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Le chauffage au bois : des fumées pas toutes vertes

Décembre 2009
Le Particulier pratique n° 352, article complet.
Auteur : COUNE (Isabelle)

En plein essor depuis 10 ans, le chauffage au bois, présenté souvent comme écologique, reste polluant… moins si l’on s’équipe d’appareils performants et parfaitement adaptés au logement.

En 2007, il s’est vendu 500 000 appareils de chauffage au bois en France, parmi lesquels arrivent en tête les foyers fermés et les inserts, qui représentent 57 % des ventes. Parallèlement, l’acquisition de poêles par les particuliers continue à progresser (170 000 en 2007). Les chaudières se retrouvent en queue, avec 20 000 ventes. Après un désintérêt, le bois, jusqu’ici considéré comme une énergie d’appoint, devient un combustible à part entière.
L’engouement pour ce mode de chauffage date d’une dizaine d’années. Trois raisons à cela : les énormes progrès des équipements, dont le rendement a dépassé les 70 % ; la tempête de 1999, avec pour conséquence une grande réserve de bois de chauffage, faisant baisser son coût dans un contexte d’augmentation de celui des autres énergies ; la mise en place d’un crédit d’impôt. Ainsi, le bois est aujourd’hui un mode de chauffage très économique, dont le prix grimpe moins vite que celui des autres énergies. En juillet 2008, selon la Direction générale de l’énergie et du climat, le kilowattheure revenait, en moyenne, à 3,20 centimes d’euro pour le bois (bûches de 50 cm), 6,19 pour le gaz naturel et 8,93 pour le fioul domestique.

Un bilan carbone favorable

Le chauffage au bois est neutre pour l’effet de serre dès lors que le volume de bois prélevé en forêt ne dépasse pas l’accroissement naturel de cette dernière. Durant sa croissance, le bois stocke le dioxyde de carbone, qu’il libère ensuite en brûlant. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) indique que le chauffage au bois (bûches) n’émet que 40 kg de CO2/MWh, contre 234 kg pour le gaz, 466 kg pour le fioul et 200 kg pour l’électricité, ce en prenant en compte l’énergie consommée depuis l’extraction de la ressource jusqu’à la chaleur produite, et en incluant le transport et le traitement.

Dix ans pour accroître la part des énergies renouvelables

Le Grenelle de l’environnement mise particulièrement sur la filière bois pour porter à 23 % la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique en 2020. Actuellement, la consommation annuelle de bois de chauffage domestique représente 7,40 millions de tonnes équivalent pétrole, ce qui correspond à 5,75 millions d’habitations chauffées. Grâce à l’amélioration du rendement des appareils, près de 9 millions de logements devraient être équipés en 2020, pour une consommation identique. Près de 4 millions d’appareils anciens seront remplacés par du matériel moderne, moins gourmand en bois. Un vieux poêle s’avère parfois peu économique et libère des particules polluantes si la combustion du bois est imparfaite. Ce qui a fait dire à la secrétaire d’état chargée de l’écologie qu’une demi-journée au coin du feu équivaut à 3 500 km parcourus en véhicule diesel. Une comparaison souvent évoquée au Québec, qui connaît des épisodes de smog hivernal causé par une forte concentration de particules fines.

Le chauffage au bois, une source de particules polluantes…

Des relevés de mesures faits au Québec ont révélé que, l’hiver, près de la moitié des émissions de particules fines sont dues au chauffage au bois résidentiel. La province canadienne ainsi que les pays du nord de l’Europe sont en avance sur la prise de conscience de cette pollution. Selon l’Association pulmonaire du Québec, la fumée de bois provoque une augmentation des affections respiratoires.
En brûlant, le bois dégage des substances potentiellement cancérogènes, telles que des composés organiques volatils (COV), des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), du monoxyde de carbone. Le danger le plus immédiat vient des ­poussières, dites PM (pour particulate matter ; particules fines en français), qui sont classées en trois catégories : PM 10 (taille inférieure à 10 microns), PM 2,5 et PM 1. Ces deux dernières sont si fines qu’elles ne sont pas retenues par les narines et pénètrent jusque dans les poumons. Elles peuvent causer des irritations des yeux et de la gorge, des maux de tête, des allergies, et aggravent les problèmes cardiorespiratoires. La densité de logements chauffés au bois joue pour beaucoup dans la pollution générée. “En valeur absolue, la combustion du bois émet plus de particules que celle du pétrole. Mais les volumes consumés n’ont évidemment rien à voir puisqu’on consomme beaucoup plus de pétrole que de bois pour se chauffer”, explique Emmanuel Carcano, dans son guide Chauffage au bois (éd. Terre vivante). Retenons que quand le chauffage au fioul n’émet que 3 g de particules, le chauffage au bois en émet 100 et le chauffage au gaz 0. Il en est de même pour de nombreuses autres émissions, dont le monoxyde de carbone, avec des chiffres, selon le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa), de 250 g de CO pour le bois, contre 15 pour le fioul et 19 pour le gaz naturel.

… et de monoxyde de carbone

Une étude du Citepa établit qu’en France, en 2005, le bois énergie a contribué pour une très faible part aux émissions de dioxyde de soufre et d’oxydes d’azote (2 % environ), et à hauteur de 10 % environ aux émissions de dioxines et de poussières. Ce combustible a participé de manière plus significative aux émissions de COV non méthaniques (22 %), de monoxyde de carbone (31 %) et d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (77 % pour les quatre HAP).
Ces niveaux d’émissions proviennent à 95 % du secteur domestique, qui se caractérise par un important parc d’appareils anciens (plus de 5 ans) peu performants. L’utilisation de combustible de mauvaise qualité favorise également l’émission de polluants atmosphériques. Une évaluation récente montre qu’en 2020 il sera possible de les réduire significativement si la politique de modernisation du parc et de la diminution de consommation des logements se poursuit. Toutefois, le taux de renouvellement du parc restant lent (4 % par an) il devrait prendre 25 ans.
Une étude, financée par l’Ademe, a été réalisée au Laboratoire d’études et de recherche sur le matériau bois avec la collaboration du Laboratoire de gestion des risques et environnement et de la société Supra. Les essais menés pour caractériser la combustion de bois à l’émission (à la sortie du conduit de cheminée en allure normale) prouvent qu’elle est globalement plus polluante en foyer ouvert qu’en foyer fermé, mais tout dépend de la qualité de l’équipement.

