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Fissures, comment mesurer leur gravité

Fissures, comment mesurer leur gravité
Février 2006
Le Particulier Immobilier n° 217, article complet.
Auteur : NATTAGH (Kaveh)

Les experts recourent à quatre critères pour qualifier une fissure ; Les désordres sur les fondations provoquent les fissures les plus graves ; Trois illustrations pratiques, avec les réparations prescrites. Une fissure ne doit jamais être négligée

Quelle qu'en soit la cause, l'apparition de fissures sur les murs ou le sol d'un bâtiment, immeuble ou maison individuelle, ne doit jamais être négligée. Certes, la grande majorité d'entre elles ne présente aucun caractère de gravité, causant essentiellement un préjudice esthétique à la construction. Encore faut-il diagnostiquer correctement leur origine, et avoir la bonne attitude : si certaines peuvent être réparées rapidement, d'autres doivent être mises en observation avant de recevoir le moindre traitement. Petit mode d'emploi pour ne pas se tromper.

Quatre Critères d'appréciation

Une fissure est caractérisée par sa longueur et surtout par son ouverture, c'est-à-dire l'écartement entre ses deux « lèvres », appelé également « amplitude ». Celle-ci est mesurée en dixièmes de millimètre (mm). Tant que l'amplitude de la fissure est inférieure à 2/10ème de mm, elle est appelée microfissure. Si cette amplitude dépasse 20/10ème de mm (2 mm), la fissure devient lézarde. Mais ce n'est pas tant l'amplitude de la fissure qui indique sa gravité, que la variation de cette amplitude dans le temps. Microfissure ou lézarde, les experts ont recours à une sorte de classement en quatre critères pour en évaluer la gravité.

Les fissures qui ne présentent aucun inconvénient

Des fissures peuvent apparaître sur des surfaces apparentes extérieures (murs de façades, dallage de terrasse), avec des origines variées, mais ne causant qu'un préjudice esthétique. Elles méritent toutefois d'être réparées à ce titre. Reste à savoir si elles ne sont pas révélatrices d'un désordre plus grave.

Prenons le cas des fissures dites de retrait (contraction par élimination de l'eau) d'un élément de maçonnerie, ou bien provenant de déformations contrariées de matériaux juxtaposés de nature différente. Lorsque ces matériaux constituent le support d'un revêtement capable d'absorber les déformations correspondantes, pas de problème. Mais si le revêtement se fissure comme son support, il faudra la considérer au regard du critère n° 2 défini ci-dessous. C'est encore le cas d'une fissure uniquement de retrait d'un mur ou d'un dallage (dalle en béton coulé sur le sol) nu dans un local non habitable, tel qu'un garage ou un sous-sol, où aucun revêtement n'a été prévu. S'il s'ajoute à une telle fissure un deuxième phénomène, tel un désaffleurement (décalage perpendiculairement au plan de la paroi) des lèvres de la fissure ou encore l'apparition d'eau par la fissure, le désordre sera alors à considérer à l'aune de l'un des trois critères suivants.

Les fissures à l'origine d'infiltrations d'eau

Il est important de distinguer l'infiltration réelle du risque d'infiltration. En effet, toute fissure présente une probabilité plus ou moins grande de devenir infiltrante. Ce risque est en relation avec la situation (protégée ou non) et l'orientation (par rapport aux directions les plus fréquentes des pluies et des vents) de la paroi fissurée. Les règles de l'art pour la maçonnerie définissent la notion de résistance d'un mur à la pénétration des eaux pluviales. Cela signifie qu'avec ou sans fissure, un mur peut s'humidifier sans dommage – l'eau finira par s'évaporer -, tant que cette humidité n'apparaît pas à l'intérieur des parties habitables. Par exemple, les parpaings d'un mur extérieur et son enduit à base de ciment peuvent se mouiller dans toute leur épaisseur, puisque ces matériaux ne craignent pas l'eau, tant que cette eau n'atteint pas le doublage, par exemple en plaques de plâtre. Dans le cas contraire, ce dernier transmettra immédiatement l'humidité au revêtement mural intérieur, ce qui se matérialisera par une auréole. Il faudra alors rechercher l'origine de la fissure, pour diagnostiquer sa gravité.

