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Ces fonds à formule qui ne tiennent pas leurs promesses

Ces fonds à formule qui ne tiennent pas leurs promesses
Février 2014
Le Particulier n° 1094, article complet.
Auteur : LEROUX (Eric)

Vendus par les banques et les assureurs, ces placements promettent à l’investisseur de bénéficier des hausses de la Bourse, sans risque ou presque. Voici nos conseils avant de les souscrire.

En quelques années, les fonds « à formule » sont devenus omniprésents dans l’épargne. Les banques en proposent plusieurs fois par an – souvent dans le cadre d’un Plan épargne en actions (PEA) –, des assureurs en mettent dans leurs contrats, et même les gestionnaires de patrimoine y ont recours. Accessibles à tous, ces fonds ont la particularité de conditionner le gain financier à la réalisation d’un objectif déterminé à l’avance (une hausse de la Bourse, en général) et selon une formule de calcul pré-établie, d’où leur nom.

Des placements complexes aux résultats difficilement évaluables

Il existe trois grandes familles de fonds à formule, très différentes les unes des autres : ceux qui garantissent le capital en totalité ; ceux qui le protègent partiellement ; et ceux, dotés également d’une protection partielle, qui peuvent se clôturer par anticipation lorsque certaines conditions sont réunies. Et pour ne rien simplifier, les formules qui conditionnent le gain potentiel sont, le plus souvent, complexes, voire incompréhensibles. Elles peuvent, en effet, faire référence à l’évolution de « paniers » d’actions ou d’indices boursiers – CAC 40, Euro Stoxx 50 (voir p. 33)… –, se calculent généralement en fonction de moyennes semestrielles (moins favorables que la prise en compte de la progression réelle de l’indice ou du panier d’actions), accordent plus ou moins de participation à la hausse… Il est donc bien difficile de s’y retrouver, et souvent impossible d’estimer les futurs résultats de ces fonds.
Ces résultats sont, d’ailleurs, très variables. Si certains fonds ont des bilans relativement flatteurs, d’autres se révèlent décevants, les gains étant inférieurs à ceux d’un placement sans risque. Pour être gagnant avec ces formules, il faut y investir quand les marchés boursiers dépriment, et que ces derniers soient en pleine forme à l’échéance du fonds. Vous devez aussi y laisser votre argent pendant toute la durée prévue, car, en cas de sortie anticipée, vous vous exposez à récupérer des sommes inférieures à celles que vous avez versées, même si le fonds est « garanti » (voir « Les risques », p. 32). Enfin, n’oubliez pas de tenir compte des frais de gestion (voir À savoir, p. 32) de votre PEA ou de votre assurance vie : ils ne sont jamais compris dans les garanties et, si un fonds fait du surplace, ils peuvent, à eux seuls, entraîner une perte.

Les fonds garantis

Il s’agit de fonds dans lesquels le capital investi est garanti à l’issue d’une période déterminée, de 5 ou 8 ans en général. Pendant cette durée, la valorisation de l’épargne est liée à l’évolution d’indices boursiers ou de paniers d’actions. Si leur valeur a augmenté au terme, l’épargnant reçoit une partie de cette hausse, en plus de son capital initial. Si cette valeur a diminué, seul le capital est remboursé.

Les formules les plus fréquentes

La performance retenue pour ces fonds peut être celle réalisée par des paniers d’actions, des indices ou des paniers d’indices, mais seule une partie de cette hausse est attribuée, par exemple la moitié. Il arrive aussi que des fonds promettent l’intégralité de la hausse, mais seulement jusqu’à un niveau déterminé : si les marchés montent au-delà, le souscripteur n’en profite pas. En outre, ce n’est ­généralement pas ­l’évolution finale du panier ni de l’indice retenu qui est utilisé, mais une moyenne arithmétique semestrielle des performances, qui est moins avantageuse que la prise en compte de leur progression réelle quand les marchés augmentent régulièrement (cet inconvénient est souligné dans toutes les brochures des fonds concernés).

Les risques

Ils sont inexistants pour les investisseurs qui conservent le fonds jusqu’à son échéance. Mais toute sortie anticipée peut entraîner une perte, parfois très importante, car la garantie n’est pas accordée avant l’échéance. Notez que des frais de gestion, liés à l’enveloppe du PEA ou de l’assurance vie, peuvent minorer la valeur finale, y compris au terme, puisque la garantie sur le capital ne les inclut pas.

Exemples de résultats
• Le fonds LBP Responsable Garantie 2013, commercialisé par la Banque postale en 2010 pour 3 ans, a procuré un gain annuel de 2,68 %. Il était adossé à un panier de 18 actions de sociétés de l’Espace économique européen, et seule la performance des deux meilleures était retenue chaque trimestre (ces actions étaient ensuite retirées du panier). • Le fonds Conquistador 20 de BNP Paribas, commercialisé en 2008 pour une durée de 5 ans, a procuré un gain annuel de 0,27 %. Il était adossé à un panier d’actions de 20 sociétés incluses dans l’indice DJ Euro Stoxx 50. Sa performance était calculée sur les performances trimestrielles de chaque action (les 5 actions ayant le moins progressé et les 5 ayant le plus progressé bénéficiaient d’une majoration de leur performance de 20 %, les 10 restantes étant retenues pour leur évolution réelle). • Le fonds Stereo de Federal Finance, commercialisé en 2010 pour une durée de 3 ans, a été remboursé à la valeur garantie. Son indice de référence (DJ Euro Stoxx 50) a baissé de 36 % durant cette période.
Notre avis : le coût de la garantie pèse sur les performances, qui sont rarement significatives et souvent inférieures à celles d’un placement sans risque traditionnel. Le gain final de ces fonds, très complexes, étant difficile à anticiper, nous les déconseillons.

