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Clés pour agir : les produits laitiers en procès

Clés pour agir : les produits laitiers en procès
Mai 2013
Le Particulier Pratique n° 390, article complet.
Auteur : DELFAU (Vincent)

En septembre 1954, Pierre Mendès France, alors président du Conseil, s’adresse aux enfants dans un discours radiodiffusé. Il annonce à ses “petits amis, encore un peu intimidés par la rentrée”, que, dorénavant, ils recevront gratuitement un verre de lait sucré, chaque matin à l’école. Une distribution censée lutter contre la dénutrition et l’alcoolisme, et devant permettre aux élèves de devenir “studieux, solides, forts et vigoureux”.

Le lait est-il vraiment un aliment miracle aux mille vertus ? En tout cas, l’imaginaire collectif lui attribue la solidité des os, grâce à l’apport de vitamines et de nutriments essentiels. C’est aussi ce qu’ont répété, décennie après décennie, les messages publicitaires. Aujourd’hui encore, le Programme national nutrition santé (PNNS) recommande de consommer trois produits laitiers par jour, voire quatre pour les adolescents et les personnes âgées. 

La méfiance s’installe

Pourtant, depuis une vingtaine d’années, des voix s’élèvent pour dénoncer les dangers du lait. La parution d’ouvrages aux titres évocateurs témoigne de ce mouvement : Les Laitages, une sacrée vacherie !, Lait, mensonges et propagande, Lait de vache : blancheur trompeuse, Viande et lait, des aliments dangereux pour votre santé… Selon l’Ifop, 20 % des Français doutent de la qualité du lait et 16 % craignent les effets sanitaires de sa consommation. Sur le Web, tous les forums consacrés à la santé abordent ses supposés méfaits. Dans les fils de discussion, les internautes, avançant des arguments rarement étayés, se disent persuadés que le lait provoque aussi bien des troubles digestifs, des otites, le diabète que des cancers, la sclérose en plaques ou l’autisme. Un discours émaillé de poncifs, tels que “le lait, c’est pour les veaux”, qui s’appuie sur le fait que l’homme est le seul mammifère à consommer du lait après son sevrage. Enfin, cette méfiance se vérifie dans l’évolution des ventes de lait en France : le Syndicat national du lait de consommation (Syndilait) et le Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel) rapportent une baisse de la production de plus de 10 % en une dizaine d’années.  

Les arguments des “antilait”

Thierry Souccar, l’auteur de Lait, mensonges et propagande, se défend d’être un détracteur du lait. “Je m’oppose aux slogans que serine l’industrie laitière depuis 50 ans et qui reposent sur des affirmations fausses. Est-il utile de consommer trois ou quatre laitages par jour ? Études à l’appui, la réponse est non”, précise ce journaliste. Selon lui, les travaux scientifiques montrent que le lait contribue à fragiliser les os, qu’il contient un accélérateur de cancers et une protéine qui est à l’origine du développement des tumeurs. En outre, il ne serait pas étranger au déclenchement de la maladie de Parkinson. Les pouvoirs publics et les médecins fermeraient les yeux sur ces menaces, car, la France produisant chaque année 2,40 milliards de litres de lait, les enjeux économiques primeraient sur les préoccupations sanitaires : les incitations à consommer des laitages ne seraient émises par les autorités de santé que parce que leurs membres “sont très liés à l’industrie laitière”, accuse Thierry Souccar.

La riposte de la Santé publique

Les autorités n’apprécient guère ces sorties. Dans le cadre du PNNS, le ministère de la Santé et l’Institut de veille sanitaire (InVS) ont rappelé à l’ordre les “gourous pseudo-scientifiques”, les mettant en garde contre le risque que les idées fausses dont ils sont les hérauts conduisent les consommateurs “à abandonner la prise de ces sources majeures de calcium, nutriment essentiel intervenant, entre autres, dans la minéralisation osseuse”. Le Dr Jean-Marie Bourre, membre de l’Académie de médecine et ancien directeur d’une unité de recherche en neuro-pharmaco-nutrition à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), est encore plus sévère, qualifiant d’escroquerie les arguments avancés par ces “gourous”. “Il leur est très facile de dénoncer l’inefficacité de la médecine, de prétendre qu’ils détiennent la solution, constate-t-il. Le lait devient la source de tous les maux, le supprimer améliore alors la santé.” Pourtant, le lait est une source de vitamine B12, indispensable à l’élaboration des globules rouges et à l’équilibre du système nerveux, de vitamine A, qui agit sur la vue, de phosphore, nécessaire à la minéralisation osseuse, de protéines, de vitamine D, de sélénium, de zinc, mais aussi d’oméga 3, d’iode et de calcium. 

Le paradoxe du calcium

Les autorités sanitaires recommandent de consommer quotidiennement 900 mg (1 200 mg pour les adolescents et les personnes âgées, soit l’équivalent d’un litre de lait) de calcium. Or, ce dernier est, lui aussi, la cible des détracteurs du lait. Selon eux, il serait inutile, voire néfaste, d’en avaler de grosses quantités pour garantir la solidité osseuse. D’ailleurs, les pays où la consommation de lait est la plus élevée du monde (en particulier, en Europe du Nord) sont également ceux où les fractures et l’ostéoporose sont les plus nombreuses. À l’inverse, en Asie, notamment au Japon, où le lait ne fait pas partie des habitudes alimentaires, les habitants souffrent relativement peu de fragilité osseuse.  

