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Investir dans les oeuvres d'art

Investir dans les oeuvres d'art
Juillet-Août 2007
Le Particulier n° 1015, article complet.
Auteur : MAERTENS (Marie)

Peinture, sculpture ou meuble d'époque constituent des "achats plaisir" parfois très rentables. Et quelques milliers d'euros peuvent suffire pour s'offrir des œuvres de grande qualité. Reste à savoir comment bien acheter sans se tromper...

La chute du marché de l'art, survenue au début des années 1990, a refroidi plus d'un collectionneur 

Depuis, le marché a retrouvé des couleurs. Et sourit de nouveau aux amateurs, même avec des moyens limités. Aux chiffres records clamés par les maisons de ventes pour des artistes de renom – plus de 800 œuvres ont été vendues au-delà du million de dollars l'an dernier dans le monde ! – s'oppose, en effet, un marché de l'art beaucoup plus raisonnable et bien moins spéculatif. Ainsi, à l'hôtel des ventes Drouot, à Paris, le montant moyen des transactions ne dépasse pas 500 €. De quoi faire ses premiers pas, voire débuter une collection avec des œuvres qui tiendront la cote, tout en bénéficiant d'une fiscalité très favorable (voir encadré p. 33). La France, rappelle le site d'informations Artprice dans son étude annuelle sur le marché, reste le plus grand grenier d'œuvres d'art, mais aussi la plus grande place mondiale en termes de transactions, avec 18,8 % du volume total.

Toutefois, acheter dans l'unique but de réaliser une forte plus-value serait illusoire : l'art n'affiche pas les mêmes rendements que la Bourse ou la pierre, même si certains artistes voient leur cote s'envoler en quelques années. L'achat d'un tableau ou d'un meuble destiné à partager votre quotidien reste, avant tout, de l'ordre du plaisir. Aussi, mieux vaut investir dans une œuvre de qualité un peu chère plutôt que dans de multiples objets bon marché. Ce qui a été très beau le restera, ce qui est ordinaire ne changera pas... Pour être guidé dans ses choix, il est préférable de faire appel à des spécialistes. Les bons galeristes et commissaires-priseurs ne cherchent pas forcément à vendre à tout prix, mais aussi à guider l'acheteur. Les premiers suivent les artistes sur le long terme, exposent leurs œuvres dans les foires et incitent les musées à faire de même, de façon à "asseoir leur cote". Pour Henri Jobbé-Duval, directeur de la foire Artparis, "un artiste présent dans un musée, une fondation ou une grande collection est un gage de sécurité pour l'acheteur". C'est le cas d'Adel Abdessemed, nouveau venu dans les collections du Centre Pompidou et de François Pinault, mais qui reste abordable : on trouve des dessins du jeune artiste à 3 000 €, à la galerie Kamel Mennour, à Paris. Quant aux commissaires-priseurs, ils s'entourent d'experts pour les ventes sérieuses, s'engageant sur l'authenticité d'une œuvre, certificat à l'appui. Et si toutefois un acquéreur se faisait piéger, il disposerait de dix ans après l'achat pour se faire rembourser (art. 2270-1 du code civil). Cela n'interdit pas les coups de cœur. Mais sachez que si vous jetez votre dévolu sur un artiste inconnu, à Montmartre ou sur un marché de province, il y a de fortes chances pour que son œuvre ne prenne jamais de valeur...

De 1 000 à 5 000 € : privilégiez dessins et photographies

À moins de 5 000 €, il est possible d'acquérir des œuvres intéressantes, anciennes ou contemporaines, notamment des dessins, photographies ou éditions (originaux produits à plusieurs exemplaires). Si le dessin ancien peut atteindre 150 000 € pour des Watteau, Boucher, Ingres ou Fragonard, il permet aussi de s'offrir une jolie feuille à 1 000 €, comme à la galerie parisienne De Bayser, spécialisée dans ce domaine. Pour les aficionados des signatures, même un dessin d'Eugène Delacroix peut être acquis autour de 1 000 €, mais à peine ébauché et dans un format réduit. Mieux vaut alors se tourner vers une petite école allemande, hollandaise, flamande ou française, du xvie au xviiie siècle. Ou encore vers des petits maîtres du xixe siècle comme Augustin Théodule Ribot, accessible autour de 2 500 €. Ce sont toutefois les dessins des artistes émergents qui affichent les plus petits prix, entre 1 000 et 2 000 €. On les trouve notamment chez des galeristes réputés qui exposent, par ailleurs, des "pointures" du marché. Ainsi, Kamel Mennour représente à Paris Daniel Buren, l'auteur des colonnes du Palais-Royal, mais vend aussi des dessins de la jeune Française Christine Rebet à 1 200 €.

