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Coup de vert sur le textile

Coup de vert sur le textile
Mai 2013
Le Particulier Pratique n° 390, article complet.
Auteur : LUTIN (Clara)

Chargés de produits toxiques, nos vêtements sont polluants. Les organisations environnementales multiplient les alertes et des labels bio s’imposent peu à peu. Que garantissent-ils ?

Après l’alimentation, le vêtement constitue le deuxième marché mondial de consommation : 80 milliards d’habits sont fabriqués chaque année. Les organisations environnementales s’alarment des répercussions des traitements du textile sur la planète et la santé de ses habitants. Ainsi, le sablage d’un jean, pour le délaver, risque de provoquer des maladies respiratoires mortelles chez les ouvriers qui le confectionnent. Les organisations non gouvernementales dénoncent ce procédé dangereux, et de plus en plus de marques n’y ont plus recours (Nu, Versace…). Par ailleurs, si le jean n’est pas certifié bio, ses fibres proviennent probablement de coton génétiquement modifié ou ont été traitées avec des pesticides (25 % des pesticides de synthèse sont utilisés par l’industrie textile). De plus, que le coton soit bio ou conventionnel, sa culture nécessite de l’eau. Elle représente 2,60 % de la consommation mondiale d’eau, selon le Fonds mondial pour la nature (WWF). D’où des désastres écologiques dans les zones de culture, essentiellement en Asie. La fabrication des fibres synthétiques (polyester, polyamide…) et artificielles (viscose, lyocell…) est tout aussi polluante : emploi de pétrole (1,50 kg pour fabriquer 1 kg de polyester), de solvants et de produits chimiques. Et la liste n’est pas close : les vêtements sont chargés de substances toxiques. 

Les grands du prêt-à-porter en pleine cure “détox” 

Greenpeace a fait analyser 141 articles, composés de fibres naturelles et synthétiques, piochés dans les collections hommes, femmes et enfants de 20 marques et achetés dans 29 pays. Son rapport a révélé la présence de perturbateurs endocriniens, les éthoxylates de nonylphénol (NPE), dans une majorité d’échantillons, ainsi que d’autres substances chimiques potentiellement dangereuses (phtalates et colorants azoïques susceptibles de libérer des substances cancérogènes). Les NPE, utilisés comme détergents par l’industrie textile, peuvent traverser la peau et pénétrer dans le corps. Ils sont suspectés d’avoir des effets néfastes sur la santé, mais, à ce jour, aucune preuve scientifique n’a été apportée. Leur emploi par les industriels est encadré en Europe, mais pas leur présence dans les vêtements. Or, les pièces qui composent nos garde-robes proviennent, en majeure partie, de pays où les NPE ne sont pas limités. 

En 2011, WWF France a publié un guide d’éco-conception à l’attention des fabricants et Greenpeace a lancé une campagne afin d’obtenir l’engagement des groupes textiles de ne plus rejeter de substances toxiques et polluantes d’ici à 2020. Sous la pression médiatique, 15 grands noms du prêt-à-porter – Nike, Adidas, Puma, H&M, C&A, Li-Ning, Zara, Mango, Esprit, Levi’s, Uniqlo, Benetton, Victoria’s Secret, G-Star Raw et Valentino – ont déclaré, début mars, leur intention d’éliminer les substances chimiques dangereuses de leur production. 

Sans cadre, la confusion règne dans le coton bio 

Le coton reste la fibre naturelle la plus utilisée. Sur les 37,30 % produits dans le monde en 2010, l’agriculture biologique représentait 0,55 % ; celle des organismes génétiquement modifiés (OGM) entre 50 et 60 %. Contrairement à l’alimentation, le textile biologique n’est soumis à aucune réglementation européenne, et l’étiquetage des vêtements relève d’initiatives privées. En 2007, une enquête de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) et du bureau d’études Écoeff dénombrait une cinquantaine de labels. “Le coton bio est une utopie. Sur le terrain, il est impossible d’en vérifier la traçabilité. En Asie, les certificats sont souvent falsifiés, mais c’est invérifiable, la fibre, une fois traitée, n’ayant pas d’ADN”, dénonce Éric Thorel, directeur de SAIC Velcorex, spécialiste alsacien du velours. Ce à quoi, Vincent Duret, responsable du développement textile d’Ecocert, organisme certificateur français des produits biologiques, rétorque : “Les fraudeurs sont repérés et exclus. Pour assurer la traçabilité du champ au produit fini, Ecocert a des antennes en Chine, en Inde, au Pakistan, en Turquie…”

Un label mondial pour certifier le textile bio 

Dans ce contexte, le label Global Organic Textile Standard (Gots ; voir "Plus de 50 % de bio, sinon rien") est devenu la référence pour le coton bio : 3 000 entreprises l’ont adopté dans le monde ; 50, dans l’Hexagone. “Gots est le label le plus complet pour les articles textiles biologiques. Si on lui reproche parfois de ne pas interdire la pratique de l’irrigation, il faut préciser que la condition de ne pas nuire à l’environnement est un garde-fou. Un coton produit dans le désert ne pourrait pas être certifié”, souligne Vincent Duret. Gots a été créé en 2006 par quatre associations (américaine, japonaise, anglaise et allemande). Ecocert, les a rejointes en 2009, puis a mis au point le label Ecological & Recycled Textile Standard (ERTS) afin de certifier les fibres synthétiques recyclées mélangées aux fibres naturelles ou d’origine naturelle. À côté du coton, la filière française du lin renaît de ses cendres. Dans le Nord, cinq producteurs sont déjà certifiés en bio. Cela dit, le consommateur a, lui aussi, son rôle à jouer (voir "Le consommateur a un rôle à jouer"). 

Les distributeurs de vêtements “verdissent” leurs collections 

L’intérêt pour des textiles “propres” se généralise. Fini le temps où seuls les plus militants achetaient leurs habits en lin ou en coton bio dans les circuits alternatifs et où les sportifs se glorifiaient de s’équiper de la dernière laine polaire de Patagonia, un fabricant pionnier pour le recyclage. De nouvelles marques, comme Les Fées de Bengale ou Ekyog, promeuvent les vêtements bio et équitables. Bonobo confectionne des jeans “alternatifs” et justifie, sur son site : “Nous avons l’ambition d’utiliser toujours plus de coton biologique dans nos familles de produits, tout en imposant à nos fournisseurs de respecter les labels spécialisés Gots et Organic Exchange [attribué par Ecocert, ndlr] pour garantir la nature biologique du coton.”

Des enseignes, telles que C&A, Galeries Lafayette, H&M, La Redoute, Levi’s, Comptoir des Cotonniers, se hasardent à proposer quelques pièces en textiles bio et louchent sur le succès des baskets Veja, en cuir végétal, caoutchouc naturel et coton bio. La grande distribution n’est pas en reste : Monoprix, Auchan, E.Leclerc, Carrefour… “verdissent” leurs collections. Selon une étude de l’Institut français de la mode publiée en 2010, la part des achats de vêtements bio ou éthiques, qui atteignait 1,50 % en 2011, devait doubler en 2012. Si les prix ne s’envolent pas, gageons que le mouvement va s’accélérer et la fabrication sans doute revenir en France. La renaissance de SAIC Velcorex, qui développe actuellement une filière de chanvre bio, montre la meilleure voie de traçabilité : la production locale.

Clara Lutin

 


Mots-clés :

LABEL , PRODUIT TOXIQUE , TEXTILE , VETEMENT




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