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Miser sur les meubles d'époque, une affaire de goût... et de coût

Miser sur les meubles d'époque, une affaire de goût... et de coût
Mars 2008
Le Particulier n° 1023, article complet.
Auteur : MAERTENS (Marie)

Cher et pas toujours bien conçu, le mobi­­­­­­­­lier contemporain a une alternative : le meuble d'époque. élégant et souvent de bonne facture, il permet en plus de réaliser de bonnes affaires. à condition de connaître les circuits de vente et de prendre quelques précautions.

Vous êtes fraîchement installé dans un nouveau logement ? Vous envisagez de renouveler votre mobilier ? Ou vous avez simplement envie de vous faire plaisir ? Si vous aimez le mobilier d'époque, n'hésitez plus

Trop onéreux ? Bien au contraire. Comme l'affirment, à juste titre, experts et commissaires-priseurs, "il n'y a pas moins cher pour se meubler que les salles des ventes". Autrement dit les enchères. Présentes dans toute la France, ces sociétés spécialisées organisent des ventes de mobilier courant parfois plusieurs fois par mois. Un mobilier très varié, dans tous les styles et... dans tous les états de conservation. On peut ainsi se meubler facilement dans les ventes de l'hôtel Drouot, à Paris, pour moins de 2 000 € : une salle à manger des années 50-60 (table et chaises) se monnaye pour 500 €, une chambre à coucher (bois de lit et tables de nuit) de style 1900 pour 1 000 €, et un ensemble de salon (canapé et deux fauteuils) pour 150 €. Des prix sans commune mesure – même en y ajoutant les 20 % de frais sur l'enchère – avec ceux d'un mobilier neuf, chez des spécialistes du meuble de style ou dans des marques comme Roche Bobois, ou Ligne Roset, où le moindre canapé est à plus de 2 000 €. Vous repartirez, en outre, avec une facture en bonne et due forme et une garantie de 10 ans au cas où l'objet se révélerait un faux. L'autre piste est celle des brocanteurs et antiquaires. Les occasions de réaliser de bonnes affaires y sont moins nombreuses, compte tenu des prix pratiqués, mais le marchand pourra éventuellement reprendre le meuble au prix du marché si vos goûts viennent à changer.

En dehors de prix attractifs, sachez aussi qu'un beau mobilier ancien est réalisé en bois brut, donc solide, contrairement au bois blanc employé par de nombreux fabricants actuels. Il pourra aussi, au fil du temps, prendre de la valeur, ou tout au moins ne pas en perdre, contrairement à un meuble contemporain qui subit une décote d'au moins 80 % sitôt sorti du magasin. Adrien Meyer, spécialiste du mobilier ancien chez Christie's, fait ainsi remarquer que si la cote du classique secrétaire à abattants a baissé, "il suffit qu'un magazine de décoration montre la maison d'une star où un tel secrétaire côtoie du design et de l'art contemporain pour qu'elle reparte

"

Aller à contre-courant des modes.

Toutefois, ne vous précipitez pas trop vite sur tel fauteuil ou telle autre table Art déco remarqués chez un antiquaire. Pour réaliser de bonnes affaires et allier l'utile à l'agréable, il est bon d'aller à contre-courant des modes. En s'intéressant, par exemple, aux mobiliers des XVIIIe et XIXe siècles, qui ne sont plus au goût du jour et dont la cote a chuté depuis quelques années, hormis les réalisations de quelques grandes signatures. Plus contemporain, le design est davantage dans l'air du temps. Mais comme il a été, dès le départ, fabriqué en série, il demeure abordable. Paradoxe propre à ce style : certaines pièces peuvent s'acquérir à moindre coût dans les maisons de vente, alors qu'elles continuent d'être éditées et vendues neuves

En investissant aujourd'hui dans ces meubles, vous pourrez ainsi vous prévaloir d'un intérieur original et personnalisé sans pour autant dépenser des fortunes.

XVIIIe siècle : Un style délaissé par les acheteurs et devenu très abordable

Victime des effets de mode, le XVIIIe siècle s'est vu complètement abandonné des acheteurs de mobilier courant, avec des prix en baisse de 20 % environ depuis 2001. Aujourd'hui, seul l'exceptionnel, représentant à peine 10 % des pièces proposées, continue d'atteindre des prix records, ceux, bien sûr, dont on parle le plus. Une commode d'époque Louis XVI, signée Claude-Charles Saunier, s'est ainsi envolée en 2005 à Londres chez Christie's pour 3,5 millions d'euros ; une autre chez son concurrent Sotheby's, estampillée Riesener, a atteint 3,9 millions d'euros

