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Teintures capillaires : des couleurs à risque

Teintures capillaires : des couleurs à risque
Octobre 2014
Le Particulier Pratique n° 405, article complet.
Auteur : RISTE (Christine)

➜ Les teintures permanentes, pas inoffensives Elles peuvent irriter la peau, provoquer des allergies ou être toxiques, surtout lorsqu’elles sont fréquentes.

➜ Des colorations dites “naturelles” moins agressives Même si elles contiennent quelquefois un agent alcalin pour assurer la tenue de la couleur.

Se teindre les cheveux, une pratique ancestrale devenue presque banale. Des molécules chimiques ont pourtant largement remplacé le henné ou l’indigo. Qu’en est-il des différentes formules et de leurs éventuels effets secondaires ? (Voir l'encadré “Choix de votre teinture : jouez la sécurité”).

Faut-il redouter les teintures permanentes ?

La coloration permanente (ou durable), la seule qui couvre 100 % des cheveux blancs et qui permette d’éclaircir ou de changer la couleur de base, est une coloration d’oxydation, lors de laquelle le cheveu est attaqué chimiquement pour pouvoir être recoloré de l’intérieur. Grâce à l’ammoniaque ou à l’éthanolamine (agents alcalins) contenue dans le produit, les écailles des cheveux se soulèvent. Les autres substances peuvent alors pénétrer dans la fibre capillaire : un oxydant (de l’eau oxygénée ou du peroxyde d’hydrogène) décolore les pigments naturels du cheveu et permet la fixation des agents colorants. La couleur est comme emprisonnée dans le cheveu. Raison pour laquelle la coloration est permanente : elle ne s’élimine pas avec un shampoing et dure jusqu’à ce que les cheveux repoussent. Pour restaurer l’intégrité du cheveu attaqué chimiquement (qui devient sec et cassant), un “conditionneur” – une crème de soins riche en huile ou en silicone – est fourni avec le produit colorant.

Pas d’oxydation avec les produits ton sur ton ?

Une coloration ton sur ton (dite aussi temporaire, semi-permanente ou fugace) ne modifie pas la structure du cheveu : ce dernier est enrobé par les colorants, qui restent à sa périphérie. Dans la plupart de ces formules, il n’y a pas – ou que très peu – d’oxydant et d’agent alcalin tel que l’ammoniaque, mais des solvants (alcool et eau) qui servent à gonfler le cheveu, permettant ainsi aux colorants d’y pénétrer légèrement. Ces teintures – qui donnent une couleur voisine de celle de base, la nuancent ou lui apportent des reflets – s’estompent après six ou dix shampoings, et il y a un effet de transparence : la couleur d’origine du cheveu se voit sous celle de la coloration. Aussi les marques déconseillent-elles ces produits aux personnes ayant plus de 50 % de cheveux blancs. Une coloration ton sur ton est donc beaucoup moins agressive qu’une coloration d’oxydation, mais moins efficace.

Quels sont les effets indésirables ? 

Les colorations capillaires peuvent avoir des effets secondaires qui sont loin d’être anodins. Certains ingrédients utilisés peuvent irriter la peau, provoquer des allergies, et même être toxiques. Sur les 157 signalements de cosmétovigilance traités en 2013 par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), 21 concernaient les teintures capillaires. “Le type d’incident est une hypersensibilité retardée dans 90 % des cas”, explique l’ANSM. Autrement dit, une réaction allergique. Il ne fait aucun doute que le nombre de cas d’effets indésirables engendrés par des teintures capillaires est sous-estimé, le dispositif de cosmétovigilance français, qui existe depuis 2004, restant largement méconnu des consommateurs. À l’automne 2013, 60 Millions de consommateurs a révélé que la teinture Inoa Ultra Blond de L’Oréal ­Professionnel (retiré des salons de coiffure depuis) avait provoqué la perte et la casse de cheveux chez de nombreuses clientes. Sollicité, L’Oréal n’a pas souhaité répondre à nos questions. Depuis la publication, en 2001, dans l’International Journal of Cancer d’une étude de chercheurs californiens montrant que le risque de cancer de la vessie doublait chez les utilisateurs réguliers de teintures capillaires, la réglementation européenne se durcit. En 2006, 22 colorants capillaires ont notamment été interdits. La directive du 2 août 2012 a fixé un seuil maximal pour 24 nouvelles substances, réduit celui autorisé pour d’autres (dont la résorcine, voir le paragraphe ci-dessous) et proscrit de nouveaux ingrédients. Les études se poursuivent, et il n’est pas exclu que des substances utilisées aujourd’hui soient prohibées dans les années à venir.

Quels ingrédients sont les plus problématiques ?

