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La fureur déco

La fureur déco
Mars 2008
Le Particulier pratique n° 333, article complet.
Auteur : SARGIS (Marise)

Savez-vous que le vert est tendance, qu'un sticker change une ambiance, qu'un seul aplat de couleur réveille un mur, qu'il suffit de deux heures à un coach déco pour rendre votre intérieur audacieux ? La décoration se popularise.

Personne ne l'avait vu venir. La décoration est devenue la star du petit écran. Avec ses jours consacrés : le samedi (Question maison sur France 5 à 11 h 05, D & Co sur M6 à 13 h 05, Côté maison sur France 3 à 15 h 20, Change ta chambre sur France 2 à 17 h 05) et le dimanche (D & Co sur M6 à 18 h 55 et Téva déco sur Téva à 11 h). La lilliputienne émission de TF1 Du côté de chez vous 

s'est transformée fin 2006 en chaîne à part entière diffusée aux abonnés de Canalsat. Les présentateurs sont aussi connus du grand public que les vedettes de cinéma, que ce soit Valérie Damidot sur M6 ou l'architecte de Question maison, Philippe Demangeot, sans oublier Cendrine Dominguez sur Téva, et Tony Lemâle, animateur d'Intérieurs sur Paris Première, programme fort prisé des professionnels de l'aménagement intérieur. “Au début, les gens ne s'imaginaient pas que l'on pouvait changer à ce point un lieu avec si peu de chose, une touche de couleur par ci, des accessoires par là... Ce sont les styles proposés qui, je crois, ont fait le succès des émissions, surtout de M6”, analyse Manuel Gaudichon, auteur d'un blog couru sur Internet : www.leblogdeco.fr. Dans Téva déco, l'équipe de Cendrine Dominguez transforme le décor d'une pièce pour une somme de 1 000 €.

Ces émissions jouent souvent sur le spectaculaire à peu de frais, et misent à fond sur la peinture de couleur et le vinyle, avec son lot de trouvailles qui séduisent les petits budgets et les jeunes générations. Poser un sticker pour cacher une vilaine fissure sur un mur, repeindre un meuble, coller du vinyle sur les éléments tristounets d'une cuisine démodée, etc., relèvent de l'astuce pas chère. Les puristes s'arracheront les cheveux d'avoir vu, sur M6, une commode de style Louis XV revêtue d'une vulgaire couche de peinture acrylique, mais des millions de téléspectateurs se sont mis à rêver de changer leur intérieur.

Un fait de société doublé d'un phénomène commercial et éditorial

Les conseils d'aménagement se bousculent au rayon livres pratiques, comme Conseils de pro pour votre déco (éditions Eyrolles), de Tony Lemâle, Une maison tout en couleurs (éditions Hachette Pratique), de Valérie Damidot, Laissez parler vos murs (éditions Mango), de Cendrine Dominguez. Les noms des animateurs ont tendance à devenir des marques. Et les marques à s'associer. Par exemple, Dulux Valentine, partenaire de l'émission de M6 depuis 2006, vient de sortir une sélection de 18 teintes estampillées D & Co après avoir enregistré en un an une hausse des ventes de peintures murales de couleur de 40 %. Un chiffre record après une conjoncture en 2006 moins exubérante, marquée par des volumes de vente pour l'ensemble du marché en retrait de 0,30 %. Leroy Merlin propose aussi sa gamme de stickers D & Co. Encore récemment, l'enseigne plaçait en vedette dans ses rayons les produits vus à la télévision, comme au temps où les libraires composaient leur table hebdomadaire sur le programme d'Apostrophe.

La fréquentation des magasins spécialisés a augmenté de 19 % depuis 2002, et se féminise. Les publicités de Castorama mettent en scène des clientes. Chaque grande surface de bricolage édite son guide décoration, fourmillant de petits objets, de luminaires, etc., et de conseils choisis. La déco rejoint le loisir créatif, où l'on aime faire soi-même. La mode des stickers en est le reflet (voir encadré p. 44). Les sites Internet présentent des vidéos explicatives. Que ce soit Bricorama ou BricoPro, la priorité annoncée pour 2008 est de diversifier encore plus les produits de décoration. De l'univers travaux de rénovation, les pots de peinture ont glissé vers l'espace de la décoration intérieure, avec une offre élargie par la mode. Les machines à teinter partout se généralisent, parce que, justement, elles permettent de répondre subtilement aux demandes de plus en plus pointues des consommateurs.

