couche invisible d’oxyde métallique, et au gaz argon insufflé entre les doubles, voire les triples vitrages, on parvient à concilier isolation et apport solaire. De sorte que les parois vitrées d’aujourd’hui affichent des performances parfois bien supérieures aux parois opaques d’hier.
Pour preuve, la maison conçue par l’agence Karawitz Architecture à Bessancourt (95), qui possède une façade intégralement vitrée sur ses deux niveaux... Ce qui ne l’empêche pas d’être une maison « passive » (à très faible consommation énergétique). Elle cumule les « bons points » : une ossature bois, une orientation étudiée, l’étanchéité à l’air, l’isolation renforcée des parois opaques, un traitement rigoureux des ponts thermiques, des panneaux photovoltaïques et une ventilation double flux. Moyennant quoi, les dépenses de chauffage sont dérisoires : 170 e/an pour 160 m2 ! Certes, il a fallu peaufiner les occultations des baies vitrées : les triples vitrages sont intégralement protégés par des cadres en acier sur lesquels ont été fixées des tiges de bambou.
Une préoccupation inhérente à l’architecture de verre est, en effet, de contrer l’effet de serre qui peut transformer un bâtiment en fournaise. Ce qui explique l’expansion considérable de l’arsenal traditionnel d’occultation des baies : stores intérieurs, extérieurs, insérés entre deux vitrages et des fermetures, volets ou persiennes, mais aussi d’autres dispositifs permettant à la fois d’améliorer l’isolation et de se protéger du soleil en été : débords de toiture, pergolas, brise-soleil, claustras et autres moucharabiehs. Limitation des déperditions thermiques et des apports solaires, mais aussi affaiblissement acoustique par association de vitrages d’épaisseurs différentes, résistance à l’effraction grâce à un savant feuilletage... la technologie progresse à grands pas et chaque problème finit par trouver sa solution2.

Des produits sophistiqués qui restent coûteux

Reste que pour atteindre de tels résultats, il faut recourir à des solutions high-tech dont le coût n’est pas négligeable. Le prix d’une extension est, bien sûr, sans commune mesure avec celui d’une maison entièrement conçue autour du verre, mais il est de toute façon supérieur à celui d’une excroissance en parpaings. La sophistication des façades vitrées peut rapidement faire grimper la facture, sachant qu’il faut aussi tenir compte du coût des indispensables structures métalliques associées au verre, et particulièrement celles des panneaux ouvrants. Selon Frank Salama, ils oscillent entre 380 et 550 e/m2, et les fixes entre 200 et 400 e/m2.
Globalement le coût d’une maison « tout verre » n’est pas supérieur au prix moyen d’une maison dite « d’architecte ». Milena Karanesheva, du cabinet Karawitz Architecture, avance le chiffre de 1 800 e/m2 pour la maison passive de Bessancourt ; Frank Salama situe le prix moyen de ses réalisations à 2 300 e/m2, tandis que Pierre Minassian évalue le prix actuel de construction de sa propre maison à 2 400 e/m2, piscine comprise. Et il se dit prêt à relever le défi d’une maison de verre à 1 500 e/m2, pour peu que ses clients acceptent de limiter leurs exigences quant à l’aménagement intérieur.
Côté entretien, plus économique que les vitrages autonettoyants, encore peu utilisés, le recours, une à deux fois par an, à une entreprise spécialisée, de celles qui officient dans le secteur tertiaire, est la solution privilégiée par les occupants de maisons de verre que nous avons interrogés. Ils s’empressent toutefois de souligner que, en contrepartie, le verre présente un avantage de taille sur les autres matériaux de façade : il ne nécessite pas de ravalement.

Attention aux excès du « tout-transparent »

Mais quel qu’en soit le prix, une maison de verre ne doit pas se borner à satisfaire une aspiration esthétique, elle doit aussi correspondre au style de vie de ses occupants. Et l’exercice est délicat : « À la fois abri et mirador, l’habitat doit satisfaire ces deux aspirations contradictoires. Faute de quoi, la démarche du concepteur aboutit à un appauvrissement, voire à un échec », assène Pablo Katz. D’une manière générale, les architectes qui pratiquent la transparence en connaissent aussi les limites et ils sont les premiers à prôner la mesure. « Cette dernière décennie, nous avons observé une tendance un peu excessive dans la recherche de transparence absolue, au risque de tomber dans la caricature. Il faut se garder d’entrer dans une sorte de surenchère de la performance technique qui se ferait au détriment de la qualité de vie des futurs occupants et d’une authentique recherche architecturale », poursuit Pablo Katz.
Contrairement à ce que les apparences pourraient laisser penser, la conception d’une maison de verre réussie n’est pas des plus simples. « Si tout semble aller de soi une fois la construction achevée, c’est que tout a été soigneusement étudié en amont », souligne Sophie Berthelier, dont la maison « Belvédère » à Meudon s’enroule littéralement autour d’un imposant frêne centenaire et offre des vues exceptionnelles sur la tour Eiffel et sur les gratte-ciel de la Défense. « Il faut veiller à une infinité de détails, surmonter toutes sortes d’écueils. Par exemple, on ne peut masquer les circuits techniques dans la maçonnerie comme on le fait avec les parois opaques. Je travaille de l’intérieur vers l’extérieur, en tenant compte des contraintes de voisinage, un peu à la manière d’un travelling au cinéma. »
Un véritable défi technique et esthétique, surtout lorsque l’architecte ne peut pas compter sur un décor spectaculaire pour mettre en valeur… la transparence.
1. Les maisons présentées en photos (excepté p. 16) ont été sélectionnées pour le concours Archinovo. Organisé par Architecture de collection, il distingue les meilleures réalisations françaises des dix dernières années. Site : www.archinovo.fr.
2. Site : www.quantumglass.com, ou Glass House de Saint-Gobain/Quantum Glass, un show-room consacré aux verres « intelligents ».

Françoise Juéry


Mots-clés :

CONSTRUCTION , CONSTRUCTION IMMOBILIERE , MAISON INDIVIDUELLE , MATERIAU DE CONSTRUCTION




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