Toute l’information juridique et patrimoniale
pour prendre les bonnes décisions
Accueil > Vie pratique > Assurances > Se passer de sa mutuelle, un calcul rentable

Se passer de sa mutuelle, un calcul rentable

Se passer de sa mutuelle, un calcul rentable
Juin 2007
Le Particulier n° 1014, article complet.
Auteur : LEROUX (Eric)

Avec l'envolée du prix des mutuelles et des assurances complémentaires santé, beaucoup d'assurés sociaux choisissent de se passer de cette protection. Un choix qui peut se révéler tout à fait rentable et dénué de risques. Qu'en est-il pour vous ?

Depuis la grande réforme de 2004 de la Sécurité sociale, les tarifs des mutuelles et des assurances complémentaires santé se sont accrus de plus de 20 %. Pour une couverture simple, limitée au ticket modérateur, la note atteint déjà 250 à 300 € par an pour un jeune trentenaire, dépasse fréquemment les 400 € à 45 ans et frôle les 600 € pour un sexagénaire. Cela, pour chaque personne assurée, ce qui fait que la complémentaire santé pèse lourd dans le budget des couples et des familles, en passe de devenir le premier poste d'assurance, devant la voiture et l'habitation. Et malgré cela, les dépenses les plus onéreuses pour les patients – car peu remboursées par l'assurance maladie – restent mal prises en charge par les complémentaires santé. Les soins dentaires lourds, les lunettes et lentilles ou le recours aux médecines alternatives obligent ainsi la plupart des patients à en financer eux-mêmes une large partie ou à se satisfaire de prestations ne répondant pas complètement à leurs besoins. Il existe bien des contrats complémentaires haut de gamme, aux prestations plus étendues, mais leur prix est tel qu'il vaut souvent mieux payer soi-même les dépenses les plus lourdes lorsqu'elles se présentent que de régler une cotisation très importante tous les ans. Sauf lorsqu'on a une protection complémentaire obligatoire (dans le cadre de son entreprise), il y a donc de quoi s'interroger sur l'intérêt réel de consacrer des sommes de plus en plus élevées à cette protection. Cela aussi bien pour ceux qui en ont déjà une et s'interrogent sur l'opportunité de la conserver, que pour ceux qui n'en ont pas encore et qui se demandent s'il faut en prendre une. En particulier, les jeunes qui débutent dans la vie et les nouveaux retraités qui, en quittant leur entreprise, ont aussi perdu le bénéfice de leur "mutuelle" largement payée par l'employeur, et qui doivent désormais payer seuls cette protection.

Vivre sans mutuelle ne prive pas de protection sociale majeure.

La question mérite d'autant plus d'être posée que, contrairement à une idée répandue, vivre sans mutuelle ne veut pas dire vivre sans protection sociale digne de ce nom. En réalité, c'est la Sécurité sociale (l'assurance maladie) qui finance l'essentiel de vos dépenses de santé. En 2005, elle a pris en charge 78 % des 151 milliards d'euros des dépenses de soins et de biens médicaux. Les complémentaires en ont remboursé 13 %, et les ménages en ont conservé 9 % à leur charge. Et l'assurance maladie fonctionne sur des bases plus solidaires que celles des mutuelles : chacun y cotise selon ses revenus et les prestations sont identiques pour tous. En cas de maladie grave ou d'intervention chirurgicale, la Sécurité sociale prend en charge à 100 % les dépenses engagées. Si vous devez être opéré pour une appendicite, vous ne paierez que le ticket modérateur de 18 € instauré par la réforme de 2004, le forfait hospitalier de 16 € par jour et les éventuels suppléments d'éléments de confort comme la mise à disposition d'une chambre particulière. La Sécurité sociale prend également en charge à 100 % l'ensemble des dépenses (consultations de généraliste et spécialiste, traitements et examens) liées à une trentaine d'affections lourdes et nécessitant des soins de longue durée, telles qu'un cancer ou une maladie de Parkinson. À l'exception de la participation forfaitaire d'un euro, que, de toute façon, les complémentaires ne remboursent pas. Quant aux dépenses pas ou mal prises en charge par l'assurance maladie, comme les soins dentaires, les lunettes, les appareils auditifs, ou encore les dépassements d'honoraires de certains praticiens, les complémentaires ne sont pas d'une grande aide. La plupart des formules simples ne complètent que très partiellement les remboursements de l'assurance maladie. Dès lors, avec ou sans mutuelle, ceux qui n'ont pas les moyens de les payer sont souvent contraints de se passer de ces soins.

Assurances et mutuelles interviennent surtout pour les petites dépenses.

