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La France est-elle prête à relever le défi énergétique ? (Interview)

La France est-elle prête à relever le défi énergétique ? (Interview)
Janvier 2010
Le Particulier Immo n° 260, article complet.
Auteur : JUERY (Françoise)

à l’heure où le sommet de Copenhague rassemble 192 pays sur le thème de la lutte contre le changement climatique, la France est-elle prête à relever le défi du Grenelle de l’environnement ? S’est-elle dotée des bons outils, et en particulier, le diagnostic de performance énergétique (DPE) qui est en train de voir son rôle renforcé est-il un instrument fiable et pertinent ? Réponses de François Pélegrin, membre du bureau « Comité stratégique Grenelle bâtiment ». Propos recueillis par Françoise Juéry

Vous estimez que la France n’a pas su tenir son rang dans la bataille de l’énergie. Pourquoi ?

FP Il y a trois décennies, nous étions ­pionniers en matière de bioclimatique, mais la politique gouvernementale ayant ­manifestement été « indexée » sur le cours du baril de pétrole, il a suffi que celui-ci dévisse en 1985 pour que l’état se désengage des actions de recherche et d’expérimentation. S’il existe aujourd’hui en Europe des ­écoquartiers et des bâtiments à énergie positive, ils se trouvent hors de l’Hexagone. Nous avons accumulé vingt ans de retard par ­rapport à nos voisins, et il aura fallu attendre le Grenelle de l’environnement pour qu’une prise de conscience nationale s’opère, et que de bonnes résolutions soient envisagées.

Vous semblez dubitatif quant à la réalisation des objectifs fixés par le Grenelle de l’environnement…

FP Je forme des vœux pour que le Grenelle soit un puissant levier ouvrant la voie à de profondes et bénéfiques mutations. Mais pour ne pas tomber dans la spirale de l’échec, il faut comprendre que le défi n’est pas seulement énergétique, raisonner en coût global – investissement initial et coût d’usage cumulés – et cesser de considérer la maîtrise d’œuvre comme un surcoût. à force de nous contenter de l’investissement minimal, notre territoire se trouve doté de bâtiments aux performances médiocres que l’on doit réhabiliter inlassablement et, parfois même, démolir.
Si les objectifs retenus pour le neuf semblent à la mesure des enjeux (bâtiments basse consommation (BBC) dès 2012, bâtiments à énergie positive en 2020), ceux relatifs à la réhabilitation sont largement sous-­dimensionnés. Un exemple : lorsqu’on réalise une isolation par l’extérieur, il faut opter d’emblée pour la « bonne » épaisseur, soit environ 20 cm, et non se contenter des 10 cm habituellement mis en œuvre. Ce qui constitue une véritable hérésie, sachant que le surcoût entre les deux solutions est d’à peine 20 %, car ce sont les échafaudages et la main-d’œuvre qui sont les postes les plus coûteux. Nous devons nous affranchir de ce système qui engendre la médiocrité et appauvrit tant les ­propriétaires qui se ruinent en travaux au coup par coup, sans valoriser leur patrimoine, que les locataires sur qui pèsent des charges trop lourdes.

Vous prônez des indicateurs fiables, mais vous semblez défavorable au diagnostic de performance énergétique (DPE)…

FP Le DPE est, en soi, un outil pertinent, car nous avons besoin d’indicateurs de performance fiables et lisibles. Mais, sous sa forme actuelle, il est imparfait : le logiciel qui sert à son établissement ignore ­certains paramètres, comme la présence d’une ­isolation par l’extérieur. Il est aussi mal utilisé et coûteux : sur les quelque 30 millions de logements que compte la France, plus de 19 millions ont été
construits avant 1975, soit avant la première ­réglementation ­thermique, donc sans aucun souci d’isolation. Est-il opportun d’obliger leurs propriétaires à dépenser une somme de plusieurs milliards d’euros pour leur apprendre ce qu’ils savent déjà : que leur logement se classe dans la catégorie F ou G (1)?
Et, plutôt que d’offrir une telle manne à une armada de spécialistes du diagnostic d’une fiabilité relative – certains opèrent par téléphone, sans prendre la peine de se déplacer sur site ! – il me semblerait plus pertinent que les pouvoirs publics proposent un service gratuit en ligne afin que tout un chacun puisse diagnostiquer son propre habitat (2) et se familiariser avec les stratégies de travaux, de financement et de temps de retour. ­L’effet pédagogique serait meilleur et le coût du diagnostic mieux employé si les ­propriétaires l’investissaient dans une réhabilitation intelligente !

Pourquoi cette indignation vis-à-vis de ceux que vous nommez les « acteurs périphériques » ?

FP Parce qu’il est temps de s’interroger sur la valeur ajoutée de certains diagnostiqueurs, vérificateurs, certificateurs, « labellisateurs » et autres experts souvent autoproclamés… Un sens de l’opportunité aiguisé les fait ­croître au gré des évolutions réglementaires sans que leur responsabilité soit suffisamment bien définie pour que leur clientèle puisse la rechercher en cas d’incompétence avérée. De plus, cela finit par coûter fort cher.
Enfin, il est indispensable de déployer un intense effort de formation. Et ce, en ­direction de tous les acteurs : décideurs, élus, maîtres d’ouvrage, banquiers… ; artisans et entrepreneurs, afin qu’ils acquièrent la maîtrise des nouvelles technologies. Sans oublier la maîtrise d’œuvre, et plus particulièrement les architectes, qui ont un rôle déterminant à jouer : c’est de leur compétence que vont dépendre les performances des constructions et des réhabilitations à venir. Il va falloir former en masse et non plus se contenter de stages de 10 à 20 personnes. Il est ­indispen­sable de recentrer le travail et les moyens sur les acteurs majeurs, ceux qui apportent une réelle valeur ajoutée…

(1) Voir LPI n° 240 p 32 et suivantes. 2) Celui de Promodul ( www.promodul.bao-gp.com) est un bon début.

 


Mots-clés :

DIAGNOSTIC DE PERFORMANCE ENERGETIQUE , DPE , ECONOMIE D'ENERGIE , ENERGIE , LABEL , LOGEMENT NEUF




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