Si vous préférez la photo, sachez que les prix vont de 1 500 € pour les moins chères à 4 500 € pour des valeurs sûres comme Martin Parr ou Alberto Garcia-Alix. Françoise Paviot propose, dans sa galerie parisienne, des clichés de l'Américain Mark Ruwedel à 1 600 €, un artiste pourtant présent au Museum of Modern Art et au Metropolitan Museum of Art de New York. Ces photographes, dont les tirages ne dépassent pas dix exemplaires, ont vu leur cote croître de 30 à 50 % en quelques années. Pour bien choisir une photographie, les experts conseillent de miser sur un artiste développant un véritable univers personnalisé. Françoise Paviot met également en garde contre la séduction immédiate d'un travail plus décoratif que véritablement artistique. Dans tous les cas, il ne faut pas hésiter à voir et revoir les clichés, à demander des informations sur l'auteur et son travail, sur l'année de la prise de vue et du tirage. Et prendre garde, notamment pour les tirages d'époque, à l'état de la photo : elle ne doit pas être trop passée et il ne doit subsister aucune tache ni déchirure recollée. Pour des photos anciennes, mieux vaut rester sur des valeurs sûres et privilégier la qualité de l'impression. On peut aussi demander à voir plusieurs tirages d'une même photo, certains pouvant être numérotés et signés. Toutefois, on note des différences considérables entre un tirage d'époque (vintage) et une édition posthume. Par exemple, La Porteuse de pain, d'Eugène Atget, se trouve à 15 000 ou 20 000 € pour un tirage de qualité optimale réalisé par le maître, mais autour de 2 500 € s'il a été exécuté par Bérénice Abbott, photographe qui racheta les clichés à sa mort. Quant à un cliché de Man Ray, il peut s'échanger, pour les mêmes raisons, à 60 000 € ou... à 600 € 

Autre domaine où fleurissent les premiers prix, celui de l'édition d'œuvres en plusieurs exemplaires. Comme le propose Gilles Drouault dans sa Galerie des multiples, créée avec l'artiste Mathieu Mercier. L'idée était de rendre accessible au plus grand nombre des travaux originaux, à plusieurs exemplaires, en sculptures, photographies ou gravures. Collectionner les éditions est un moyen d'approcher un univers à moindre coût. Ainsi, la galerie vend des sérigraphies de Franck Scurti, exposé récemment au Centre national d'art contemporain de Grenoble, numérotées à 50 exemplaires et au prix de 150 €. Ou encore des faïences émaillées de Xavier Veilhan, numérotées à 6 exemplaires, pour 5 000 €. Pour espérer une plus-value, rien ne vaut l'art contemporain 

De 5 000 à 10 000 € : offrez-vous une gouache ou un meuble des années 1950

Dans cette fourchette de prix, l'amateur peut déjà s'offrir des toiles de l'abstraction française d'après-guerre ou certains meubles des années 1950. Ou encore les travaux des artistes "branchés" de la scène française actuelle.

