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Des dents blanches sans rire jaune

Des dents blanches sans rire jaune
Octobre 2012
Le Particulier Pratique n° 383, article complet.
Auteur : DELFAU (Vincent)

Les vedettes du grand et du petit écran affichent toutes un sourire immaculé. Afin d’arborer, elles aussi, une denture éclatante, de plus en plus de personnes utilisent les produits blanchissants vendus en pharmacie, en grande surface ou sur internet, fréquentent les bars à sourire ou se rendent chez leur dentiste.

Quelle que soit la solution envisagée, “il n’est possible de gagner qu’une ou deux teintes, mais pas d’atteindre un véritable blanc”, prévient Hervé Parfait, secrétaire général de la Fédération des chirurgiens-dentistes de France. De fait, il faut parler d’éclaircissement plutôt que de blanchiment dentaire.
La couleur de nos dents est déterminée génétiquement, comme celle de notre peau, de nos yeux et de nos cheveux. C’est la dentine, appelée aussi ivoire, un tissu calcifié recouvert par l’émail, qui donne leur teinte à nos dents. Avec le temps, “l’émail devient plus compact et réfléchit moins de lumière, tendant ainsi à rendre la dent plus grise. Parallèlement, à l’intérieur de la dent, le nerf se rétracte, les vaisseaux font de même, ce qui diminue l’oxygénation et entraîne un jaunissement”, explique Pascal Zyman, chirurgien-dentiste expert en esthétique auprès de l’Association dentaire française.

Café, thé, tabac jaunissent les dents

Certains médicaments, comme la tétracycline, un antibiotique prescrit dans les années 1970 aux femmes enceintes et aux enfants, contribuent à la modification de la couleur des dents. De même, un excès de fluor chez les tout-petits peut se traduire par des taches blanches ou brunes à la surface des dents. Ce risque de fluorose dentaire a, d’ailleurs, conduit l’Afssaps (aujourd’hui, Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) à ne plus recommander, depuis 2008, de supplémentation en fluor pour les nourrissons de moins de 6 mois. Parmi les nombreuses causes exogènes de la coloration des dents figure la consommation de tabac (du fait de la présence de nicotine, de goudron et d’ammoniac), de café, de thé, de soda et de vin. Ces produits concourent à l’accumulation de pigments colorés, les chromatophores, qui vont se fixer sur les dents et les foncer.

De l’eau oxygénée pour dépigmenter

Le détartrage et le polissage des dents sont souvent efficaces pour éliminer les taches de surface causées par les aliments ou le tabac. C’est, d’ailleurs, la première intervention que réalisera votre dentiste si vous le consultez pour un blanchiment dentaire. Mais lorsqu’il faut agir à l’intérieur de la dent, seul est opérant le peroxyde d’hydrogène, ou eau oxygénée : l’oxygène actif qu’il contient pénètre l’émail pour atteindre la dentine et dépigmenter les tissus de la dent. Le peroxyde augmente la perméabilité naturelle des dents et crée des microporosités par lesquelles il s’infiltre. Dès lors, il est susceptible d’avoir des effets désagréables, voire fâcheux, surtout si son utilisation est trop fréquente : hypersensibilité au chaud et au froid, irritation des muqueuses, altération ou usure prématurée de l’émail, etc. Pour limiter ces risques, le peroxyde étant utilisé aussi bien par les cabinets dentaires, les bars à sourire que dans les kits en vente libre, le blanchiment est fortement déconseillé “aux enfants de moins de 16 ans environ – tout dépend de la maturité des tissus dentaires –, aux femmes enceintes et aux personnes ayant des dents cariées ou souffrant de maladies parodontales”, souligne Pascal Zyman. Par ailleurs, il convient de vérifier l’état des cavités obstruées par des amalgames ou des composites, le produit pouvant s’infiltrer entre ces matériaux et la dent, toucher directement la dentine et provoquer une nécrose.

En cabinet ou en ambulatoire

Le dentiste dispose de deux méthodes pour effectuer l’éclaircissement. La première est réalisée en cabinet. “Nous protégeons les gencives avec une résine, puis nous appliquons le produit sur la ou les dents à traiter à l’aide d’un pinceau”, décrit Christian Couzinou, président du Conseil national de l’ordre des chirurgiens-dentistes. Ensuite, les dents ainsi recouvertes sont exposées à une lampe afin de photoactiver le peroxyde. L’opération, qui dure entre 30 min et 1 heure, est généralement répétée une fois, 2 ou 3 semaines après la première intervention. À la fin de chaque séance, “nous procédons à une fluoration pour reminéraliser les dents et éviter ainsi les problèmes de sensibilité”, ajoute Pascal Zyman.
L’éclaircissement peut également être réalisé en traitement ambulatoire. Le dentiste prend une empreinte dentaire, puis fait fabriquer une gouttière extrêmement fine et précise, qu’il remet au patient. Il lui fournit un gel d’éclaircissement qui devra être déposé dans la gouttière. Celle-ci sera portée quotidiennement soit pendant 45 min, soit toute la nuit, suivant la nature du produit utilisé – les praticiens emploient parfois du peroxyde de carbamide, un dérivé du peroxyde d’hydrogène –, et ce durant 1 à 3 semaines. Les deux méthodes sont souvent associées pour maximiser l’efficacité du traitement, laquelle est parfaitement prédictible. Votre dentiste vous l’indiquera avant même de commencer le travail.
De toute façon, n’attendez pas de miracle du blanchiment. Répétons-le : il n’est guère possible de gagner plus de deux teintes. En outre, l’intervention sera plus efficace sur des dents jaunes que sur une denture grisâtre. Quant aux fumeurs, mieux vaut qu’ils renoncent au traitement s’ils ne sont pas prêts à abandonner la cigarette : s’insinuant dans les microporosités de l’émail dues à l’action du peroxyde, la nicotine pourrait atteindre la dentine et engendrerait rapidement une nouvelle coloration. Pour la même raison, il convient d’éviter le café, le thé et le vin dans les jours suivant un éclaircissement.

