Toute l’information juridique et patrimoniale
pour prendre les bonnes décisions
Accueil > Immobilier > Achat-Vente > Vente à réméré, le retour d’un montage atypique

Vente à réméré, le retour d’un montage atypique

Vente à réméré, le retour d’un montage atypique
Janvier 2014
Le Particulier Immobilier n° 304, article complet.
Auteur : BERTRAND (Marianne)

La vente à réméré ou vente avec faculté de rachat, une opération à la croisée de l’immobilier et du financier, à étudier de près par l’investisseur. Ciblant les propriétaires en difficulté financière, elle peut s’avérer très rentable. à condition d’en déjouer les pièges.

En période de crise économique, la multiplication des risques pesant sur le pouvoir d’achat des ménages, comme sur la santé financière des entreprises, peut acculer les uns ou les autres à des impasses totales, tandis que les canaux habituels de financement se réduisent de manière drastique. Le crédit se raréfiant – réservé aux « meilleurs » clients­ –, ceux qui en auraient le plus besoin doivent parfois, faute d’avoir la confiance des banques, envisager de céder un bien pour solder la totalité de ses dettes et éviter ainsi la saisie immobilière, l’expulsion, l’engrenage du surendettement, le dépôt de bilan… Car le crédit devient inaccessible : interdiction d’émettre des chèques, inscription au fichier de la Banque de France, niveau d’endettement dépassant les normes des établissements bancaires (33 % des revenus), impossibilité d’obtenir un prêt hypothécaire sur ses biens.
C’est là qu’intervient un procédé vieux comme le Code civil (art. 1659 et s.) : la « vente à réméré », récemment rebaptisée « vente avec faculté de rachat »*. Le principe est le suivant. M. X, propriétaire de sa résidence principale, doit trouver des fonds pour se refinancer. Les banques traditionnelles lui refusent un prêt. Un investisseur, M. Y, souhaite placer de l’argent à court ou moyen terme, sans vouloir aller vers un produit financier pur, car il recherche des garanties. Un intermédiaire, la société Z, va les mettre en contact et proposer à M. X de vendre à M. Y, avec faculté de rachat, sa résidence principale – le plus souvent – pour une durée déterminée, limitée à cinq ans par la loi. Pendant cette période, M. Y, qui a versé un capital correspondant à une valeur décotée du bien, en devient pleinement propriétaire. M. X en est quant à lui le simple occupant et, à ce titre, il réglera à M. Y une indemnité d’occupation. Elle représente un pourcentage de la valeur du bien. À l’issue de la durée prévue au contrat, M. X rachète son bien à M. Y, qui retrouve ainsi son capital initial, augmenté d’une marge. Dans le pire des cas, si M. X ne peut racheter son bien, il deviendra définitivement la propriété de M. Y. Mais ce n’est pas souhaitable et ce n’est pas le but de cette opération. Il s’agit néanmoins d’une garantie indéniable pour l’investisseur. Séduisant mais complexe, ce montage ne se réalise guère aujourd’hui que par l’intermédiaire de sociétés spécialisées en refinancement, de gestionnaires de patrimoine, d’agents immobiliers, ou de courtiers. Il nécessite impérativement le recours à un notaire et/ou à un avocat spécialisé accompagnant l’ensemble de l’opération.

Un produit de placement peu connu

À la croisée de l’immobilier et du financier, le réméré est aujourd’hui présenté comme un produit de placement destiné à certains investisseurs privés, dont l’avantage principal est d’offrir un bon rendement à court terme, avec des risques limités. Ce n’est pas un produit grand public. Peu connu, il est inégalement perçu. « Certains particuliers sont purement et simplement réfractaires au réméré pour des raisons éthiques, refusant de contracter avec un vendeur en détresse financière », reconnaît Claude Pastore, directeur de Remeres.fr, une société spécialisée sur le créneau depuis près de quinze ans. Avant de poursuivre : « D’autres, à l’inverse, sont justement partants pour aider un client exclu du système bancaire. Une fois renseigné sur la teneur de ce montage transitoire et des avantages à la clé, il arrive même que l’investisseur devienne un fidèle du produit », assure-t-il. Habitué ou pas de ce type de placement, il faut se montrer très vigilant à toutes les étapes.

