Toute l’information juridique et patrimoniale
pour prendre les bonnes décisions
Accueil > Immobilier > Maison individuelle > Protection contre le bruit : repérez les points faibles de votre logement

Protection contre le bruit : repérez les points faibles de votre logement

Protection contre le bruit : repérez les points faibles de votre logement
Septembre 2012
Le Particulier Pratique n° 382, article complet.
Auteur : COUNE (Isabelle)

Voisins turbulents, circulation dense, pompe à chaleur qui ronronne en permanence, le bruit peut vite vous gacher la vie. Avant d’emménager dans un nouveau logement, mieux vaut connaître sa performance acoustique.

Connaître la performance acoustique d’un logement n’est pas aisé. Même dans le neuf, pourtant soumis à une réglementation, les contentieux sont nombreux. D’autant que les nouvelles techniques de construction réservent leur lot d’effets pervers. Le recours à l’isolation thermique par l’extérieur (ITE) peut soit améliorer la performance acoustique de la façade, soit la dégrader, en fonction de l’isolant utilisé. Ainsi, les matériaux isolants en mousse rigide ont tendance à détériorer la performance acoustique de la paroi. Les prescripteurs devraient donc leur préférer les isolants thermo-acoustiques. Mais ce n’est pas tout. Une bonne isolation des bruits extérieurs accentue les bruits intérieurs par les transmissions latérales aux jonctions entre plancher et façade et entre plancher et murs de refend (voir Les transmissions directe, latérale et parasite). Un vrai casse-tête ! Les nouveaux modes de construction peuvent donc être des sources de non-conformité s’ils ne sont pas bien maîtrisés.

Des mesures pour limiter les mauvaises surprises en fin de chantier

Pour éviter les déconvenues, un décret de mai 2011, issu de la loi Grenelle 2, prévoit pour les demandes de permis de construire déposées à partir du 1er janvier 2013 que les maîtres d’œuvre ou les maîtres d’ouvrage fournissent à l’autorité ayant délivré l’autorisation de construire un document attestant la prise en compte de la réglementation acoustique : le respect d’un cahier des charges ne suffira plus, il faudra réaliser des mesures acoustiques à la fin des travaux, selon des modalités définies dans un arrêté à venir. L’attestation sera jointe à la déclaration d’achèvement des travaux. Cette obligation concernera les bâtiments collectifs soumis à permis de construire ou, lorsqu’elles font l’objet d’un même permis de construire, les maisons ­accolées, contiguës à un local d’activité ou superposées à celui-ci. Elle ne s’appliquera donc pas aux maisons individuelles. “Il s’agit de faire prendre conscience à tous les professionnels qui interviennent pendant le chantier de l’importance de tenir compte de l’acoustique dès la conception du bâtiment”, analyse Anne-Marie Soulier, chef de projet aération et acoustique dans les bâtiments, au ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie. Par ailleurs, les professionnels de la Chambre de l’ingénierie et de conseil de France-Groupement de l’ingénierie acoustique (CICF-Giac) sont en train d’élaborer un indicateur unique, qui sera prêt à la fin de l’année. “L’Association HQE, très intéressée, participe aux travaux. Cet outil pourrait être utilisé aussi par les promoteurs et les organismes de certification des bâtiments”, explique Philippe Guignouard, président du CICF-Giac. Fondé sur le modèle des étiquettes énergie, l’indicateur comprendra cinq classes, de A (lieu de très bonne qualité acoustique) à E (insalubrité acoustique) ; la classe médiane, C, correspondant à la valeur de qualité minimale réglementaire. Conçu pour le neuf, il pourrait, à terme, être utilisé en réhabilitation. En attendant ces classements et ces vérifications in situ, l’acquéreur ou le futur locataire devra explorer le système de construction et les évolutions de la réglementation, seuls à même de donner une idée de l’isolation du logement.

