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Zones d’ombre sur la crème solaire

Mai 2009
Le Particulier pratique n° 346, article complet.
Auteur : BARRON (Edwige)

La polémique enfle à propos des crèmes solaires. Illusion de protection qui amène à s’exposer davantage, danger des ­composants eux-mêmes par manque de stabilité au soleil, écran qui empêcherait l’activation de synthèses biologiques indispensables à l’organisme. Les interrogations ne manquent pas et les réponses sont parfois contradictoires. Qu’en est-il exactement ?

Filtre chimique et écran minéral

Il existe deux types de crèmes solaires : les filtres chimiques et les filtres, ou écrans, minéraux. Les premiers absorbent les rayons solaires, les neutralisant avant qu’ils attaquent la peau – mais en les absorbant, le filtre se détruit, d’où la nécessité de s’enduire souvent de crème. Leurs indices de protection sont, aujourd’hui, de 15, 25, 30, 50 (voir ci-contre), au lieu de 4 il y a 15 ans. Jusqu’en 2006, ils n’étaient efficaces que contre les UVB ; depuis lors, ils le sont également contre les UVA (responsables du mélanome), l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) et la Communauté européenne ayant recommandé de porter le niveau de protection contre les UVA au minimum à un tiers de celui contre les UVB. Les écrans minéraux sont, eux, de microscopiques miroirs, à base de mica, titane, zinc ou talc, qui réfléchissent les rayons du soleil avant qu’ils atteignent la peau. Leur gamme IP est identique à celle des filtres chimiques.

Une protection mais pas la panacée

Plusieurs éléments incitent à préférer les écrans minéraux. Ceux-ci agissent de façon beaucoup plus simple et sont plus stables que les filtres chimiques, que leur manque de stabilité rendraient même nocifs in vitro. En outre, absorbés par l’organisme (quand ils contiennent de l’aluminium, ce n’est pas innocent), les filtres chimiques sont suspectés d’effets secondaires : dérèglement des signaux hormonaux et du fonctionnement de la thyroïde – ce qui pourrait favoriser le cancer du sein (études de W. Lichtensteiger à Zurich, particulièrement critique au sujet du 4-méthylbenzylidène camphre [4mbc]). Ils sont aussi souvent source d’allergie ; on n’en recommande donc pas l’usage chez les enfants. Par ailleurs, ils ne diminuent pas la quantité de radicaux libres sur la peau, et on connaît mal leur persistance et leur mode de réaction réel au soleil.
Cependant, les écrans (Mustela, Uriage, Avène, L’Occitane) sont plus chers, et l’on n’en trouve pas en hypermarché. Ils sont difficiles à étaler, font des grumeaux si vous massez votre peau et laissent un reflet blanc. Mais la présence de grumeaux constitue un bon point, selon Le Palmarès 2009 des cosmétiques (Leduc éd.), car c’est la preuve qu’ils ne contiennent pas de nanoparticules, que l’on suspecte de pénétrer de façon trop intrusive dans notre corps (une réglementation européenne va obliger à les étiqueter pour 2012).
Il reste qu’aucune étude ne prouve qu’une crème (écran ou filtre chimique) prévienne l’apparition du mélanome (1 500 décès par an en France), à la différence du carcinome (200 décès).

Un dangereux sentiment de sécurité

Le problème est l’effet pervers de la crème solaire. Une étude australienne récente montre que l’usage quotidien de produits solaires (IP 15) ne protège pas du cancer cutané, car les personnes qui en mettent s’exposent plus longtemps que celles qui n’en utilisent pas, puisqu’elles ne sentent pas les coups de soleil. Par ailleurs, ces produits ne constituent pas en eux-mêmes un bon indicateur de danger, des rayons UV nocifs pénétrant dans la peau bien avant qu’il y ait rougeur. Jusqu’en 2004, les seules informations dont disposaient les consommateurs étaient celles des fabricants de cosmétiques ; aussi, quand on demande aux Français ce qui les préserve du soleil, ils répondent la crème à 79 %, pensant beaucoup moins au tee-shirt (14 %) ou au valeureux parasol (25 %). Depuis 15 ans, l’association Sécurité solaire, financée par des fonds publics, représente un contre-pouvoir et voudrait promouvoir une protection plurielle : chapeau, lunettes, vêtements clairs, et crème sur le visage.

La vitamine D en question

Les spécialistes précisent, maintenant, que s’il ne faut pas s’exposer non protégé entre 12 et 16 h, avant 10 h et après 18 h il peut être bon, en France métropolitaine, de prendre un peu le soleil pour activer les précurseurs de la vitamine D. “Une démarche impossible en hiver en ville, car les UV ne nous atteignent pas”, explique Pierre Cesarini, directeur de Sécurité solaire. D’où une insuffisance constatée chez les citadins, même parmi les personnes qui pratiquent les bains de soleil ou le jardinage. Les rhumatologues s’alarment de cette carence en vitamine D, qui sert à fixer le calcium. “Il faudrait savoir s’il y a véritablement déficit”, tempère Jean-François Doré, qui vient de réaliser une méta-analyse pour le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) sur le lien entre vitamine D et cancer. Les normes ont été édictées pour éviter le rachitisme, qui a disparu en France, il faudrait les réétudier de près.
La vitamine D apparaît, pourtant, en ce moment comme une véritable force de frappe, active contre les thromboses… et pas moins de 16 cancers ! Mais les études semblent pécher par excès d’optimiste : selon les résultats de la méta-analyse, la protection est seulement prouvée contre le cancer du côlon.

Entre “toasting” et phobie solaire, visez le juste milieu

Le plus sage serait de s’exposer un peu pour activer la synthèse de la vitamine D, en se protégeant correctement. On laissera, par exemple, les bras nus au soleil, soit 10 à 20 % du corps, 15 à 20 min par jour, mais dans un environnement non pollué, où la couche d’ozone n’inactive pas l’action solaire. Rien à voir avec le “toasting” des années 1960 !
L’hiver, entre octobre et mars, période où nous échouons, nous, Français, à synthétiser la vitamine D, une supplémentation peut être intéressante. Enfin, on se gardera de consommer des précurseurs de bronzage à base d’antioxydants à longueur d’année, car ils peuvent avoir des effets délétères, chez les fumeurs notamment (voir LPP n° 345). D’autant que les dermatologues se demandent si, à dose trop élevée, ils n’accentuent pas, eux aussi, les dégâts du soleil. En conclusion, ne jetons pas la crème avec l’eau du bain : réservons-la au visage et au décolleté, par exemple, aux heures de midi.
Edwige Barron


Mots-clés :

COSMETIQUE , PRODUIT SOLAIRE , SECURITE




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