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Médecines douces : à quels praticiens peut-on se fier ?

Médecines douces : à quels praticiens peut-on se fier ?
Octobre 2002
Le Particulier n° 958, article complet.
Auteur : GERY (Yves)

Acupuncture, homéopathie, ostéopathie... ces techniques de soins sont en principe réservées aux médecins. Mais des non-médecins les pratiquent aussi, certains très compétents, d'autres pas. Aux patients d'apprendre à s'y retrouver.

Des thérapeutiques peu ou mal contrôlées par la médecine classique officielle

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), un Français sur deux a recours à ce qu'il est convenu d'appeler les médecines "douces", "parallèles" ou "alternatives", dont les principales sont l'acupuncture, l'homéopathie – la France serait même le premier marché mondial pour les médicaments homéopathiques – ou encore l'ostéopathie et la chiropraxie. "Lassés des anti-inflammatoires et autres médicaments qui peuvent avoir des effets secondaires, les Français explorent ces voies parallèles plus douces, résume le Dr Didier Feltesse, médecin et ostéopathe, enseignant à la faculté de médecine de Bobigny. Et ils s'y accrochent car ils y trouvent leur compte." Les médecins aussi : ils s'y sont mis, par conviction personnelle ou pour garder leur clientèle. Aujourd'hui, environ 1/3 des généralistes français recourent à ces disciplines complémentaires.

Les médecines "douces" sont en principe réservées aux médecins.

Le code de la santé publique réserve l'établissement de diagnostics, le traitement des maladies (par consultation, acte médical, prescription...), et plus généralement l'exercice de la médecine, aux titulaires du diplôme d'État de docteur en médecine, ou d'un diplôme étranger reconnu équivalent. Cela, y compris dans le cadre de pratiques telles que l'acupuncture ou l'homéopathie. En outre, l'arrêté du 6 janvier 1962 modifié réserve expressément les actes d'ostéopathie et de chiropraxie aux médecins. Les nombreux non-médecins qui pratiquent ces disciplines risquent donc des poursuites pour exercice illégal de la médecine, qui dans la réalité ne sont cependant jamais exercées. Cela dit, les "médecines alternatives" ne sont pas ou pratiquement pas enseignées aux étudiants en médecine. L'article 70 du code de déontologie médicale n'autorise pas moins tout médecin à pratiquer "tous les actes de diagnostic, de prévention et de traitement" (principe dit "d'omnivalence" du diplôme), dans la limite cependant de ses connaissances, de son expérience et des moyens dont il dispose. Ainsi, "le diplôme de docteur en médecine est nécessaire, mais pas suffisant pour exercer l'ostéopathie", estime le Dr Feltesse. Comment un patient peut-il savoir si son médecin a complété sa formation de base ? "Les seuls repères fiables sont les deux diplômes interuniversitaires (DIU) d'acupuncture et d'ostéopathie, reconnus par le conseil national de l'Ordre des médecins", résume Cécile Bissonnier, juriste à l'Ordre. Cette reconnaissance repose sur une évaluation de la nature et de l'importance de l'enseignement dispensé dans le cadre de ces DIU qui, comme leur nom l'indique, sont communs à plusieurs universités. La reconnaissance par l'Ordre permet aussi au médecin titulaire de l'un de ces DIU d'en faire état sur ses plaques, feuilles d'ordonnance et dans les annuaires (art. 79, 80 et 81 du code de déontologie), à l'exclusion de tout autre titre ou diplôme de médecines alternatives. La qualité des DIU est cependant contestée. Ainsi, "le DIU d'ostéopathie, présenté comme durant 2 ou 3 ans, comporte en fait 350 heures de cours pratiques et théoriques. C'est insuffisant pour maîtriser la thérapie manuelle", objecte Sylvain Parny, chiropraticien, une discipline proche de l'ostéopathie. Mais que penser des autres formations en médecines alternatives qui ne sont pas reconnues par l'Ordre, qu'il s'agisse d'autres DIU, des dizaines de diplômes universitaires (DU, délivrés par une université en particulier) ou des diplômes délivrés par les multiples établissements privés présents sur ce créneau, sans aucun contrôle de leur qualité par l'État ou toute autre instance ? Toutes ces formations ne sont pas de mauvaise qualité, mais le patient n'a aucun élément d'appréciation.

