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Recourir à un matelassier : le confort d'un matelas en laine

Mars 2012
Le Particulier Pratique n° 377, article complet.
Auteur : FRANCISCO (Sylvie)

En literie, comme dans bien d’autres domaines d’ailleurs, les matières naturelles sont très prisées, et cette tendance profite aux matelas en laine.

Absents depuis longtemps des magasins – rares sont ceux qui en proposent encore –, ils sont de nouveau recherchés. Les fabricants à façon notent un regain d’intérêt, qui se traduit par une hausse des commandes dans les foires et les salons bio, et surtout sur internet. “Jusqu’à ces dernières années, nos clients étaient plutôt âgés, une génération connaissant les atouts des matelas en laine et n’entendant pas y renoncer au profit de produits récents. Aujourd’hui, nos matelas intéressent aussi, et de plus en plus, des personnes plus jeunes, qui découvrent leurs avantages et pour qui l’écologie occupe une place importante dans le choix des achats”, se réjouit Jean Rouanet, expert lainier et patron de Dormilaine, une entreprise artisanale de matelasserie installée dans le Tarn depuis plus de 20 ans. Les matelas en laine cumulent, en effet, plusieurs qualités. Ils sont sains et particulièrement résistants : ils durent facilement de 20 à 30 ans, sont garantis 10 ou 15 ans et peuvent être refaits quand ils sont défraîchis. De plus, lorsqu’ils sont confectionnés dans les règles de l’art, ils sont très confortables, conjuguant soutien ferme et accueil moelleux. Si vous envisagez de remplacer votre matelas à ressorts ou en mousse ou bien de recycler de vieux matelas d’une maison de famille, voici ce qu’il faut savoir pour choisir un bon artisan et calculer votre budget.

Une laine en provenance du Massif central

En France, la laine pour matelas provient des moutons – celle de lama, d’alpaga, de chameau, de yack ou de chèvre conviennent à d’autres usages. La tonte a lieu de mars à juin, sur des animaux vivants. “La laine garde ainsi ses propriétés plusieurs dizaines d’années, alors qu’elle les perd très vite lorsqu’elle est récupérée sur des peaux mortes”, précise Jean-Philippe Rouanne, de Laine & Compagnie, une entreprise artisanale de la Haute-Vienne. Concentrée dans le Massif central, où se trouve le gros du cheptel ovin français, cette collecte saisonnière procure une fibre isolante, très absorbante et régulatrice de température : elle emprisonne près de 80 % d’air et peut retenir jusqu’à 33 % d’humidité sans perdre ses propriétés isolantes. 

Par ailleurs, ne moisissant pas, ne générant que très peu d’électricité statique et fixant peu la poussière, elle est très bien tolérée, même par les personnes qui souffrent d’allergie respiratoire. Gare, néanmoins, aux éventuels traitements chimiques reçus avant et/ou après la tonte ! Enfin, la fibre de laine est inépuisable, très peu inflammable, compostable et, mieux encore, réemployable maintes fois. Cela dit, certaines caractéristiques – finesse, ­frisure, résistance, élasticité, ­gonflant, capacité d’absorption, etc. – varient suivant les races de moutons.

Des races de moutons sélectionnées

“Pour les matelas, il faut une fibre de longueur moyenne, ni trop fine – elle risquerait de se feutrer – ni trop grossière. Plusieurs races locales fournissent une fibre présentant ces caractéristiques : la lacaune – c’est celle que nous utilisons –, la causse du Lot, etc.”, résume Jean Rouanet. “La race du mouton détermine la résilience de la laine, c’est-à-dire son ressort, une qualité indispensable pour un matelas. La blanc du Massif central, la texel, la suffolk, la slun forest conviennent également. La laine est récoltée sur des bêtes adultes, brebis et béliers, car celle d’agneau est trop molle pour être utilisée en literie”, ajoute Jean-Philippe Rouanne. “Nous avons mis en place avec nos éleveurs une sorte de charte sur les conditions de tonte afin d’obtenir une laine de qualité. En contrepartie, nous leur achetons leur production à un prix supérieur à celui du marché”, précise Patrick Laurent, de Laurent Laine, une entreprise artisanale de matelasserie établie dans la Haute-Loire depuis 1898. 