Les biens doivent être valorisables

La vente avec faculté de rachat est susceptible de porter sur tout type de biens immobiliers. Généralement, il va s’agir de la maison ou de l’appartement occupé par les vendeurs à titre de résidence principale, voire d’un hôtel particulier ou d’un château. « Le cédant, plutôt que de vendre sur le marché libre pour assainir sa situation, tente le tout pour le tout pour conserver son logement. La notion d’affectif entre en jeu mais aussi des considérations patrimoniales, le montage du réméré évitant de perdre le bien et d’avoir à se reloger », explique Grégory Cherqui, un avocat parisien spécialisé. Mais un logement en état futur d’achèvement, un terrain constructible, une forêt, un domaine viticole, un commerce, ou encore un bureau, peuvent très bien être cédés en réméré. Et la liste n’est pas exhaustive.
En tout état de cause, pour un investisseur, il doit s’agir de biens valorisables sur le marché selon les critères classiques de qualité et d’emplacement. Car même s’il s’agit d’une vente destinée à être transitoire, il faut toujours se projeter dans le cas de figure, même peu fréquent, où l’investisseur va être contraint de conserver ce bien plus longtemps que prévu. Ce sera le cas si le vendeur se trouve dans l’impossibilité d’en financer le rachat au terme de l’opération.

Définir un juste prix

Par rapport à une transaction classique, la vente se fait forcément en deçà de la valeur de marché du bien, afin justement d’intégrer ce risque de non-rachat pour l’investisseur. « En la matière, il ne faut absolument pas se contenter du prix annoncé par l’intermédiaire, car ce prix peut être en réalité surévalué », alerte ­Christian Godard, notaire en Seine-et-Marne. Il est donc indispensable de faire réaliser une expertise du bien par un professionnel, comme un notaire ou un expert agréé auprès d’une cour d’appel, qui peut être sollicité en dehors de tout litige. En moyenne, le bien est vendu au maximum 80 % de la valeur d’expertise (décote de 20 %), mais la fourchette se situe en général entre 50 et 70 %.
 Quoi qu’il en soit, il ne pourra être cédé précisément à moins de 41,7 % de la valeur d’expertise (décote de 58,3 %). Le risque, sinon, est de se heurter à la notion légale de lésion en cas d’écart supérieur à 7/12e de la valeur réelle du bien. Un exemple : si une maison vaut 680 000 € sur le marché, elle ne doit pas être cédée à moins de 283 334 € [680 000 € – (680 000 x 7/12)], sinon le vendeur aura toujours la possibilité d’agir au tribunal de grande instance, dans les deux ans de la vente, en « rescision pour lésion » (art. 1678 du Code civil), ce qui lui permet d’obtenir, soit l’annulation de l’opération en réméré et la restitution du prix payé, soit le paiement d’un supplément avec intérêts. En outre, indépendamment de la lésion, si le prix de vente est dérisoire au regard de la valeur vénale du bien, le vendeur peut toujours agir en justice pour « vileté » dans le délai de cinq ans (art. 1304 du Code civil). Une notion laissée à l’appréciation des tribunaux, mais ils ne manqueront pas de se prononcer en la faveur du vendeur, en l’absence de contrepartie suffisante à son obligation de délivrance du bien.

Vendeurs exclus bancaires

Ainsi que le résume le courtier In&Fi Crédits, ayant mis en place un produit réméré, « cette solution est destinée aux propriétaires d’un bien immobilier n’ayant pas accès aux crédits traditionnels, confrontés à une situation de trésorerie difficile mais provisoire ». S’agissant d’une vente censée aboutir à un rachat, il est d’usage de considérer que le montant total des dettes ne doit pas excéder 50 à 60 % de la valeur réelle du bien. Tout l’équilibre du montage repose en effet sur le fait que le vendeur dispose, lors du rachat, de revenus suffisants pour récupérer son bien. « Une part du montant de la vente, à définir, est conservée par le notaire en vue de constituer une réserve de garantie qui pourra servir d’apport personnel le moment venu », explique-t-on chez Theisen, un conseil en gestion de patrimoine implanté dans le Gard. La plus grosse partie est bien sûr consacrée au remboursement des dettes dont les causes sont variées : retard dans les remboursements de crédits (immobiliers ou à la consommation), difficulté à solder un crédit relais, droits de succession à régler, frais consécutifs à un divorce, charges de copropriété impayées, impôts non acquittés, impossibilité de faire face à de gros travaux ou encore à de lourdes échéances commerciales ou fiscales, etc.
Si la majorité des vendeurs est constituée de particuliers, il peut s’agir aussi d’un entrepreneur, d’un membre d’une profession libérale ou même d’une société civile immobilière, ayant pour point commun de posséder un bien immobilier mais d’être à court de trésorerie. « Une des facettes de la vente à réméré est qu’elle peut engendrer un effet de levier dans le cadre d’une activité professionnelle. Ainsi une entreprise peut vendre son patrimoine immobilier dans le but de développer des projets ayant une forte et rapide rentabilité », affine Jérémy Louis, à la tête de l’agence New deal immobilier d’Aix-les-Bains, en Savoie.