Les fonds protégés

Avec ces fonds, il n’existe pas de véritable garantie. Selon les modèles, deux possibilités existent : soit le promoteur s’engage à ne rembourser qu’une partie de votre capital (en général, 90 % ou plus), à laquelle s’ajoutera une partie des progressions d’un indice boursier ; soit il garantit le capital à 100 %, mais seulement si la baisse des actions ou des indices retenus ne dépasse pas un certain niveau, par exemple 40 %.

Les formules les plus fréquentes

Les formules sont généralement moins sophistiquées que celles des fonds garantis et reposent, le plus souvent, sur un indice boursier connu (Cac 40, Euro Stoxx 50…). Au terme, le souscripteur peut ainsi recevoir de 60 à 70 % des hausses trimestrielles ou semestrielles de l’indice choisi si le promoteur garantit 90 % ou plus du capital versé. Si la protection du capital est inférieure à ce taux, la participation aux hausses de l’indice sera plus importante, et parfois totale (hors dividendes ; voir À savoir, ci-contre).

Les risques

Lorsque le fonds offre une protection à hauteur de 90 % ou plus du capital, le risque au terme est limité. Par contre, lorsque le capital est garanti à condition que l’indice ne baisse pas de plus de 40 ou 50 %, le risque de perte importante est réel : si les marchés décrochent violemment, vous pouvez perdre 40 ou 50 % – et même plus – des sommes versées.
Dans tous les cas, le risque reste élevé en cas de retrait avant l’échéance des fonds, et les frais prélevés sur le PEA ou l’assurance vie peuvent accentuer la perte.

Exemples de résultats
• Le fonds BNP Paribas M98, commercialisé à l’été 2011, a été remboursé avec un gain annuel de 6,99 % (taux actuariel). Il était protégé à hauteur de 98 % du capital placé et indexé sur l’Euro Stoxx 50. Il offrait 65 % de la moyenne semestrielle de l’indice, sans que celle-ci puisse être négative.
Notre avis : avec une moindre protection du capital, ces fonds sont susceptibles de procurer de meilleures performances que les fonds garantis, car ils participent davantage aux hausses de la Bourse. Nous préférons les fonds qui protègent votre capital à hauteur de 90 % et déconseillons ceux qui ne le protègent que jusqu’à 40 ou 50 %. En effet, si ces derniers sont en mesure d’engranger des gains élevés, ils font supporter aux investisseurs un risque trop important lorsque les marchés dévissent fortement.

Les fonds à rappel automatique

Les fonds à rappel automatique, également appelés « auto-call », s’engagent à délivrer un rendement périodique fixé à l’avance sur une durée allant de 2 à 5 ans. Si l’indice boursier ou les actions retenues stagnent ou progressent du niveau qui a été déterminé, le fonds est remboursé par anticipation et sert l’intérêt promis.
Certains fonds ont un effet « mémoire » : si l’objectif fixé n’est atteint qu’à l’issue de la troisième année, par exemple, il est remboursé à ce moment-là et les intérêts sont versés pour chacune des années écoulées depuis la souscription. Le capital n’y est pas garanti, ou seulement partiellement, comme dans les fonds protégés.

Les formules les plus fréquentes

Ces fonds s’appuient généralement sur un indice boursier, principalement l’Euro Stoxx 50 (indice boursier regroupant 50 sociétés parmi les plus importantes de la zone euro). La performance finale n’a aucun rapport avec l’ampleur de l’évolution de cet indice : le rendement est servi dès lors que celui-ci stagne ou augmente.
Le capital est, le plus souvent, garanti à 100 % si l’indice retenu ne baisse pas de plus de 40 ou 50 %. Si la baisse est supérieure à ces taux, aucune protection n’est offerte.

Les risques

Ces fonds peuvent vous faire perdre la majeure partie de votre investissement si l’indice retenu baisse plus que le niveau de la protection. Ce sont donc des produits dangereux.

Exemples de résultats
• Le fonds La Banque postale Triple Set, commercialisé à l’été 2012, prévoyait de verser un « coupon »  (intérêts) de 7 % si l’indice Euro Stoxx 50 était stable ou haussier à trois dates prédéfinies. Cet objectif étant atteint dès la première année, il a délivré un rendement actuariel de 6,62 % et a été clos. • Le Fonds Objectif 2012, commercialisé par Swiss Life en 2012, prévoyait le versement d’un coupon de 7,5 % si l’indice Euro Stoxx 50 était supérieur ou égal à son niveau d’origine à la date anniversaire du fonds. L’objectif a été atteint à la fin de la première année, et le coupon de 7,5 % a été servi. Le fonds a été clos.
Notre avis : ces fonds sont séduisants lorsque les marchés boursiers sont bien disposés, car même une stagnation sur un an ou deux permet de recevoir le gain promis. Par contre, dans une phase de baisse, ils se révèlent très dangereux et peuvent conduire à bloquer l’épargne pendant plusieurs années. Ils sont destinés aux investisseurs prêts à assumer un risque de perte élevé, pour diversifier un portefeuille d’actions.

Éric Leroux


Mots-clés :

BOURSE , FONDS A FORMULE , FONDS GARANTI , PLACEMENT BOURSIER




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