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Récupérer l'eau de son toit : seulement pour l'arrosage ?

Récupérer l'eau de son toit : seulement pour l'arrosage ?
Juillet-Août 2009
Le Particulier pratique n° 348, article complet.
Auteur : COUNE (Isabelle)

Il est désormais possible de récupérer l’eau de pluie pour l’utiliser à l’intérieur de la maison. Mais tous les usages ne sont pas autorisés. Que dit la réglementation ? Quelles sont les normes à respecter ?

Après l’énergie solaire, la France se met à la récupération de l’eau de pluie. L’arrêté du 5 mai 2007, faisant suite à la loi sur l’eau et les milieux aquatiques du 30 décembre 2006, accordait déjà un crédit d’impôt aux foyers s’équipant d’un système de récupération d’ eau de pluie, mais uniquement pour des usages extérieurs comme l’arrosage du jardin et le lavage de la voiture. Après de nombreuses réticences de la part des instances responsables de la santé et de l’hygiène pour des raisons de sécurité sanitaire, l’arrêté du 21 août 2008 réglemente enfin l’emploi de l’eau de pluie à l’intérieur de l’habitat, permettant ainsi à la France de rattraper son retard sur ses voisins européens. En effet, en Allemagne et en Belgique, cette pratique est entrée dans les mœurs depuis plus de 20 ans.
Dans l’Hexagone, ce marché naissant fait des émules, et partout fleurissent les offres commerciales de matériels de récupération d’eau pluviale. Une occasion à saisir pour les petites entreprises artisanales, qui peuvent ainsi se diversifier et valoriser leur savoir-faire puisque l’installation concerne à la fois les paysagistes, les maçons et les plombiers. Mais également pour les plus grosses sociétés, comme Primagaz, qui propose à ses clients une prestation incluant la visite du terrain, l’étude de faisabilité, la pose de la cuve et le service après-vente.
Les techniques de vente sont parfois agressives. Certains commerciaux présents sur les salons de développement durable sont clairement là pour faire du chiffre, et n’hésitent pas à allonger la liste du matériel “indispensable” pour obtenir une eau de qualité, en vous vendant, par exemple, un adoucisseur d’eau… alors que l’eau de pluie est naturellement douce ! Prudence, donc, car ce type de pratiques douteuses risque de se multiplier face à un marché qui va exploser dans quelques années, dopé à la fois par le crédit d’impôt et par les subventions des mairies, de plus en plus nombreuses à financer une partie de ces aménagements.

Le coup de pouce des municipalités

Bordeaux participe à l’acquisition d’un récupérateur d’eau pour l’extérieur à hauteur de 60 €. Certaines communes financent les installations pour l’utilisation de l’eau à l’intérieur de la maison. Ainsi, Plougastel-Daoulas octroie 300 € à ses habitants pour la mise en place d’un système de récupération d’eau de pluie avec une cuve de 3 000 l au moins. à Besançon, l’aide, actuellement valable jusqu’à fin 2009, porte uniquement sur la cuve. Elle constitue 50 % de l’investissement TTC, dans la limite de 300 €. La communauté d’agglomération des Hauts-de-Bièvre accorde une subvention maximale de 20 % du montant TTC des travaux, plafonnée à 1 400 €, la cuve devant avoir, au minimum, une capacité de 4 m3. à Lille, l’aide financière est à hauteur de 200 €/m3 d’installation dans la limite de 5 m3 ; s’y ajoute une subvention équivalant à 20 % du coût de la main-d’œuvre pour le raccordement au réseau d’eau pluviale par une entreprise, et pour un usage interne selon la réglementation. Cette aide s’inscrit dans un système de primes pour la rénovation du logement.
Bien sûr, ces subventions ne sont accordées que si l’installation est conforme aux prescriptions techniques définies dans l’arrêté du 21 août 2008. à Lille, l’aide est attribuée sur dossier, avec photos à l’appui, une fois les travaux achevés. Les bénéficiaires peuvent être contrôlés par des agents du service de l’eau de la mairie, qui vérifient que tout a été réalisé dans le respect des règles. Aux Hauts-de-Bièvre, un agent de la communauté d’agglomération effectue ainsi une visite de l’installation à réception de la facture, avant le versement de la subvention.

