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L'édition à compte d'auteur : être publié à tout prix

L'édition à compte d'auteur : être publié à tout prix
Février 2012
Le Particulier Pratique n° 376, article complet.
Auteur : FRANCISCO (Sylvie)

A qui s'adresser ? Les différentes options

Vous avez peut-être vous aussi écrit un guide touristique sur votre région, une étude scientifique ou l’histoire de votre famille. Selon un sondage Ipsos réalisé en 2005 pour Le Figaro littéraire, un Français sur quatre aurait rédigé un manuscrit et la moitié d’entre eux rêveraient de le publier, quitte à payer pour cela. Ces candidats à la publication représenteraient un marché de plus de 10 millions d’euros. Une manne qui aiguise les appétits. À côté des éditeurs qui font paraître, à leurs frais, un nombre restreint de livres en sont apparus d’autres qui publient, aux vôtres, des ouvrages de manière nettement moins sélective. Ces derniers, réputés plus mercantiles, font l’objet de maints reproches : discours trompeur, contrat flou, tarifs abusifs, absence de devis, partage inéquitable des bénéfices, promesses non tenues… Qu’en est-il vraiment ?

Tous les contrats ne se valent pas

Vous avez adressé votre manuscrit à des éditeurs, et certains vous proposent de le publier. Vérifiez bien qui finance le projet, qui effectue les différentes tâches, qui est juridiquement responsable, etc. Cela n’est pas toujours clairement indiqué. La loi ne reconnaît qu’un seul contrat d’édition, celui à compte d’éditeur (C/E), selon lequel la maison d’édition s’occupe de tout : financement intégral du projet, finalisation du manuscrit – correction, mise en pages, iconographie, etc. –, fabrication, gestion du stock, ­commercialisation – formalités administratives, diffusion, promotion, vente, reprise des invendus –, défense devant les tribunaux… Le rôle de l’auteur se limite à lui fournir un manuscrit original complet, dactylographié ou sous la forme d’un fichier informatique. Il cède à l’éditeur, en contrepartie du risque financier et commercial que celui-ci assume seul, tous les droits de reproduction et d’exploitation de son œuvre – produits dérivés, traductions et adaptations comprises – et l’essentiel des bénéfices. Il conserve, néanmoins, un droit de regard et d’opposition, au titre du droit moral, sur l’usage qui est fait de son texte et perçoit des droits d’auteur proportionnels aux ventes (de 6 à 12 % du prix public hors taxes sur chaque exemplaire vendu à l’unité, par exemple).
Si la plupart des auteurs rêvent de signer un contrat à C/E, très peu y parviennent – moins de 5 % des candidats. Désormais, les progrès réalisés en impression numérique permettent de tirer des ouvrages en petites quantités, voire à la demande, à un coût abordable. Aussi, certains éditeurs spécialisés misent un peu plus volontiers sur des livres qui s’adressent à un cercle limité de lecteurs, l’investissement pouvant être effectué au fur et à mesure des ventes.

Et si vous vous passiez d’éditeur ?

À défaut de décrocher un vrai contrat à compte d’éditeur, vous pouvez vous tourner vers l’auto­édition (AE) ou l’édition à compte d’auteur (C/A). Il existe également une multitude de contrats mixtes ayant en commun d’exiger une contribution financière de votre part, sous une forme ou sous une autre, à savoir facturation de services, aucune rétribution sur un certain nombre d’exemplaires, rétrocession de bénéfices, obligation de rachat de tout ou partie des ouvrages imprimés, etc. Ces contrats relèvent non du Code de la propriété intellectuelle, comme le vrai contrat d’éditeur, mais du Code civil. Ce qui a des conséquences fiscales – vous percevez non plus des droits d’auteur mais des bénéfices, plus lourdement taxés – et juridiques – l’éditeur n’est pas tenu au même devoir de conseil à votre égard ; par conséquent, il n’a pas la même responsabilité devant les tribunaux. En autoédition, vous assumez seul tous les risques. Vous conservez donc l’intégralité des droits sur votre œuvre et recevez l’essentiel des éventuels bénéfices. Vous pouvez confier la relecture ou la mise en pages de votre manuscrit à un correcteur ou à un maquettiste. Charge à vous de les trouver et de les rétribuer.

L’édition à compte d’auteur toujours très décriée

L’édition à compte d’auteur consiste à payer un éditeur pour qu’il publie votre ouvrage. Or, ces éditeurs prestataires de services – qualifiés, dans les pays anglo-saxons, de vanity publishers, c’est-à-dire d’“éditeurs flattant la vanité des auteurs” – pâtissent, depuis toujours, d’une réputation exécrable. “Un éditeur à compte d’auteur sérieux et honnête – et il y en a – intervient en amont, et pas seulement pour la fabrication et le choix de la couverture. Il demande, si nécessaire, un travail de correction pour que l’ouvrage publié ne nuise ni à son image ni à celle de l’auteur. Quand il respecte son contrat, il intervient aussi en aval, pour la promotion et la distribution”, explique Paul Desalmand, auteur du Guide pratique de l’écrivain (voir ci-contre). “Cette situation idéale se présente rarement, et les arnaques sont malheureusement très fréquentes”, avoue-t-il.
Et pour cause ! L’éditeur prestataire gagne de l’argent non pas sur les ventes de votre ouvrage – les éventuels bénéfices vous reviennent –, mais sur sa fabrication et sur les divers services facturés en amont et en aval. “À la somme initialement demandée peuvent donc s’ajouter des frais supplémentaires importants si l’auteur ne réalise pas lui-même certaines étapes de la publication : mise en pages, révision, etc.”, signale 60 Millions de consommateurs dans une enquête publiée en juillet-août 2011. La facture finale peut être exorbitante – jusqu’à 8 000 € – pour un livre qui, il faut en être conscient, peinera à être vendu. Autre inconvénient, qui pénalise de la même manière les ouvrages autoédités, cette production est méprisée par les critiques littéraires et les libraires. Il est vrai que “n’importe qui peut mettre sa signature sur un livre, pourvu qu’il ait de l’argent pour financer son projet. D’où, trop souvent, des livres inconsistants. Mais on trouve aussi en compte d’auteur et en autoédition des ouvrages d’une très bonne tenue intellectuelle”, constate Paul Desalmand.