Des produits désormais moins dosés

Jusqu’à l’année dernière, les dentistes utilisaient du peroxyde d’hydrogène dosé à 35 %. Mais une directive européenne de septembre 2011 est venue bousculer leurs habitudes : pour limiter les risques liés à de trop forts dosages, ils ne peuvent, dorénavant, employer que des produits dont la concentration en peroxyde d’hydrogène est inférieure à 6 %. “Cela complique notre travail, regrette Christian Couzinou. Les résultats sont plus longs à obtenir. Or, nous pensons qu’il n’y a pas de risque si le diagnostic est bien posé dès le départ.” La directive est encore plus sévère pour les produits en vente libre ou pour ceux utilisés dans les centres esthétiques comme les bars à sourire. La concentration de peroxyde d’hydrogène est alors plafonnée à 0,10 %. À ce dosage, “le produit ne sert strictement à rien, assure Pascal Zyman. L’émail déshydraté reflète simplement davantage la lumière. Il s’agit d’un effet d’optique, pas d’une vraie blancheur”.
Un avis que ne partage évidemment pas David Berbia, cofondateur de la chaîne de magasins Point Sourire et président de la Fédération française de l’éclaircissement dentaire (FFED). Une organisation née pour redorer le blason d’une profession décriée depuis environ un an, accusée par les professionnels de la santé bucco-dentaire de faire courir des risques aux clients. Les dentistes reprochent, notamment, aux bars à sourire de multiplier les applications de peroxyde sans jamais réaliser de contrôle sur l’état des dents traitées. Et pour cause, les employés de ces établissements esthétiques n’étant pas médecins.

69 € en institut, 300 € chez le dentiste   

Au bar à sourire, le client s’installe dans un fauteuil, puis applique lui-même sur ses dents une gouttière remplie de gel. Il est ensuite exposé au rayonnement d’une lampe à led, pendant 18, 36 ou 54 min suivant la formule choisie, pour activer le produit. “Le temps de contact du produit avec la dent détermine le résultat et sa durabilité”, affirme David Berbia. Alors que la facture atteint entre 300 et 400 € par mâchoire chez le dentiste – le blanchiment n’est pas pris en charge par l’Assurance maladie –, dans les instituts esthétiques la séance de 18 min coûte 29 € ; celle de 54 min, 69 €. “Il est possible de gagner quatre teintes et de conserver ce résultat de quelques jours à plusieurs mois”, promet David Berbia. Impossible, rétorquent les dentistes que nous avons interrogés, alléguant que, d’une part, la concentration en peroxyde est trop faible et que, d’autre part, les gouttières utilisées étant de forme standard, elles ne sont pas adaptées à la denture de chaque client. “Il faut une pression du produit vers l’intérieur de la dent, explique Pascal Zyman. Avec une gouttière standard, la pression n’est pas assez forte, l’efficacité s’en trouve énormément diminuée. Il n’est donc pas surprenant de constater qu’aux États-Unis les bars à sourire, apparus il y a une quinzaine d’années, ont progressivement fermé leurs portes, la clientèle faisant défaut face aux résultats décevants.”

Les bars à sourire sur la sellette

Dangereux, inefficaces, les bars à sourire essuient toutes les critiques. Il ne faut que quelques milliers d’euros et 2 jours de formation pour ouvrir un centre d’éclaircissement dentaire. Ces conditions expliquent qu’environ 400 établissements aient vu le jour ces dernières années en France. Elles peuvent aussi justifier une partie des craintes exprimées par les dentistes. Tout cela ne serait qu’une question de gros sous, assure David Berbia : “Si les dentistes s’en prennent à nous, c’est parce que nous marchons sur leurs plates-bandes. Ils craignent que nous détournions une partie du chiffre d’affaires qu’ils réalisent avec l’éclaircissement. Ils ne sont jamais montés au créneau contre les kits de blanchiment vendus dans le commerce, lesquels dépassent souvent largement la concentration autorisée. La campagne de dénigrement qu’ils ont lancée contre nous depuis septembre 2011 a eu pour conséquence de diviser notre clientèle par trois. Pourtant, nos produits sont sans danger et, pour rejoindre la Fédération, nos adhérents doivent désigner leurs fournisseurs et n’utiliser que des substances autorisées par la réglementation.”
À défaut d’examen clinique, une séance dans un bar à sourire commence par un questionnaire censé lever les contre-indications, mais il ne permettra pas de détecter une carie bien cachée, un amalgame endommagé ou une petite fissure dans une dent. Un détour par le cabinet du dentiste est donc vivement recommandé avant tout passage dans un de ces instituts.

Lire aussi :

» Le blanchiment des dents est risqué

» Fin du blanchiment des dents à domicile

Vincent Delfau


Mots-clés :

DENT , DENTISTE , HYGIENE BUCCO DENTAIRE




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