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Installation de panneaux photovoltaïques : le solaire en copropriété, faut-il se laisser tenter ?

Installation de panneaux photovoltaïques : le solaire en copropriété, faut-il se laisser tenter ?
Juin 2010
Le Particulier Immo n° 265, article complet.
Auteur : CARASSO (Jorge)

L’installation de panneaux photovoltaïques commence doucement à séduire les copropriétés. Source de revenus ou miroir aux alouettes, cela reste à voir.

Les yeux fixés sur le relevé de production reçu d’EDF, Bruno Lackmé, propriétaire d’un appartement dans un immeuble situé à Sèvres, en région parisienne, paraît un brin désabusé. Sa copropriété vient de percevoir 750 euros pour la revente à EDF de l’électricité issue de panneaux voltaïques* installés sur le toit. Une somme qui servira à alimenter le fond travaux de la dizaine de copropriétaires de l’immeuble. « C’est un peu moins que l’estimation que j’avais faite. Mais c’est surtout bien peu si l’on considère la lourdeur des démarches administratives et la difficulté à faire passer la décision en assemblée », soupire-t-il. L’installation fonctionne pourtant bien, malgré quelques soucis d’étanchéité, repérés dès les premières semaines et rapidement pris en charge par l’installateur.

Un dossier clés en main pour l’assemblée générale

Les 17 m2 de panneaux, orientés plein sud, mais pas idéalement inclinés (30°), auront coûté près de 19 000 euros, à l’époque, puisés en partie dans le fond travaux de la copropriété, mais également financés via le crédit d’impôt octroyé par l’État pour ce type d’équipement (50 %) et par une aide régionale de 2 000 euros. « Les propriétaires n’ont rien eu à sortir de leur poche, mais il a quand même fallu leur expliquer le projet et les convaincre de son bien-fondé. J’ai monté le dossier tout seul, obtenu les autorisations, commandé les devis, dans le but d‘apporter une proposition clés en main à l’assemblée générale. Mais c’est un travail de titan. Si c’était à refaire, je ne le referais pas, c’est certain. »

Quand la copropriété devient productrice d’électricité

Produire de l’électricité sur son toit grâce à l’installation de panneaux photovoltaïques peut en effet s’avérer fastidieux, lorsqu’il s’agit de l’appliquer à une copropriété ancienne. Pourtant, les projets commencent à sortir des cartons. « Aujourd’hui, des copropriétaires nous appellent pour savoir comment impulser un projet d’installation de panneaux solaires, qui peut les assister dans cette démarche, combien de temps il faudra pour que l’installation soit rentable… Ce n’était pas le cas il y a deux ou trois ans », témoigne Yvonnick Durand, ingénieur en charge du photovoltaïque à l’Ademe. Sur le papier, s’équiper est tentant. EDF rachète l’électricité photovoltaïque jusqu’à cinq fois le prix qu’elle facture aux consommateurs, lorsque les installations bénéficient de la prime d’intégration au bâti, la France ayant, pour des raisons d’esthétique architecturale, privilégié cette solution. Ces tarifs, garantis vingt ans par l’opérateur, viennent d’être reconduits par l’arrêté du 12 janvier 2010 (JO du 14). De plus, l’état prend en charge 50 % du coût de l’équipement, sous la forme d’un crédit d’impôt plafonné à 8 000 euros pour un célibataire, et à 16 000 euros pour un couple, majorés de quelques centaines d’euros par personne à charge. L’installation bénéficie quant à elle d’un taux de TVA à 5,5 %. S’ajoutent à cela les éventuelles aides des collectivités locales, voire de l’Ademe, dans le cas de projets exemplaires. Les objectifs déclarés de la France en matière de production d’énergie renouvelable, soit un parc installé de 5 400 mégawatts (MW) capables d’alimenter 1 % de la consommation électrique nationale en 2020, augurent du maintien de ces mesures incitatives quelque temps encore. En trois ans, la production d’électricité issue des toitures des particuliers s’est déjà envolée. Le nombre de contrats de revente d’électricité solaire à EDF s’affichait ainsi à 45 000 début 2010. Ils étaient seulement 4 000 en 2007.
Grâce à ces aides, le temps estimé d’amortissement de l’équipement est de huit à dix ans environ, compte tenu d’une baisse de productivité évaluée à 1 % par an. De quoi intéresser nombre de copropriétaires qui imaginent profiter des fruits de la revente d’électricité pour financer leurs charges. C’est d’ailleurs sur cette corde que jouent aujourd’hui les entreprises, qui contactent directement les syndics. « Les grandes copropriétés sont désormais repérées par des sociétés commerciales d’après les vues satellites accessibles sur Internet. Elles sont ensuite contactées par téléphone, avec des solutions de financement clés en main », témoigne Didier Izert, président de la section « couverture-chauffage », de la Fédération française du bâtiment et installateur à Bourges. Pourtant, ce type d’opération doit encore prouver sa rentabilité sur le long terme.
« Toutes les copropriétés ne se prêtent pas à ce type d’équipement. Il faut au préalable des estimations justes, ce qui n’est pas toujours le fort des sociétés qui vendent ces équipements. De plus, le remplacement de certains éléments comme l’onduleur, qui a une durée de vie de dix ans, ou les éventuels frais de maintenance, sont rarement pris en compte », rappelle Mélodie de L’épine, conseillère énergie pour l’Hespul, association spécialisée dans les énergies renouvelables. Un tel projet nécessite dans tous les cas des conditions de mise en place optimales. Un matériel de qualité, une orientation plein sud, une inclinaison autour de 34° (elle varie de quelques degrés selon les régions), pas de masque porté sur l’ensoleillement des cellules (végétation, relief, construction). Selon la localisation de la toiture, la production peut-être très variable. Pour des panneaux identiques orientés plein Sud et inclinés à 30°, elle s’élèvera à 1 200 kWh/m²/an à Paris, 1 700 kWh/m²/an à Marseille et 1 100 kWh/m²/an à Lille, selon un comparatif publié par l’Espace Info-énergie. Parfois, les contraintes sont d’ordre urbanistique. à Montpellier, ce n’est pas la qualité de l’équipement ou l’orientation du toit qui a rogné les prétentions des copropriétaires, mais la décision de l’architecte des bâtiments de France. La copropriété, située dans une zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP) a dû ramener son projet d’installation à 87 m2, la moitié de ce qu’elle avait projeté. Sachant, si l’on en croit Stéphane Moreau, patron de la société évasol, l’un des principaux installateurs français de panneaux photovoltaïques, qu’un mètre carré de panneaux rapporte aux copropriétaires de 50 à 90 euros par an.