Des plates-formes spécialisées sur internet

Lulu.com, jepublie.com, publibook.com, edifree.fr, thebookedition.com… vous permettent de réaliser un ouvrage, en quelques minutes. Elles l’impriment ensuite sur papier en petites quantités – ces microtirages vous sont ensuite remis – et/ou à la demande – après validation de la commande, le lecteur la reçoit chez lui. L’impression s’effectue sur une machine laser très performante. La qualité est correcte, mais moindre qu’en offset : les noirs sont moins saturés et les couleurs moins éclatantes, par exemple. Il faut en tenir compte si votre ouvrage contient beaucoup de photos. Mieux vaut donc faire réaliser un exemplaire qui aura valeur de test avant de passer une plus grosse commande. Un calculateur vous permet de déterminer le coût hors livraison en fonction des options choisies : papier, format, type de reliure et de couverture. Ces plates-formes proposent également une palette de services annexes : attribution d’un numéro ISBN (International Standard Book Number), dépôt légal à la Bibliothèque nationale de France (BNF), correction du manuscrit, création graphique, réalisation d’une version numérique de votre ouvrage (e-book) au format PDF sécurisé, e-PUB ou autres. Ces e-books peuvent ensuite être téléchargés par les lecteurs sur un ordinateur et/ou une liseuse. Sachez, toutefois, qu’aucun service, même dit sans frais, n’est gratuit. Ce qui ne vous est pas facturé au départ de manière ostensible l’est a posteriori par le biais d’une commission prélevée sur chaque exemplaire imprimé ou téléchargé.
Quelle que soit la formule, soyez très vigilant. Avant de vous engager, prenez le temps de la réflexion et interrogez un conseiller juridique. Vous pouvez, par exemple, vous adresser à L’Oie plate (voir ci-contre). Cette association milite depuis plusieurs années pour une moralisation de la profession, liste les divers contrats existants et, surtout, les commente sur son site internet. Si l’éditeur ne remplit pas ses obligations contractuelles, n’hésitez pas à le signaler à L’Oie plate ; elle édite l’Annuaire à l’usage des auteurs cherchant un éditeur (Audace), très argumenté, qui recense plus de 1 000 éditeurs.

Des alternatives à la commercialisation en dur

L’impression et le téléchargement à la demande via internet constituent une petite révolution. D’une part, l’investissement est ainsi limité, pour vous ou pour l’éditeur, car il se fait au fur et à mesure des ventes. D’autre part, il n’y a plus de stocks à gérer : plus besoin d’entreposer les ouvrages, de les transporter, d’envoyer les invendus au pilon. Cette pratique de commercialisation sur mesure a été adoptée par les éditeurs classiques qui se sont lancés dans le microtirage comme par les plates-formes d’auto­édition, qui mettent les livres en vente sur internet. Dans ce dernier cas, il est indispensable que ceux-ci soient sérieusement référencés aussi bien sur les librairies en ligne généralistes que sur celles spécialisées dans l’e-book (i-kiosque.fr, read-and-go.orange.fr et iBookstore, la librairie numérique d’Apple pour l’iPhone et l’iPad), même si cela ne garantit absolument pas des ventes miraculeuses. Il faut en avoir conscience et rester réaliste quant aux résultats à attendre de cet investissement.
La généralisation des ordinateurs familiaux et des smartphones n’a pas permis de faire décoller les ventes de livres numériques en France – à peine 1,80 % de part de marché au premier semestre 2011. “La prolifération des liseuses, plus confortables pour la lecture sur écran, pourrait changer la donne”, avance Éric Abrahamsen, consultant dans l’édition. Antoine Gallimard, président du Syndicat national de l’édition (SNE), se montre plus sceptique. “Il y a une réelle différence entre la fascination pour les e-books et la réalité commerciale”, souligne-t-il. Un sondage réalisé en juillet 2011 par l’institut GFK a, en effet, établi qu’en France 77 % des e-books téléchargés concernent des ouvrages libres de droits, et le sont donc gratuitement, sur Google books, sur les sites de bibliothèques publiques – la BNF, Gallica, notamment – ou sur ceux des grandes librairies en ligne – fnac.com, amazon.fr, alapage.com, chapitre.com, rueducommerce.fr, etc. –, qui réservent un onglet aux œuvres tombées dans le domaine public, comptant ainsi doper leurs ventes de liseuses. Alors d’ici à ce que des lecteurs se précipitent pour acheter votre œuvre alors qu’elle n’a bénéficié d’aucune publicité ni de la moindre critique littéraire…

Sylvie Francisco


Mots-clés :

e-edition , INTERNET , LIVRE




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