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Pourquoi nous devons garder nos gardiens (Interview)

Pourquoi nous devons garder nos gardiens (Interview)
Juin 2009
Le Particulier Immo n° 254, article complet.
Auteur : JUERY (Françoise)

En juillet dernier, Christine Boutin, ministre du Logement, confiait à Françoise et Philippe Pelletier, tous deux avocats, la mission de réunir un groupe de travail chargé d’élaborer des propositions en vue d’une « revalorisation du métier de gardien d’immeuble », une profession affectée par une hémorragie préoccupante.

Françoise Pelletier : avocat et coauteur du rapport intitulé "Propositions en vue de la revalorisation du métier de gardien d'immeuble"

1993
Cofondateur du cabinet Lefèvre Pelletier & Associés
1997
Création du département social du cabinet

Quel est, selon vous, l’argument le plus décisif en faveur du maintien des gardiens dans ­­les immeubles ?

FP Qu’il s’agisse d’un grand ensemble ou d’un immeuble de taille plus modeste, le gardien – ou plutôt la gardienne, les trois quarts des gardiens étant des femmes – a une utilité sociale évidente : lien privilégié entre ­l’extérieur et l’immeuble, il assure la ­sécurité de celui-ci et rassure ainsi ses occupants, en particulier les personnes âgées. Prenons l’analogie du poinçonneur dans les autobus, dont la tâche officielle consistait, autrefois, à composter les billets. En fait, il était un élément de cohésion sociale et sa présence évitait ou résolvait toutes sortes de problèmes : il était le garant de la sécurité à l’intérieur des bus.
Aujourd’hui, le vieillissement de la ­population, l’augmentation du temps passé à domicile et la demande accrue de ­services militent en faveur, non seulement du maintien des gardiens en poste, mais encore de leur rétablissement là où ils ont disparu. D’où, par exemple, notre ­proposition d’instaurer un droit de préemption au profit des syndicats de copropriétaires en cas de mise en vente d’un lot situé en rez-de-chaussée.

Comment « tarifer » le lien social ? Et comment s’assurer que les copropriétaires, dans leur ensemble, ne paieront pas pour des services rendus à la personne, comme le craignent certaines associations ?

FP Le sujet n’intéresse à mon sens que les petites copropriétés dans lesquelles existe un réel besoin de services que l’on qualifie à tort de « menus », des services qui donnent une valeur ajoutée au gardien, comparés aux prestations assurées par des entreprises, ou même des employés d’immeuble ; mais il faut sortir ces services de leur actuelle clandestinité et les développer. Elargir la mission des gardiens leur permettra de compléter leurs revenus, voire de se maintenir en poste lorsque leur salaire représente une charge trop lourde pour les copropriétaires. Je suis d’ailleurs persuadée que si les gardiens ne s’engagent pas dans cette voie, leur métier va se ­trouver encore plus exposé à la concurrence des sociétés de services et se voir vouer à l’extinction. Nous avons ­recommandé que chaque résident bénéficiaire de services devienne employeur à part entière en rémunérant directement le gardien. De préférence via la formule du ­chèque emploi-service ­universel (CESU), qui a le double avantage de la simplicité d’utilisation et d’ouvrir droit à un allégement fiscal. Ce qui suppose aussi une refonte de la convention collective concernée.

L’ARC a suggéré que le gardien soit mis au service des bailleurs, pour la visite et l’état des lieux des logements à louer. Cela vous paraît-il souhaitable ? Dans le même ordre d’idée, vous évoquez son rôle de médiateur. Cette fonction ne relève-t-elle pas plutôt de la mission du syndic ?

FP Faire officiellement du gardien un auxiliaire immobilier en le mettant au service des copropriétaires bailleurs, par exemple, ne me semble pas une mauvaise idée, à condition, là encore, que la contrepartie financière soit à la charge des seuls bénéficiaires. C’est une pratique largement répandue chez les bailleurs institutionnels. Quant au rôle de médiateur, il me ­semble que le gardien est tout désigné pour apaiser les conflits de voisinage provoqués, par exemple, par des nuisances sonores. D’ailleurs, certains bailleurs sociaux et des majors de l’administration de biens organisent des formations sur ce thème de la résolution des conflits. L’assistance des gardiens aux professionnels de l’immobilier pourrait donc être développée et formalisée tant dans le domaine social que dans le domaine administratif.

Pourquoi ne pas développer des guichets de « conciergerie » indépendants au sein des immeubles pour assurer courses, démarches administratives, ménage, petits bricolages, etc., à la demande ?

FP C’est peut-être une solution appelée à émerger dans les années à venir, mais je ne suis pas certaine qu’elle réponde à la demande actuelle, qui est plus axée sur la confiance placée en une personne ­demeurant sur place : une telle prestation extérieure ne remplacera jamais le lien entre occupants d’un même immeuble, que seul un gardien à demeure est à même de créer et de ­cultiver.

Propos recueillis par Françoise Juéry


Mots-clés :

CONCIERGE , COPROPRIETE , GARDIEN , GARDIEN D'IMMEUBLE




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