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Champs électromagnétiques, où en est-on ?

Champs électromagnétiques, où en est-on ?
Janvier 2008
Le Particulier pratique n° 331, article complet.
Auteur : SARGIS (Marise)

Le développement des nouvelles technologies relance la question des effets sur la santé humaine des rayonnements électromagnétiques. Nous avons voulu faire le point, à l'heure où le Grenelle de l'environnement a remis le sujet sur le devant de la scène.

Qui se rase avec un rasoir électrique, voyage en TGV, téléphone avec un mobile – pis, dans sa voiture

–, connecte son ordinateur à une borne wi-fi, cuisine à l'induction, passe l'aspirateur, etc., c'est-à-dire une large majorité de la population vivant au IIIe millénaire, s'expose aux rayonnements électromagnétiques. à partir de quelle durée et selon quelle intensité l'exposition peut-elle avoir des effets nocifs sur la santé ? Pour le moment, ces questions ne reçoivent que de vagues réponses. Les études scientifiques sont nombreuses, mais leurs résultats souvent contradictoires, à cause tantôt du manque de recul, tantôt des difficultés de mesures ou d'analyses, et des méthodologies différentes.

Des scientifiques parlent du principe d'attention (moins exigeant que le principe de précaution) pour conseiller aux consommateurs des aménagements dans leurs pratiques quotidiennes : il est facile, par exemple, de réduire son niveau d'exposition en éloignant, tout simplement, les sources. Sans pour autant verser dans la psychose... Certains tapissent leur maison de feuilles d'aluminium, censées stopper les rayonnements

Parler de champs électromagnétiques (CEM) revient à englober toute une gamme de fréquences, entre 0 et 300 GHz. Des “extrêmement basses fréquences” du courant électrique 50-60 Hz, jusqu'aux “hyperfréquences” (à partir de 300 MHz) des périphériques Bluetooth, des émetteurs de télévision, de radio, de téléphonie mobile (GSM 900 et 1800, respectivement 900 MHz et 1 800 MHz), des téléphones d'intérieur sans fil (DECT) et des fours à micro-ondes.

Les technologies sans fil ont la particularité de se situer dans des hautes fréquences. Leur profusion fait naître des craintes, puisque si ces rayonnements (comme tous les rayonnements non ionisants) ne se cumulent pas dans le temps, ils se cumulent à l'instant T par multiplication des sources. Les équipements électriques classiques, eux, émettent dans les basses fréquences, et ils se multiplient aussi.

Tout appareil branché sur une prise de courant est émetteur de champs. Un champ électrique associé est induit en permanence, même hors fonctionnement. Il est proportionnel à la tension de la source à laquelle il est relié. Alors que le champ magnétique n'apparaît que lorsque le courant passe, et est proportionnel à l'intensité du courant. De là vient l'intérêt d'installer au tableau électrique un interrupteur de champs dit aussi rupteur bipolaire (dont nous parlions dans le dossier sur la maison à haute qualité environnementale d'octobre 2007). Dès que le dernier appareil ou luminaire est éteint dans la pièce à protéger, le boîtier coupe automatiquement la tension.

Les simples transporteurs d'énergie émettent également. Les questions ont ainsi d'abord porté sur les lignes à haute tension, qui induisent un champ important (basse fréquence) par le fait de transporter du courant à haute intensité et à haute tension. Aujourd'hui, ce sont les antennes relais de la téléphonie mobile qui inquiètent car elles émettent, par nature, un rayonnement dans les hautes fréquences.

Basses et hautes fréquences, des effets différents sur le corps humain

Précisons tout d'abord que pour les basses fréquences on identifie plutôt les champs magnétiques (en ampères par mètre), plus facilement observables (les champs électriques provoquent également des courants induits, à très haute intensité), alors que pour les hautes fréquences on se réfère plutôt aux champs électriques (en volts par mètre), plus simples à mesurer (les champs magnétiques existant aussi).

Dans le corps humain, les champs basse fréquence provoquent des courants induits qui peuvent interagir avec des éléments du métabolisme, soumis à des champs de même nature : circulation sanguine, terminaisons nerveuses, muscle cardiaque. Mais leur grande longueur d'onde rend le corps globalement très “transparent” à ces rayonnements. Inversement, les hautes fréquences sont moins susceptibles de “dialoguer” avec le métabolisme d'un être vivant, mais le bombardent davantage, le corps y est moins transparent (faible longueur d'onde) : les effets aigus seront plutôt de l'ordre de l'échauffement des tissus, voire de la brûlure dans un cas extrême (à très haute intensité). L'interaction des champs électromagnétiques de très haute fréquence (plusieurs GHz) avec le corps se concentre sur une petite épaisseur (le rayonnement est absorbé dans les premiers centimètres de tissus). Même si les effets biologiques de ces champs, eux, sont mal connus.

Les sources les plus importantes ne sont pas celles dont on parle le plus

En basse fréquence, on serait tenté d'incriminer d'abord les lignes à haute tension. Pourtant, malgré la forte intensité de courant qui circule à l'intérieur, le champ magnétique créé à proximité peut être inférieur à celui d'un... rasoir électrique placé près du visage, avec son moteur qui tourne rapidement (mais moins longtemps). Bref, il est très difficile de donner un ordre de grandeur.