» Les formulaires du permis de construire

Avant 1969, des performances acoustiques très variables

Les logements construits avant 1969 n’ont été soumis à aucune réglementation acoustique. Leur confort acoustique dépend des techniques et des matériaux utilisés. Il est quasi impossible d’établir des règles en la matière, car les immeubles, parfois très anciens, ont pu subir un grand nombre de modifications de la part de leurs occupants successifs. Par exemple, la création d’une salle de bains, et le percement de planchers et de cloisons pour le passage des réseaux, est une source de nuisances sonores. À cela s’ajoutent le vieillissement et le tassement du bâti : une fissure est une source de transmission parasite (voir : Les transmissions directe, latérale et parasite).
L’épaisseur des murs en pierre des immeubles haussmanniens (édifiés entre 1870 et 1920) et le remplissage, courant à l’époque, de l’espace entre les solives du plancher avec les gravats du chantier – ce qui apporte de la masse – amortissent le bruit. À l’inverse, les parois verticales de distribution des pièces, qui se composent généralement de matériaux légers et d’ossatures en bois, transmettent parfois davantage les vibrations que les plafonds. La présence d’une ossature en bois se repère facilement à l’oreille : le plancher est souple lorsqu’on saute dessus.
Les constructions postérieures à 1945 sont de piètre qualité sur le plan acoustique. Après la guerre, il a, en effet, fallu bâtir vite en utilisant de nouvelles techniques. Les faibles épaisseurs des dalles de plancher et les matériaux à corps creux employés dans ces immeubles laissent passer le bruit. À partir de 1957, les phénomènes de propagation sonore sont mieux maîtrisés et les outils de mesure évoluent. La première réglementation acoustique s’applique alors uniquement aux bâtiments construits avec l’aide de l’État (logements sociaux), ­particulièrement nombreux. “Ils ont présenté jusqu’en 1970 des qualités acoustiques souvent supérieures à celles des immeubles de standing construits à la même époque. De fait, pour répondre à ces nouvelles exigences, les matériaux à corps creux sont remplacés par des dalles et des murs séparatifs en béton de 15 cm”, relate Christine Simonin-Adam, architecte acousticienne, dans son ouvrage Acoustique et réhabilitation. Les premières moquettes en fibres ­synthétiques sont posées dans les logements sociaux pour lutter contre les bruits d’impact.
Toutes les habitations construites après 1969 sont tombées sous le coup de la première réglementation acoustique. Celle-ci fixe des valeurs minimales d’isolation acoustique entre les logements d’un immeuble, ainsi que des valeurs maximales pour les bruits d’impact et d’équipements du bâtiment (chaufferie, ascenseur, ventilation mécanique, etc.). De nouvelles techniques apparaissent alors, comme la plaque de plâtre grâce à la maîtrise du système masse-ressort-masse (voir : La loi masse-ressort-masse).

En 1979, on isole des bruits extérieurs

Concernant les bruits extérieurs à l’immeuble, les premières exigences ont été imposées par l’arrêté du 6 octobre 1978. Les logements construits depuis 1979 à proximité de voies routières ou ferroviaires bruyantes ont, en principe, un isolement renforcé. Cet arrêté a été abrogé par celui du 30 mai 1996 relatif aux modalités de classement des infrastructures de transports terrestres et à l’isolement acoustique des bâtiments d’habitation dans les secteurs affectés par le bruit. Il fixe des normes d’isolement des façades renforcé par rapport à celles de la réglementation précédente et dépendant du niveau de bruit émis par ces infrastructures. Les niveaux d’isolement requis sont définis en fonction de la catégorie de la voie considérée et de la distance du bâtiment à la voie. Vous pouvez vous ­renseigner sur le classement de votre secteur à la mairie, à la direction départementale de l’équipement (DDE) ou à la préfecture.

