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Paris 1910, une crue exemplaire ?

Paris 1910, une crue exemplaire ?
Mai 2010
Le Particulier Immo n° 264, article complet.
Auteur : LE SCORNET (Laure)

Lors de la crue de 1910, l’eau atteignit les épaules du zouave du pont de l’Alma. Une référence pour ce qui concerne la prévention du risque d’inondation. Les pouvoirs publics s’organisent pour se prémunir contre la réplique d’un tel phénomène. Qui n’est pas isolé : l’inondation est le premier risque naturel en France. Mais les ouvrages de protection montrent leurs limites. Un outil juridique existe, un plan de prévention des risques destiné à conditionner l’urbanisation dans les secteurs à risques…

À l’heure où les ravages provoqués par les inondations sur la côte ouest de la France font l’actualité, Paris, hasard du calendrier, commémore le centenaire de la dernière crue majeure. La capitale s’organise pour se prémunir contre le risque d’une réplique. Car l’eau reviendra un jour l’envahir, c’est une certitude statistique. La crue de 1910 est considérée comme centennale, c’est-à-dire qu’elle est susceptible d’être atteinte ou dépassée en moyenne une fois par siècle. La question n’est donc pas de savoir quand elle interviendra ­– c’est inéluctable ­–, mais de savoir si nous y sommes mieux préparés que les Parisiens ne l’étaient il y a cent ans.

Histoire d’une crue

Par son ampleur et ses conséquences, la crue de 1910 a frappé les imaginations et reste une référence. Remontons le temps. En janvier 1910, après des jours de précipitations anormalement abondantes, trois crues importantes de la Seine et de ses affluents se succèdent. L’été et l’automne précédant ont été particulièrement pluvieux, et les nappes souterraines sont saturées. La Seine, l’Yonne et la Marne montent simultanément, créant un goulet d’étranglement en amont de Paris. Le 28 janvier 1910, le niveau d’eau atteint 8,62 m à l’échelle de Paris-Austerlitz, soit pratiquement 6  m de plus que le niveau normal (moins de 2,50 m). Dans la capitale, l’inondation commence par les quais, puis elle gagne les rues. De nombreuses caves sont inondées. Les égouts et les grands chantiers en cours, dont la construction du métro, permettent à la crue de se répandre et d’inonder des quartiers pourtant éloignés du fleuve. Douze arrondissements sont touchés, des centaines de rues transformées en canaux, au point que la capitale sera rebaptisée « Paris-Venise ». La vie quotidienne est paralysée, avec l’interruption des moyens de transports (chemin de fer, métro, tramway, transport fluvial) et de communication (télégraphe, téléphone). La distribution d’eau potable et d’énergie (électricité, gaz…) est perturbée. Les ordures ménagères, ne pouvant plus être évacuées, sont jetées directement dans la Seine. Environ 20 000 immeubles seront inondés à Paris. Et la situation de la banlieue n’est guère meilleure, en amont comme en aval, avec 30 000 maisons sinistrées. Les dégâts matériels sont importants mais, fort heureusement, on ne déplore qu’une seule victime dans Paris intra-muros. À l’inverse des crues torrentielles qui peuvent s’abattre sur le sud, les débordements de la Seine sont en effet progressifs, ce qui réduit le risque pour les vies humaines. En termes de coût, la seule estimation chiffrée existante a été réalisée pour le département de la Seine (75, 92, 93, 94) : elle s’élève à environ 1,6 milliard d’euros ! Il faudra attendre le 16 mars 1910 pour que la Seine retrouve son lit. Mais le retour à la normale sera long : la remise en service des
différentes activités s’étalera encore sur plusieurs mois après la fin de l’inondation.

Les travaux de prévention

Tirant les leçons de cette crue « exceptionnelle », les pouvoirs publics ont, dès les années 1920, réalisé dans la capitale des travaux de prévention : rehaussement de ponts et de quais, creusement du lit du fleuve, ou encore suppression du barrage-écluse de la Monnaie*. Des digues ont été également érigées dans certaines communes du bassin de la Seine, mais leur efficacité contre la montée des eaux est relative. Des ruptures, submersions et infiltrations en sous-sol restent en effet possibles. Qui plus est, leur entretien laisse parfois à désirer.