Restent donc les dépenses courantes, celles qui sont occasionnées par les petits bobos, les maladies passagères. À partir du moment où ces soins ne sont pas liés à l'une des maladies graves évoquées plus haut, l'assurance maladie n'en prend en charge qu'une partie, généralement comprise entre 60 et 80 % du "tarif de convention" (voir p. 69). La différence, appelée le "ticket modérateur", est assumée par l'assuré social, ou par sa complémentaire s'il en a une. Une consultation de médecin généraliste facturée 21 € est ainsi remboursée 13,70 € par la Sécurité sociale. Sans mutuelle, c'est vous qui supportez la différence, soit 7,30 €, une somme relativement raisonnable, équivalant, par exemple, au prix d'un ticket de cinéma... Pour une consultation à 37 € chez un neurologue, c'est 24,90 € que vous recevrez de la Sécu, soit un reste à charge de 12,10 €. Un passage par la pharmacie avec une note de 50 € vous amènera à sortir 17,50 € de votre poche, et 100 € d'examens biologiques vous feront débourser de 30 à 40 €. Même si vous avez une santé fragile, il faut donc une consommation médicale particulièrement soutenue pour que la totalité des tickets modérateurs dépasse la cotisation à une mutuelle. En allant dix fois chez le médecin dans l'année, en consultant quatre spécialistes et en dépensant 300 € d'examens divers et 300 € de médicaments, le cumul des tickets modérateurs serait de 332 €. D'autant qu'il est rare qu'une telle fréquence de soins se reproduise chaque année si vous n'êtes pas atteint d'une maladie grave (qui, rappelons-le, est prise en charge à 100 %).

Vous pouvez gagner à être votre propre assureur.

À long terme, vous avez donc de bonnes chances d'être gagnant en devenant votre propre assureur pour la part des dépenses non remboursées par la Sécurité sociale. C'est tout aussi vrai si vous avez de jeunes enfants, car le prix des complémentaires atteint des niveaux très élevés, alors que le risque est très faible de voir toute la famille tomber sérieusement malade en même temps et consommer en quantité soins et médicaments. Les économies réalisées en ne souscrivant pas de complémentaires permettent, logiquement, de faire face facilement aux dépenses à engager pour les soins nécessaires, même si l'un des membres a de gros besoins pendant une période déterminée. C'est ce que montrent nos exemples p. 68 et 69, avec, à la clé, un budget santé qui peut être réduit de 30 à 40 % sur plusieurs années. En effet, les années de faibles dépenses permettent de supporter celles, plus délicates, de dépenses plus lourdes. Cependant, nos exemples montrent aussi que, certaines années, les frais de santé peuvent atteindre quelques centaines d'euros. Il faut donc avoir des réserves financières en conséquence pour ne pas devoir reporter les soins nécessaires, en cas d'ennuis en série. Si vous ne disposez pas de telles réserves, ou en attendant de les avoir constituées, il est plus prudent de prendre une assurance complémentaire. Elle garantit la stabilité de votre budget pour tout ce qui concerne le ticket modérateur. Mais autant retenir une formule la moins chère possible, comme celle proposée par le groupe de prévoyance Ionis. La première option de ses garanties coûte 204 € par an à 30 ans et 480 € à 60 ans. En outre, les personnes aux ressources modestes peuvent voir le coût de cette protection complémentaire partiellement pris en charge par l'État (voir ci-dessous).

Le seul gros risque à assurer : l'hospitalisation non prise en charge à 100 %.

Nos exemples des p. 68 et 69 mettent aussi en évidence le seul vrai gros risque auquel vous êtes exposé sans mutuelle, celui d'une hospitalisation que la Sécurité sociale ne prend pas en charge à 100 %. Cette situation est rare mais néanmoins possible, notamment si vous êtes hospitalisé sans actes thérapeutiques ou diagnostiques importants. Une journée dans un service de réanimation coûte, par exemple, aux environs de 2 000 €, dont la Sécurité sociale ne remboursera que 80 %. Soit 400 € par jour à votre charge, plus 16 € de forfait hospitalier. Si, à la suite d'un malaise inexpliqué, vous êtes envoyé 3 jours en réanimation puis passez 10 jours en observation dans un service de médecine (1 000 €/jour environ dont 200 à votre charge), votre note s'élèvera à 3 408 € avec le forfait hospitalier

Vous pouvez être amené à payer ce ticket modérateur de 20 % pendant les 30 premiers jours d'une hospitalisation, puisque c'est seulement à partir du 31e jour d'hospitalisation que la prise en charge à 100 % est assurée par la Sécurité sociale, dans tous les cas. Une hospitalisation peut donc vous coûter jusqu'à 6 000 € et plus, mais ce risque ne doit pas être surévalué : la durée moyenne d'hospitalisation est de 8 à 10 jours, et les cas d'hospitalisation longue en dehors de toute intervention chirurgicale sérieuse et de toute maladie grave sont rarissimes. Il faut cependant être en mesure d'y faire face lorsque l'on vit sans mutuelle.