Tout un arsenal de mesures à l’étude

A ce jour, les normes de construction européennes des appareils de chauffage au bois, qui définissent des exigences minimales pour obtenir le marquage CE ainsi que les méthodes de mesure pour le rendement et les émissions de CO, sont en cours de révision. Une nouvelle mouture – on ne sait pas encore quand elle sortira – devrait élargir ces mesures à d’autres polluants. Pour l’instant, seules les marques nationales, notamment le label Flamme verte, qui est la référence en France, imposent un seuil de rendement en fonction du type d’appareil. Par ailleurs, des chantiers sont en cours pour promouvoir les équipements performants. Actuellement, le Syndicat des énergies renouvelables réfléchit à la mise en place d’une prime à la casse pour la reprise des anciens appareils, sur le même principe que ce qui se fait pour les voitures. Un projet d’affichage énergétique des matériels de chauffage au bois labellisé Flamme verte est également en cours de ­discussion et pourrait voir le jour en 2010. Une étude de l’Ademe a déterminé un indice qui permet de classer les équipements de chauffage suivant leur rendement et leurs émissions de CO. En attendant, il existe déjà sur le marché des modèles très performants.

Le chauffage en pleine révolution

En 2005, l’Ademe a lancé un programme de recherche et développement sur le bois énergie domestique. Les différents projets retenus ont été montés en partenariat avec des industriels et des laboratoires. Ainsi est née la cheminée Zéro CO de Fondis, dotée d’un catalyseur dans son avaloir. Au contact de ce catalyseur, qui est porté à haute température, les matières organiques carbonées s’oxydent. Les taux d’émission de monoxyde de carbone et de poussières chutent de 90 %, celui des COV de 86 %. Toutefois, une perte d’efficacité de 30 % peut être observée sur 10 ans d’utilisation.
Un autre projet porte sur la faisabilité et le développement de chaudières domestiques (à bûches ou à granulés de bois) à condensation. Un prototype de chaudière à bûches a permis d’obtenir des rendements de 94-95 %, niveau encore jamais atteint en Europe pour un appareil de ce type. Un modèle à granulés de bois est déjà disponible sur le marché (ÖkoFEN Pellematic Plus). Les rendements en régime de condensation dépassent 100 % et les émissions de polluants sont fortement réduites. Une grande partie des poussières est éliminée via les cendres. Les particules restantes partent avec les gaz de combustion et se retrouvent piégées dans l’échangeur de condensation, où les microgouttelettes générées les entraînent ; elles sont alors évacuées sous forme de condensats liquides.

Un appareil performant ne suffit pas à faire des économies

Le chauffage au bois doit s’inscrire dans une conception globale de l’équilibre thermique de l’habitat. “Avant de se jeter sur les catalogues, il faut prendre en compte les caractéristiques géographiques (latitude de la région, orientation de la maison, apports solaires…) ainsi que la qualité du bâti (isolation). Les paramètres personnels sont également importants. Le professionnel doit s’adapter au confort thermique qui correspond aux occupants des lieux. Pour certaines personnes, il est à 18 °C, alors que d’autres ne se sentiront bien qu’à 22 °C. La puissance dépend du volume à chauffer et de l’architecture intérieure. S’il existe de nombreuses cloisons, il ne faut pas espérer chauffer l’ensemble de la maison, à moins d’opter pour un système de distribution de la chaleur”, souligne Emmanuel Carcano.
Yves Friadt, de Gaya Concept, société de conseil et d’assistance à la maîtrise d’ouvrage et à la maîtrise d’œuvre, spécialisée en écoconstruction, va plus loin : “En rénovation, avant de changer d’énergie pour se chauffer, nous préconisons d’isoler d’abord la maison et de tout calculer pour éviter de se retrouver avec une installation surdimensionnée, et donc de surconsommer. Isoler combles, murs et fenêtres permet d’effectuer un calcul thermique plus précis et d’adapter la puissance du chauffage aux besoins des occupants.”

Installation surdimensionnée égale surcomsommation

Un fabricant a donc décidé de concevoir des matériels adaptés aux besoins réels des utilisateurs. “Les prescripteurs vendent du kilowatt. La puissance en moyenne en France des équipements les plus récents est de 12 kW. Les appareils sont testés à allure normale, mais la plupart du temps, ils sont employés à allure réduite, entre 5 et 12 kW, et donc polluent plus. Nous estimons que 80 % des installations sont en surpuissance ; or, un appareil qui tourne en sous-régime bistre et pollue. Nous avons fait le choix de produire des matériels de puissance plus faible, adaptés aux conditions d’utilisation du client moyen, afin qu’il puisse les utiliser à bonne allure et polluer le moins possible. La gamme que nous venons de lancer sous la marque Richard Le Droff, HP3E [haute performance économique écologique et énergétique], est calibrée à 5 kW”, conclut Pascal Simon, chef produits bois et biomasse de Supra.

Isabelle Coune


Mots-clés :

ANAH , BOIS , BOIS DE CHAUFFAGE , CHAUFFAGE , CHEMINEE , CREDIT D'IMPOT , ECO-PTZ




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