À partir de 1996, couloirs et escaliers s’apaisent

Les exigences ont été durcies en 1994 par la nouvelle réglementation acoustique (NRA), qui s’applique à la construction des bâtiments d’habitation neufs dont le permis de construire a été déposé après le 1er janvier 1996. La NRA impose un isolement acoustique minimal de 30 dB(A) pour les bruits extérieurs et une absorption acoustique dans les couloirs, les escaliers, les halls d’immeubles… Elle fixe également des seuils pour les bruits émis par les équipements installés à l’intérieur du logement : bouches de ventilation mécanique contrôlée (VMC), appareils individuels de chauffage, etc. Les logements construits depuis 2000 doivent respecter la NRA 2000. Le niveau des exigences reste identique à celui de la réglementation précédente, mais le texte introduit de légères modifications (unités, indices, modes de calcul…) provenant de la transposition de normes européennes. Il n’aborde pas le niveau d’isolement acoustique entre les pièces d’un logement.

En 2012, le label Qualitel permet d’aller plus loin

Si vous souhaitez que les performances acoustiques de votre habitation aillent au-delà de ce que prescrit la NRA 2000, vous devez opter pour un logement certifié. Le confort acoustique est l’un des critères des certifications Qualitel, Habitat & Environnement (H & E) et NF Logement, dont les niveaux d’exigences sont revus régulièrement. Ceux du millésime 2012 des labels Qualitel et H & E sont supérieurs à ce qu’impose la réglementation : niveau d’isolement de 3 dB de plus pour les bruits d’impact ; bruit des équipements collectifs (VMC double flux dans les chambres, chauffe-eau thermodynamiques) de 5 dB de moins. Ces limites touchent surtout les logements bâtiments basse consommation (BBC). Enfin, concernant la réverbération des bruits dans les parties communes qui desservent des logements, ces labels doublent l’obligation réglementaire.

NF Logement s’attaque enfin au bruit intérieur

Dans le neuf toujours, la certification NF Logement inclut des exigences visant à limiter la transmission des bruits aériens à l’intérieur du logement, laquelle n’est pas réglementée. En classe C, la cloison, en carton-plâtre de 50 mm d’épaisseur, apporte un affaiblissement acoustique moyen. En classe B, les cloisons, d’une épaisseur de 72 mm, sont constituées de deux plaques de plâtre de 13 mm d’épaisseur montées sur une ossature métallique et séparées par une lame d’air (système masse-ressort-masse). En classe A, la cloison est identique à celle de la classe B, mais l’espace entre les deux plaques de plâtre est rempli de laine de verre, ce qui améliore un peu la performance acoustique. Les classes B et A prévoient également le renforcement des planchers dans les duplex et les maisons individuelles. Elles impliquent de poser une chape acoustique entre le séjour et une chambre ou entre deux chambres situées sur deux niveaux. La classe A impose, en plus, que l’escalier soit aménagé dans un dégagement, et non dans le séjour ou la chambre, afin d’éviter la propagation du son dans les chambres.
Les promoteurs ayant choisi la norme NF Logement sont certifiés pour tous leurs programmes. Ils doivent faire une étude acoustique au stade de la conception ou demander à un bureau de contrôle de réaliser des tests acoustiques sur un échantillon de logements avant leur livraison. L’affaiblissement acoustique est alors mesuré selon une méthode normalisée. Dans un immeuble, par exemple, des capteurs sonores disposés à l’intérieur du logement enregistrent les bruits aériens simulés par des haut-parleurs placés dans les appartements et les parties communes contigus, ainsi que les bruits d’impact émis par une machine à chocs installée dans les appartements ou les parties communes situés au-dessus du logement.

La certification NFHQE, la garantie du calme

La certification NF avec la démarche haute qualité environnementale (NFHQE) pour les niveaux performant et très ­performant reprend des exigences d’isolement presque identiques à celles des labels Qualitel et H &E en ce qui concerne les bruits d’impact entre les logements, ceux des équipements individuels et collectifs et la réverbération dans les parties communes. Pour le bruit intérieur au logement, elle va plus loin que NF Logement et fixe un isolement acoustique entre le séjour et les chambres de 33 dB, pour le niveau performant, et de 40 dB, pour le niveau très performant. Ce dernier implique, en outre, un isolement supérieur à celui prévu par la réglementation : de 2 dB entre les logements pour les bruits aériens intérieurs et de 3 dB pour les bruits aériens extérieurs.
En dehors des labels, il est presque impossible pour l’acheteur d’obtenir des renseignements. “Son interlocuteur dans le bureau de vente est un commercial qui ne connaît rien à la technique. Il lui remettra simplement un descriptif normalisé”, explique Marc Gédoux, promoteur immobilier, président du groupe Pierre Étoile. Le plus souvent, ces notices ne contiennent que des formulations vagues : murs en béton armé, en blocs de béton ou en maçonnerie selon calculs de résistance, par exemple.