à quels installateurs se fier ?

Autre difficulté, trouver des installateurs compétents. Priorité ayant été donnée, dans l’Hexagone, à l’intégration des équipements photovoltaïques au bâti, la pose des panneaux nécessite la maîtrise de deux métiers distincts : l’électricité et la couverture. Or, rares sont les entreprises qui possèdent les deux savoir-faire. Le risque ? Faire appel à un électricien certifié s’improvisant couvreur. Ou l’inverse… Aujourd’hui, deux certifications existent, mais elles font office de garantie de spécialisation, pas de formation. Il s’agit de Quali PV Elec pour les électriciens et de Quali Bat pour les couvreurs. Lancées il y a deux ans, elles constituent à minima une garantie d’engagement dans la filière pour les 6 000 entreprises certifiées, à défaut d’être une marque de compétence. Le premier audit consécutif aux certifications vient d’être lancé, fin mai. « C’est dans un an qu’on saura réellement ce que valent ces entreprises », estime Romain Poubeau, chargé de mission solaire photovoltaïque au Syndicat des énergies renouvelables (SER). De son côté, le comité national pour la sécurité des usagers de l’électricité (Consuel) s’est livré, en 2009, à des contrôles impromptus, peu rassurants. Un tiers des installations photovoltaïques se sont révélées à risque, susceptibles de causer une électrocution ou un incendie. L’aval de cet organisme a de ce fait été rendu obligatoire en mars 2010 pour les installations des particuliers. « Une bulle s’est formée sur le segment du photovoltaïque depuis dix-huit mois, reconnaît Stéphane Moreau, avec tout ce que cela implique de risque pour les particuliers. Lorsqu’elle aura éclaté – et les mesures prises vont dans le bon sens –, il sera peut-être temps pour les copropriétés de se pencher sur cette question. » Le moment n’est donc pas forcément venu, pour les copropriétaires, de prendre une décision. De fait, des associations de consommateurs comme l’UFC Que Choisir préconisent d’attendre que le marché se professionnalise, avant d’installer une toiture photovoltaïque. Quitte à subir la diminution, voire la disparition, de certains avantages fiscaux. Les aides de l’état risquent en effet de s’évaporer lorsque le marché sera parvenu à maturité, l’incitation n’étant plus d’actualité.

Jorge Carasso

*Il faut distinguer les énergies solaires photovoltaïque et thermique. Dans le premier cas, on utilise le rayonnement lui-même (luminosité, ou énergie radiative), capté par des cellules photovoltaïques, pour produire de l’électricité. Dans le second cas, le rayonnement solaire est transformé en énergie thermique (chaleur), pour chauffer un bâtiment ou produire de l’eau chaude sanitaire.


Mots-clés :

ASSURANCE , COPROPRIETE , ECONOMIE D'ENERGIE , ELECTRICITE , ENERGIE RENOUVELABLE , ENERGIE SOLAIRE , PHOTOVOLTAIQUE




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