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Appareils domestiques : comment échapper au bruit

Mai 2010
Le Particulier Pratique n° 357, article complet.
Auteur : RISTE (Christine)

Les fabricants n’indiquent encore que rarement les niveaux sonores de leurs appareils. Alors comment s’assurer que l’ordinateur, le réfrigérateur ou le lave-linge que l’on s’apprête à acheter ne va pas ronronner trop fort ?

Il est 20 h, Anaïs, son mari et leurs deux filles dînent dans le salon, qui est ouvert sur la cuisine. Ce soir, c’est steak-salade au menu. La famille ne comptant pas se parfumer au jus de viande, Anaïs utilise la hotte aspirante, tout en écoutant ses enfants lui raconter leur journée. Après le repas, cette maman passe rapidement l’aspirateur, sans déranger ses filles déjà endormies, puis elle fait tourner le lave-vaisselle pendant qu’elle regarde la télévision. Avant d’aller se coucher, elle programme le lave-linge pour qu’il démarre à 4 h du matin, parce que, grâce aux tarifs “nuit” d’EDF qu’elle a souscrits, il est plus avantageux de le faire fonctionner durant la nuit. Au regard du mode de vie de cette famille, qui combine, comme beaucoup d’autres, recherche de bien-être, contraintes économiques et manque de temps, un équipement électroménager le moins bruyant possible s’impose. En l’état actuel du marché, est-ce facile pour le consommateur de s’équiper d’appareils silencieux ? Comment peut-il s’y prendre ?
Le plus évident serait de se renseigner avant l’achat sur le niveau de bruit émis par l’appareil. Malheureusement, cette information n’est pas toujours disponible, car l’affichage du niveau sonore n’a pas de caractère obligatoire pour les ­fabricants. Lorsque ces derniers décident de communiquer cette information, ils doivent le faire dans le respect des normes EN 60704-1, EN 60704-2 et EN 60704-3 ; autrement dit, se conformer à des conditions de mesures et de déclaration du bruit. Dans les rayons, les fabricants de lave-vaisselle et d’aspirateurs sont quasi les seuls à jouer le jeu, en indiquant le niveau sonore de leurs produits sur l’étiquette énergétique. Pour les autres appareils dont le bruit peut se révéler gênant (réfrigérateurs, hottes, sèche-cheveux, lave-linge), ce sera un coup de chance de trouver ce renseignement sur l’étiquette. Les fabricants réservent parfois cette information aux distributeurs ou l’inscrivent dans la notice, car elle peut être nécessaire dans certains pays. Il ne faut donc pas hésiter à questionner le vendeur.

L’affichage du niveau du bruit sera bientôt obligatoire

Ces pratiques aléatoires vont prochainement voler en éclats. En effet, la directive EUP (energy using products) sur l’éco-conception des produits consommateurs d’énergie de 2005, révisée en 2009 et rebaptisée directive ERP (energy related products), prévoit, pour chaque famille d’appareils (aspirateurs, lave-linge, lave-vaisselle, hottes, etc.), un règlement européen qui obligera les fabricants à en afficher le niveau sonore. Le premier règlement, dont la sortie est prévue d’ici à 2012, concernera les lave-linge.
Une fois obtenue, la valeur annoncée par la marque est-elle fiable à 100 % ? Il est difficile de se prononcer, car cette information relève du “déclaratif fabricant”. Bien que les méthodes de mesures soient normalisées, celles-ci peuvent être faites par l’industriel lui-même, dans son propre laboratoire, puisqu’il n’a pas l’obligation d’avoir recours à un laboratoire d’acoustique indépendant. Cela ne veut pas dire pour autant que les fabricants trichent, mais la tentation peut être grande : “à performances égales, un consommateur choisira probablement l’appareil qui affiche un décibel de moins”, souligne Patrick Cellard, responsable de l’activité “bruits de matériels” au Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE).

