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Mieux être : aide-minceur miracle ou mirage?

Mieux être : aide-minceur miracle ou mirage?
Mai 2012
Le Particulier Pratique n° 379, article complet.
Auteur : DELFAU (Vincent)

L’étude épidémiologique ObÉpi, réalisée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), TNS HealthCare-Sofres et l’Institut Roche, montre que, en 2009, 31,90 % des Français adultes étaient en surpoids et 14,50 % étaient obèses. Entre 1997 et 2009, l’indice de masse corporelle (IMC) moyen est passé de 24,30 à 25,30 kg/m² et le tour de taille de 85,20 à 89,90 cm, en moyenne.

Ces données inquiètent les praticiens, car la surcharge pondérale augmente les risques de développer de nombreuses pathologies (diabète de type 2, maladies cardio-vasculaires, hypertension artérielle, troubles respiratoires, usure prématurée des articulations, certains cancers, etc.) et a des conséquences psychologiques (mal-être, dépression, rejet de son corps) et sociales (exclusion, notamment).

Agir sur l’appétit est un leurre

“Le surpoids et l’obésité sont des maladies chroniques pour lesquelles il n’existe pas de traitement thérapeutique reconnu comme efficace”, affirme Joëlle Goudable, professeure de nutrition et de santé publique à la faculté de pharmacie de Lyon. En effet, l’arsenal est d’autant plus réduit que les médicaments coupe-faim – Rimonabant, Sibutramine, Mediator, Isoméride – ont tous été interdits en raison des risques cardio-vasculaires ou psychiques qu’ils faisaient courir aux patients. Qui plus est, l’efficacité de ces anorexigènes semble limitée. “Le système de régulation du comportement alimentaire est comparable aux systèmes redondants embarqués dans un avion : si l’un d’eux défaille, d’autres prennent le relais”, explique Bernard Waysfeld, psychiatre et nutritionniste, qui préside le Groupe de réflexion sur l’obésité et le surpoids (Gros). Ainsi, si un produit agit sur la faim, un circuit de suppléance se met en place, qui rétablit un niveau normal de faim et de satiété. Vouloir contrôler le surpoids en inhibant la faim grâce à des médicaments est donc illusoire.

Évacuer les graisses est possible

La seule molécule qui dispose encore d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour le traitement de l’obésité est l’Orlistat. Commercialisée sous la marque Xenical par le laboratoire Roche, “elle est prescrite dans des cas d’obésité avérée et après 4 semaines de régime hypocalorique”, précise Joëlle Goudable. Depuis 2009, le laboratoire GSK distribue également Alli, un médicament en vente libre, composé de la même molécule, mais deux fois moins dosé. Dans les deux cas, le produit “inhibe l’absorption des graisses dans l’intestin, sans modifier l’appétit. Celles-ci sont évacuées dans les selles sous forme de diarrhées graisseuses”, poursuit Joëlle Goudable. Du fait de sa délivrance sans prescription, Alli a connu un succès foudroyant dans les officines et a été progressivement utilisé par des personnes pour lesquelles il n’était pas indiqué : patients de moins de 18 ans ou dont l’IMC est inférieur à 28 kg/m², femmes enceintes. En 2010, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) faisait état d’un taux de mésusage de 32 % et rapportait des cas d’atteintes hépatiques graves chez plusieurs patients traités par Orlistat. En 2011, l’Agence européenne du médicament (EMA) plaçait la molécule sous surveillance. En février 2012, l’EMA a, cependant, dissipé les doutes planant sur l’Orlistat et confirmé que la balance entre bénéfices et risques des médicaments contenant cette molécule était positive. Il n’empêche que les praticiens restent peu enthousiastes. “Globalement, ces traitements ne présentent que peu d’intérêt, sinon celui de jouer le rôle de rééducateurs du comportement alimentaire en incitant les patients à ne pas manger trop gras pour ne pas être gênés par les troubles digestifs”, déclare le Dr Waysfeld.

Les tisanes ne font pas maigrir

Si les produits médicamenteux destinés à lutter contre le surpoids ont été retirés de la vente, les présentoirs des pharmacies et les rayons des grandes surfaces regorgent de gélules, de tisanes et de compléments alimentaires présentés comme les “ennemis de votre graisse”, les “armes absolues pour un effet minceur” ou les “alliés des ventres plats”. Les tisanes séduisent les consommateurs, qui les jugent naturelles et, a priori, saines – ce n’est que de l’eau et des plantes –, contrairement aux molécules chimiques, parfois entourées de suspicion. Ce qui ne suffit pas à les rendre efficaces. On peut les classer en trois grandes familles. Tout d’abord, celles obtenues à partir de plantes diurétiques (cassis, queues de cerises, reine-des-prés, bruyère…), censées favoriser l’élimination de l’eau et des toxines dans l’urine. Il est inutile d’en attendre un réel effet amaigrissant. Non seulement “leur efficacité n’est pas scientifiquement prouvée, mais ces tisanes ne contribuent certainement pas à évacuer les graisses. Que l’on boive de l’eau ou des tisanes, le résultat n’est guère différent : on mange moins tout en portant quelque chose à la bouche, on fait travailler les reins et on remplit l’estomac”, souligne Joëlle Goudable.

