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Placements en actions : stop ou encore ?

Placements en actions : stop ou encore ?
Février 2003
Le Particulier n° 962, article complet.
Auteur : LEROUX (Eric)

Que faire d'une épargne investie en actions, directement ou dans des produits de placements, après plus de 2 ans de baisse des marchés ? Sur quels critères faut-il décider de vendre ou d'attendre, dans l'espoir d'une reprise prochaine ?

La Bourse ne retrouvera pas de sitôt les sommets atteints en 1999-2000

Après avoir atteint des sommets en septembre 2000, avec un CAC 40 proche des 7 000 points, la Bourse de Paris, comme la plupart des Bourses mondiales, s'est enfoncée dans la crise. À la fin 2002, cet indice, qui reflète le cours des actions de 40 entreprises françaises parmi les plus grandes, oscillait entre 3 100 et 3 200 points, après avoir baissé au plus fort de la tempête, en octobre, jusqu'à 2 700 points, son niveau de 1997. Cette crise s'est révélée d'une ampleur et d'une durée supérieures à toutes les précédentes de l'après-guerre. Après avoir cru aux mirages de la nouvelle économie, les investisseurs sont revenus à plus de réalisme. La croissance est retombée et, avec elle, les espoirs d'augmentation illimitée des profits des entreprises. L'endettement colossal de grands groupes comme France Télécom ou Vivendi Universal, les faillites frauduleuses – Enron ou WorldCom aux États-Unis –, et l'actuelle crise irakienne, ont achevé de plonger les marchés dans la déprime et l'incertitude.

Un indice témoigne de ce passage d'un optimisme démesuré à un plus grand réalisme : le PER (Price Earning Ratio). Ce ratio exprime le rapport entre le cours de l'action d'une entreprise et les bénéfices qu'elle procure, ou encore le nombre d'années nécessaire pour que ces bénéfices (en supposant qu'ils se maintiennent d'une année sur l'autre) remboursent le prix d'achat de l'action. Alors qu'en 1999 et au début 2000, le PER des actions entrant dans le CAC 40 était de 30 environ, il est redescendu à 18 à la fin 2002, la moyenne historique du PER des actions françaises étant de 15. La correction à la baisse pourrait donc ne pas avoir été totale.

Tous les épargnants ne sont pas touchés de la même façon.

Ce krach boursier a des répercussions pour de nombreux épargnants qui ont acquis des actions, soit directement, soit indirectement au travers de parts de fonds (Sicav et fonds communs de placements, FCP) investis pour tout ou partie en actions. Cela, que ces actions ou parts soient détenues dans un compte-titres, un plan d'épargne en actions (PEA), une assurance vie ou un plan d'épargne populaire (PEP) multisupport, ou encore dans un plan d'épargne ou d'actionnariat salarial. Mais tous les épargnants ne sont pas touchés de la même manière. Ceux qui sont entrés sur les marchés lorsqu'ils étaient au plus haut en 2000 subissent des pertes sévères, sauf s'ils ont misé sur certains secteurs défensifs comme l'immobilier ou les matières premières. En effet, si fin 2002 le CAC 40 avait perdu environ 56 % par rapport à son plus haut niveau historique, la chute est de 94 % pour l'indice des valeurs de télécommunications, les plus touchées, mais de 12 % seulement pour l'indice des valeurs immobilières. Les épargnants qui, dans les années 90, ont acheté des actions de sociétés privatisées, notamment de France Télécom ou de Thomson Multimédia, ont aussi dû supporter des chutes violentes. Pour d'autres, actionnaires de longue date entrés sur les marchés bien avant les flambées spéculatives ou lors des privatisations des années 80, la crise a diminué l'importance de leurs gains, sans les supprimer : de fin 1992 à fin 2002, le CAC 40 a progressé de près de 90 %, c'est-à-dire d'un peu moins de 7 % par an en moyenne, hors dividendes.

Pour votre épargne à 5 à 10 ans, il n'y a pas de raisons de changer de stratégie.