Mettre un peu d’ordre dans les pratiques, une volonté des professionnels

L’arrêté du 21 août 2008 constituant la seule référence technique, les professionnels du secteur (entreprises, fabricants de matériels, bureaux d’études…) travaillent à l’élaboration d’une norme qui portera sur la mise en œuvre et les règles de dimensionnement. Mais celle-ci ne verra pas le jour avant un an au moins. De même, les petits artisans s’organisent. La marque collective Qualipluie, propriété de la Chambre nationale de l’artisanat, des travaux publics et du paysage (CNATP), a été lancée fin 2007. Sa gestion a été confiée à l’association Essor durable. Le but est d’assurer au client que son installation est conforme à la réglementation, ce qui n’est pas toujours le cas. à terme, cette marque devrait faire appel à un organisme indépendant chargé de contrôler les installations avant leur mise en service, à l’instar de ce qui existe pour l’assainissement. Actuellement, une cinquantaine d’entreprises sont déjà labellisées. Elles devraient être 300 d’ici à la fin de l’année. Leurs coordonnées seront disponibles cet été sur le site cnatp.org.
Avant de se lancer dans l’installation d’un système de récupération d’eau de pluie, il faut se poser les bonnes questions. Tout d’abord, savoir à quoi cette eau va servir. S’il s’agit simplement d’arroser le jardin, la capacité de stockage, les matériels et les systèmes de filtration seront totalement différents de ce que nécessitent des usages à l’intérieur de la maison, et au final le coût ne sera évidemment pas le même.

L’équipement pour l’arrosage du jardin, le plus simple à réaliser

Les grands réservoirs (allant de 200 à 1 000 l) à poser soi-même, disponibles à partir de 15 ou 20 € en magasin de bricolage ou en jardinerie, sont exclus du crédit d’impôt. Ils ne s’enterrent pas et se placent en bas d’une gouttière. Un collecteur, faisant également office de filtre, est fixé sur la gouttière (qu’il faut scier) et guide l’eau vers le récupérateur. En amont, une crépine retient les corps étrangers, évitant ainsi que l’eau ne croupisse trop rapidement. Le trop-plein d’eau s’écoule dans la canalisation domestique des évacuations de  l’eau pluviale. La distribution de l’eau s’effectue par gravité grâce à un robinet situé au bas du réservoir, l’ajout d’une pompe n’est donc pas nécessaire. En revanche, vous pouvez y adjoindre une pompe vide-fût (type Ribiland) pour y brancher un tuyau d’arrosage. Si vous optez pour une cuve en polyéthylène, il faudra penser à la vider en hiver, car le gel pourrait la faire éclater.

Pour un usage domestique, faites un état des lieux de votre installation

Si vous envisagez d’employer l’eau de pluie à l’intérieur de l’habitation, procédez d’abord à un état de l’existant : “Regardez votre consommation en un mois, puis en un an ; le nombre de personnes qui séjournent dans la maison ; le nombre de chasses d’eau que cela représente, etc. Cet examen permet, notamment, de voir s’il y a des fuites sur l’installation. Il faut alors absolument régler le problème avant d’entreprendre les travaux. C’est aussi l’occasion de placer des économiseurs d’eau sur les robinets. En effet, plus la consommation est importante, plus la cuve doit être volumineuse, et plus le coût sera élevé. Réduire ses besoins en eau permet de minimiser l’investissement”, insiste Sandrine Cabrit-Leclerc, ingénieure écologue, consultante en environnement auprès des entreprises et des collectivités, et auteure aux éditions Terre vivante.
Définissez ensuite si l’eau de pluie récupérée alimentera seulement les W.-C., ou les W.-C. et le lave-linge. Seules ces deux utilisations sont financées par le crédit d’impôt ; en déclarer une autre peut être un motif de refus. Calculez également la surface de collecte : certaines gouttières sont inaccessibles, et ne peuvent donc servir à la récupération.

La qualité de l’eau passe par les filtres

Il faut installer le plus de filtres possible en amont du réservoir, de façon à ne pas avoir besoin de filtres puissants en aval. En plus de la crapaudine, il est intéressant de placer des filtres autolavants à l’intérieur de la gouttière, ainsi qu’un bac de décantation au bas, ce qui permet d’espacer les séances de nettoyage de la cuve, puis un filtre enterré, en mousse, qui se lave tous les 6 mois. Après ces différentes filtrations, l’eau est de qualité suffisante pour être employée dans les toilettes. Si elle doit alimenter la machine à laver, il faut ajouter deux filtres avant l’appareil pour ne pas l’encrasser : un premier de 50 microns (céramique ou chaussette), suivi d’un second de 10 microns (charbon). Installé dans le sens inverse, le filtre à 10 microns serait colmaté tout de suite, et nécessiterait d’être remplacé souvent.
Le budget consacré à l’installation varie en fonction du choix des filtres. Pour l’évaluer, renseignez-vous sur le prix de la recharge et la périodicité à laquelle ils doivent être changés. Comptez environ 400 € pour les filtres situés en amont, et une centaine d’euros par filtre en aval du groupe hydrophore (système de pompe qui se met en route dès la demande, assure une pression constante et prévient la marche à sec). Au total, prévoyez entre 4 000 et 6 000 € pour une installation comprenant une cuve en béton préfabriquée de 10 m3. Si vous faites maçonner une cuve par un artisan, le coût est généralement inférieur (à partir de 2 000 €). Demandez un devis. Le retour sur investissement est difficile à calculer (environ 10 ans), car il dépend du prix de l’eau dans la région, voire dans la ville. Il est beaucoup plus évident pour les agriculteurs, qui consomment de grosses quantités d’eau, et pour qui l’investissement est vraiment rentable.