La période des années 1950 est celle dans laquelle il faut investir, suivant en cela une certaine logique. Les œuvres du début du xxe siècle, représentatives des mouvements avant-gardistes, comme le cubisme, le fauvisme, l'expressionnisme ou le surréalisme, se sont raréfiées et leurs prix ont augmenté en conséquence. Elles appartiennent désormais aux musées ou aux très grands collectionneurs. Il faut donc s'intéresser aux mouvements plus récents, dont les prix vont bientôt suivre la même pente ascendante. S'il reste illusoire de s'offrir un Picasso d'après-guerre, des peintres abstraits comme Serge Charchoune ou André Lanskoy, tous deux d'origine russe, ou encore Étienne Beothy, d'origine hongroise, sont plus accessibles. Le galeriste Antoine Laurentin, à Paris, propose notamment des gouaches de Lanskoy à 9 000 € et des toiles de Beothy entre 6 000 et 8 000 €. Autre piste, celle du groupe Supports/Surfaces, créé en 1969 et travaillant sur la trame même du tableau, avec une cote très en dessous de celle qu'il devrait atteindre prochainement. À suivre de près : Louis Cane ou Vincent Bioulès (autour de 3 000 €), Daniel Dezeuze (autour de 1 000 €), Marc Devade (de 3 000 à 4 000 €). Seul Claude Viallat, représenté à Rennes par la galerie Oniris, est proche de sa vraie cote, ses toiles se vendant entre 4 700 € et 15 300 € pour les plus grands formats. Expert en art contemporain chez Christie's, Alexandre Carel précise que ces artistes, évoluant sur le seul marché hexagonal, connaîtront une hausse régulière de leurs prix, mais pas la folle spéculation de l'art contemporain.

Pour les amateurs de mobilier, cette tranche de prix permet de s'offrir des meubles de designers des années 1950, comme Charlotte Perriand, Jean Prouvé, Jean Royère, Serge Mouille ou Georges Jouve. Dans ce domaine, il est conseillé de privilégier des signatures, contrairement aux tableaux et dessins, car les meubles non signés des années 1930 à 1970 ne valent plus grand-chose. Mieux vaut, là encore, une petite assise d'un grand nom à une grande table d'un inconnu 

Certes, la cote de ce mobilier a connu une forte hausse ces dernières années. Une inflation due, selon Philippe Jousse, spécialiste du design, "aux importantes expositions et aux ouvrages sur Jean Prouvé qui ont entraîné une hausse générale du marché". Mais bien que ces meubles aient atteint des records – jusqu'à 157 000 € pour la table "Japon" de Perriand ou 242 000 € pour le "fauteuil de grand repos" de Prouvé –, des modèles moins célèbres s'échangent à plus bas prix. Aux enchères, deux fauteuils de Arne Jacobsen, de 1956, sont partis à 6 600 € à la maison de ventes Digard, et une table de Isamu Noguchi, de 1952, a trouvé preneur à 5 800 € chez Christie's Paris. Philippe Jousse propose aussi des tables de Jean Prouvé à partir de 5 000 € ou des fauteuils de Pierre Jeanneret aux alentours de 6 000 €. Quant aux artistes de la scène actuelle, ils restent encore abordables par rapport aux étrangers de renommée équivalente. Pour Pierre Cornette de Saint Cyr, célèbre commissaire-priseur et acheteur boulimique, "les artistes contemporains les plus sous-cotés du marché sont aujourd'hui les Français". Parce que le système des musées français n'a pas favorisé l'exportation de leurs œuvres et que la critique les a longtemps "descendus". Ce phénomène est en train de s'inverser, grâce à des galeristes comme Hervé Loevenbruck qui a présenté ses poulains dans différents musées, tels le Centre Pompidou et le Palais de Tokyo, à Paris, la Villa Arson de Nice, le Frac de Caen ou le musée des Beaux-Arts de Grenoble, ainsi que des foires à l'étranger. Ce défenseur de la scène artistique française propose ainsi sur son site (www.loevenbruck.com) des œuvres entre 1 700 € et 18 000 €.

De 10 000 € à 15 000 € : Misez sur les œuvres des XVIIIe et XIXe siècles

À partir de 10 000 €, on peut briguer des pièces plus importantes et des signatures prestigieuses et surtout, se tourner vers des périodes plus anciennes. Les cotes sont plutôt stables, à moins de tenter, pour les plus audacieux, l'art contemporain chinois 

Côté meubles, un beau canapé en hêtre du XVIIIe siècle est estimé entre 10 000 et 12 000 € par Thierry de Maigret, commissaire-priseur spécialisé dans l'ancien. Une affaire ! Pour lui, "le siècle des Lumières sera toujours à la mode, mais les comportements ont changé". On ne se meuble plus uniquement en marqueterie, on mélange les périodes. Donc les prix baissent. Mais les acheteurs russes et arabes, grands amateurs de meubles dorés Napoléon III réinterprétant le XVIIIe siècle, vont provoquer une raréfaction de ce type de mobilier dans quelques années et faire monter les prix... C'est donc le moment d'investir.

