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Placement : votre épargne salariale est-elle bien gérée ?

Placement : votre épargne salariale est-elle bien gérée ?
Décembre 2012
Le Particulier n° 1079, article complet.
Auteur : SERROUYA (Thierry)

Les sommes versées dans un produit d’épargne salariale sont, en général, bloquées durant plusieurs années. Les épargnants sont alors en droit d’attendre une gestion financière adaptée et performante. Toutefois, ce n’est pas toujours le cas, voici comment s’en assurer.

Fin 2011, plus de 260 000 entreprises proposaient à leurs salariés au moins un dispositif d’épargne salariale. Plus de 12 millions de Français sont concernés par cette solution d’épargne, selon le bilan annuel de l’Association française de gestion (AFG) paru en avril 2012. Ce sont ainsi 16,3 milliards d’euros qui ont été distribués l’an dernier aux salariés au titre de la participation, de l’intéressement et de l’abondement, c’est-à-dire la somme venant compléter un versement volontaire du salarié sur le plan d’épargne.
Pourquoi un tel succès ? Tout simplement parce que ces outils bénéficient d’un régime fiscal et social de faveur. Les sommes ainsi distribuées sont totalement exonérées d’impôt sur le revenu et de charges sociales (mais sont soumises à la contribution sociale généralisée – CSG – et à la contribution pour le remboursement de la dette sociale – CRDS), à condition de les placer pendant 5 ans sur un Plan d’épargne entreprise (PEE), ou jusqu’au départ à la retraite sur un Plan d’épargne retraite collectif (Perco).
De même, les gains procurés par les fonds dans lesquels ces sommes sont investies échappent à l’impôt sur le revenu, mais sont soumis aux prélèvements sociaux de 15,5 %. Et ces avantages fiscaux n’ont pas été touchés par l’alourdissement de la fiscalité sur les revenus de l’épargne, prévue par la loi de finances pour 2013. Dès lors, « l’attrait pour les différents dispositifs d’épargne salariale ne peut que se renforcer », se réjouit Pierre Schereck, directeur de l’épargne salariale et de l’investissement socialement responsable d’Amundi, la filiale de gestion d’actifs du Crédit agricole. Une fois versées sur un PEE ou un Perco, les sommes sont investies sur les marchés financiers à travers des véhicules spécifiques : les fonds communs de placement entreprise (FCPE), censés faire fructifier cette épargne. En général, les PEE ou autres Perco offrent peu de choix de fonds différents (entre 3 et 5 par plan).

Des performances souvent décevantes

Au même titre que des fonds communs de placement (FCP) ou des sicav classiques, les FCPE peuvent être investis dans des produits monétaires, des actions, des obligations, des fonds  profilés (dont la gestion dépend d’un profil de risque déterminé une fois pour toutes), voire diversifiés (le fonds est investi simultanément sur plusieurs types d’actifs différents). Ils supportent donc les risques associés à ces catégories de placements. « La performance des FCPE ne doit pas être différente de celle des fonds traditionnels, car nos gérants qui se consacrent à l’épargne salariale travaillent de la même manière que les autres », explique ainsi Christophe Da Silva, directeur solutions épargne et retraite entreprises chez Natixis Asset Management. Même son de cloche chez Amundi : « Nos gérants spécialistes de l’épargne salariale utilisent les mêmes outils que leurs collègues. Par conséquent, il n’existe aucune raison structurelle de délivrer des performances différentes. »
L’épargne salariale est censée être moins volatile, c’est-à-dire moins sensible aux fortes variations des marchés, à la hausse comme à la baisse. Puisque le gérant sait que l’épargne est, sauf exceptions, bloquée au moins 5 ans, il peut piloter le fonds avec une optique de moyen à long terme, sans l’inquiétude de rachats intempestifs. Les performances devraient donc être plus favorables.
Or, on constate plutôt le contraire. Les FCPE affichent des écarts parfois très significatifs avec les fonds traditionnels. Selon les données fournies par Europerformance – A Six Company, si les fonds classiques investis sur les actions internationales affichent, en moyenne, une baisse de leur valeur de – 12,57 % sur 5 ans, contre – 12,72 % pour les FCPE de même catégorie fin septembre 2012, la différence est bien plus flagrante pour les fonds investis sur les actions françaises : – 30,86 % pour les FCPE contre – 24,55 % pour les fonds classiques, soit plus de 6 % d’écart en faveur de ces derniers. Certes, la performance reste négative, la période étudiée n’étant pas favorable aux actions. D’ailleurs, aucun des FCPE multi-entreprises investis sur des actions et proposés par huit des plus gros acteurs de l’épargne salariale n’affiche une performance positive (voir fiches Méthodologie de notre choix de fonds communs de placement entreprise). Pour trouver des FCPE actions aux performances positives sur cette période, il faut chercher du côté des acteurs indépendants comme Eres, la société de gestion spécialisée en épargne salariale et retraite de Debory. Celle-ci propose, par exemple, le FCPE Eres Carmignac Investissement, un produit investi à 75 % dans Carmignac Investissement et à 25 % dans Carmignac Emergent, qui progresse de 13,97 % sur 5 ans.

