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Rénovation, comment éviter les chausse-trapes

Mars 2007
Le Particulier pratique n° 322, article complet.
Auteur : SARGIS (Marise)

Les artisans n'ont jamais été aussi sollicités qu'en cette période de folie immobilière. Malgré la pénurie de main-d'œuvre, les particuliers doivent rester vigilants, s'assurer des compétences des intervenants et des garanties que présentent les entreprises.

La frénésie immobilière qui s'est emparée de l'Hexagone depuis les années 2000 rejaillit sur le marché de la rénovation (à savoir les travaux qui concernent le second œuvre, la finition et la décoration) et de la réhabilitation (c'est-à-dire quand les structures du bâtiment sont touchées). C'est l'envolée. Les travaux d'entretien et d'amélioration des logements ont géné­ré, en 2006, un chiffre d'affaires record de 31,90 milliards d'euros. La rénovation représente 53 % du chiffre d'affaires des artisans du bâtiment (le neuf, 47 %). Les particuliers constituent 62 % de leur clientèle, selon la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb). Et le mouvement n'est pas près de s'arrêter. La TVA à 5,50 % sur les travaux ­d'amélioration, le diagnostic performance énergétique obligatoire, les incitations fiscales en faveur des économies d'énergie (voir à ce sujet le dossier LPP n° 320) concourent à doper le marché de la rénovation.

A ce rythme, le secteur du bâtiment, qui embauche, ­depuis 2000, 100 000 personnes par an, souffre ­toujours d'une ­pénurie de main-d'œuvre. “D'ici à 2010, la filière a besoin de recruter 410 000 personnes supplémentaires, annonce la ­Fédé­ration française du bâtiment, qui n'hésite plus à lancer des campagnes pour enrôler des femmes. Elles étaient 10 000 en 2004 à travailler sur les chantiers ; en deux ans, 6 000 sont venues grossir les rangs dans les métiers de la finition, de la peinture, du carrelage, mais aussi dans ceux de la ­maçon­nerie, la ­charpente, la taille de la pierre, ­l'électricité...” Les retours de terrain s'avèrent très positifs, et la profession envisage de recruter 30 000 femmes d'ici à 2009.

La première difficulté : dénicher des professionnels qualifiés

Le climat de surchauffe actuelle explique que les particuliers peinent à trouver des entreprises compétentes. “Nous avons mis un an à ­dénicher des artisans qui acceptent de venir refaire notre salle de bains”, témoigne un couple de la région lilloise. En moyenne, le délai de préparation avant d'engager des travaux est de trois mois, et les professionnels restent la principale source d'information du grand public (à 70 %), selon Rénoscope 2006. D'après cette première étude de satisfaction lancée par le Club de l'amélioration de l'habitat, les ménages interrogés sur les travaux qu'ils avaient fait réaliser se plaignent, en majorité, des difficultés rencontrées avant le démarrage pour trouver une société sérieuse, mais aussi après la fin du chantier pour joindre les responsables quand surviennent des désordres. Si le choix de l'intervenant est crucial pour une rénovation sans histoire, c'est que dans la plupart des cas les sinistres proviennent d'un problème de mise en œuvre. Les produits actuels sont de plus en plus sophistiqués et exigent un travail précis, alors que, souvent débordées, les entreprises recourent à la sous-traitance pour ne pas perdre de commandes, et embauchent l'été des intérimaires peu formés. Les artisans suffisamment disponibles pour accepter de se déplacer et d'établir un devis ­détaillé ne courent plus les rues.

Recourir aux services d'un courtier en travaux

Cette conjoncture euphorique ­influe sur le nombre de désordres. Les professions de la rénovation ne sont pas encadrées. De son côté, le grand public est peu armé pour s'adresser aux techniciens et décoder les arcanes des devis. Si bien que, ces dernières années, de nouveaux intermédiaires sont apparus sur le marché via Internet pour les petits travaux de ­rénovation : le courtage en travaux et les devis en ligne. ­Il faut en connaître les limites, car, en réalité, leur client est l'entreprise en quête de chantiers...

Les courtiers en travaux présentent aux particuliers les professionnels du bâtiment de leur carnet d'adresses, sélectionnés selon leurs critères personnels. “Les entreprises nous rémunèrent directement en fonction des volumes globaux de chantiers que nous traitons ensemble. Certaines nous incluent dans leurs frais généraux comme service commercial extérieur”, explique Jean-Philippe ­Costa, courtier pour la société Illico (www.illico-travaux.com). Le client n'a rien à débourser en supplément, et bénéficie avec cet intermédiaire d'une assurance. En effet, ce prestataire est l'un des rares à avoir souscrit un contrat de groupe pour ses clients, de nature à régler les litiges éventuels : malfaçon, abandon de chantier... “En cas de­­­ ­retard, ce qui arrive très fréquemment, nous adressons des courriers pressants, et obtenons plus de résultats que le particulier en ­direct, et dans les cas plus graves, nous pouvons engager des procédures judiciaires”, précise Corinne Berthelier, de la Compagnie française de ­défense en protection, assurance partenaire de ce courtier en travaux qui dispose d'un réseau de 130 franchises. à la suite d'Illico, Activ travaux (www.activ-­travaux.com) et Eco travaux (www.eco-travaux.com) se sont lancés dans le secteur, mais sans l'avantage de l'assurance.

