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Cambriolage : Les systèmes de protection sont-ils efficaces ?

Cambriolage : Les systèmes de protection sont-ils efficaces ?
Mai 2011
Le Particulier Pratique n° 368, article complet.
Auteurs : RISTE (Christine), COUNE (Isabelle)

Le nombre d’habitations cambriolées ne faiblit pas, bien au contraire. Pour éviter cette atteinte à leurs biens, les Français s’équipent. Mais les systèmes de sécurité utilisés les protègent-ils vraiment ?

Face aux statistiques anxiogènes (5,20 cambriolages en 2010 pour 1 000 habitants), quelle attitude doit-on adopter ? Faut-il transformer son habitation en une réplique de Fort Knox ? Les protections contre le cambriolage, qu’elles soient mécaniques (porte blindée, serrure A2P, etc.) ou électroniques (alarme, système de télésurveillance…) sont-elles efficaces ? Oui, pour les Français, qui s’équipent massivement. En 2010, 40 % des ménages disposaient d’un digicode ou d’une caméra ; 45 %, d’une porte blindée ; 8,80 %, d’une alarme ; 10,80 % bénéficiaient de la présence d’un gardien et 23,30 % avaient un chien, d’après une étude de l’Insee (1) sur l’enquête “cadre de vie et sécurité”. Pourtant, à la lecture de cette même étude, on peut légitimement avoir quelques doutes sur l’efficacité de ces protections.

Les blindages et les alarmes sont sans effet sur le taux de vol

“En considérant l’ensemble des cambriolages et des tentatives, il n’y a pas d’effets statistiquement significatifs sur le fait de posséder, ou non, des équipements de sécurité, explique Cyril Rizk, responsable des statistiques à l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). À l’exception de la présence d’un gardien, qui tend à faire baisser légèrement le risque.” Ce sont d’autres critères qui jouent : tout d’abord, habiter une zone où il y a déjà eu des ­cambriolages, puis avoir un niveau de vie élevé – les 10 % de foyers les plus aisés sont davantage exposés –, enfin, vivre en ville. Cette analyse mérite, toutefois, d’être affinée. Si ces critères influent incontestablement sur la probabilité d’être cambriolé, indépendamment du fait d’être équipé ou pas, cela ne veut pas forcément dire que les dispositifs utilisés soient complètement inefficaces. “Certes, les ménages qui se protègent ne sont pas moins victimes de cambriolages ou de tentatives de vol. Mais l’étude montre également que les particuliers s’équipent davantage s’ils ont connaissance de cambriolages dans leur entourage, poursuit Cyril Rizk. On peut donc se demander si ceux qui s’équipent ne sont pas aussi les plus exposés, d’où l’efficacité relative des protections.”

Des habitations plus vulnérables que d’autres

Quand il s’agit de définir l’exposition aux cambriolages, les clichés correspondent bien à la réalité, souligne Denis Benoist, gérant de la société de protection Sepiaa : “Les maisons isolées et les rez-de-chaussée sont plus vulnérables que les autres logements. Pour les premières, les cambrioleurs ne seront pas dérangés, et il est très facile de s’enfuir des seconds. Par ailleurs, il faut aussi se protéger davantage si l’on a une terrasse, une baie vitrée, un balcon et/ou des fenêtres facilement accessibles.” Les particuliers, assistés ou non d’une société de sécurité, feront leur choix parmi les détecteurs d’ouverture, les analyseurs de bris de vitre, les détecteurs volumétriques, périmétriques, périphériques, etc. “Tout est dans l’art et la manière de placer ces détecteurs, et de les régler pour éviter les déclenchements intempestifs, précise Frédéric Peyrot, directeur marketing et technique de Delta Security Solutions.
L’installation doit donc être parfaitement étudiée. Par exemple, il ne faut pas placer un détecteur volumétrique près d’une baie vitrée. Comme il capte les infrarouges, au moindre rayon de soleil, il risque de se déclencher. Il en sera de même s’il est mis près d’un radiateur ou d’une climatisation. “Un détecteur de détérioration se déclenchera si une vitre est cassée. Mais il sonnera aussi au passage d’un camion si la vitre n’est pas solidaire de la fenêtre”, prévient Frédéric Peyrot. Jean-Pierre Rominger, gérant de la société de télésurveillance et d’installation d’alarmes Omni, lui, met en garde contre les détecteurs volumétriques qui ne repèrent pas les animaux de petite taille et de faible poids : “Le risque de déclenchements intempestifs est très élevé. Les voisins vont s’habituer à ces sirènes et ne réagiront pas le jour J. Sans compter qu’il ne faut pas sous-estimer la participation des enfants aux cambriolages.”