Ces mêmes différences de performances se constatent sur les fonds placés en obligations. Les FCPE investis sur les obligations de la zone euro enregistrent une progression moyenne de + 20,08 % sur 5 ans, soit 2,5 points de moins que la performance moyenne des fonds traditionnels (+ 22,53 %). Et la contre-performance des FCPE investis en obligations internationales est encore plus marquée : + 7,47 % sur 5 ans, contre + 25,59 % pour des fonds traditionnels. En revanche, sur les fonds diversifiés internationaux et zone euro, mixant actions, obligations et produits monétaires au gré des anticipations des gérants, les FCPE s’en sortent mieux : – 1,81 % et – 2,85 % sur 5 ans, contre – 8,28 % et – 8,7 % pour les fonds classiques.
Par ailleurs, si on les compare aux grands indices boursiers, les FCPE tirent leur épingle du jeu, même si l’exercice est périlleux, puisque tous les FCPE d’une même catégorie n’utilisent pas le même indice de référence. À titre d’exemple, sur 5 ans, l’indice CAC 40 a reculé de plus de 40 % alors que, dans le même temps, les FCPE investis en actions françaises n’ont cédé en moyenne que 30,86 %. Une moindre présence de valeurs financières, massacrées depuis le début de la crise, dans les portefeuilles des FCPE, explique en partie cet écart.

Un manque d’information sur les fonds

Si le bât blesse également, c’est parce que le salarié ne bénéficie pas toujours d’une information suffisante sur la gestion de son épargne et des risques associés à ses placements. Contrairement à l’épargnant individuel, le salarié ne reçoit d’aucun conseil avant l’achat. L’épargne salariale sort en effet du champ d’application de la directive européenne sur les marchés d’instruments financiers, dite directive MIF (voir le n° 1076 du Particulier, "Pourquoi votre banque est-elle si curieuse ?"). Cette directive impose aux banquiers de faire remplir à leurs clients un questionnaire définissant le profil de l’investisseur. Cela permet, en principe, au conseiller d’apporter le meilleur avis en termes de placements. « La MIF ne s’applique pas aux FCPE, car ils ne font pas l’objet d’un acte de vente ou de conseil auprès des salariés », explique Christophe Da Silva.
Pourtant, le « Rapport sur l’épargne salariale et l’actionnariat salarié » réalisé en février 2011 par la commission Épargnants de l’AMF, préconise un service de conseil en matière d’épargne salariale. En attendant l’hypothétique mise en place de ce service, les sociétés de gestion proposent aux salariés des outils tels que des simulateurs de profil, des bilans réguliers (pas toujours faciles à trouver sur les sites internet), des serveurs vocaux accessibles 24 heures sur 24 ou des applications pour smartphones, afin de les aider dans leur choix d’investissement.
Autre outil utile : le document d’information clé pour l’investisseur (Dici), qui renseigne sur le degré de risque des produits. Pour les FCPE, le Dici ne sera obligatoire qu’à partir du 1er juillet 2013, mais la plupart des gérants le proposent déjà.