Pour autant, ces cas sont exceptionnels et 90 % de la marchandise proposée appartient au tout-venant, avec un prix moyen pour ce type de commode allant de 2 000 à 3 000 €. Chez Sotheby's, à Paris, en octobre dernier, on pouvait trouver, par exemple, une petite table Louis XV, au plateau de marbre ceinturé d'une frise d'oves (ornements ovales) et aux pieds cannelés décorés de chutes d'acanthes pour... 750 € ! En novembre, lors d'une vente chez Christie's, toujours à Paris, une encoignure d'époque Louis XVI est partie à 900 € ; une paire de truculentes chaises hollandaises du XVIIIe a trouvé preneur à 812 € ; un meuble à deux corps du XVIIIe italien, élégant et sobre, et ayant appartenu à la famille piémontaise du comte Rey di Villarey, a trouvé acquéreur pour 1 750 €. Plus cher, mais toujours avantageux, chez Sotheby's, une vitrine en bois de rose et de violette d'époque Louis XVI est partie à 6 850 €. Et chez Christie's encore, une belle marquise en noyer mouluré, au cuir noir profond, a plafonné à 3 750 €. Mieux encore, cette maison organise deux fois par an, en hiver et au printemps, les ventes dites "Intérieurs", proposant mobiliers et objets de décoration de toutes époques et à tous les prix. On y trouve des canapés XVIIIe et de petits bureaux Régence autour de 2 000 € ; des tables de salle à manger massives entre 1 500 et 2 500 € ; des commodes autour de 1 500 €.

Des petits meubles aux grandes armoires Louis XIV.

Les ventes sont l'occasion de multiplier les bonnes affaires sur cette époque. Si lits et canapés connaissent un moins grand succès pour des raisons de confort – ceux de cette époque étaient plutôt raides et le temps n'a rien arrangé

– le mobilier de petit format retrouve tout son intérêt, compte tenu de l'évolution de la taille des intérieurs. Mais là encore ces facteurs diffèrent selon les régions. Corinne Rigauly, commissaire-priseur à l'hôtel des ventes de Bordeaux vend aussi d'imposantes armoires Louis XIV pour garnir les grandes propriétés de la région, aux environs des 6 000 €.

XIXe siècle : Un marché accessible, porté par les acheteurs étrangers

Mal aimé, le mobilier du XIXe siècle représente, là aussi, un marché à deux vitesses. Les meubles signés, notamment par l'ébéniste François Linke, battent des records, tandis que les Napoléon III, Directoire ou Charles X peinent à séduire les acheteurs. La dernière vente, réalisée en décembre dernier par l'étude Millon & Associés, a pu ainsi réjouir les plus petits portefeuilles. Une table ronde en bois de placage se terminant par des sabots en bronze dorés s'est vendue 4 000 € ; un "Bonheur du jour", constitué d'un petit bureau surmonté d'une bibliothèque, en placage de bois de rose orné de bronze à petits festons et chutes à tête d'enfant, est parti à... 1 500 € ; et des bergères ont trouvé preneur à 1 000 €. Mais attention

"Ce manque relatif d'intérêt n'est que passager, affirme l'expert Pélage de Coniac. On constate que le public s'est détourné de l'art plus ancien quand les ventes des années 1940-1950 et du design ont percé. Mais pour combien de temps ?" Pour l'heure, les pièces les plus importantes, souvent chargées et agrémentées de dorures mais parfaitement exécutées, passionnent les acheteurs russes et ceux du Moyen-Orient. La France s'en trouvera dépourvue le jour où la demande se fera à nouveau sentir, et les prix s'envoleront...

Les meubles d'Extrême-Orient en abondance.

Les amateurs de mobilier du XIXe siècle qui trouvent les réalisations françaises trop classiques peuvent aussi lorgner vers d'autres continents, comme l'Asie. Très tendance depuis une dizaine d'années, le mobilier chinois du XIXe siècle a ainsi déferlé sur la France, provoquant une baisse des prix conséquente. Les Puces de Saint-Ouen, aux portes de Paris, abritent un nombre conséquent de marchands spécialisés dans ce domaine, avec, sur le même stand, du mobilier chinois allant du milieu XIXe jusqu'aux créations contemporaines (renseignements sur www.parispuces.com). Si vous avez un doute sur la provenance, de ces meubles chinois, soyez rassuré : cela coûterait bien plus cher à ces marchands de les faire fabriquer en France

Ils sont, en outre, toujours restaurés en Chine où le savoir-faire des artisans n'a pas d'équivalent, notamment en matière de travail de la laque. Les meubles les plus anciens s'avèrent un peu plus onéreux, sans toutefois dépasser les prix pratiqués par les industriels du meuble contemporain. En revanche, ils offrent une meilleure possibilité de revente et la plupart des marchands acceptent de reprendre leurs trouvailles plus tard, au prix du marché, si vous changez d'avis. Leurs prix, variables selon la matière, l'état du meuble et le travail de restauration, restent très accessibles. En moyenne, une table basse chinoise du XIXe se monnaie aux Puces entre 300 et 800 € et une table de salle à manger à partir de 500 €, tandis qu'une chaise vaut entre 200 et 500 €. On peut aussi trouver un buffet entre 400 et 600 € ou une armoire entre 600 à 3 000 €. La tendance est aussi, de plus en plus, aux réalisations tibétaines et mongoles, pour lesquelles les laques sont moins brillantes et les couleurs plus variées, mais avec des tarifs dans le même ordre d'idée.

