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Les travaux après inondation : s'assurer d'une bonne expertise

Mai 2010
Le Particulier Pratique n° 357, article complet.
Auteur : FRANCISCO (Françoise)

Une inondation n’est pas un dégât des eaux ordinaire. En théorie, vous avez 10 jours à compter de la parution du décret de catastrophe naturelle au Journal officiel pour déclarer le sinistre en mairie, faire réaliser un état estimatif des pertes et le remettre à votre assureur.

Dans les faits, vous disposez de 2 ans pour régler le sinistre et percevoir les indemnités, précise Raymond Guillet, président du Syndicat national des experts d’assurés (SNEA) et ancien président de la Fédération des experts. Mieux vaut vous armer en vue du conflit d’intérêts avec l’assureur et l’expert qu’il délègue.

L’intérêt de recourir à un expert d’assuré

L’expert d’assuré se chargera d’établir l’état estimatif des pertes que vous avez subies, sans chercher à les minimiser, de négocier avec l’expert désigné par votre assureur, de rédiger avec ce dernier un procès-verbal d’expertise amiable et contradictoire qui sera opposable aux deux parties, de relancer l’assureur pour obtenir le paiement de l’indemnisation (dans un délai d’un mois après la clôture des procès-verbaux). D’une part, il veillera à ce que l’assureur vous garantisse la remise à neuf de votre logement – aucun coefficient de vétusté ne peut être appliqué, suivant une jurisprudence récente reprenant les dispositions L. 125-2 du Code des assurances. D’autre part, il vérifiera que l’assureur vous verse une indemnisation en espèces, et non en nature en déléguant une entreprise. Certes, les honoraires d’un expert d’assuré sont élevés (entre 5 et 10 % de l’indemnité) et ne sont pas pris en charge par l’assurance puisqu’il s’agit d’une catastrophe naturelle – alors qu’ils le sont souvent dans le cadre des dommages aux biens. Cependant, ils sont plus que rentabilisés lors d’un sinistre majeur ou complexe, ce qui est le cas de la plupart des inondations.
Que vous preniez, ou non, un expert d’assuré, l’expert de l’assureur doit examiner avec soin la structure du bâtiment (fondations, murs, chapes, charpente, etc.), l’état des vides sanitaires, des drains, des cloisons intérieures, des menuiseries, des isolants, des revêtements, du circuit d’eau et d’électricité, des cuves et des fosses… Grâce à ces relevés, il déterminera le coût d’une remise à neuf par les corps de métier concernés (maçon, façadier, électricien, plombier, chauffagiste, peintre d’intérieur, carreleur qualifiés), coût dans lequel sont inclus les honoraires de maîtrise d’œuvre, généralement confiée à un architecte, ainsi que les frais d’assèchement et de décontamination du logement réalisés par une société spécialisée si nécessaire.

Tous les dommages ne sont pas visibles à l’œil nu

Plus la hauteur d’eau est importante, l’immersion prolongée et le courant fort, plus les conséquences sont lourdes. Cela dit, selon le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), 10 cm d’eau pendant plusieurs heures suffisent à affecter la solidité et la salubrité du logement. Les dommages ne sont pas toujours apparents. L’eau a pu fragiliser les fondations, par exemple. Après la décrue, il n’est pas rare que de l’eau subsiste, dans les vides sanitaires et les caves notamment, et qu’il faille recourir aux services d’une entreprise spécialisée pour l’évacuer et pour enlever, avant qu’elles sèchent et durcissent, les boues qui se sont déposées. L’expert d’assuré tiendra compte du coût de cette intervention, onéreuse car délicate et étalée dans le temps : l’eau doit être pompée progressivement, en deux ou trois fois, en laissant une journée environ entre chaque pompage, car “le terrain autour de la maison est gorgé d’eau, et cette dernière exerce une très forte pression sur les murs extérieurs souterrains, d’où un risque d’effondrement en cas de brutale dépression”, alerte le CSTB. Les drains devront parfois être désencombrés.
L’enduit de façade a peut-être été abîmé (les zones qui sonnent creux ou se décollent devront être reprises) et la toiture malmenée si l’eau est montée haut et/ou si le vent a soufflé fort : “Si la charpente s’est affaissée, il faudra impérativement remédier aux causes de cet affaissement, renforcer les fondations endommagées par exemple, avant d’engager des travaux de réfection de la couverture”, souligne le CSTB.

Les isolants sont à examiner avec attention

Le CSTB préconise de déposer les plaques de plâtre des cloisons afin de les faire sécher à plat, de permettre à l’ossature de fixation et, éventuellement, à l’isolant de bien sécher aussi. Les plaques intactes pourront être réutilisées ; celles qui ont été détériorées devront être remplacées entièrement, et non juste sur la partie abîmée, pour des questions de tenue et d’esthétique (les raccords risquent de se voir). Les rails métalliques de fixation devront être nettoyés, séchés et, si besoin, traités contre l’oxydation. Si ce sont des tasseaux de bois, ils auront probablement gonflé sous l’action de l’eau et seront sans doute bons à jeter.
Le sort qui sera réservé à l’isolant va dépendre de trois facteurs : le temps pendant lequel il a été immergé ; sa capacité à retrouver ses propriétés thermiques après séchage ; le risque qu’il devienne un foyer de moisissures s’il s’agit d’un matériau long à sécher. “Les isolants minéraux (laine de verre, laine de roche…) sont souvent déformés, tassés, souillés, déchirés après l’inondation et exigent donc d’être remplacés. Les isolants en plastique (polystyrène expansé, polyuréthane) sont plus stables et retiennent moins l’humidité et les particules pathogènes”, constate le CSTB. Dans le cas d’un isolant minéral contrecollé sur la cloison, il est préférable de remplacer l’ensemble. Ces recommandations valent pour les isolants sous les rampants de toiture et sous chape – il est parfois nécessaire de casser la chape pour remplacer l’isolant.