Retenons que dans nos maisons nous recevons les champs des lignes électriques à haute tension passant à proximité, des transformateurs, des lignes électriques classiques, des circuits électriques résidentiels et, quelquefois à un niveau supérieur, des appareils domestiques. Parmi ces derniers, les plaques à induction seraient la source la plus importante selon Le Guide de l'habitat sain. Elles émettent à la fréquence du courant, mais aussi à la fréquence de 30 kHz, et à des puissances à la limite des recommandations en vigueur en Europe. Sciences et Avenir, dans un dossier de 2002 (épuisé), avait également publié des mesures épinglant les aspirateurs, les sèche-cheveux, les rasoirs électriques, les brosses à dents électriques et les halogènes.

En ce qui concerne les hautes fréquences, ce sont tous les appareils “communicants” qui sont en cause. L'Ordinateur individuel, en février 2007, fait état de 100 V/m à 1 cm d'un téléphone GSM, de 8,50 V/m à 20 cm pour un interphone pour bébé, 30 V/m à 1 cm pour un clavier et une souris sans fil, 1,20 V/m pour un routeur wi-fi, 0,10 V/m à 1 m pour un périphérique Bluetooth.

Un seuil à ne pas dépasser pour les antennes relais

Les limites d'exposition du public aux champs électromagnétiques sont fixées en fonction de la bande de fréquences des ondes par un décret du 3 mai 2002. Ce texte reprend une recommandation du Conseil de l'Europe du 12 juillet 1999, et s'inspire des données de la Commission internationale de radioprotection sur les rayonnements non ionisants (ICNIRP). Les seuils fixés ont pour objectif de prévenir les effets d'une exposition aiguë de courte durée sur la santé, pas ceux à long terme, qui demeurent incertains. La Fondation santé et radiofréquences (www.sante-radiofrequences.org) a été créée pour étudier les répercussions de ces ondes sur la santé, et informer objectivement les citoyens des risques potentiels courus.

Pour les antennes relais, les niveaux de référence réglementaires fixés correspondent à des maximums d'exposition aux champs électriques (plus faciles à mesurer que les champs magnétiques). Ainsi, le pic d'exposition ne doit pas dépasser, pour les stations GSM 900, 41 V/m ; pour le téléphone DECT ou le GSM 1800, 58 V/m ; 61 V/m pour les ondes wi-fi ou Bluetooth dont la fréquence dépasse les 2 GHz. Ces limites sont définies sur la base des effets biologiques (thermiques et comportementaux) observés sur les animaux à des expositions 50 fois plus fortes.

Avant tout projet d'implantation d'une antenne relais, les maires peuvent conclure des chartes avec les opérateurs. à Paris, la municipalité a négocié en 2003 l'application d'un indice particulier. Les opérateurs se sont engagés, dans la capitale, à ne pas faire dépasser un niveau d'exposition moyen en 24 heures de 2 V/m, un seuil à bien différencier des niveaux exposés plus haut, qui considèrent un pic potentiel maximal.

Un panorama du rayonnement électromagnétique en France

Dans les chartes négociées entre villes et opérateurs, les exploitants des stations de base sont amenés à faire un état des lieux des installations présentes avec des campagnes de mesures. Ces données sont rassemblées par l'Agence nationale des fréquences (ANFR) et mises en ligne sur son site (voir “En savoir plus”). La dernière synthèse remonte à 2007. La carte des mesures peut être consultée sur le site www.cartoradio.fr. En pratique, partout où une antenne relais est installée, les habitants de la ville ou du village peuvent faire mesurer gratuitement les rayonnements électromagnétiques à l'intérieur de leur logement. Il suffit de s'adresser au service municipal (à Paris, à la mairie d'arrondissement), qui répercute la demande sur les laboratoires accrédités par le Cofrac. Il faut compter un délai de trois semaines au minimum dans la capitale. Les opérateurs de téléphonie prennent en charge ces frais, qui représentent, en moyenne, 1 000 € (HT) par visite. Un laboratoire accrédité comme l'Apave confie être parfois sollicité aussi par les particuliers pour réaliser des mesures intégrales, y compris dans les basses fréquences.

En effet, l'exposition quotidienne de la population à ces fréquences n'est pas suffisamment connue. C'est pourquoi, en 2007, dans sa monographie concernant la santé environnementale liée aux champs électromagnétiques d'extrêmement basse fréquence, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande aux autorités nationales de réaliser des mesures des champs de toutes les sources. Il s'agit de vérifier si les limites d'exposition (fixées aussi par la réglementation de 2002) sont dépassées pour la population, notamment pour les travailleurs, de manière à établir un programme de protection. De même, pour voir ce qu'il en est exactement dans l'habitat, l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset) est en train de mener une étude d'exposition individuelle aux champs magnétiques basse fréquence pendant 24 heures sur 15 volontaires à Champlan, dans l'Essonne. Les résultats seront publiés au printemps.