Les usages de l’eau de pluie sont strictement réglementés

Ceux-ci ainsi que les règles techniques à respecter sont définis par l’arrêté du 21 août 2008, qui stipule que l’eau de pluie ne doit servir qu’à l’alimentation de la chasse d’eau des toilettes et au lavage des sols. Le lavage du linge est permis à titre expérimental et à trois conditions : un dispositif de traitement de l’eau doit être prévu, le responsable de la mise sur le marché doit le déclarer auprès du ministère de la Santé et l’installateur doit conserver la liste des clients concernés par l’expérimentation et la tenir à la disposition du ministère.
Utiliser cette eau pour faire la cuisine ou prendre une douche est donc exclu. Et son emploi à l’intérieur implique la mise en place de deux réseaux – l’un pour l’eau potable et l’autre pour l’eau de pluie – indépendants et bien identifiables (voir schéma p. 40). Ces précautions visent à éviter la contamination du premier par le second, ou l’utilisation par inadvertance de l’eau de pluie pour l’hygiène ou la consommation, notamment dans le cas où la maison changerait de propriétaire, où un plombier viendrait faire un piquage sur le réseau d’eau de pluie. La signalétique doit donc être pérenne (une étiquette collée ne suffit pas). Le plus simple est d’avoir des tuyaux de différentes couleurs. C’est pourquoi il est interdit de raccorder le réseau d’eau de pluie à celui de l’eau destinée à la consommation humaine, même temporairement.
Quand le réservoir est vide, le réseau d’eau potable prend le relais. Un système de disconnexion par surverse totale avec garde d’air visible doit éviter que l’eau de la citerne ne remonte dans le réseau d’eau potable, lorsque celui-ci est mis en dépression, à la suite de la casse d’une conduite provoquant un important soutirage par exemple. Le niveau de reflux des eaux d’égout correspond à celui de la route.

Les autorités sanitaires ont un droit de contrôle

Elles pourraient exiger le démontage d’une installation non conforme. Depuis la loi sur l’eau de 1996, la DDASS, qui est responsable de l’approvisionnement en eau potable, a le droit de pénétrer dans les habitations privées pour vérifier que le système de récupération de l’eau de pluie respecte la réglementation. Si elle estime qu’il existe un risque sanitaire sur un point du réseau, elle peut aller le contrôler pour s’assurer de la séparation effective des deux réseaux. Sont visés en premier les foyers qui consomment peu d’eau potable.
Un compteur placé après la pompe permet de mesurer le volume d’eau utilisé, de savoir à quel moment changer les filtres… Bien qu’aucune commune, à notre connaissance, ne l’ait mis en place pour l’instant, ce compteur permettra de fixer la taxe d’assainissement pour les habitations raccordées au tout-à-l’égout. Celle-ci se calcule par rapport au volume d’eau potable consommé. Elle sera augmentée du montant correspondant au volume d’eau de pluie consommée.Le compteur d’eau sert également à évaluer la performance de l’installation. Pour connaître le volume d’eau de pluie consommée, il faut déduire la quantité d’eau potable apportée dans le réservoir pour maintenir le niveau.

L’installation doit être déclarée

En principe, il serait tout à fait possible de boire l’eau recueillie sur son toit, en ajoutant une filtration adaptée (osmose inverse, filtration, traitement par ultraviolets). La Californie et la Floride autorisent la récupération de l’eau de pluie pour obtenir de d’eau potable. Ces états ont établi différents paramètres de qualité en fonction des usages souhaités. En France, un seul niveau de qualité est exigé, cette utilisation n’est pas prévue par l’arrêté du 21 août 2008, et même déconseillée par les autorités sanitaires.
En l’absence de réseau public, la loi prévoit que la production d’eau destinée à la consommation humaine doit être déclarée auprès de la mairie lorsqu’il en est fait usage pour les besoins d’une seule famille, et il n’est jamais possible de la distribuer (si vous tenez un gîte, par exemple). Dans les autres cas (zones soumises à de fortes sécheresses régulières, par exemple), elle doit être autorisée par le préfet. Il faudra alors faire analyser l’eau (qui comprend pas moins de 90 paramètres) régulièrement par un laboratoire agréé par la DDASS pour prouver sa potabilité.
Isabelle Coune


Mots-clés :

CREDIT D'IMPOT , EAU , ECONOMIE D'ENERGIE , JARDINAGE , TRAVAUX




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