L’insuffisance des contrôles est contrebalancée par le jeu de la concurrence

La quasi-absence de contrôle pourrait aussi pousser les fabricants d’appareils électroménagers à tricher. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), l’autorité compétente en la matière, avoue à demi-mot ne pas vérifier les données acoustiques qu’ils déclarent “pour des raisons évidentes de faisabilité et de coûts. Néanmoins, nous pouvons procéder à un contrôle documentaire. En effet, c’est au professionnel de justifier de son allégation. Ce dernier pourra ainsi, pour attester de la véracité des mentions portées sur l’appareil, remettre à nos enquêteurs des résultats d’analyses diligentées à leur demande. Cela dit, aujourd’hui, nous axons prioritairement nos contrôles sur la vérification du respect des réglementations relatives à la sécurité des personnes”. Heureusement pour les consommateurs, les industriels ne se font pas de cadeau. “Le LNE a déjà été placé dans le rôle d’arbitre par un fabricant qui s’étonnait du niveau sonore annoncé par un concurrent, explique Patrick Cellard, mais cela reste rare”.

Des données acoustiques parfois fantaisistes

Il est dommage que la DGCCRF ne soit pas plus virulente, car des chiffres fantaisistes, il y en a ! Les fabricants de hottes l’ont même reconnu en signant, dans le cadre du Conseil européen de la construction d’appareils domestiques (Ceced), un code de bonne conduite, qui est entré en vigueur le 1er septembre 2009. Ils ont décidé d’être plus transparents en affichant les valeurs en puissance acoustique et en annonçant les niveaux de bruit pour les vitesses ­maximales.
“Jusque-là, c’était le flou artistique, admet Alexandre Klutchko, responsable du marketing chez Eberhardt frères, qui commercialise, notamment, les hottes des marques Falmec et Baumatic. Certains fabricants donnaient le niveau sonore à vitesse minimale, d’autres à vitesse maximale.” Reste que, “si on mesure les hottes à leur vitesse maximale, comme le prévoit le code de bonne conduite, elles atteignent, en moyenne, 70 dB(A), soit un niveau de bruit assez proche de celui des aspirateurs”, révèle Marc Lignier, directeur du marketing et de la communication d’Indesit Company.

Des chiffres flatteurs, mais qui se limitent à un seul programme

La pertinence de l’information sur le niveau sonore est aussi minimisée par le fait que, selon les directives européennes relatives à l’étiquette énergie, toutes les mesures figurant sur cette étiquette – elles sont mentionnées sur la dernière ligne – doivent être données en fonction d’un même programme, choisi par le fabricant. Ce qui n’est pas sans risque, car ce dernier peut privilégier le programme qui l’arrange. “Le problème de l’étiquette énergie est qu’elle permet aux fabricants d’optimiser un programme pour obtenir de très bons résultats, aussi bien en économies d’énergie qu’en bruit émis. Du coup, les progrès annoncés sur le niveau sonore peuvent être artificiels, car ne concerner que ce programme précis”, confirme Patrick Cellard.
Bien qu’il faille prendre le niveau sonore indiqué sur les appareils avec circonspection, il a bel et bien été amélioré, notamment celui des lave-vaisselle, un marché où les fabricants se livrent à une véritable course au silence. “Sur ce marché, pour les appareils les moins bruyants, nous sommes passés de 45 dB(A) il y a 5 ans à 39 dB(A) aujourd’hui”, indique Philippe Geoffroy, directeur de la propriété industrielle et de la certification du groupe Fagor-Brandt. Résultat : certains appareils ­encastrables étaient tellement silencieux que les consommateurs doutaient de les avoir mis en marche, et les ouvraient. Aussi Fagor-Brandt a-t-il installé, sur certains modèles, un signal lumineux sous le plan de travail pour rassurer ses clients.
Certes, 6 dB(A) en moins, c’est du confort en plus, mais pas autant qu’on voudrait nous le faire croire. Souvent, les distributeurs placardent, dans leurs rayons, qu’un écart de 3 dB(A) équivaut au doublement du niveau sonore. Sachez, toutefois, qu’il s’agit d’une approche mathématique. “Les décibels répondent à une échelle logarithmique : 3 dB(A), c’est plutôt le minimum pour que l’oreille perçoive vraiment la hausse de bruit, tempère Patrick Cellard. Pour ressentir effectivement deux fois plus de bruit, l’écart doit être d’environ 10 dB(A).”