Emissions de télé et Internet, premières sources d'inspiration

Celles-ci se sont démultipliées : les visites dans les magasins et les livres de décoration sont désormais devancés par les programmes télévisés (enquête de L'Observateur Cetelem 2007). Les conseils des vendeurs ou de l'entourage sont moins appréciés que ceux de la sphère médiatique. Et surtout, plus d'une personne sur deux pêche des idées sur Internet. Sur le Web, les férus de déco s'en donnent à cœur joie, et échangent astuces et bonnes adresses. Leblogdeco.fr, qui, depuis un an, reçoit 9 000 visites par jour, est emblématique de cette tendance. Informaticien de formation, Manuel Gaudichon y fait partager sa passion. “Sur Internet existe un Web caché, c'est-à-dire des sites peu accessibles au grand nombre, qu'il faut savoir dénicher. Au départ, je souhaitais juste faire connaître ce travail d'enquêteur, et mes trouvailles, comme le site japonais www.metaphys.jp, qui présente des objets avec de l'herbe verte poussant à l'intérieur”, raconte-t-il, étonné du succès que rencontre son blog... tout en relativisant : “La page la plus consultée est celle où est expliquée la façon de participer à l'émission D & Co.”

Le commerce en ligne prospère avec de petits objets design peu encombrants. Le tout jeune site www.absolumentdesign.com, créé en 2006, propose un catalogue de 600 produits coûtant entre 10 et 1 500 €, avec quelques grands succès comme les porte-clés pour entrées et vestibules Studio Manzano. Les professionnels trouvent aussi sur Internet une vitrine accessible. “Le problème d'Internet, c'est le foisonnement ; les gens y passent des heures, et finissent par oublier ce qui les avait fait venir”, dénonce Régine Andriès, décoratrice passée coach.

Une nouvelle prestation : la visite-conseil à domicile

Elle se facture autour de 150 €/h à Paris et de 50 €/h en province. Comptez au minimum 2 h, soit un budget de 100 à 300 €. Régine Andriès, qui justifie de 25 ans d'expérience dans la décoration, a déposé la marque Coaching déco à l'Inpi il y a 4 ans. Sa spécificité : avoir suivi une formation de coach. “Mon objectif est d'accompagner les personnes dans la phase de changement de leur intérieur en apportant des idées et en leur évitant des erreurs qui coûtent cher. C'est un métier qui nécessite de la psychologie, de la créativité et des compétences techniques, précise-t-elle. Généralement, les gens font tout dans le désordre ; ils commencent par la couleur de leurs murs, alors qu'il faut d'abord choisir le tissu en fonction du mobilier, ensuite les peintures et les sols.”

Bénéficier du coup d'œil d'un professionnel de la déco

Caroline Bernard est diplômée d'une école d'arts appliqués de Poitiers et professeur d'architecture d'intérieur. Elle travaille à 98 % pour le grand public. “Ma visite dure une heure et demie, je diagnostique les problèmes de circulation, de lumière, de hauteur, de perspectives, et optimise les rangements”, explique-t-elle. “Trop souvent, les gens optent pour un seul grand rangement, alors que les multiplier allège l'espace”, confirme Régine Andriès.

Certains conseillers cherchent à faire école. Franckd, qui se présente comme designer-chroniqueur-écrivain sur son site www.franckd.com, a élaboré une méthode de Relooking d'intérieur (marque également déposée à l'Inpi). Il forme ses élèves en 2 jours pour 720 € à la technique de la couleur et des volumes. Pour l'instant, neuf sont référencés sur son portail, www.relookingdinterieur.fr, moyennant une cotisation mensuelle. “Mon objectif pour fin 2008 est de créer un réseau national d'une cinquantaine de professionnels, avec un prix pour la visite-conseil de 149 €”, souligne Franckd, dont la clientèle francilienne se compose de cadres débordés, de femmes célibataires et de seniors. “Les couleurs et les formes agissent sur nos comportements, positionner correctement le mobilier est important pour le bien-être, insiste ce passionné de feng shui. Le problème le plus fréquent concerne la place du téléviseur et sa monopolisation par le mari 

L'utilisation de l'espace, sa fonction... je retrouve mon métier de designer.”