Si vous pensez ne pas avoir besoin de votre épargne placée en actions avant 5 à 10 années, les excès du passé récent ayant déjà été largement corrigés, le risque de subir de nouvelles pertes est limité. Se séparer aujourd'hui de ces actions ferait prendre le risque de manquer la reprise de la Bourse lorsqu'elle interviendra... nul ne sait quand. Mais le passé montre qu'il faut parfois savoir faire preuve de patience : Wall Street n'a retrouvé son niveau d'avant le krach de 1929 qu'en 1954 ; du milieu des années 60 à la fin des années 70, la Bourse de Paris a pratiquement stagné. Quant à l'indice Nikkei des principales valeurs japonaises, qui a culminé à 30 000 points en 1989, il n'a jamais retrouvé ce niveau et est aujourd'hui en dessous des 10 000 points. Un tel scénario catastrophe semble peu probable pour les Bourses européennes, mais il faudra attendre longtemps pour que le CAC 40 rejoigne son plus haut niveau de septembre 2000 : plus de 10 ans, en supposant qu'on retrouve la progression moyenne de la période 1992-2002, soit 7 % par an.

> Soyez patient mais pas inerte. Le moment peut être venu de réaménager votre portefeuille, tout en conservant sa dominante en actions. C'est surtout le cas si vous détenez des titres de la nouvelle économie, dont la valeur a fortement baissé. Comme celle de la société de jeux vidéos Cryo, dont l'action a grimpé jusqu'à 60 € en 2000 et ne valait plus que 0,15 € dernièrement, soit 400 fois moins. Nombre de ces entreprises dont le développement était lié à des financements nouveaux ont vu se fermer les robinets des prêts ou des augmentation de capital. Elles ne parviendront donc pas avant longtemps à remplir leurs objectifs et il peut être judicieux de se séparer de celles qui ne semblent offrir aucun espoir de redressement à moyen terme. Votre choix est le suivant : vendre, et enregistrer une perte importante ; ou conserver ces titres en espérant une remontée qui permettra de revendre en minorant cette perte. Une étude soigneuse s'impose donc afin de trier entre les actions qu'il vaut mieux abandonner et celles qui peuvent être conservées.

Prenez en compte les frais de gestion.

Dans votre réflexion, tenez compte des droits de garde prélevés chaque année par l'établissement qui gère vos titres. Certains en facturent pour chaque ligne d'actions, (par exemple, 5 € à la Société générale, 4,80 € à la Banque populaire Atlantique). Ils pèsent donc d'autant plus lourd que la valeur des actions est faible : si vous détenez 100 actions d'une société qui ne cotent plus que 0,50 €, soit 50 € en tout, de tels frais de garde vous coûtent chaque année 10 % de la valeur de cette ligne. Mieux vaut alors la liquider. De même, les frais forfaitaires facturés pour l'ensemble de votre portefeuille peuvent se révéler dissuasifs si celui-ci n'a plus qu'une faible valeur. S'ils ne sont par exemple que de 25 € par an au Crédit agricole Touraine, la note monte à plus de 80 € chez certains courtiers (86 € chez Véga Finances, 96 € chez Symphonis...). Si vous ne détenez que quelques actions qui ne valent plus grand-chose, il est préférable de tout revendre et d'investir sur des Sicav ou FCP, dont la gestion coûte moins cher pour les petits montants. Ces frais de gestion étant prélevés en début d'année pour l'exercice à venir, ils ont été réglés et rien ne presse pour faire le nettoyage sur ce seul critère. Mais si la reprise n'a pas eu lieu, il sera plus économique de passer à l'acte avant la fin de l'année.

Équilibrez et diversifiez votre portefeuille.

Globalement, il est préférable que votre portefeuille soit équilibré et diversifié entre des valeurs opérant sur des secteurs différents. Des arbitrages peuvent donc être nécessaires pour rétablir un équilibre mis à mal par la chute des cours. À côté des valeurs de technologie ou de télécommunications et de médias, sévèrement touchées, mais qui profitent à plein des phases de croissance économique, vos investissements doivent aussi porter sur des secteurs dont les cycles d'évolution sont moins marqués (agroalimentaire, grande distribution), moins rapides (immobilier), voire décalés dans le temps (or, matières premières). À long terme, cette diversification est un gage de sécurité. Elle est également recommandée aux détenteurs de parts de Sicav et de FCP investis sur des secteurs précis. Si vous avez un plan d'épargne en actions (PEA), vous pouvez le diversifier géographiquement. Il est en effet ouvert depuis le 1er janvier 2002 aux actions d'entreprises ayant leur siège dans l'un des 15 pays de l'Union européenne, et depuis le 1er janvier 2003 aux parts de fonds gérés en France, mais comportant au moins 75 % de ces actions.