Ce constat, baptisé “paradoxe du calcium”, peut paraître étonnant. Cependant, “il ne faut pas oublier que l’ostéoporose est une pathologie multifactorielle”, explique le Dr Mickaël Rousière, rhumatologue à l’hôpital Saint-Antoine à Paris. Personne ne prétend que seul le calcium intervient dans la prévention de cette affection. Entrent également en jeu d’autres éléments essentiels qui différencient les populations du monde : l’activité physique, l’ensoleillement – pourvoyeur de vitamine D, elle aussi indispensable à la minéralisation osseuse –, la taille, la génétique – qui prédispose les peuples du Nord à être davantage sujets aux fractures… Il n’est donc pas probant de ne comparer que la ration lactée de populations très différentes, ni de se référer uniquement à des études montrant que les produits laitiers ne contribuent pas à la santé osseuse. 

De fait, “de nombreuses méta-analyses prouvent que le lait a des effets positifs sur l’acquisition du pic de masse osseuse chez les enfants et les adolescents, effets qu’on ne retrouve pas en leur donnant simplement des comprimés de calcium. Cette action bénéfique est due à l’association du calcium, du phosphore et des protéines du lait”, souligne le Dr Jean-Michel Lecerf, nutritionniste et endocrinologue au centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Lille. Si les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), soit 500 mg par jour, sont inférieures à celles des autorités sanitaires françaises, c’est parce que “le message de l’OMS s’adresse à l’ensemble de la population mondiale ; or, on sait qu’une bonne partie d’entre elle est au-dessous de ce seuil”, précise le Dr Lecerf. Cette différence s’explique également par la richesse du régime alimentaire occidental en protéines et en sel, lesquels favorisent l’élimination du calcium dans les urines. Nous devons donc en absorber plus que les 500 mg conseillés par l’OMS.

Trouver des substituts

Pour remplacer le lait, qu’elles ont banni de leur régime alimentaire, certaines personnes comptent sur d’autres sources de calcium : des eaux minérales (Hépar, Courmayeur, Contrex, Wattwiller, Vittel…) ou celle du robinet, des produits végétaux (haricots, amande, noisette, figue, persil, brocoli…) ou d’origine animale (saumon et sardine en conserve avec les arêtes, jaune d’œuf, crevette, moule…). Néanmoins, la majorité des Français n’en absorbe pas suffisamment. L’Étude nationale nutrition santé, publiée en 2006 par l’InVS, relève ainsi que 57 % des hommes, 77 % des femmes, deux tiers des garçons et trois quarts des filles âgés de 3 à 17 ans ont des apports calciques inférieurs aux apports nutritionnels conseillés (ANC).  

Rien d’avéré concernant le cancer

Le lait est également accusé par certains scientifiques d’accroître le risque de développer un cancer. Cette thèse est soutenue, notamment, par le Pr David Khayat, ancien président de l’Institut national du cancer. L’argumentation de ces professionnels repose, en partie, sur le fait que le lait contient des facteurs de croissance (IGF-1) d’origine animale susceptibles d’accélérer la multiplication des cellules tumorales. Dans un rapport de 2012, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) convient qu’il existe effectivement une plausibilité biologique de prolifération cellulaire due aux IGF-1, mais objecte que “ce facteur ne peut pas être incriminé de façon isolée dans la survenue de cancers, dont l’origine est multifactorielle”. En outre, “le chauffage du lait à ultra haute température (UHT) fait disparaître presque entièrement les IGF-1. Le taux plasmatique de ces facteurs de croissance provenant du lait est insignifiant par rapport à celui d’IGF-1 produits par l’organisme”, ajoute le Dr Lecerf. 

Les conclusions des diverses recherches sont souvent contradictoires. Ainsi, des travaux, publiés en janvier 2013 dans le Journal of Nutrition, montrent une corrélation entre une grande consommation de laitages et la fréquence de survenue du cancer de la prostate. Des études portant sur les cancers du sein ou de l’ovaire induisent, elles aussi, ce rapport de causalité. D’autres aboutissent à des résultats inverses. Par exemple, certaines prouvent que la consommation de lait diminue les risques de développer un cancer colorectal. Dans ces conditions, il est difficile d’avoir une idée claire sur la question. L’Institut national du cancer indique, quant à lui, qu’il “n’existe pas d’arguments scientifiques solides et cohérents qui permettent de mettre en accusation le lait et les produits laitiers en termes de risque de cancer”.

Manque de preuves pour le diabète

En matière de santé, les Finlandais détiennent deux records du monde : ceux de la consommation de lait et de la prévalence de diabète de type 1, dit insulinodépendant. Pour savoir s’il existe un lien entre les deux, des chercheurs ont suivi pendant plusieurs années des enfants de ce pays nordique, génétiquement prédisposés à déclarer cette maladie. Les uns consommaient du lait de vache standard ; les autres, du lait dont les protéines avaient été hydrolysées, c’est-à-dire partiellement “prédigérées”. Les scientifiques ont constaté que les anticorps dirigés contre les cellules du pancréas chargées de produire l’insuline étaient moins nombreux chez les enfants du second groupe. Pour autant, faut-il incriminer les protéines du lait dans l’apparition du diabète de type 1 ? “Les résultats de cette expérience, c’est un peu la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide ; ils ne sont qu’à moitié convaincants, analyse le Pr Étienne Larger, diabétologue à l’Hôtel-Dieu, à Paris. Rien ne prouve que l’hypothèse selon laquelle l’éviction du lait de vache préviendrait le diabète est valide. Il n’y a, de mon point de vue, pas assez d’arguments pour émettre des réserves concernant le lait. Pour ce qui est du diabète de type 2, le seul point à prendre en compte est l’apport en graisses, en particulier saturées : il est trop important avec le lait entier, limite avec le lait demi-écrémé consommé en quantité raisonnable, nul avec le lait écrémé.”

Vincent Delfau

 


Mots-clés :

FROMAGE , LAIT , PRODUIT DANGEREUX , YAOURT




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