Des frais qui viennent minorer la performance des fonds

La qualité des FCPE se mesure également à la lumière des frais prélevés tant par le gérant que par le distributeur. Parmi ces frais, il est nécessaire d’identifier ceux à la charge de l’entreprise et ceux à celle du FCPE. Pour cela, les salariés peuvent se référer au règlement général et au rapport annuel du fonds, ou interroger leur direction des ressources humaines. « L’épargne salariale permet de bénéficier de tarifs négociés par l’entreprise, ce qui peut représenter des frais environ deux fois moins élevés que pour un particulier », précise Pierre Schereck. À en croire la 4e édition de « l’Argus des FCPE » (base de données des FCPE du marché avec leurs caractéristiques), publié par Debory Eres en novembre 2011, des progrès ont effectivement eu lieu.
On différencie les frais sur versement, composés des droits d’entrée (commissions de souscription), de sortie et frais d’arbitrage (en cas d’entrée/sortie simultanée). Avec le développement des fonds de fonds (des fonds investissant dans d’autres fonds), des frais indirects de souscription et de rachat peuvent aussi être prélevés. Ces derniers sont toujours à la charge de l’épargnant. Selon l’étude Debory Eres, la proportion de FCPE percevant des frais indirects est toutefois en baisse, passant de 29 % en 2009 à 18 % en 2011. Même constat pour les frais de fonctionnement et de gestion directs et indirects. La moyenne des premiers a reculé à 0,64 % contre 0,81 % précédemment. Toutes les catégories de placements sont concernées. Quant aux seconds, ils sont passés en moyenne de 1,41 % à 1,18 %.
Il convient d’analyser les frais de près car ils peuvent faire monter la facture. Il ne faut pas, pour autant, se tourner automatiquement vers  les produits affichant les frais les moins élevés. « Il n’existe pas de corrélation entre les frais et la performance des fonds, constate Olivier de Fontenay, directeur général de Debory Eres. Les FCPE facturant de faibles coûts de gestion peuvent avoir de bonnes performances, comme de mauvaises. En fin de compte, ce sont les choix du gérant qui feront la différence. » Les salariés accepteront sans nul doute de payer un niveau important de frais si ceux-ci sont gommés par des gains appréciables. D’une manière générale, les frais sont difficiles à négocier puisque, dans le cadre d’un FCPE multi-entreprises, le principe d’égalité des porteurs de parts prime.

Vous pouvez modifier la gamme des fonds…

Que faire si vous n’êtes pas satisfaits de vos fonds ? Vous pouvez tout d’abord interroger votre fournisseur de FCPE, via vos représentants du personnel ou votre direction, pour savoir si, à niveaux de risque et de frais équivalents, il n’est pas en mesure de vous proposer de meilleurs fonds.
Ainsi, si quelques fonds d’Amundi se retrouvent dans les offres du Crédit agricole, du Crédit du Nord, de LCL et de la Société générale, ce n’est pas le cas de la gamme Amundi Duo, uniquement distribuée par Amundi. C’est regrettable pour les épargnants, car certains fonds, comme le FCPE Amundi Duo Régularité, affichent de meilleures performances. Même constat à la Caisse d’Épargne qui ne propose pas l’ensemble des produits de la gamme Avenir de Natixis Interépargne, contrairement à la Banque populaire. De même, certaines maisons, comme BNP Paribas Épargne et Retraite Entreprises avec la gamme Multimanagers, disposent de FCPE développés en partenariat avec des sociétés de gestion reconnues pour leurs expertises, comme Fidelity, Edmond de Rothschild AM. Mais ces fonds sont rarement proposés spontanément.

…ou changer de gestionnaire

Enfin, de manière plus radicale, « il est toujours possible de changer de société de gestion et/ou de fonds, puisque rien n’est figé, note Hubert Clerbois, associé au sein du cabinet EPS Partenaires. Pour cela, l’accord d’un transfert collectif du comité d’entreprise est suffisant. »
Par conséquent, si vous n’êtes pas satisfait de votre gestionnaire, informez-en vos représentants du personnel ou adressez-vous directement à la direction. Si, après étude, ils décident de changer de société de gestion, l’entreprise et les salariés devront conclure un avenant au plan d’épargne, et le déposer, dans les meilleurs délais, à la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte), afin de modifier les choix de placement, le nom du dépositaire et de la société de gestion. La Direccte note, à ce propos, que les changements sont fréquents, notamment de la part des petites et moyennes entreprises. La principale raison alors invoquée est le montant des frais jugé trop lourd. Ensuite, une note d’information doit être diffusée par le comité d’entreprise à l’ensemble des salariés. En cas de changement de produit ou de gamme, le nouveau fonds doit appartenir à la même catégorie que le précédent et présenter un niveau de risque et de frais équivalent ou inférieur, comme l’impose le règlement.

Thierry serrouya


Mots-clés :

ACTIONNARIAT , EPARGNE SALARIALE , FCP , FONDS A FORMULE , PEE , PLAN D'EPARGNE ENTREPRISE , SICAV




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