Si, en revanche, vous détenez plutôt des parts de fonds généralistes, vous avez peu de raisons de revenir sur ce choix, sauf si ces fonds sont régulièrement mal classés dans leur catégorie, qu'ils vous ont peu fait profiter de la hausse jusqu'en 2000, et qu'ils ont pris depuis la baisse de plein fouet. De telles contre-performances persistantes peuvent justifier la revente de vos parts pour racheter celles d'un fonds de même catégorie mieux géré. Les frais entraînés par ces réaménagements, de 0,5 à 2 % selon les cas, peuvent être rapidement amortis si votre nouveau choix est judicieux.

Augmentez vos chances de plus-values sur les actions qui devraient remonter.

Une autre forme d'arbitrage au sein de vos placements en actions est d'effectuer ce que l'on appelle dans le jargon boursier des "moyennes en baisse". Elles concernent les valeurs ou parts de fonds que vous détenez qui ont baissé, mais dont vous pensez qu'elles vont remonter. Si leur cours d'achat était par exemple de 100 € et qu'elles cotent 20 € aujourd'hui, en en rachetant le même nombre, votre prix moyen d'achat passe à 60 €, ce qui accroît les chances de plus-values. De même, si vous êtes engagé dans un plan d'investissement progressif, sur votre PEA par exemple, ne vous découragez pas (ces plans consistent à investir périodiquement une somme donnée, quelle que soit la conjoncture boursière, voir le n° 950 du Particulier). En continuant à investir, vous accumulez des titres ou des fonds à bas prix et profiterez plus largement du rebond s'il se produit.

Stratégie à 5 ans : incertitude et sacrifices.

Si vous prévoyez de récupérer votre épargne dans moins de 5 ans, vous êtes dans une situation assez inconfortable. À un tel horizon, rien ne permet en effet d'affirmer que les marchés auront retrouvé leurs niveaux antérieurs et que des hausses à venir effaceront les baisses actuelles. D'ici à 5 ans, le CAC 40 ne sera ainsi repassé qu'à 4 600 points, en retenant toujours la même hypothèse de progression de 7 % par an. Néanmoins, dans ce cas, vos pertes auront été atténuées, ou vos gains majorés si vous aviez choisi des titres ou fonds qui se sont bien comportés. Procédez cependant, comme indiqué plus haut, à un nettoyage et à un rééquilibrage de votre portefeuille si nécessaire. Puis surveillez les marchés et profitez des phases de rebond pour revendre une partie de vos placements en actions et les reporter sur des supports plus sûrs, tels qu'un livret d'épargne ou une Sicav monétaire, en attendant d'en disposer le moment venu.

Cette stratégie repose cependant sur l'hypothèse d'une reprise des marchés d'actions, et comporte donc une part d'incertitude. Si vous ne voulez plus prendre aucun risque, il faut vous résigner à vous "couper la main plutôt que perdre le bras", et sortir dès maintenant de vos placements en actions, pour vous reporter sur d'autres supports. Mais lesquels ? Les perspectives des autres placements à l'horizon de 5 ans sont peu réjouissantes : les performances des fonds d'assurance vie en euros ne devraient pas dépasser 4 % à 4,5 %, les obligations ne devant pas faire mieux. L'immobilier a beaucoup monté ces dernières années, et dans les 5 ans à venir les prix ne progresseront plus guère, s'ils ne baissent pas. Enfin, les fonds "à formule" (auparavant dits "garantis", ou "à promesse"), qui promettent des rendements fixés d'avance et font miroiter une garantie – parfois illusoire – sur le capital placé ne sont pas conseillés : ils ne seront performants qu'en cas de hausse de la Bourse. Il ne faut donc pas y investir pour vous couvrir contre une baisse.

Réduisez la part des actions sans la supprimer totalement.