L'acupuncture : une thérapeutique venue d'Orient et plutôt mal encadrée.

Ainsi, pour l'acupuncture, en plus des médecins titulaires du DIU, reconnu par l'Ordre en 1988, elle est pratiquée par d'autres médecins, et nombre de non-médecins : kinésithérapeutes, guérisseurs et autres indépendants. Pratiquement tous ont suivi des formations plus ou moins poussées en Orient ou en France, sanctionnées par des titres qu'il est impossible d'évaluer. "Derrière une plaque "acupuncteur", l'on peut donc trouver des personnes, ni médecins ni professions paramédicales, ayant en tout et pour tout une formation de 3 semaines", s'insurge Christian Rempp, médecin acupuncteur à Strasbourg. Ce praticien dénonce le manque de contrôles de la qualification et des compétences des acupuncteurs occasionnels, qui sont insaisissables.

L'homéopathie reste basée sur le diagnostic et l'examen médical.

En matière d'homéopathie, il est encore plus difficile d'avoir un gage de professionnalisme du praticien – médecin ou pas – que vous avez en face de vous. En effet, le conseil national de l'Ordre autorise depuis 1974 les médecins à se prévaloir sur leur plaque ou feuille de soins d'une "orientation homéopathie", à la seule condition qu'ils le déclarent à leur conseil départemental, en mentionnant la formation, même très légère, qu'ils ont suivie. Il existe par ailleurs un DIU d'homéopathie pour les médecins, mais il n'est pas reconnu par l'Ordre national, même si certains praticiens font état d'une reconnaissance par certains ordres départementaux. Il existe aussi des diplômes universitaires (DU), a priori encore moins performants que le DIU et pas plus reconnus. Certains annoncent 3 ans d'études, qui se résument à 10 week-ends de formation par an. Pire, "des formations dites entre mer et soleil, de 2 ou 3 jours, sont organisées par les laboratoires" fabricant des médicaments homéopathiques, dénonce le Dr Jean-Pierre Ruasse, médecin homéopathe. "On fabrique ainsi des "granulo-prescripteurs" qui font beaucoup de mal à la profession", ajoute-t-il tout en revendiquant pour les médecins l'exclusivité des prescriptions d'homéopathie. Le principe de base de cette discipline est en effet de faire correspondre les caractéristiques d'un traitement avec le tableau clinique d'ensemble d'un patient, ce que seul un médecin rompu à l'examen et au diagnostic parviendra à faire.

Des diplômes d'ostéopathie et de chiropraxie bientôt reconnus par l'État.

Pour les disciplines voisines que sont l'ostéopathie et la chiropraxie, la situation devrait en revanche se clarifier, avec l'article 75 de la loi n° 2002-303 du 4 mars 2002. Il autorise et réserve l'usage professionnel du titre d'ostéopathe ou de chiropracteur aux personnes titulaires d'un diplôme, dont le contenu et les établissements habilités à le délivrer restent cependant à définir, par une série de décrets et d'arrêtés non encore parus. Ce diplôme, qui concernera médecins et non-médecins, devrait "faire un sacré ménage dans la discipline", se félicite Armand Gersanois, président de l'Union fédérale des ostéopathes de France (non-médecins). Actuellement, chez les médecins, le seul diplôme reconnu – depuis 1995 – est le DIU d'osthéopathie, mais il ne garantit pas que le médecin aura la pratique manuelle d'un kinésithérapeute ou d'un ostéopathe qui a suivi une formation spécifique. Encore faut-il que celle-ci soit sérieuse : des formations de quelques week-ends voisinent avec des cursus de plusieurs années