L’effet dissuasif des équipements de sécurité

Si les protections ne garantissent pas l’inviolabilité du domicile, elles ont, néanmoins, un effet dissuasif. “La plupart des cambrioleurs cherchent la facilité. Ils passeront à l’habitation d’à côté si la première est un peu compliquée à ouvrir, explique Alexandre Offroy, chef du groupe cambriolage au sein du service d’investigation transversale de la police à Paris. La preuve, la première chose que les cambrioleurs font est de regarder si c’est ouvert. Dans les immeubles, ils jettent quasi systématiquement un coup d’œil aux boîtes aux lettres, au cas où un résidant y aurait déposé ses clés. Une mauvaise habitude qu’ont pourtant encore beaucoup de personnes, tout comme de laisser ouvertes des fenêtres facilement accessibles, notamment la nuit en été.”
Faut-il en déduire que des protections, notamment les sirènes des alarmes, placées bien en vue seraient plus efficaces ? Non. Selon Marc Rumeau, président de Sitex, société spécialisée dans la protection des locaux vacants, “le système de protection peut être perçu comme un signe extérieur de richesse, et donc tenter les malfrats. Cela peut aussi être ressenti comme un challenge, un défi à relever”. Par conséquent, il vaut mieux installer l’enceinte d’alarme à l’abri des regards, dans un endroit difficile à atteindre – le pignon, par exemple –, à condition, bien sûr, de ne pas laisser traîner une échelle à proximité. En effet, les voleurs, notamment quand ils s’attaquent à une maison isolée, peuvent aussi chercher à neutraliser les sirènes. Pour ce faire, ils décrochent les haut-parleurs et les plongent dans l’eau, ou vaporisent de la mousse à expansion dessus. Ils peuvent aussi les détruire au gros calibre, mais c’est plus rare.

Retarder ou gêner le cambrioleur

Si les protections n’empêchent pas les cambrioleurs de pénétrer dans les logements, elles retardent tout de même leur intrusion. Une serrure A2P 3 étoiles est ainsi censée résister 15 min à une attaque. Par ailleurs, “quand l’alarme se déclenche, le cambrioleur reçoit 110 dB dans les oreilles ! Il va rester 2 min, puis prendre la fuite. Seul celui qui s’y connaît un peu sait qu’il a au moins une dizaine de minutes devant lui avant une intervention. Le voleur stressé par une alarme dérobera forcément moins de choses que s’il avait pu prendre son temps. Et surtout, il ne vandalisera pas la maison”, assure Marc Rumeau. Les alarmes, reliées ou non à un centre de télésurveillance, font ainsi baisser le préjudice lié aux effractions ou aux tentatives de cambriolage avec dégâts, dont le montant moyen est estimé à 3 600 € (source ONDR) (2). Et si globalement les tentatives de vol sont aussi fréquentes que les cambriolages (50/50), le fait d’avoir une alarme fait bouger la proportion à 40/60. Quoi qu’il en soit, les cambrioleurs ne déménagent plus les maisons comme autrefois. Ils volent des bijoux (38,10 % des cas) ; du matériel hi-fi, photo, vidéo, notamment des téléviseurs, des ­lecteurs vidéo, des enceintes acoustiques ou des appareils photo (33,70 %) ; de l’argent en espèces, des chéquiers, des cartes bancaires (26,30 %) ; de l’équipement informatique (18,70 %). Ne pas laisser traîner ce type de biens, voire les cacher, semble donc être un moyen efficace pour que nombre de cambrioleurs repartent bredouilles. Mais évitez les cachettes trop connues comme la corbeille à linge sale ou le tablier de la baignoire. Seul un coffre-fort scellé au sol protège réellement vos valeurs.