Faire établir un devis en ligne ou bénéficier de l'assistance d'un conseiller

Quant aux sites de devis en ligne, ils se contentent d'inscrire les entreprises qui paient leur écot (abonnement ou règlement par fiche client). Devispresto.com, par exemple, qui réunit 350 prestataires dans la construction et l'habitat, déclare vérifier l'existence légale par le numéro Siret. Au cas où aucun corps de ­métier ne répond, une recherche est effectuée... dans les pages jaunes 

Et l'on ne trouvera pas de charpentiers ou de maçons, aux carnets de commandes bouclés longtemps à ­l'avance, mais plutôt des peintres et des entreprises de rénovation intérieure.

Autre type d'intermédiaire, le service Objectifs travaux d'EDF. Pour 290 €, le client bénéficie de l'assistance d'un conseiller technique EDF, qui le met en relation avec des artisans et l'aide à choisir parmi les ­devis. Six mille professionnels sont répertoriés : électriciens, climaticiens, plombiers, fenêtriers et spécialistes de l'isolation. Chaque corps de métier s'engage à respecter les normes imposées par les réglementations existantes (DTU, etc.). EDF veille au respect des délais et recueille, à la fin des travaux, l'avis des clients, ce qui lui permet de surveiller les membres de son réseau.

Les signes de qualité garantissent les compé­­tences des artisans

Certaines cer­tifications mises en pla­ce par les organisations professionnelles méri­teraient plus de ­publicité. Ainsi, la ­Capeb, qui regroupe 100 000 artisans, a élaboré un système ­graduel. Le quart des entreprises peut se prévaloir actuellement d'un certificat d'identification professionnelle (CIP). “C'est l'équivalent du CV de l'entreprise, et en même temps la première marche qualitative. Les certificats sont désormais millésimés”, souligne Patrick Liebus, premier vice-président. Son ­obtention pour cinq ans suppose d'avoir fourni attestation d'assurance, diplômes, références de chantiers. En complément, les artisans peuvent investir dans une formation pour obtenir la mention “patrimoine”. Celle-ci concerne de manière générale le bâti d'avant 1940 (pas seulement les monuments historiques), et atteste qu'ils ont reçu les connaissances ­indispensables pour restaurer des habitations de style régio­nal. “Dans l'Ain, nous avons beaucoup de mai­sons en pi­sé sur lesquelles un enduit plas­tique serait catas­trophique par exemple, il faut faire appel à un artisan for­mé”, insiste Philippe Bost, de l'antenne de l'Ain. Sur le plan de la qualité de service, la Capeb a rédi­gé une charte d'engagements en cinq points (AB5). Elle garantit que le professionnel est compétent, assuré, qu'il rappellera rapidement le client après un premier contact, enverra un devis dans un délai d'une quinzaine de jours, respectera les clauses du devis et s'assurera que le client est satisfait.

La certification Qualibat reconnaît un ­savoir-faire précis

Les entreprises peuvent aussi faire une démarche auprès de Qualibat, organisme de certification, pour obtenir une reconnaissance technique de leurs compétences dans un domaine précis, poseur de tuiles à emboîtement ou à glissement par exemple (3 101). Cela leur sert souvent de ticket d'entrée pour par­ticiper à des appels d'offres sur les marchés pu­blics, et même pour pouvoir se faire ­assurer. Camif Habitat l'exige de son ­réseau agréé (voir plus loin). Il existe 417 quali­fications recensées, qui comptent 46 métiers du bâtiment. Actuellement, 40 000 sociétés sont certifiées pour une compétence, soit 13 % des effectifs d'ensemble. De même, une carte d'identification bâtiment – comparable au CIP de la Capeb – vient d'être mise au point par Qualibat comme première marche vers une reconnaissance officielle.

Tous ces signes de qualité figurent en bonne place sur les devis des entreprises qui peuvent s'en prévaloir.

Plusieurs intervenants, mais un seul interlocuteur

Une récente étude du Club d'amélioration de l'habitat insiste, par ailleurs, sur le souhait exprimé par les particuliers de traiter avec un interlocuteur unique qui va les dispenser de la coordination entre différents corps de métier. C'est ainsi que de nouvelles formules apparaissent : de plus en plus se développe ce que les artisans appellent communément la “cotraitance” – pour la distinguer de la sous-traitance, dont le cadre légal est ­défini. Ce simple arrangement consiste pour les artisans à se regrouper et à travailler en équipe en conservant chacun leur indépendance mais en ne présentant qu'un interlocuteur au client.