Des risques pour la santé ? Une question en débat

Et ce, depuis une trentaine d'années. C'est à 1979 que remonte la première étude suggérant une relation entre l'exposition aux champs magnétiques 50 Hz et la survenue du cancer chez l'enfant. En 2000, deux synthèses ont conclu que des expositions moyennes à un champ magnétique de basse fréquence égal ou supérieur à 0,4 µT (microtesla) et le doublement du risque de leucémie chez l'enfant sont statistiquement corrélés. à la suite de cette étude, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a classé, en 2001, les champs magnétiques d'extrêmement basse fréquence comme “cancérogènes possibles pour l'homme” (groupe 2B).

Concernant les champs de haute fréquence, il n'existe actuellement pas de preuves d'une augmentation des cancers à proximité des émetteurs de radio et de télévision, et peu d'études ont été réalisées sur les stations de base, dont la puissance est inférieure. Le rapport Zmirou rendu à la Direction générale de la santé en 2000 n'a pas retenu de risque pour la santé de la population vivant à proximité des stations de base, même s'il a recommandé de respecter une distance de sécurité de 100 m entre les antennes relais et les “bâtiments sensibles” tels les crèches, les écoles, les hôpitaux, au nom du principe d'attention à l'inquiétude publique. Quant au Circ (agence de l'OMS), il tarde à publier la plus importante enquête épidémiologique (projet Interphone) menée dans 13 pays pour déterminer si l'exposition aux radiofréquences peut être associée à la survenue d'un cancer, faute de pouvoir ­produire une synthèse avec une signification claire. “Il est souvent difficile de conclure statistiquement compte tenu du faible nombre de cas et de l'existence de beaucoup de biais”, relativise Olivier Merckel, chef de projet scientifique à l'Afsset, qui reconnaît aussi qu'il existe un véritable problème d'information lié à l'enseignement des sciences en général. “Il se vend des protections aux rayonnements sur des arguments à faire bondir tout physicien

” poursuit-il.

Des solutions magiques contre les champs électromagnétiques

Un petit tour sur Internet, et l'on se rend compte que le marché fourmille de produits destinés à lutter contre les CEM. Ainsi, le “stop-ondes”, à accrocher à son téléphone portable, dont l'argumentaire s'appuie sur une théorie scientifique véridique mais inapplicable en pratique. Le procédé consiste à poser une antenne censée recevoir l'onde primaire émise par le téléphone, antenne qui alors créerait une onde antidote grâce à l'opposition en phase à 180°, tout cela pour réduire la nocivité des hyperfréquences et rétablir la balance corporelle... Le site www.memon.de propose toute une gamme d'harmonisateurs supposés “protéger contre les rayonnements négatifs accompagnant les radiations des téléphones sans fil”. L'effet d'harmonisation est obtenu, d'un côté, par l'“interférence destructive” et, de l'autre, par le “décalage du niveau de polarisation vers le secteur de polarité positive”. Du charabia pseudo-scientifique, selon l'Afsset. La société Nikken, qui ne commercialise ses produits que par “marketing relationnel”, un mode de vente par réunions de type Tupperware, propose aussi tout un catalogue, avec un matériau dit “biocéramique”. Semelles, patchs, matelas, couverture, coussin... le kit complet Maison bien-être coûte entre 5 000 et 7 000 €

Les “hypersensibles aux champs électromagnétiques”, une dénomination désignant les personnes qui se plaignent de maux de tête, de troubles du sommeil, de fatigue, de vertiges, sont souvent les plus attirés par ces argumentations, qui leur promettent un remède. D'où la nécessité pour le grand public d'être parfaitement informé.

En attendant des études concluantes, la vigilance reste de mise

Le Grenelle de l'environnement, qui s'est tenu fin octobre 2007, met l'accent sur les radiofréquences, dont la principale source d'exposition provient des téléphones mobiles. Les effets à long terme de la téléphonie mobile ne sont pas connus. Au cours du premier trimestre 2008, une loi-programme doit inclure un chapitre dédié à l'électromagnétisme. Le gouvernement a confié à l'Afsset la réalisation d'une synthèse des études portant sur les éventuels risques sanitaires liés aux nouvelles technologies comme le wi-fi et le Wimax pour fin 2008. On commence à entendre des plaintes. La Mairie de Paris vient de déconnecter des bornes wi-fi dans quatre de ses bibliothèques, des employés souffrant de maux de tête. Mais les valeurs limites des émissions ne seront abaissées qu'à la lumière de nouvelles connaissances, apportées, le cas échéant, par de futures études concluantes. Pour le moment, l'Afsset a publié une série de conseils pour l'utilisation du téléphone mobile (voir p. 47) qui mettent en application la sacro-sainte règle de prudence en matière de champs électromagnétiques : l'exposition décroît proportionnellement à l'éloignement de la source. à chacun d'exercer une vigilance active et de se tenir bien informé.

Marise Sargis


Mots-clés :

ANTENNE-RELAIS , APPAREIL DOMESTIQUE , APPAREIL ELECTROMENAGER , FOUR A MICRO ONDE , MALADIE , ORDINATEUR , ORDINATEUR PORTABLE




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