Des effets pervers à redouter

En acoustique, il n’y a pas de monde parfait. “Les exigences portant sur les parois intérieures ne suffisent pas forcément à garantir un niveau de confort acoustique optimal dans le logement : le détalonnage des portes pour assurer la circulation de l’air et le fonctionnement correct de la VMC permet au son de passer. De même, un particulier peut se plaindre de nuisances sonores dans un logement tout à fait conforme à la réglementation et aux exigences de certification, car l’oreille est plus ou moins sensible à certaines fréquences. C’est pourquoi nous militons pour élargir le champ de fréquences couvert par la réglementation et réfléchissons à la façon de faire évoluer les exigences de nos certifications”, souligne Antoine Desbarrières, directeur de Qualitel. Les bruits d’impact, aériens internes ou d’équipements individuels constituent une source récurrente de contentieux. Si l’immeuble est de mauvaise facture, les sources de nuisances vont se cumuler.

En cas de problème, réagir dès la remise des clés

“L’acquéreur a un an, à compter du jour de la remise des clés, pour faire valoir la garantie d’isolation acoustique de parfait achèvement. En cas de contentieux, il doit avertir le promoteur par lettre recommandée avec avis de réception, si possible en joignant les témoignages de visiteurs qui ont constaté l’existence de bruits et la gêne qu’ils engendrent”, recommande Me Jean-Marc Jacob, avocat à Paris. Le promoteur peut accepter de faire réaliser des mesures acoustiques ou rembourser les frais que l’acquéreur a avancés s’il s’avère que le bâtiment n’est pas conforme. “Lorsque le promoteur refuse d’effectuer les réparations, l’acquéreur doit faire une déclaration de sinistre à l’assurance dommages-ouvrage, dans le cadre de la garantie de parfait achèvement, poursuit Me Jacob. L’assurance délègue alors un expert pour relever des mesures acoustiques complémentaires.” Si ce dernier trouve les mêmes valeurs que celles relevées la première fois, l’assureur pourra prendre en charge les réparations. Sinon, l’acquéreur doit saisir le juge des référés du tribunal de grande instance du ressort de son domicile pour obtenir une expertise judiciaire. “À ce stade, il vaut mieux se faire représenter par un avocat”, conseille Me Jacob.
“Il n’est pas dans l’intérêt du promoteur de refuser de faire les réparations, car il verra sa police d’assurance augmenter sur ses prochains programmes si l’acquéreur fait jouer la garantie légale. Dans 90 % des cas, le bruit provient soit d’une fenêtre dont le joint n’est pas comprimé, soit d’une gaine technique mal calfeutrée au niveau du passage des canalisations dans la dalle”, précise Marc Gédoux.

Lire aussi :

» Les médecins alertent sur les méfaits des bruits de voisinage

» Les travaux d’insonorisation des logements proches des aéroports sont remboursés

Boutique :

» Le guide des relations de voisinage

Isabelle Coune


Mots-clés :

BRUIT , ISOLATION ACOUSTIQUE , TROUBLE DE VOISINAGE




Outils pratiques :
Formalités et démarches
Papiers à conserver

Bannière Choix patrimoniaux

Bien choisir votre assurance vie
Un expert vous accompagne pour optimiser votre fiscalité, anticiper la transmission de votre patrimoine et préparer votre retraite

Recommandé par

Votre adresse est conservée par le Particulier, pour en savoir plus / se désinscrire

Bannière Tous simulateurs 1000*104

Bannière e-Particulier