Souvent non formalisée entre les intervenants, la cotraitance tend, cependant, de plus en plus à prendre la forme d'un groupement momentané d'entreprises. Pour le temps d'un chantier, celles-ci signent une convention type, validée par le ministère de l'Artisanat et les organisations professionnelles, afin de fixer le cadre de la prestation et de désigner le mandataire commun qui sera en relation avec le particulier. Ainsi, le groupement d'artisans peut fournir des prestations globales. Pour la rénovation d'une salle de bains, par exemple, il n'est pas rare de voir s'associer un plombier, un carreleur et un électricien.

Ce montage s'est développé à l'origine pour contrer la multiplication des réseaux et des franchises. “Depuis que les cuisi­nistes ont raflé le marché aux artisans indépendants, qui n'interviennent plus qu'en qualité de sous-traitants, notre profession se méfie des réseaux et des intermédiaires”, ­affirme Patrick Lebius de la Capeb. Chacun passe un contrat avec le client en direct ou par le ­biais d'un autre professionnel. ­Le ­défaut du système pour le consommateur est d'avoir à démêler les responsabilités en cas de désordres ultérieurs. “à la suite d'un ravalement, une fissure dégrade l'une des façades. Or, le ravaleur refuse sa responsabilité et renvoie la faute sur le maçon”, ­témoigne un particulier.

Pour plus de sécurité, faire appel à un maître d'œuvre

Dans le cadre de la cotraitance, les artisans se regroupent, mais il n'y a pas de maître d'œuvre. Il ne faut pas confondre coordination de travaux et maîtrise d'œuvre. Le vrai maître d'œuvre est le professionnel qui engage sa responsabilité et dont l'assurance répond de tous les problèmes, de la conception technique du chantier aux suites de sa réalisation. Le plus souvent, c'est un architecte ; parfois, un technicien du bâtiment assuré à ce titre ; rarement un entrepreneur classique. Recourir à un maître d'œuvre permet au maître d'ouvrage (le particulier) d'obtenir le maximum de garanties, car les assurances de ces professionnels sont généralement les plus larges sur le marché du bâtiment.

Pourtant, le recours à un architecte reste assez marginal en France. L'étude du Club de l'amélioration de l'habitat chiffre leur intervention à moins de 7 % des cas, cela même pour des travaux importants. Ainsi, moins de 17 % des chantiers dont le coût dépasse 20 000 € sont confiés à un architecte.

Un chantier clés en main

Plusieurs ­réseaux se sont spécialisés dans le marché de la rénovation en proposant ce service de maître d'œuvre. La Camif a créé une ­filiale, Camif Habitat (en relais des centres d'énergie habitat), en 1997. Elle réalise des chantiers clés en main d'aménagement et de rénovation qui s'appuient sur un réseau national de 250 maîtres d'œuvre agréés. La fourchette de prix varie entre 2 000 et 400 000 €. L'intérêt pour le client est de disposer d'un interlocuteur unique Camif Habitat, qui, d'ailleurs, a la qualité de ­cocontractant et annonce des engagements précis comme de conduire le chantier jusqu'à son terme, même en cas de défaillance du prestataire. De son côté, la Compagnie des architecteurs hérite des plus grosses rénovations. Les particuliers lui confient de plus en plus leurs travaux (+ 25 % de chiffre d'affaires en 2006). Le réseau vient de lancer au salon Rénover une nouvelle offre étudiée pour sécuriser les consommateurs. “Ré-­habiter” reprend la même ­démarche pas à pas que Camif Habitat, avec des prix supérieurs. La visite technique est tarifée 180 € TTC (Camif Habitat la facture 60 € TTC). Ensuite, vient l'étude préliminaire. Le tarif moyen oscille entre 2 000 et 3 000 € pour une dizaine de jours de travail à temps complet (Camif Habitat en propose une à partir de 310 €). Si le client accepte le projet (et s'il consent à payer un pourcentage sur les frais des travaux), un contrat de maîtrise d'œuvre sera conclu, avec des ­garanties optimales.

Signalons que les particuliers bénéficient alors pour leur assurance dommages-­ouvrage de tarifs avantageux (moitié prix) grâce à l'accord passé entre la Compagnie des architecteurs et son assureur. Avec un interlocuteur unique, la double garantie de l'assurance architecte et promoteur, la ­garantie de parfait achèvement, la garantie décennale, etc., le client anxieux a tout pour être rassuré.

Marise Sargis


Mots-clés :

AMELIORATION DE L'HABITAT , ASSURANCE CONSTRUCTION , ENTREPRISE , REHABILITATION DE L'HABITAT , TRAVAUX




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