Mise en service de barrages-réservoirs

Par la suite, quatre grands lacs artificiels (Marne, Aube, Seine et Pannecière) ont été mis en service, durant la période 1950-1980. Ces barrages-réservoirs permettent de prélever en amont une partie du débit des rivières en crue grâce à une capacité de stockage de 830 millions de m3. C’est beaucoup, et peu à la fois, si l’on considère que le volume d’eau ayant transité dans la capitale au-dessus de la cote d’alerte (3,20 m à l’échelle d’Austerlitz) en 1910 est de l’ordre de 3 à 4 milliards de m3… Néanmoins, leur action abaisserait de 70 cm le niveau d’eau dans la capitale, dans l’hypothèse d’une crue de type 1910.
Aussi continue-t-on à envisager des mesures de protection. En Seine-et-Marne, le projet hydraulique de la Bassée vise à compléter l’action des quatre lacs-réservoirs existants. Ce site couvre 16 000 hectares et constitue la plus grande plaine inondable du bassin parisien. Son aménagement consisterait à créer un dispositif de ralentissement dynamique des crues en pompant une partie des eaux de la Seine, afin de les stocker dans des casiers latéraux au moment du passage du maximum de la crue de l’Yonne. Cela permettrait d’abaisser la ligne d’eau à Paris de 30 à 40 cm de plus. Le début de l’enquête publique concernant ce projet est prévu fin 2011, en vue d’une réalisation en 2014.

Urbanisation galopante

Il est tout d’abord possible que le fleuve dépasse la cote de 8,62 m atteinte il y a cent ans. Ensuite, ils permettent de diminuer la hauteur de la crue et ne peuvent en aucun cas empêcher qu’une inondation ait lieu. Par ailleurs, la vulnérabilité de la région capitale s’est accrue en un siècle. Urbanisation galopante, notamment près du fleuve, imperméabilisation des sols, modification des espaces agricoles (drainage, disparition des haies, des prairies), complexification des réseaux souterrains, modes de vie modernes… Les vallées inondables franciliennes sont aujourd’hui urbanisées en moyenne à 40 %, ce chiffre atteignant 90 % dans la petite couronne parisienne. Les submersions pourraient ainsi atteindre plus de 2 m dans les secteurs les plus exposés et durer de six à huit semaines. On considère que 508 communes seraient affectées par une inondation, dont 31 sur plus de la moitié de leur territoire.

Réduire la vulnérabilité des territoires

Littoral atlantique, Bassin parisien… le risque d’inondation n’est, malheureusement, ni isolé (voir p. 19 et 20) ni mineur. Il s’agit au contraire du premier risque naturel en France. Si l’on regroupe les risques de submersion (montée des eaux de la mer) et de débordement de rivière ou de fleuve, il concerne, selon le ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de la Mer, plus de 16 000 communes (www.prim.net) des degrés divers. Et les dégâts qu’il cause représentent environ 80 % du coût des dommages imputables aux risques naturels, soit en moyenne 250 millions d’euros par an. Pourtant, si l’on en croit une étude de l’Insee rendue publique par le commissariat général au développement durable en 2009, le nombre de logements construits entre 1999 et 2007 a augmenté plus fortement en zones inondables qu’en dehors !
Pour limiter les impacts d’une inondation – c’est-à-dire afin de ne pas augmenter le nombre de personnes et de biens exposés, de réduire la vulnérabilité de l’existant, de ne pas aggraver les risques, ni d’en provoquer de nouveau – il existe un outil juridique : le Plan de prévention des risques d’inondation (PPRI). Elaboré par la préfecture du département, le PPRI a pour objet principal de limiter ou conditionner l’urbanisation dans les secteurs à risque. Il constitue une servitude d’utilité publique annexée aux documents d’urbanisme. Bien évidemment, le PPRI n’a pas pour effet de figer définitivement l’urbanisme local. Toutefois, le non-respect de ses règles expose, soit à un refus du permis de construire, soit à un refus d’indemnisation ou à l’application d’une franchise en cas de sinistre. À bon entendeur…

*Situé au niveau du Pont-Neuf, ce barrage permettait de relever d’un mètre le niveau de la Seine, qui baissait régulièrement.

Laure Le Scornet


Mots-clés :

CATASTROPHE NATURELLE , INONDATION , PARIS , PLAN DE PREVENTION DES RISQUES , PPR , RISQUE NATUREL , URBANISME




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