Des finances potentiellement saines

L’investisseur, en se portant acquéreur d’un bien en réméré, doit être raisonnablement sûr que le vendeur sera en capacité de racheter effectivement le bien au plus tard à la date butoir fixée dans l’acte. Le rôle de l’intermédiaire, qui a mis en présence le vendeur et l’investisseur, est donc entre autres d’éplucher son dossier, bien sûr lors de sa sélection initiale, mais aussi durant toute la durée du réméré. Pl@cement-remere.com, abritant une société de montages immobiliers, assure ainsi « suivre avec le vendeur ses relevés de comptes bancaires, ses bulletins de salaires ou éléments de ses revenus, tout en étant averti des levées des inscriptions Banque de France ». L’intérêt du réméré c’est que, du fait des fonds procurés par l’acquéreur, il arrête les poursuites à l’encontre du propriétaire endetté, revenu de fait à meilleure fortune. « Il incombe au notaire, dès la signature du compromis, d’avertir les créanciers de la procédure en cours. Généralement cet avis est suffisant », constate Grégory Cherqui.
Il est aussi toujours possible d’insérer dans l’acte de vente, sans se heurter aux principes de protection de la vie privée et du secret bancaire, une clause obligeant le vendeur à fournir à échéance périodique, jusqu’au terme du réméré, un relevé bancaire ou une attestation de la banque prouvant qu’il n’a souscrit aucun ­nouveau prêt (sauf pour l’occasion du rachat)… Mais ce n’est pas une garantie absolue, côté investisseur. Plane toujours le risque, même si c’est rare, que le vendeur, de bonne ou de mauvaise foi, ne soit pas en mesure de racheter le bien.

Indemnité d’occupation

Premier bénéfice à tirer du réméré pour l’investisseur, la perception d’une indemnité d’occupation, souvent mensuelle, qui lui est versée par le vendeur, en contrepartie de la possibilité pour lui de rester dans les lieux. Et ce, jusqu’à ce qu’il exerce sa faculté de rachat, selon le terme convenu au contrat. Son montant se calcule soit en pourcentage de la valeur du bien, soit en fonction de la valeur locative. « L’indemnité n’a pas intérêt à être trop faible, ce qui préserve aussi indirectement les intérêts financiers du vendeur. Ainsi, si elle correspond à 40 % de ses revenus, il sera d’autant plus facile pour lui d’obtenir, en général au bout de six mois, un crédit à la banque pour racheter son bien », conseille Grégory ­Cherqui. L’investisseur a, en principe, du fait de la consignation d’un dépôt de garantie, l’assurance de pouvoir être payé de cette indemnité d’occupation, sur un compte séquestre notarié (voir zoom "Les 10 points clés du réméré").
Le principe de l’occupation précaire du logement par le vendeur et l’indemnité qui en découle au bénéfice de l’investisseur doivent figurer noir sur blanc dans le compromis de vente notarié. Mais l’investisseur doit encore prendre certaines précautions afin d’éviter que ne s’applique au vendeur, s’agissant de sa résidence principale, le régime protecteur de la loi du 6 juillet 1989. Pour que l’occupation précaire soit considérée comme légitime par la jurisprudence, le bénéficiaire de cette occupation (le vendeur) doit reconnaître, dans une convention séparée, qu’il consent à cette situation en raison de la faculté de rachat qui lui est offerte.
À noter que l’investisseur, s’il réalise une opération en réméré sur un bien ne constituant pas la résidence principale du vendeur, a toujours la possibilité de louer le bien à une tierce personne en percevant des loyers. En effet, il est devenu propriétaire à part entière, mais de manière limitée dans le temps. Le bail sera alors consenti sous la condition résolutoire du réméré.
Le second bénéfice du réméré pour l’investisseur est qu’il récupère son capital le jour où le vendeur exerce sa faculté de rachat, le prix versé initialement se trouvant majoré des frais et coûts liés à l’opération, mais surtout d’une marge qui peut atteindre 20 % du prix initial pour un bien d’habitation, voire 30 % s’agissant d’un local commercial. Elle est modulable à la baisse, si le vendeur exerce de manière précoce sa faculté de rachat, étant revenu rapidement à meilleure fortune. Par exemple au bout de six mois, alors que le délai maximal convenu était de dix-huit mois. Mais la majoration du prix d’acquisition ne peut raisonnablement être plus élevée. l

*Article 10 de la loi n° 2009-526 du 12.5.09 (JO du 13).

Marianne Bertrand


Mots-clés :

ACHAT-VENTE , ENDETTEMENT , LOGEMENT , PLACEMENT IMMOBILIER




Outils pratiques :

Bannière Choix patrimoniaux

Bannière Tous simulateurs 1000*104

Bannière e-Particulier