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Propositions pour adapter l’habitat au vieillissement (Interview)

Propositions pour adapter l’habitat au vieillissement (Interview)
Mars 2010
Le Particulier Immo n° 262, article complet.
Auteur : BERTRAND (Marianne)

Études, livres blancs, colloques, forums… l’habitat des seniors, depuis une bonne dizaine d’années, alimente la réflexion. Le ministère du Logement a confié à Muriel Boulmier une mission qui a débouché sur un rapport comprenant 32 propositions. Quelles conclusions en tirer ?

MURIEL BOULMIER : Directrice générale de Ciliopée*

2007 : vice-présidente du conseil économique et social de la région Aquitaine.

2008 : présidente du groupe de travail « évolutions démographiques et vieillissement » au Comité européen de coordination de l’habitat social (Cecodhas).

Peut-on enfin espérer une réelle avancée sur la problématique du logement des seniors ?

MB : Il y a aujourd’hui une prise de conscience qu’une politique de l’habitat doit cibler les besoins spécifiques de nos aînés, alors qu’un quart seulement des plus de 85 ans vivent en institution et que 90 % des plus de 65 ans entendent vieillir à domicile. La difficulté est que la vieillesse est encore essentiellement traitée par le législateur d’un point de vue sanitaire et social, à travers la question de la perte d’autonomie et de la dépendance (mise en place de la prestation spécifique dépendance, puis de l’allocation personnalisée d’autonomie, loi de 2005 sur le handicap…). Or, l’adaptation de l’habitat nécessite une politique de prévention menée à grande échelle, qui évite le placement prématuré en institution. Il est temps d’apporter une réponse globale. Même si des solutions innovantes sont déjà mises en œuvre, cela reste fragmentaire.

Quelles sont ces pistes et comment les généraliser ?

MB : Je citerai deux exemples qui concernent le secteur du neuf. Première piste : des logements évolutifs, avec précâblages, cloisons mobiles, meubles de cuisine sur les murs porteurs, etc. Seconde piste : des logements utilisant les NTIC [nouvelles technologies de l’information et de la communication, l’expression ayant suppléé celle de domotique, ndlr]. Ces aménagements – il peut s’agir de volets électriques, chemins lumineux, sonnettes auditives et visuelles – sont amenés à occuper une place importante dans la chaîne du « bien vieillir à domicile ». Après audition d’acteurs, tant du secteur privé que social, il apparaît que le coût pour adapter le logement oscille entre 2 500 et 8 000 euros. Or, ces produits deviendraient plus abordables si les filières économiques s’organisaient, au besoin avec le soutien des collectivités locales.

Et dans l’ancien ? C’est dans ce secteur que se situe l’enjeu majeur d’adaptation d’un logement à la vieillesse…

MB : Il faut savoir que dans le secteur de l’ancien, il suffit souvent de petits aménagements pour adapter le logement à l’âge, comme la réparation de défauts des revêtements de sol ou encore l’aménagement des salles de bains et des toilettes. Autant de menus travaux qui pourraient s’effectuer en développant les services à la personne.
Mais il reste la problématique des logements nécessitant un aménagement de grande ampleur associé à la dépendance. Associations familiales, caisses de retraite, intervenants à domicile, autrement dit les réseaux de proximité jouent un rôle d’alerte, y compris en proposant des services d’accompagnement à la recherche d’aides financières. Leurs actions sont délicates à mettre en œuvre, au regard de la diversité des acteurs : propriétaires occupants, bailleurs privés, et même copropriétés pour ce qui concerne l’adaptation des parties communes. Il arrive que les contraintes, notamment au niveau du bâti, soient telles qu’une adaptation du logement occupé par la personne âgée est irréalisable ou… irréaliste. Là encore, des solutions existent, qui permettent d’envisager la mobilité résidentielle des personnes âgées, à l’instar des expériences de « bourses aux logements » menées dans dix départements par la fédération des Pact [un réseau associatif au service de l’habitat, ndlr]. Mais elles sont insuffisantes.

La réflexion menée sur l’adaptation de l’habitat des personnes âgées ne passe-t-elle pas par une remise à plat des questions de financement ?

MB : Le prêt viager hypothécaire (PVH), conçu pour les seniors, n’est proposé à ce jour que par un seul établissement bancaire, et encore à un coût élevé pour la personne âgée, puisque le taux atteint 8 %. En cause, la difficulté de trouver l’équilibre entre les paramètres interférant dans le calcul de ce taux (durée de vie, valeur du bien…). Autre obstacle, la méfiance autour du produit, considéré comme un prêt à la consommation et qui, en outre, ne permet pas la ­transmission du patrimoine aux héritiers. Le marché du financement des travaux d’adaptation est pourtant porteur, puisque près des trois quarts des personnes âgées sont propriétaires, qui plus est avec des revenus modestes. Aussi une réflexion pour assouplir, sécuriser et réformer les règles du PVH en vue de développer son usage est-elle menée, qui s’inscrit d’ailleurs dans un cadre plus large à l’échelle européenne. Le secrétaire d’état au Logement, Benoist Apparu, m’a chargée d’une seconde mission portant précisément sur cette question du financement. D’autres pistes sont à explorer, comme celle du microcrédit, à réserver au remboursement de menus travaux d’adaptation… Les propositions seront remises courant mai.

Propos recueillis par Marianne Bertrand


Mots-clés :

DOMOTIQUE , LOGEMENT , PERSONNE AGEE , PRET VIAGER HYPOTHECAIRE , SENIOR , TRAVAUX




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