Aussi, un compromis rationnel dans une optique de 3 à 5 ans serait de réduire la part des placements en actions, sans la supprimer totalement. Dans le cadre d'un PEA, mieux vaut donc vendre les titres détenus en direct et les fonds les plus exposés aux actions au profit de ceux qui n'investissent que le minimum réglementaire de 75 % en actions, le solde étant affecté à des obligations. Ces fonds, un peu moins risqués, réagiront aussi moins fortement en cas de reprise. L'épargne investie dans une assurance vie ou un PEP multisupport peut être dirigée vers des fonds plus diversifiés en actions et obligations, tels notamment les fonds dits "à profil équilibré". Ce choix est proposé dans la plupart des plans d'épargne entreprise dans lesquels les sommes investies peuvent être orientées vers des fonds à risque modéré (sauf celles investies en actions de votre entreprise, voir encadré p. 40). La réalisation de tels arbitrages entraînera des frais, mais le jeu peut en valoir la chandelle (voir p. 39).

À court terme, ne risquez pas une nouvelle correction boursière.

Si vous devez récupérer votre épargne dans un délai de 2 à 3 ans, il est inutile de prendre le risque d'une nouvelle correction boursière, qui laminerait encore vos plus-values, ou accentuerait vos pertes. Certes, l'extrême volatilité des marchés, qui fait bondir des valeurs de plus de 30 % en un jour, ainsi que l'existence de titres tels que les warrants, qui permettent de parier sur la hausse ou la baisse de certaines valeurs et indices, ou d'effectuer des achats et des ventes fréquents pour capter les moindres mouvements de marché, peut inciter à tenter un "baroud d'honneur" pour effacer en quelques semaines tout ou partie des pertes. Mais cette politique exige une connaissance approfondie des mécanismes boursiers, du temps pour suivre quotidiennement les marchés, et beaucoup de sang-froid. Et les chances de pertes sont plus élevées que celles de gains. En fait, vous enrichirez surtout les intermédiaires financiers qui prélèvent des frais à chaque mouvement. Il est donc plus réaliste de transférer, si vous le pouvez, la part de votre épargne investie en actions sur des supports plus sûrs et rémunérateurs à court terme. Au sein d'une assurance vie ou d'un PEP, il s'agira du fonds garanti en euros, ou, à défaut, de celui le moins investi en actions. Même chose pour un plan d'épargne entreprise. Sur un PEA, les sommes dégagées par la vente de vos actions, ou fonds "actions", pourront difficilement être réinvesties ailleurs. Il existe cependant quelques fonds éligibles au PEA qui, grâce à des techniques de gestion complexes, se valorisent comme des Sicav monétaires, lentement – 2 % à 3 % par an – mais sûrement. À défaut, vous devrez laisser votre épargne inutilisée sur le compte en espèces de votre PEA, ou le clore pour placer cette épargne sur un produit totalement sûr et rémunérateur à court terme, tel un livret d'épargne. Si ce PEA a été ouvert il y a moins de 5 ans, la clôture vous fera perdre l'exonération d'impôt sur les gains. Ce qui est sans importance si vous enregistrez une moins-value à la sortie : vous n'aurez aucun impôt supplémentaire à payer. Au-delà de 5 ans, tout retrait du PEA avant 8 ans entraîne la clôture du plan, mais sans impôt sur les plus-values (seuls les prélèvements sociaux sont dus). Au-delà de 8 ans, les retraits partiels entraînent seulement l'impossibilité de faire de nouveaux versements. Il peut alors être plus judicieux de clore son PEA, et d'en rouvrir un autre, pour conserver la possibilité de revenir un jour vers les actions. Celles-ci ont en effet toujours leur place dans un patrimoine diversifié, à condition de disposer par ailleurs de placements sûrs et disponibles en cas de besoin, pour ne pas avoir à revendre des titres à perte. Il ne faut investir en actions que les sommes dont on est certain de ne pas avoir besoin avant longtemps. En visant des horizons lointains et en investissant régulièrement, les risques s'estompent et les gains finissent souvent par être supérieurs aux autres formes d'épargne. Encore convient-il de ne pas vous laisser détourner de cette stratégie par les soubresauts des marchés au jour le jour. Ce qui importe n'est pas que le CAC 40 ait monté ou baissé depuis la veille, mais de combien il progressera dans les 5 ou 10 années à venir.

Éric Leroux


Mots-clés :

ACTION , PLACEMENT , PLACEMENT BOURSIER , VALEUR MOBILIERE




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