L’ammoniaque, molécule très alcaline, peut être corrosive pour la peau et les poumons, et provoquer des allergies ou des difficultés respiratoires. Attention, les produits présentés comme étant sans ammoniaque renferment souvent de l’éthanolamine, un dérivé ammoniaqué, un peu moins corrosif que l’ammoniaque (qui abîmera un peu moins le cheveu). Parmi les colorants et les précurseurs de couleur, la paraphénylènediamine (PPD), contenue dans les colorations foncées exclusivement et dont le seuil de concentration est fixé à 2 %, est connue pour provoquer des allergies sévères quand elle est incorporée (illégalement) à haute dose dans des tatouages temporaires noirs au henné. On peut donc s’interroger sur son innocuité dans les teintures capillaires. Par ailleurs, des recherches font le lien entre colorations à base de PPD et cancer de la vessie chez les coiffeurs et chez leurs clients assidus. Le consommateur peut facilement renoncer aux colorations qui renferment de la PPD, la réglementation imposant aux fabricants d’apposer la mention “contient des diaminobenzènes” sur ces produits. Les industriels ont aussi une obligation d’étiquetage pour le résorcinol. Ce colorant très fréquent dans les teintures, accusé de provoquer des allergies, a, par ailleurs, été identifié comme un perturbateur endocrinien, selon une coalition d’ONG françaises. Il affecterait la glande thyroïde ainsi que les hormones thyroïdiennes, et aurait des effets sur le métabolisme du glucose. Mieux vaut également éviter le toluène-2,5-diamine et son dérivé sulfaté, qui peuvent déclencher des réactions allergiques sévères, indique le Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs (CSSC). Tout comme le 1-naphtol, irritant pour la peau, les yeux et les poumons, et le p-aminophénol, un puissant allergisant.

Que penser des alternatives “naturelles” ?

Des marques comme Herbatint, Phyto Color, Aube indienne, Martine Mahé, Beliflor, 3 Chênes, Terre de Couleur, K pour Karité, vendues, pour certaines, en pharmacie ou en magasin bio, présentent leurs produits comme des teintures “naturelles”, “100 % végétales” ou “aux extraits végétaux”. Mais ces mentions ne garantissent pas que les produits sont totalement exempts de substances chimiques, l’utilisation des termes “végétal” et “naturel” n’étant pas réglementée. Mieux vaut toujours vérifier la formule. Cela dit, ces colorations sont, en général, des “ton sur ton” (voir le paragraphe "Pas d'oxydation avec les produits ton sur ton"), dans lesquelles l’agent alcalin, qui favorise la pénétration de la couleur à l’intérieur du cheveu, est supprimé ou réduit. Si l’ammoniaque est bannie de leur formule – et le packaging le fait savoir –, celle-ci comprend souvent de l’éthanolamine, même à faible dose, pour assurer une meilleure tenue de la couleur. Certaines marques “naturelles” mettent en avant la présence d’extraits de plantes colorantes ou tinctoriales, comme l’indigo, le henné, alors que la formule contient aussi des colorants synthétiques, car les premiers ne colorent pas suffisamment. Autre technique pour se prévaloir d’être une marque naturelle : le recours à des huiles naturelles, de jojoba par exemple, ou à du beurre de karité pour nourrir le cheveu. Finalement, seules les marques certifiées bio, telles que Logona Naturkosmetik (BDIH), ou certains produits de K pour Karité (Cosmebio) sont assurément dépourvus d’ingrédients chimiques (ammoniaque, éthanolamine ou colorants de synthèse). Mais il faut accepter des temps de pause plus longs que pour des colorations chimiques, un renouvellement plus fréquent et un rendu moins uniforme, plus aléatoire (au moins la première fois). Il existe aussi des plantes qui peuvent foncer naturellement les cheveux. Ces plantes tinctoriales doivent s’acheter sous leur forme “100 % pur”. Il s’agit principalement du henné et de l’indigo, mais aussi de l’amla ou du katam (ces deux dernières poudres sont à associer au henné). Pour éclaircir les cheveux, le jus de citron est sans danger, tout comme un mélange de curcuma, de fleurs de camomille et de rhubarbe, qui existe déjà sur le marché sous le nom de “henné blond”. Vérifiez quand même attentivement si ces mélanges tout prêts ne contiennent pas en plus des substances chimiques. Le rendu risque d’être, là aussi, des plus aléatoires.

Comment passer à la coloration bio ?

Après des années de coloration chimique, il faudra être patient si l’on veut passer au bio. Pour réussir l’opération, mieux vaut arrêter pendant quelques mois les teintures chimiques et entreprendre, dans le même temps, une cure de détoxination du cheveu en apposant un masque à base d’argile. L’idéal est ensuite de se rendre dans un salon de coiffure qui utilise des produits bio (de plus en plus nombreux), car la tonalité souhaitée résultera généralement de mélanges de couleurs complexes, que seul un spécialiste saura maîtriser.

Christine Riste


Mots-clés :

PRODUIT TOXIQUE , SALON DE COIFFURE




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