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Mieux être : savoir vivre avec l'arthrose

Mieux être : savoir vivre avec l'arthrose
Avril 2012
Le Particulier Pratique n° 378, article complet.
Auteur : DELFAU (Vincent)

L’arthrose touche 80 % de la population de plus de 70 ans. Pourtant, contrairement à une idée reçue, “ce n’est pas de l’usure”, affirme d’emblée le Pr Francis Berenbaum, chef du service de rhumatologie à l’hôpital Saint-Antoine, à Paris. Il s’agit, en effet, d’une maladie à part entière conduisant à une destruction du cartilage. Dans une articulation saine, le cartilage est en perpétuelle reconstruction. L’arthrose dérègle ce mécanisme : le cartilage, de moins en moins épais, perd sa fonction d’amortisseur, ce qui entraîne une altération de l’articulation, une moindre fluidité des mouvements, qui deviennent douloureux, et l’apparition d’excroissances osseuses de part et d’autre de l’articulation.

Traumatisme, surpoids et hérédité

Cette maladie peut être due à des traumatismes subis par les articulations – une sorte de stress mécanique –, notamment dans le cadre d’une activité physique, du fait de la répétition de certains gestes, à la suite d’une fracture articulaire ou d’une méniscectomie. “Après 45 ans, retirer un ménisque n’est pas anodin, avertit Francis Berenbaum. Il faut vraiment être sûr qu’il est bien responsable des douleurs.” Autre cause, le surpoids. “On observe deux fois plus d’arthrose chez les obèses”, constate le praticien. Un excès de charge pour les articulations porteuses (hanches, genoux) entraîne leur altération. Mais un autre phénomène semble intervenir. Ainsi l’obésité est associée à une augmentation du risque d’arthrose digitale. “L’hypothèse, qui reste à vérifier, serait que les adipokines, les molécules produites par les tissus adipeux, sont mauvaises pour les articulations”, indique le Pr Berenbaum. L’arthrose pourrait également être liée aux hormones, en particulier à la diminution des œstrogènes en période postménopausique. Enfin, cette maladie articulaire trouve aussi, en partie, son origine dans l’hérédité. Il existe des familles d’arthrosiques, notamment pour les arthroses digitales, du genou et de la hanche. “Une fois le processus enclenché, il est inéluctable. Aucun traitement ne peut en bloquer l’évolution. À nous d’essayer de rendre la vie plus facile à nos patients”, explique le Dr Patrick Gepner, rhumatologue à l’hôpital Foch de Suresnes. Pour cela, les médecins s’appuient sur plusieurs stratégies, à commencer par des mesures destinées à prévenir l’apparition de la maladie ou à en ralentir l’évolution. En premier lieu, l’exercice physique, indispensable, y compris quand les signes d’arthrose sont déjà présents. “Le cartilage se nourrit dans le mouvement et les muscles s’y renforcent, souligne le Dr Philippe Chaduteau, médecin du sport. Plus on bouge, plus l’articulation en profite. L’activité physique – natation, vélo, marche… – est importante à tout âge et doit être préparée par un échauffement sérieux.”

L’arsenal des anti-inflammatoires

Les traitements médicamenteux n’ont, pour l’heure, comme objectif que de soulager la douleur. Les praticiens commencent toujours par prescrire des antalgiques simples, essentiellement du paracétamol. En cas d’échec, ils se tournent vers les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), qu’ils associent souvent à un protecteur gastrique. L’arthrose évoluant par poussées, les AINS peuvent enrayer une crise, mais ne doivent pas constituer un traitement à long terme. Quant aux coxibs, une classe d’AINS, ils avaient suscité de grands espoirs lors de leur commercialisation au début des années 2000 en raison de leur meilleure tolérance gastrique. Ils font aujourd’hui l’objet d’une surveillance particulière – certains ont même été retirés du marché –, à cause du risque d’accidents cardio-vasculaires.

Toujours, dans la catégorie des médicaments par voie générale, les antiarthrosiques symptomatiques d’action lente (AASAL) font, eux aussi, couler beaucoup d’encre. Parfois présentés, à tort, comme capables de réparer le cartilage, ils n’ont, tout au plus, qu’une action sur la douleur. C’est d’ailleurs à cet effet qu’ils ont reçu leur autorisation de mise sur le marché. Le corps médical reste divisé sur leur efficacité réelle. Ces produits – chondroïtine, glucosamine, insaponifiables d’avocat ou de soja – “ont montré une légère supériorité statistique par rapport à un placebo, mais sont toujours discutés”, précise le Pr Berenbaum. Les uns, comme la glucosamine, sont vendus sous forme de compléments alimentaires ; les autres, en tant que médicaments. Ces derniers sont de moins en moins remboursés et de plus en plus chers.