La deuxième catégorie regroupe les tisanes qui influent sur la satiété. Composées de fucus, de cactus mexicain ou de diverses algues, elles sont souvent riches en fibres capables de se gorger d’eau : en gonflant, celles-ci augmentent le volume du bol alimentaire, ce qui permet de faire passer momentanément la sensation de faim. Là encore, les praticiens ne sont guère convaincus. Si ces tisanes peuvent aider les gros mangeurs ou les personnes qui ont souvent faim, “c’est un leurre dont l’effet ne dure pas”, assure le Dr Waysfeld. “Il est aussi efficace de manger une pomme et d’avaler un verre d’eau que de boire ces tisanes”, ajoute le Dr Laurent Chevallier, nutritionniste au centre hospitalier universitaire de Montpellier.

Un petit effet sur le métabolisme

La troisième famille rassemble les tisanes présentées comme ayant des propriétés brûle-graisses. Elles contiennent presque toutes de la caféine. En théorie, celle-ci favorise la thermogenèse, c’est-à-dire l’élévation de la température du corps par l’augmentation du métabolisme énergétique, laquelle passe par la dégradation des lipides. Boire ces tisanes permettrait donc d’accroître ses dépenses énergétiques sans absorber de calorie. Dans les faits, “le bénéfice est minime. Il faudrait en ­consommer de très grandes quantités pour observer une perte de poids, laquelle s’accompagnerait alors des effets néfastes de la caféine”, insiste le Dr Chevallier.

Les gélules, pas mieux que les tisanes

Fabriqués avec les mêmes ingrédients que les tisanes, les compléments alimentaires n’ont aucune action sur le poids, affirment unanimement les praticiens que nous avons interrogés. En outre, ils sont susceptibles d’avoir des effets délétères (voir LPP n° 376). “S’il existait un complément alimentaire vraiment efficace, il n’y aurait pas autant de nouveaux produits”, observe Joëlle Goudable. En effet, les références sont innombrables, et de nouveaux produits viennent, chaque année, garnir les rayonnages et remplacer ceux de la saison précédente. “Les patients n’ont pas envie d’entendre un discours les obligeant à changer leurs habitudes alimentaires et à faire de l’exercice. Ils vont alors essayer tout ce qui peut éventuellement avoir une efficacité quelconque, ce qui ouvre la porte à toutes les solutions miracles”, reprend Joëlle Goudable. Des produits souvent agrémentés de formules séduisantes vantant leurs effets à grand coup de “prouvé cliniquement”.

Des essais cliniques faussés

Les études cliniques sur lesquelles s’appuient les fabricants comportent systématiquement des biais méthodologiques qui remettent entièrement en cause leur pertinence : échantillon non représentatif ou trop restreint (parfois limité à une dizaine de sujets), absence de groupe placebo en double aveugle servant de base de comparaison, patients qui se pèsent eux-mêmes, doses et durée d’administration différentes de celles indiquées dans la notice du produit, etc. “De plus, ces études sont fréquemment réalisées sur des sujets à qui un régime alimentaire drastique est imposé, qui conduit, à lui seul, à la perte de poids”, ajoute Laurent Chevallier. Tous ces compléments alimentaires minceur appartenant à la catégorie des aliments, et non à celle des médicaments, les fabricants n’ont pas à apporter la preuve de l’efficacité de leurs produits pour que ceux-ci reçoivent une AMM. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) effectue régulièrement des saisines afin que les industriels prouvent le bien-fondé des effets qu’ils prêtent à leurs gélules. Mais “le processus est extrêmement lent, entre la saisine, l’enquête, les avis d’experts de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), les demandes adressées au fabricant, celui-ci a déjà retiré sa référence du marché et l’a remplacée par une nouvelle”, affirme Joëlle Goudable. Ces produits séduiront malgré tout une partie des consommateurs affectés par leur surpoids et prêts à croire à de vaines promesses.

Reste l’effet placebo

Certaines personnes constatent, néanmoins, que les aide-minceur, qu’elles ont achetés à prix d’or, leur permettent effectivement de perdre du poids. “Ces produits sont des placebos, explique le Dr Waysfeld. Ils peuvent être efficaces, mais leur efficacité n’est pas scientifiquement démontrable sur le long terme.” De fait, les notices d’utilisation conseillent aux consommateurs d’accompagner leurs prises quotidiennes d’un régime alimentaire hypocalorique, lequel suffit à leur faire perdre quelques kilos. C’est d’ailleurs la seule solution pour lutter contre le surpoids. “Les entrées doivent être inférieures aux sorties, c’est mathématique”, résume Joëlle Goudable. Cela implique la mise en place de mesures d’hygiène diététique strictes : il faut avoir une alimentation contrôlée et rationnée, manger à des horaires réguliers et, en parallèle, pratiquer une activité physique. Bref, tout un mode de vie à revoir et à changer durablement.

Vincent Delfau

 


Mots-clés :

ALIMENTATION , AMAIGRISSEMENT , MEDICAMENT , PRODUIT ALIMENTAIRE




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