Le coaching en ligne existe également. Sur le site www.planetmaison.com, lancé en 2006 par Cendrine Dominguez (100 000 “visites uniques” par mois), la page e-coaching est la plus consultée. Sans se déplacer, uniquement à partir des photos d'intérieur envoyées par le client et un questionnaire, un styliste de l'équipe propose ses idées pour 350 €.

Coach, une profession encore peu encadrée

La décoration se démocratise, même les cadres moyens recourent aux services d'un coach, terme qui s'applique à des professionnels de tous horizons. Car le conseil, c'est l'auberge espagnole : chacun y apporte son identité, sa sensibilité, mais aussi son cursus. Ainsi, le titre de décorateur n'est pas réglementé. Quant à celui d'architecte d'intérieur, il recouvre une grande variabilité de niveaux. Le diplôme est délivré par une pléthore d'écoles privées dans des conditions souvent laxistes comparées à l'extrême sélectivité du secteur public, représenté par l'école Boulle ou l'école nationale supérieure des arts décoratifs (Ensad). La mention CFAI ou Unaid qui suit parfois le titre d'architecte d'intérieur signe une “homologation” par des instances de la profession. L'inscription est réservée aux titulaires d'une formation Bac + 5. Sinon, deux diplômes d'état se complètent, le diplôme supérieur d'arts appliqués (DSA de niveau Bac + 4) et le BTS d'architecte d'intérieur, rebaptisé pour mieux se conformer à l'air du temps “design d'espace”. La question de la formation mérite d'être posée au moins pour des travaux d'envergure qui concernent les structures.

Le coaching s'arrête généralement à la prestation de conseils. Il comprend éventuellement l'accompagnement en magasin, la fourniture de quelques adresses, la liste de matériels, l'esquisse du décor, mais pas le suivi de chantiers ni l'intermédiaire avec les artisans. “Dans le temps, la majorité des décorateurs suivaient les travaux de leurs clients et recevaient des commissions des commerçants qui leur ouvraient des comptes, leur assurant une partie de leur rémunération”, dénonce Sophie Ferjani, architecte d'intérieur à Romainville, qui se consacre exclusivement à l'activité “sèche” de conseils. Ses clients habitent aussi bien à Paris dans les quartiers huppés que dans des lotissements de périphérie. Le salon est la première pièce refaite, c'est elle la plus vue, puis viennent la salle de bains et la cuisine, de plus en plus ouverte.

Le souhait du client : un intérieur à son image

“Les gens veulent des solutions originales, pas celles de leurs voisins ni exactement celles qu'ils ont remarquées à la télévision”, précise la décoratrice. La mode de la couleur à tout crin et des stickers a déjà lassé le public exigeant, qui choisit de passer par un conseiller. “Une femme m'a contactée pour changer son intérieur, qu'elle trouvait trop froid, mais en insistant pour ne recourir ni aux couleurs ni aux stickers 

” Le métier est fondé sur l'écoute. “Je n'utilise jamais une teinte gratuitement, c'est toujours justifié par un fil conducteur qui dépend du lieu même et de ses habitants. C'est ce qui fait le côté passionnant de cette activité, on ne peut pas cloner des solutions”, explique Sophie Ferjani.

La télévision a popularisé l'univers de la décoration, fait découvrir des tendances, donné des envies mais, comme dans toute mode, un fort renouvellement s'impose. “Un client écœuré par le tout chocolat voulait un salon gris. J'ai travaillé à réchauffer la pièce avec l'éclairage, et en créant des coins avec des ambiances”, glisse Sophie Ferjani.

La décoration est devenue un objet de consommation périssable, renouvelable et désirable, avec une particularité : elle doit rester personnalisée. Chacun souhaite un intérieur qui le reflète. Les coachs en décoration sont des interprètes. Tout le contraire du home staging (voir notre entretien p. 46), qui débarque en France et qui, à l'inverse, dépersonnalise votre maison pour que vous la vendiez mieux.

Marise Sargis


Mots-clés :

AMELIORATION DE L'HABITAT , ARCHITECTE , PAPIER PEINT , PEINTURE , TRAVAUX




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