Il existe deux types de fabricants de matelas en laine : les artisans et les petites entreprises artisanales. Parmi ces dernières, certaines fabriquent encore à façon. Elles se procurent la laine brute de tonte et la transforment elles-mêmes. C’est le cas de Dormilaine, Laurent Laine, Laine & Compagnie, d’Ardelaine, dans l’Ardèche, d’Au fil de laine, implantée dans l’Aveyron depuis 1896, etc. “La confection de produits de qualité passe par la maîtrise complète de la filière, de la tonte du mouton au produit fini. À Dormilaine, nous achetons, au printemps, la laine brute à des éleveurs ovins du Tarn, de l’Aude et de l’Aveyron. Nous les sélectionnons d’après trois critères : le mode d’élevage, la race de mouton et les soins apportés à la récolte. Pour chaque lot de laine, nous indiquons le nom de l’éleveur, le nombre de sacs et le poids de laine. Nous conservons ainsi une traçabilité de notre matière première. À l’arrivée dans notre atelier, la laine de chaque éleveur est triée. Les toisons ou les parties de toisons de mauvaise qualité – feutrées, brûlées par le soleil, trop pailleuses, etc. – sont éliminées”, assure Jean Rouanet

De la toison à la laine brute

De manière générale, la meilleure laine provient des épaules, des flancs et du dos de l’animal ; la moins bonne, du ventre, du cou, des pointes de gigots et de l’échine. “Le triage n’est plus pratiqué dans la filière industrielle, car c’est une opération qui prend du temps, chaque toison étant triée manuellement”, déplore Jean Rouanet. “C’est pourtant une étape qualitative essentielle”, confirme Jean-Michel Mallent, d’Au fil de laine.

L’opération suivante consiste à laver la laine brute pour la débarrasser de ses déchets : suint (la graisse sécrétée naturellement par le mouton), boues, déjections, paille, chardons et divers autres débris organiques. “Selon les élevages, ces impuretés représentent de 35 à 70 % du poids de la laine brute. Plus les moutons sont parqués en bergerie, plus leur laine est souillée”, affirme Jean-Michel Mallent. Ce lavage est effectué en interne ou sous-traité à une entreprise disposant des équipements nécessaires : la laine brute doit tremper dans plusieurs bains d’eau chaude, à une température comprise entre 55 et 60 °C.

Dans le secteur industriel, des traitements chimiques sont employés pour dépailler ou blanchir la laine. Dans la filière artisanale, les professionnels s’y refusent, se contentant d’un lavage à l’eau claire additionnée de carbonate de soude. “La laine brute est imprégnée de suint. Le carbonate de soude est une base. Si vous ajoutez une base à une graisse, vous obtenez du savon neutre, un autosavon en quelque sorte qui dispense d’utiliser un détergent agressif et préserve les propriétés naturelles de la laine”, souligne Jean Rouanet.

Le gonflant est obtenu par battage et cardage

Une fois lavée, essorée et séchée en étuve, la laine brute est prête à être transformée. “Nous passons, tout d’abord, la laine dans le batteur. Cette machine, qui comporte un tambour à double paroi muni d’une grille d’évacuation et d’un système d’aspiration, la fait tourner à grande vitesse pour la dépoussiérer, tandis que les dents fixes commencent à ouvrir les fibres. Ensuite, les fibres sont peignées et séparées les unes des autres au moyen d’une cardeuse, elle aussi pourvue de dents. L’appareil doit être réglé avec précision afin de ne pas briser les fibres, ce qui leur ferait perdre leur résilience. À l’issue de ces deux opérations, la laine, désormais en flocons, a acquis son gonflant, son volume”, détaille Jean Rouanet. Batteur et cardeuse sont également très efficaces pour rafraîchir la laine récupérée dans les vieux matelas. Au terme de toutes ces étapes, la confection proprement dite du matelas peut commencer (voir page suivante).

