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Focus : un long voyage jusqu’à votre vase

Focus : un long voyage jusqu’à votre vase
Novembre 2012
Le Particulier Pratique n° 384, article complet.

Les fleurs coupées viennent, le plus souvent, de terres lointaines. Une mondialisation qui tue la production française. Et si la date de fraîcheur pouvait sauver nos bouquets champêtres…

Nos petits producteurs sont un trésor pour Rungis, il faut absolument les protéger”, proclame Danyèle Hugon, présidente de la chambre syndicale des fleuristes d’Île-de-France. À Rungis, au petit matin, le Pavillon des fleurs C1 raconte à mi-mot la mutation en cours. Tout au fond, sur la droite, le coin clairsemé des producteurs franciliens – une quarantaine, alors qu’ils étaient 300 il y a 30 ans – diffuse un air champêtre tissé de fleurs de saison. Au niveau national, les horticulteurs ornementaux ne sont plus que 5 000, contre 10 000 dans les années 1990. “Compte tenu des contraintes innombrables, il faudrait vendre deux fois plus cher. Aucun de mes trois enfants ne reprendra après moi”, témoigne Olivier Mauregard, fier de produire 145 variétés à Chailly-en-Bière, en Seine-et-Marne.

Les fleuristes sont à l’affût des promotions sur internet

Depuis que les sociétés hollandaises ont créé des sites de commandes par internet, les fleuristes sont de moins en moins enclins à se déplacer. La marchandise arrive, la nuit, par camion réfrigéré, de Hollande. En ces temps de crise, même les plus passionnés s’y sont mis. Un fleuriste parisien nous explique qu’il pioche par-ci, par-là, se fait livrer ses roses d’Équateur et achète ses fleurs en promotion sur le site d’une société hollandaise, parfois jusqu’à 50 % moins cher qu’à Rungis. Mais c’est à Rungis, le mardi et le jeudi, qu’il déniche des bottes de renoncules du Midi chez un mandataire varois ou les dahlias, les tulipes, les graminées, les chrysanthèmes… de petits producteurs franciliens.
“Les bouquets de fleurs sont de plus en plus normalisés. Les Parisiens ne se rendent pas compte de la diversité qu’ils trouvent chez leurs fleuristes, laquelle risque de disparaître”, alerte Thierry Cochet, mandataire, commissionnaire et négociant à Rungis, dénicheur de productions artisanales.

Des fleurs frigo du monde entier via la Hollande

La France perd ses producteurs et importe beaucoup – en 2011, les importations ont représenté 312 millions d’euros –, en majorité des Pays-Bas. Ce pays est, à la fois, exportateur et importateur-réexportateur de fleurs provenant d’Afrique (Kenya, Éthiopie…) et d’Amérique latine (Équateur et Colombie). Aujourd’hui, “la fleur est polyglotte : elle est bouturée en Pologne, a poussé en Afrique, a été conditionnée par une société hollandaise et est vendue en France”, constate Patrick Monnard, président de la chambre syndicale des fleuristes des deux Savoies.
Les Pays-Bas restent la plaque tournante du marché mondial de la fleur coupée. Eux aussi produisent moins qu’avant et reconditionnent toujours plus. Le coût de la fleur dépend de celui de la main-d’œuvre et du prix de l’énergie et du transport. Les sociétés néerlandaises ont acheté des terrains en Afrique et en Amérique du Sud. “Les techniques de conservation au froid des pommes sont utilisées pour les fleurs”, prévient Patrick Monnard. Or, les “fleurs frigo” se fanent vite, à l’exception des roses d’Équateur et d’Éthiopie, qui ont été hybridées pour supporter le transport et résister à la déshydratation. Mais elles ont perdu leur parfum.
“Les roses d’Équateur entreposées à Rungis me sont livrées à mon magasin sans rupture de la chaîne du froid. À 4 € la tige, elles paraissent chères mais ont de gros boutons”, argue un fleuriste parisien. Quant à Patrick Monnard, depuis sa visite au marché d’Aalsmeer, aux Pays-Bas, il refuse de vendre ces roses d’Équateur. “J’ai vu les roses arriver en partie dé­shydratées, puis être réhydratées, recoupées, reconditionnées, avec de grosses pertes”, dénonce ce fleuriste, qui se bat pour la valorisation des fleurs françaises, avec le soutien de l’Union nationale des intérêts professionnels horticoles (Uniphor).

La fleur de France est interdite de promotion

La production française de fleurs coupées représente 9,50 millions d’euros. Une moitié provient de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca) et l’autre de Bretagne, des Pays de la Loire, de Rhône-Alpes, d’Île-de-France, du Languedoc-Roussillon et d’Aquitaine. Jusqu’ici, ces origines locales n’étaient guère connues des consommateurs. “Selon les règles de la concurrence de l’Union européenne, la promotion publique de la fleur coupée française ne peut, actuellement, s’appuyer sur la mention origine France. Ce sont donc les qualités intrinsèques du produit qui sont mises en avant : tenue en vase et fraîcheur”, explique-t-on à FranceAgriMer, établissement national de produits de l’agriculture et de la mer. C’est pourquoi trois groupements horticoles français – Sica Kérisnel Les Fleurs, en Bretagne ; Rosedor, dans le Sud-Ouest ; Sica Marché aux fleurs, dans le Var – ont mis en avant leur identité régionale en créant de nouvelles marques de bouquets tout prêts – respectivement Bretagne, Latittude Sud-Ouest et Hortisud. Leur production est livrée par camion chez les fleuristes partenaires et dans les réseaux spécialisés.

La fraîcheur, une arme pour défendre l’origine française

Pour les bottes de fleurs, ces mêmes structures adhèrent à la Charte qualité fleurs. “Cette charte nationale valorise les circuits courts des productions françaises, de qualité extra, mises sur le marché 3 jours après leur récolte et dont la tenue en vase est garantie au moins 7 jours”, décrypte Valérie Bellamy, responsable du marketing du groupe Rosedor (marque Lattitude Sud-Ouest). “Entre la cueillette de la rose et le moment où elle se fane chez le consommateur, on compte 10 jours, mais si la logistique prend une semaine, la durée de vie de la fleur sera diminuée d’autant”, précise Guénolé Savina, responsable commercial de Kérisnel Les Fleurs (marque Bretagne).
Poussant la logique plus loin, l’Uniphor et la Fédération nationale des fleuristes de France militent en faveur de l’inscription d’une date de coupe sur l’emballage. “La mesure est simple et peu onéreuse. Il suffirait que les producteurs impriment la date de la cueillette sur l’emballage au départ des colis. À réception, les fleuristes n’auraient plus qu’à l’indiquer aux consommateurs, en leur communiquant, éventuellement, le nom du producteur”, argumente Patrick Monnard.

Clara Lutin


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