Le prix du silence

Si connaître le niveau sonore de l’appareil est important pour le consommateur, cela ne l’éclaire pas suffisamment sur la pénibilité du bruit. à un même niveau, un bruit peut paraître moins gênant qu’un autre. “Les bruits aigus et les modulations de fréquences sont difficiles à supporter”, rappelle Bénédicte Hayne, enseignante à l’école nationale supérieure d’arts et métiers. L’idéal serait donc de pouvoir écouter les appareils avant de les acheter. En magasin, c’est possible, même si les conditions ne sont pas optimales, mais uniquement au rayon du petit électroménager, où un vendeur branchera sans difficulté un aspirateur.
Si les appareils électroménagers silencieux améliorent, sans aucun doute, notre confort de vie, ils présentent l’inconvénient majeur d’être, à performances égales, plus onéreux que les produits non silencieux. Ce surcoût est dû aux attentions particulières dont ils font l’objet : isolation de la cuve, découplage du moteur, utilisation de matériaux absorbants le bruit, optimisation des flux d’air… “Une référence silencieuse peut inclure une vingtaine de pièces d’isolation supplémentaires”, confirme Bruno Piquand, chef de produit lave-vaisselle à BSH. Sans compter que “toute l’architecture d’un aspirateur et de ses accessoires est pensée et paramétrée pour perdre des décibels. L’aspect silencieux, ce n’est pas une option qu’on pourrait rajouter sur tels ou tels produits”, précise Cécile Carré, chef de produit entretien des sols du groupe Seb en France. Cela dit, pour Philippe Geoffroy, “c’est difficile de mesurer précisément le surcoût du silence, car ces appareils, généralement haut de gamme, cumulent d’autres fonctionnalités”.

Des décibels en moins, une affaire de bon sens

Lors de l’achat d’un équipement électroménager, certains critères sont à retenir car ils permettent d’en réduire le niveau sonore. Pour les lave-linge, les lave-vaisselle et les réfrigérateurs, mieux vaut prendre un appareil dont les pieds sont réglables, afin d’éviter les vibrations si le sol de la pièce n’est pas plan. Il est également préférable d’opter pour des modèles encastrables, plutôt qu’en pose libre, mais en veillant, au moment de l’installation, à ne pas les plaquer contre un mur. En ce qui concerne les réfrigérateurs, les versions no frost, dont le système de froid est ventilé, ont tendance, à cause de leur ventilateur, à faire légèrement plus de bruit qu’un réfrigérateur “froid statique”, sans ventilateur [40 dB(A) en moyenne, contre 38 dB(A)]. De même, il est conseillé de privilégier les aspirateurs avec sac, qui sont généralement moins bruyants que les modèles sans sac. “Dans les appareils avec sac, c’est le sac qui filtre l’air pour que la poussière reste et que l’air reparte dans le moteur. Dans les modèles sans sac, il faut créer un tourbillon supplémentaire pour éjecter les particules dans le bac, et rejeter l’air dans le moteur”, explique Anne-Marie Wattellier, chef de produit à Electrolux. Enfin, il est recommandé d’éviter les modèles compacts, dans lesquels le fabricant dispose de moins de place pour isoler le moteur.

Christine Riste


Mots-clés :

APPAREIL DOMESTIQUE , APPAREIL ELECTROMENAGER , BRUIT , EQUIPEMENT DOMESTIQUE , NUISANCE




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