Les cloisons intérieures doivent souvent être remplacées

Les plaques de plâtre fixées sur une ossature en métal ou en bois, tout comme les cloisons alvéolées (comprenant une âme en carton ondulé entre deux plaques de plâtre), supportent, en général, assez mal les inondations. “D’une part, elles ne sont pas conçues pour résister à la poussée de l’eau. D’autre part, elles sont constituées de matériaux qui craignent l’humidité : plâtre, bois, carton, colle…” Il faudra prévoir de remplacer toutes les cloisons intérieures présentant des déformations (en partie basse, notamment), des fissures ou des brèches. Cependant, même celles qui seront conservées devront être déposées pour évacuer l’eau piégée derrière elles, les faire sécher à plat et assécher l’ossature sur laquelle elles sont fixées. Le CSTB recommande le remplacement systématique des cloisons “qui supportent des meubles suspendus, dans les cuisines et les salles de bains notamment”.
Les cloisons en brique de terre cuite ou en béton s’accommodent souvent mieux d’une immersion – surtout si celle-ci est de courte durée – que celles en plâtre. Néanmoins, l’enduit au plâtre dont elles sont recouvertes devra être repris s’il ne retrouve pas sa dureté après séchage. Les cloisons en carreaux de plâtre offrent, elles aussi, une bonne résistance, en particulier si les carreaux sont hydrofugés (de couleur bleue), à moins d’une immersion prolongée ou d’un choc avec un objet lourd charrié par les flots. Dans ce cas, une reprise, voire une reconstruction complète, pourra être nécessaire.

Les boiseries, gaines électriques et tuyauteries sont à vérifier avec soin

Les dommages subis par les portes et les fenêtres dépendent, en plus du niveau d’eau atteint, de leur durée d’immersion, de la force du courant et du matériau dans lequel elles sont fabriquées. De manière générale, les menuiseries en PVC, en aluminium et en acier résistent mieux que celles en bois, plus sensibles à l’humidité. Dans tous les cas, l’expert vérifiera l’absence de déformations des ouvrants et des dormants, de buée entre les pans vitrés des doubles vitrages, de moisissures…, et préconisera, si nécessaire, un remplacement. Les menuiseries intérieures (portes, escalier…) en bois souffrent aussi beaucoup lors d’une inondation : des déformations, du jeu dans les assemblages, des décollements sont à craindre sur les ouvrages en bois massif, et plus encore sur ceux en bois composites (le plaquage, le carton, la colle supportant mal l’humidité). Quand elle est possible, la restauration s’avère souvent plus compliquée et plus coûteuse qu’un remplacement.
L’intervention d’un électricien qualifié peut être nécessaire pour évacuer l’eau par soufflage d’air dans les gaines et les boîtes de dérivation, remplacer tout ou partie du circuit, le traiter contre l’oxydation… Les réseaux d’eau potable, des eaux de pluie et des eaux usées ont pu également être endommagés (tuyaux écrasés, déboîtés, bouchés, etc.). Même chose pour le réseau de gaz ou de fioul : il faudra faire vérifier et/ou réparer les tuyaux, les robinets, les appareils, les réservoirs de stockage par un professionnel qualifié. Enfin, le traitement antitermite, compromis par l’immersion, devra être renouvelé.

Ne laissez pas l’humidité s’installer dans le logement

La décoration intérieure est, elle aussi, très touchée lors d’une inondation. Même s’ils n’ont été imbibés qu’en partie basse, les revêtements muraux (papiers peints, tapisserie, moquette murale…) devront être remplacés : cela permet au mur de bien sécher et évite le développement de moisissures. En outre, leur tenue n’est plus garantie. Les revêtements de sols synthétiques ou présentant une sous-couche en mousse (moquettes, sols plastiques, parquets flottants) sont également bons à jeter, ainsi que les parquets massifs s’ils se révèlent déformés après séchage. Le carrelage résiste assez bien à l’humidité, mais il a pu être, partiellement ou totalement, décollé, surtout si le courant a été fort et l’immersion prolongée.
L’eau accumulée s’évacuera plus ou moins vite selon les matériaux et les techniques de construction. “Un retour prématuré dans un local nettoyé mais insuffisamment asséché peut occasionner de graves problèmes de santé, met en garde le CSTB. L’humidité persistante est, en effet, propice au développement de moisissures. Or, ces dernières favorisent les maladies, respiratoires notamment, et les allergies.”

Sylvie Francisco


Mots-clés :

ASSURANCE , CATASTROPHE NATURELLE , EXPERTISE , INDEMNISATION DE LA VICTIME , INONDATION , RISQUE NATUREL




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