Si vous n'avez pas les réserves financières suffisantes, la solution consiste à prendre en charge vous-même vos soins de ville, de dents ou d'optique, et à souscrire une assurance qui interviendra uniquement pour les dépenses d'hospitalisation. Cette solution vous coûtera bien moins cher qu'une complémentaire classique (voir tableau p. 66) : quelques euros par mois, ou quelques dizaines d'euros par an. Sachez cependant, si un tel contrat vous intéresse, que vous devrez certainement insister pour qu'on vous le propose : assureurs et mutuelles les mettent très rarement en avant, car ils sont moins rentables, en raison de la modicité des cotisations demandées, que les formules plus étendues. Attention, par ailleurs, à ne pas confondre ces formules avec celles appelées "assurance hospitalisation", fréquemment proposées en vente par correspondance, et qui garantissent, en cas d'hospitalisation seulement, le versement d'une indemnité forfaitaire, fixée par contrat, mais qui laissent à votre charge l'éventuel ticket modérateur de 20 %.

Épargnez chaque mois l'équivalent d'une cotisation d'assurance complémentaire.

Que vous choisissiez de vous passer totalement de mutuelle, ou d'opter pour une couverture complémentaire la plus limitée possible, il est indispensable de vous constituer une réserve d'argent suffisante pour faire face à vos frais de santé. L'idéal consiste à épargner chaque mois les sommes que vous auriez consacrées à l'assurance. Placées sur un livret d'épargne sans frais ni impôts (Livret A ou Bleu, Livret de développement durable, ex-Codevi), elles pourront fructifier tout en restant immédiatement disponibles pour financer la part des dépenses que vous aurait remboursées une mutuelle. Tant que vous serez en bonne santé, sans ennuis majeurs ou répétés, ce capital progressera régulièrement et vous permettra d'affronter sereinement vos frais de soins à venir. Lorsqu'il aura atteint une valeur importante, il sera judicieux d'en placer une partie sur un produit d'épargne à plus long terme, pour profiter d'une meilleure rémunération, comme un fonds en euros d'assurance vie, sûr et sur lequel l'épargne reste facilement disponible (voir le no 1011 du Particulier, p. 30). Ainsi, au fur et à mesure que votre âge avancera, vous disposerez d'une réserve conséquente pour faire face à l'augmentation prévisible de vos dépenses de santé. Une augmentation qu'il ne faut cependant pas surestimer : la plupart des grosses dépenses de soins des personnes âgées entrent dans le cadre d'affections de longue durée, prises en charge à 100 % par la Sécurité sociale. Toutefois, les dépenses d'optique, de prothèses dentaires ou auditives pèsent lourd elles aussi.

Comportez-vous en assuré social responsable.

Dans tous les cas, avant de piocher dans vos réserves pour financer vos dépenses, vérifiez que vous ne disposez pas déjà d'une couverture. Cela peut être le cas si vous ou un membre de votre famille êtes victime d'un accident, puisque diverses assurances peuvent alors intervenir. L'assurance scolaire des enfants, celle souscrite en même temps que l'adhésion à un club de sport, ou une assurance "accidents de la vie". Il serait alors dommage de ne pas en profiter. Reste enfin à préciser que la vie sans mutuelle s'adresse principalement à des assurés sociaux responsables. C'est-à-dire qui vérifient leur armoire à pharmacie avant de renouveler une ordonnance, privilégient les médicaments génériques moins chers, évitent de multiplier les consultations et examens inutiles (le panoramique dentaire fait il y a 6 mois peut encore servir), ou qui font l'impasse sur les médicaments de confort. Mais également aux adeptes des médecines alternatives, dont la consommation médicale est principalement centrée sur des consultations mal remboursées par les tous les organismes sociaux, complémentaires comprises.

Éric Leroux


Mots-clés :

ASSURANCE COMPLEMENTAIRE MALADIE , ASSURANCE MALADIE COMPLEMENTAIRE , CONSULTATION MEDICALE , HONORAIRE , MEDECIN , MUTUELLE , PRIX




Outils pratiques :
Préparer votre retraite
Faites appel à un expert pour anticiper et compléter vos futurs revenus

Recommandé par

Votre adresse est conservée par le Particulier, pour en savoir plus / se désinscrire

Bannière Tous simulateurs 1000*104

Bannière Choix patrimoniaux

Forum bannière

 

Bannière e-Particulier