Soigner directement l’articulation 

L’arsenal thérapeutique intègre également des médicaments administrés par voie locale. C’est le cas des injections de corticoïdes, essentiellement lors de poussées aiguës, qui ont l’avantage de soulager très rapidement la douleur et de produire un effet apaisant pouvant durer quelques semaines. Ces infiltrations sont, par exemple, indiquées en cas de genou chaud et gonflé. ­Parallèlement, une arthroscopie de nettoyage est parfois proposée. Après avoir pratiqué deux petites incisions, le chirurgien introduit un endoscope dans l’articulation afin d’avoir une estimation complète de la dégradation cartilagineuse. Il évacue les corps étrangers, comme les fragments de cartilage qui pourraient engendrer des inflammations, extrait le liquide synovial en excès et peut procéder à un polissage des grosses irrégularités du cartilage. “Malheureusement, l’efficacité de ce geste a été récemment remise en question par des études cliniques de grande qualité”, précise le Pr Berenbaum.

Toujours au chapitre des traitements par voie locale, les injections d’acide hyaluronique consistent à introduire dans l’articulation un produit visqueux : on parle de viscosupplémentation. Cette technique permet “de remettre de l’huile dans les rouages grippés”, précise le Dr Gepner. Trois injections en trois semaines de ce produit, extrait de crêtes de coq, mais naturellement présent dans les articulations, produisent des effets antalgiques différés, 2 ou 3 mois plus tard, qui peuvent perdurer plusieurs mois. Si l’acide hyaluronique n’a reçu une autorisation de mise sur le marché que pour être utilisé sur le genou, il arrive qu’il soit injecté dans d’autres articulations. Toutefois, l’opération est plus délicate à mettre en œuvre dans les articulations profondes et réclame, par exemple en ce qui concerne la hanche, un guidage radiologique.

De nouvelles thérapies à l’étude

À l’avenir pourraient apparaître des traitements permettant de réparer l’articulation par le biais des biothérapies ou des thérapies cellulaires. Le Dr Philippe Collin, chirurgien de l’épaule au centre hospitalier privé Saint-Grégoire, près de Rennes, travaille ainsi à reconstruire le cartilage à partir de peau de porc. “Cette technique consiste à décellulariser de la peau animale pour obtenir une sorte de charpente, que l’on va coudre dans l’épaule. Cette matrice est alors recolonisée par les cellules du patient et produit quelque chose qui ressemble à du cartilage et qui, fonctionnellement, se comporte de la même façon.” Seuls quatre chirurgiens dans le monde pratiquent ce type d’intervention, mise au point en 2008. Le Dr Collin avance un taux d’efficacité de 70 %, mais se veut confiant. “Si cela fonctionne aujourd’hui pour certains patients, cela fonctionnera demain pour tout le monde”, assure-t-il.

En attendant, si les pistes de recherche en biothérapies sont nombreuses, les résultats restent négatifs. Le Tanezumab, par exemple, avait fait naître de grands espoirs après des premiers essais prometteurs. Les essais ont, cependant, été suspendus, car chez certains sujets, ce médicament accélérait le développement de l’arthrose. “Nous aurons peut-être le feu vert au printemps pour reprendre les tests cliniques si nous sommes capables de définir le profil de ces patients à risque”, commente le Pr Berenbaum.

La prothèse, en dernier ressort

La plupart des articulations – hanche, genou, épaule, voire poignet, celles du  doigt – peuvent être remplacées. Des centaines de milliers de prothèses articulaires sont ainsi posées chaque année en France, essentiellement pour les hanches et les genoux. Il s’agit, cependant, d’une intervention lourde, à laquelle on recourt en dernier ressort et qui doit être réservée aux sujets les plus âgés. “Une prothèse a une durée de vie de 10 à 15 ans. On estime donc qu’il n’est pas recommandé d’en poser une avant l’âge de 50 ou 55 ans”, insiste le Dr Collin. D’autant qu’il est beaucoup plus simple de poser une prothèse que de la remplacer. “Le taux de complications et d’échecs est alors largement supérieur à celui d’une première opération : on agresse une seconde fois les muscles et l’on intervient sur un os déjà usé”, poursuit le chirurgien. Et si la pose d’une prothèse est souvent utile et bien tolérée par le patient, il ne faut pas oublier qu’il y a toujours un risque d’infection ou, parfois, de persistance des douleurs.

Vincent Delfau


Mots-clés :

MALADIE




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