Enfin, si vous pouvez réaliser un investissement plus important, avec la perspective d'une belle plus-value en cas de revente, intéressez-vous au Jugendstil, versant scandinave de l'Art nouveau, qui se développa à la fin du XIXe siècle. Inspiré de l'Art & Crafts britannique, ce mouvement fut aux prémices du design. Déjà fabriqués en série, ces meubles fonctionnels, en bois clair, aux formes simples et géométriques, s'accommodent parfaitement aux intérieurs contemporains. Côté prix, mieux vaut s'y intéresser dès aujourd'hui, car les musées du monde entier commencent à acquérir les œuvres de créateurs comme Lindgren, Juselius ou Saarinen, et le marché traduit une certaine activité. Franck Laigneau, marchand parisien, propose, par exemple, une paire de tabourets suédois en érable massif sculptés d'écureuils pour 6 800 €. Chers peut-être, mais avec une plus-value garantie dans les années à venir. Deux noms sont à surveiller car leur cote va exploser très vite : Otto Wretling et Louis Sparre. Attention, il n'y en n'aura pas pour tous les amateurs.

XXe siècle : Le design a la cote tandis que l'Art déco résiste

Les ventes de mobilier du XXe siècle ont explosé ces dernières années, entraînant une hausse générale du marché. C'est le cas de l'Art déco. Si les grands noms ne sont plus à la portée de tous les amateurs, les meubles non signés restent abordables, notamment aux Puces de Saint-Ouen, où l'on trouve encore des pièces à des prix tout à fait concurrentiels. Ces meubles fonctionnels, aux formes géométriques et aux dimensions raisonnables, trouvent parfaitement leur place dans les intérieurs contemporains. Par ailleurs, ils sont toujours restaurés et revernis. Un atout, sachant que, dans le cas contraire, il serait vivement déconseillé d'essayer de le faire soi-même. Une table non signée 1930 est proposée, par exemple, entre 2 000 et 4 000 €. On trouve aussi certaines curiosités, comme des minibars qui se transforment en tables pour 2 500 €. Autres pistes dans le XXe, les mobiliers français et italien des années 50, pour ceux qui apprécient les couleurs.

Les années 50-60 en pleine expansion.

Reste que la tendance forte de ce siècle, depuis quelques années, n'est autre que le design des années 50-60. Les grandes signatures comme Charlotte Perriand, Jean Prouvé, Jean Royère, mais aussi Charles & Ray Eames ou Arne Jacobsen n'ont plus de secret pour les collectionneurs. De Paris à Marseille, ce marché est en pleine expansion, notamment avec une clientèle d'amateurs fortunés qui souhaitent se meubler différemment. "Les mêmes qui, auparavant, auraient acquis une paire de cabriolets Louis XV, vont s'acheter du design coloré", témoigne le commissaire-priseur Damien Leclere, qui organise en moyenne trois ventes par an pour ce type de mobilier. Côté prix, une table de Jean Prouvé peut s'adjuger 80 000 € ou un bureau de Charlotte Perriand 150 000 €... Mais on peut aussi se tourner vers de moins grandes signatures, comme Pierre Guariche, un designer français, décédé en 1995. Si ce style vous intéresse, n'attendez pas trop

Car un meuble qui se vendait 5 000 francs il y a 10 ans part aujourd'hui à... 5 000 € ! Pour autant, on peut encore se faire plaisir avec de petits budgets. La maison Artcurial organise tous les 3 mois des ventes "Intérieurs", au cours desquelles les meubles s'adjugent entre 500 et 5 000 €. Lors d'une vente, organisée en novembre dernier par Jean-Marcel Camard, spécialiste du design, une élégante table italienne des années 1950, en dalle d'opaline noire et sycomore, a été adjugée 1 500 € ; une classique paire de chauffeuses de Mies Van der Rohe, 3 800 € ; deux tabourets 1959 de Carlo Molino, 4 800 € ; et même un buffet de Charlotte Perriand,5 000 €. Dans les ventes de ces maisons, on trouve d'ailleurs des sièges de Arne Jacobsen ou des tables d'Isamu Nogushi à des prix en moyenne deux fois moins élevés que leurs rééditions commercialisées chez Cassina, Sentou ou Conran Shop.

L'achat plaisir plutôt que la plus-value.

Toutefois, n'espérez pas réaliser une plus-value en cas de revente. Ces meubles, une fois réédités par ces enseignes spécialisées et produits en série, n'intéressent plus les collectionneurs qui font le marché. C'est donc d'abord un achat plaisir et à bon prix que vous réaliserez. La plus-value se fera plutôt avec le mobilier des années 1970, encore abordable mais dont certaines signatures font déjà parler d'elles. Ainsi, les meubles de Maria Perguay, Michel Boyer ou Lionel Lebovici affichent des cotes aux alentours de 10 000 €. Parmi les noms sur lesquels on peut miser, Marie Besnier, expert chez Camard, signale Roger Tallon et Willy Rizzo, avec des chaises à partir de 800 € ou des tables basses autour de 800 à 1 000 €. Des petits prix qui pourraient vite grimper.

Marie Maertens


Mots-clés :

INVESTISSEMENT , MEUBLE , PRIX , VENTE AUX ENCHERES




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