Avoir un budget de 10 000 à 15 000 € permet aussi d'acquérir des tableaux du XIXe siècle. Mais cette fois, on privilégiera de beaux tableaux d'artistes peu connus, plutôt qu'une œuvre quelconque d'une grande signature. Olivier Delvaille, marchand spécialisé dans cette période, souligne qu'au-delà des douze impressionnistes les plus connus, il existe beaucoup d'autres peintres de qualité. C'est le cas d'Eugène Chigot dont on trouve des œuvres autour de 10 000 €. Même constat pour l'école de Barbizon. Si son fondateur, Théodore Rousseau, est fort cher, ses suiveurs sont abordables : Jules Dupré autour de 11 000 € ou Charles Jacque autour de 10 000 €. Là encore, les conseils d'un professionnel sont importants si on ne maîtrise pas son sujet. On peut aussi se plonger dans le dictionnaire Bénézit pour découvrir les peintres du XIXe siècle et du début du XXe.

Pour les amateurs de peinture plus ancienne, un passage régulier par les salles des ventes peut s'avérer très fructueux. Dernièrement, les scènes religieuses et les portraits de famille ont connu une petite baisse de régime et se monnayaient bien moins cher. Toutefois, il est utile de lire les cartels (notices) dans les expositions et galeries. Ainsi, "dans le goût du XVIIIe" ne signifie pas du XVIIIe siècle. De même, "atelier de Fragonard" ne veut pas dire de la main de Fragonard, même s'il n'était pas loin 

Quant à "attribué à...", c'est une hypothèse et non une certitude. Cependant, cela permet de posséder des œuvres historiques que l'on aurait tort de snober. Aux alentours de 15 000 €, vous pourriez avoir une scène de mythologie de l'atelier de Charles Lebrun (1619-1690), La Déification d'Énée, ou encore un beau Portrait d'homme de la suite de Claude Lefebvre, comme lors de la vente de l'étude Beaussant Lefèvre, en octobre dernier à Drouot.

En sculpture, de grands noms du XIXe siècle, comme Jean-Baptiste Carpeaux, exposé aux musées du Louvre et d'Orsay, sont aussi dans cette fourchette de prix. On trouve ainsi à la galerie Univers du bronze, à Paris, des terres cuites de Carpeaux ou des fontes en bronze de l'animalier Antoine-Louis Barye. Attention : s'offrir ces fontes ailleurs qu'en galerie ou en salle des ventes requiert la plus grande prudence, car les artistes ne numérotaient pas les épreuves à l'époque. On ne peut ainsi donner d'estimation exacte du nombre de tirages et seul un œil expert peut déceler un vrai d'un faux. À partir du XXe siècle, les épreuves ont été numérotées et, aujourd'hui, une sculpture originale est tirée à 12 épreuves. Le marché de la sculpture ancienne est, selon Jean-Baptiste Auffret, propriétaire de la Galerie Malaquais, comparable au marché de l'assurance vie en euros : "C'est un bon placement, sans risque et stable. Mais c'est aussi un marché à deux vitesses, entre les fontes d'époque et les fontes posthumes. Les premières sont évidemment à privilégier." Comme pour les tableaux, les stars sont onéreuses. Un petit bronze de François Pompon (1855-1933), vaut entre 60 000 et 75 000 €, mais un autre d'Armand Petersen, un de ses talentueux élèves, sera accessible entre 8 000 et 20 000 €.

Enfin, les plus téméraires peuvent se pencher sur la scène contemporaine chinoise. Certaines œuvres sont passées de 20 000 à 2 millions d'euros en trois ans 

Reste que la première génération d'artistes, à l'image de Wang Guangyi, n'est plus accessible à un collectionneur moyen. La seconde génération, représentée par Ma Liuming, Luo Weidong, Huang Yan, Zhang Hongbo, Feng Zengjie et Shi Lifeng, devrait aussi, disent les professionnels, connaître de belles augmentations dans les prochaines années. Pour l'heure, les toiles de ces jeunes artistes se vendent de 12 000 à 15 000 €. Un achat spéculatif à ne pas laisser passer, si l'on est sensible au style.

Marie Maertens


Mots-clés :

OBJET D'ART , PLACEMENT




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