La porte, l’accès favori du monte-en-l’air

D’après l’ONDRP, les cambrioleurs passent par la porte d’entrée dans 56 % des cas, mais ce taux englobe des variations selon les types d’habitations : dans les immeubles de moins de 10 logements, les portes sont fracturées dans 73,60 % des cas ; dans ceux de plus de 10 appartements, elles sont forcées dans 75 % des cas ; dans les maisons individuelles, elles le sont dans 45 % des cas. L’écart entre les chiffres communiqués par la police – qui indique, elle, que 80 % des cambrioleurs entrent par la porte – et ceux de l’ONDRP s’explique par le fait que l’Observatoire ne retient pas dans son champ d’étude les cambriolages sans effraction ; par exemple, lorsque la porte n’était pas verrouillée, que les voleurs ont trouvé les clés dans la boîte aux lettres ou qu’ils ont eu recours à la ruse en se faisant passer pour un agent du gaz ou de l’électricité.
Cela dit, les chiffres de la police comme ceux de l’ONDRP invitent tout de même à renforcer sa porte d’entrée. “Il faudra surtout éviter les espaces entre le bâti et la porte, de telle sorte qu’elle ne soit pas forcée avec un tournevis ou un pied-de-biche”, explique Alexandre Offroy, qui précise que même une porte blindée peut être dégondée. Sur les portes classiques, les cambrioleurs délaissent le pied-de-biche, trop visible. Ils opèrent maintenant avec de gros tournevis et des bouchons en liège pour tendre la porte en arc : ils commencent par chercher un endroit où elle est souple ; en poussant, ils y glissent un bouchon en liège, puis font levier avec un gros tournevis. Ils reprennent une assise au-dessus du bouchon et le font remonter vers le point d’ancrage. L’ancrage situé dans le dormant casse comme du verre. Selon l’ONDRP, les autres modes d’entrée possibles – forcer une fenêtre, escalader un mur et se servir de fausses clés – ont été utilisés dans, respectivement, 19,20 %, 11,80 % et 3,70 % des cambriolages d’appartements et de maisons. Concernant les seules maisons individuelles, une fenêtre a été forcée dans 27 % des cas, mais pas toujours en cassant le vitrage, car cela fait trop de bruit.

L’absence des résidants, un moment de prédilection

Près de deux fois sur trois, le logement est inoccupé lors du cambriolage. Le créneau 14-16 h, les jours scolaires, serait ­particulièrement sensible. “Près de 80 % des vols ont lieu en journée, quand les gens travaillent, précise Alexandre Offroy. Les cambrioleurs sonnent d’ailleurs assez systématiquement pour s’assurer qu’il n’y a personne.” Autant dire que les fabricants de simulateurs de présence doivent désormais redoubler d’inventivité pour que leurs appareils soient efficaces (voir l’encadré p. 38). En effet, l’assaillant a tendance à fuir lorsque le logement est occupé. Cela dit, dans 17,80 % des cas, la personne qui était sur place ne s’est aperçue de rien. Les auteurs ont été vus ou entendus lors de 16,60 % des vols et pour 1,10 % d’entre eux, des violences ont été exercées à l’encontre d’une personne au moins. Une proportion relativement faible, qui, selon Alexandre Offroy, s’explique par la peine encourue : “Les cambrioleurs savent que s’ils n’utilisent pas la violence ils risquent entre 1 et 3 ans de prison, ce maximum étant atteint s’ils sont déjà connus des services de police. En revanche, s’il y a violence, ils peuvent être condamnés à 3 ans de détention s’ils n’ont pas de casier judiciaire, et jusqu’à 10 ans pour un vol avec violence en réunion par exemple.”

L’été et les fêtes de Noël, des périodes à forts risques

Il existe une saisonnalité pour les cambriolages : deux périodes basses, de janvier à avril et de septembre à novembre ; une période moyenne, en mai-juin ; deux périodes hautes, en juillet-août et en décembre, selon l’ONDRP. “Les périodes hautes correspondent aux vacances, pendant lesquelles les personnes quittent leur logement”, explique Cyril Rizk.
Pour lutter contre cette délinquance pendant les périodes de vacances, les polices municipales ont mis en place l’“opération tranquillité vacances”. Muni d’un justificatif de domicile et d’une pièce d’identité, vous pouvez déclarer au commissariat de police municipale les dates auxquelles vous serez absent de chez vous. Un policier passera au moins une fois par jour à votre domicile pour s’assurer qu’il n’a pas été cambriolé. Encore faut-il qu’il puisse arriver jusqu’à votre porte. Pour les maisons, cela signifie que les occupants auront laissé le portail ouvert – ce qui paraît très risqué. Les copropriétaires ou les locataires d’immeubles avec accès par badge électronique de type Vigik ne peuvent pas avoir recours à ce service, car la police ne possède pas de tels badges, contrairement aux facteurs. Au final, seules les personnes habitant dans des immeubles équipés d’un digicode – à condition de donner le code d’entrée à la police – pourront bénéficier de ce service. Si le déplacement une fois par jour à votre domicile n’empêche pas un cambriolage, il a le mérite d’éviter le “surcambriolage”, quand l’habitation a déjà été visitée une première fois.

Christine Riste et Isabelle Coune


Mots-clés :

ALARME ANTI VOL , CAMBRIOLAGE , LOGEMENT , SECURITE




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