Travaillant seul dans son atelier, l’artisan matelassier ne peut évidemment pas ­assumer toutes ces tâches. Il achète donc des balles de laine déjà lavée à une entreprise de transformation ou à un négociant en gros et effectue juste le cardage à l’aide d’une petite machine. La qualité de cette laine est plus difficile à établir faute de traçabilité. “Les grossistes achètent de la laine aussi bien française que néo-zélandaise ou australienne. Ils les mélangent parfois, bien qu’elles proviennent de races différentes et ne présentent pas forcément les caractéristiques recherchées en literie”, déclare Jean Rouanet.

Capitonnage et bourrelage donnent la fermeté

La confection du matelas se déroule en quatre ou cinq temps : découpe de l’enveloppe, garnissage, fermeture de l’enveloppe, capitonnage et, éventuellement, bourrelage. Le matelassier commence par découper une toile très résistante – en coton, en lin ou un mélange des deux – aux dimensions voulues. Il la garnit ensuite de petits tas de laine cardée, à raison de 45 kg/m3 environ. Ceux-ci doivent être bien répartis et soigneusement nivelés. “Sur 8 h de travail qu’exige la fabrication d’un matelas de deux places, 2 h sont consacrées à cette seule égalisation. Le but est d’obtenir un parallélépipède de 18 à 20 cm d’épaisseur aussi plan que possible. Le savoir-faire fait la différence et détermine le confort final”, insiste Patrick Laurent. “Les zones les plus sollicitées – celles qui supportent le plus le poids de la personne – sont renforcées par une couche de flocons supplémentaire”, précise Jean-Michel Mallent.

L’enveloppe en tissu est ensuite rabattue et cousue. Enfin, on capitonne : “On pique le matelas, de part en part et à intervalles réguliers, avec une très longue aiguille, dont le fil traverse la laine et la maintient en place. Plus on réalise de capitons, plus la laine est comprimée, et donc plus le matelas est ferme. Pour éviter que la pression exercée par le fil ne déchire l’enveloppe, on insère, à chaque point de piqûre, une bouffette, sorte de pompon en coton ou en lin. Sur les matelas “tradition”, on effectue en plus un bourrelet, sur le pourtour supérieur et inférieur. Ce bourrelet permet de bien délimiter le matelas, de raffermir les bords et de maintenir la laine en place”, explique Jean-Michel Mallent. Certains fabricants s’aident d’une presse qui comprime le matelas, mais, comme pour la préparation de la laine, ces opérations restent manuelles.

La fabrication artisanale, chaque fois du sur-mesure

Si vous confiez la fabrication de votre matelas à un artisan ou à une entreprise artisanale, qui travaillent, l’un et l’autre, encore manuellement, vous aurez bien sûr la possibilité de commander un matelas sur mesure. “Cela n’entraîne pas un surcoût systématique, et lorsqu’il y en a un il n’est jamais exorbitant”, assure Jean-Michel Mallent. Vous pourrez ainsi opter pour une enveloppe personnalisée (couleur, motif, composition textile…) ou une forme particulière, ou bien demander une plus grosse épaisseur de laine, un nombre plus élevé de capitons, des poignées latérales pour faciliter le retournement du matelas, etc. Vous pourrez également choisir les dimensions de votre matelas. Sachez, toutefois, que le produit fini est, en général, plus court de 2 à 3 cm de tous les côtés par rapport à ce qui a été commandé, car la laine se tasse très légèrement après un mois ou deux d’utilisation quotidienne. Le matelas acquiert alors ses dimensions finales. 

Enfin, garantie de son sérieux, “l’artisan se renseignera, avant de se lancer dans la confection du matelas, sur le type de sommier qui lui sera associé, insiste Jean Rouanet. Sommier à lattes ou à ressorts (tapissier), les deux sont possibles mais la densité de laine et le nombre de capitons seront différents suivant le cas. Sur un sommier à lattes, le matelas supporte seul toute la contrainte, car les lattes sont assez rigides. Il doit donc être plus ferme pour résister à la pression du corps et ne pas se déformer”.  

Sylvie Francisco

 


Mots-clés :

LITERIE , MATELAS , PRODUIT ECOLOGIQUE




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