Le conseil de l'Ordre a ainsi dénoncé une école privée dont les frais de scolarité s'élevaient à 4 500 € par an, qui omettait de prévenir ses élèves que son diplôme n'était pas reconnu officiellement. "Il n'y a pas de label, libre à chacun de mettre ostéopathe sur sa plaque en mentionnant l'école fréquentée", explique Éric Pastor (Fédération française des masseurs-kinésithérapeutes). Majoritaires sur ce créneau, les kinésithérapeutes font valoir qu'ils ont acquis un savoir-faire pratique au long de leurs 3 années d'études. Mieux vaut s'assurer que l'ostéopathe est médecin ou kinésithérapeute ou a suivi une formation solide. "Notre registre n'accepte que des praticiens qui ont au minimum 6 ans d'études en ostéopathie", assure Armand Gersanois, de l'Union fédérale des ostéopathes de France, une telle durée d'études leur conférant une pratique manuelle supérieure à celle d'un docteur en médecine.

Quant à la chiropraxie, terme retenu par la loi bien que ses défenseurs préfèrent "chiropratique", elle reste confidentielle en France. Aucune formation pour les médecins n'est reconnue. Pour les non-médecins, une instance internationale - la Fédération mondiale de chiropratique – exige 6 années d'études à temps plein dans une école agréée pour être "docteur en chiropratique". On dénombre en France 350 titulaires de ce diplôme non reconnu. La fédération affirme qu'elle évalue tous les 3 ans la qualité de ces écoles, dont celle d'Ivry-sur-Seine.

À la recherche du bon praticien.

Dans un tel brouillard, comment trouver un bon praticien ? Le bouche à oreille n'est pas à négliger : famille, amis, médecins traitants, kinésithérapeutes, sans oublier les pharmaciens. En homéopathie, ceux-ci peuvent être de bon conseil car ils voient passer les ordonnances et entendent les réactions des patients, estime un médecin homéopathe, qui incite néanmoins à la vigilance : "certains pharmaciens vous adresseront en priorité à des médecins qui ont la main lourde sur les ordonnances. Ces dernières pouvant varier de 30 € à 300 €." Les pages jaunes de l'annuaire du téléphone (version papier, Minitel ou Internet) comportent des rubriques telles qu'acupuncture ou ostéopathie, dans lesquelles ne peuvent s'inscrire que des professionnels se déclarant médecins et titulaires du DIU d'acupuncture ou d'ostéopathie. Mais personne ne contrôle a priori la véracité de ces déclarations, et il faut 2 ans à France Télécom pour corriger une mention usurpée sur l'annuaire papier (les modifications sont immédiates sur Minitel ou Internet). Vous pouvez cependant vérifier sur le site Internet du conseil national de l'Ordre des médecins ou auprès du conseil départemental de l'Ordre si le praticien concerné est réellement inscrit au tableau de l'Ordre, et quels sont ses titres et spécialités reconnus par cette instance. Hors des pages consacrées aux médecins, les rubriques des pages jaunes couvrant les médecines douces sous la rubrique "soins hors du cadre réglementé" ne font l'objet d'aucune vérification. Aussi, méfiez-vous des titres ronflants, du type "académie des médecines douces" ou "association nationale française", et des instituts, centres d'études, associations et fondations. Le plus souvent, ce sont de simples cabinets médicaux, paramédicaux, des syndicats professionnels ou des personnes qui exercent hors du cadre médical reconnu. Enfin, quelle que soit la spécialité revendiquée par le praticien que vous consultez, ne vous arrêtez pas aux mentions figurant sur sa plaque ou son papier à en-tête. Lors des premiers contacts, n'hésitez pas à le questionner sur sa formation, son expérience, son approche personnelle, et les motifs pour lesquels il pratique sa discipline. Un professionnel sérieux ne se formalisera pas de l'intérêt que vous lui témoignez ainsi, et vous répondra sans détour.

Yves Géry

 


Mots-clés :

CHIROPRAXIE , MEDECIN , OSTEOPATHIE




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