Les fissures portant atteinte à la solidité du bâtiment

Les désordres qui affectent les fondations entraînent les fissures graves les plus fréquentes. Ces désordres peuvent avoir plusieurs causes : un tassement, qui peut résulter des effets de la sècheresse (elle engendre des variations de volume des sols argileux), mais aussi de la présence d'arbres dont les racines pompent l'eau existant sous les fondations, ou de la variation du niveau d'une nappe d'eau souterraine. Ou encore un défaut d'exécution : des fondations de dimensions insuffisantes, mal ou non armées, réalisées avec un béton dont les caractéristiques sont médiocres, ancrées à une profondeur trop faible (donc sensibles au gel), ou encore reposant sur une assise hétérogène ou de portance inadéquate.

La solidité d'un bâtiment est affectée par la fissure lorsque celle-ci matérialise une défaillance telle de la transmission des efforts qu'une rupture d'un élément porteur peut survenir rapidement. Avant d'en arriver là, dans de nombreux cas et notamment dans celui d'un tassement des fondations à l'origine des fissures, une mise en observation de ces dernières s'avère nécessaire. Lorsque la fissure se stabilise, elle doit être considérée au regard des autres critères d'évaluation. Si son amplitude augmente de façon importante, des travaux pour conforter l'ouvrage sont malheureusement à prévoir.

Les fissures pouvant provoquer la chute d'une partie de l'ouvrage

A priori, une fissure ne présente pas de risque de chute d'une partie d'ouvrage, sauf si elle est apparue depuis longtemps et a fini par matérialiser le contour d'une partie d'ouvrage non adhérente à son support ou détachée du reste.

Mode d'emploi

Ces critères servent à évaluer si – et quand – une réparation s'avère nécessaire. Si la fissure répond au critère n° 1, la réparation ne s'impose pas. Du moins tant qu'elle ne répond pas au critère n° 2. Auquel cas, la réparation devient urgente. Si la fissure répond au critère n° 3, la réparation ne sera pas urgente en cas de stabilisation, mais nécessaire en cas d'évolution importante (sans stabilisation), après une période de mise en observation. Cependant, si la fissure n'a pas été signalée à temps et que son amplitude atteint une valeur importante ou si la fissure est apparue brutalement avec une amplitude importante, des mesures d'urgence (par exemple un étaiement) peuvent être nécessaires. Enfin, si la fissure répond au critère n° 4, l'enlèvement (la purge) du morceau de matériau risquant de tomber est évidemment très urgent. Mais la réparation elle-même pourra être effectuée a posteriori, sans caractère d'urgence, tant que la fissure n'entre pas dans les critères n° 2 et n° 3 

Diagnostic et réparations: trois cas de figure

L'emplacement de la fissure permet parfois de connaître son origine. D'autres fois, c'est sa configuration qui est caractéristique. Dans certains cas, le diagnostic s'avère difficile, mais la détermination du degré de gravité d'une fissure est toujours possible.

Cette détermination sera du ressort d'un technicien du bâtiment rompu à l'exercice – généralement un expert mandaté par une compagnie d'assurance lorsque la fissure apparaît sur un bâtiment de construction récente. L'expert définira également la durée de l'éventuelle mise en observation de la fissure et, si nécessaire, le principe de réparation, ainsi que son caractère d'urgence.

Voici trois illustrations, tirées de la pratique et présenteés accompagnées des conclusions résultant de l'expertise.

Fissure infiltrante après des travaux d'agrandissement d'une maison

Des travaux d'extension d'un pavillon de deux étages sur un sous-sol ont été réalisés. L'extension, comme l'existant, comporte également deux étages et un sous-sol. Une fissure verticale de 3 mm est apparue en façade avant à la limite entre la partie neuve et la partie ancienne.

L'avis de l'expert

Cette fissure est due à un tassement différentiel des deux parties de la construction : contrairement aux fondations existantes, celles de la partie neuve n'ont pas encore pris leur assise définitive et subissent un léger tassement. Par ailleurs, les deux parties n'ayant pas la même conception, compte tenu de l'évolution des techniques, réagissent différemment aux effets de la variation de la teneur en eau du terrain.

De plus, une importante variation de l'amplitude de la fissure entre l'été et l'hiver a été constatée, ce qui est révélateur d'une déformation des deux parties du bâtiment sous l'effet de la variation de la température extérieure. Cette fissure, inesthétique, n'a pas été traitée dans un premier temps. Toutefois, environ deux ans après son apparition, des infiltrations d'eau se sont produites dans le sous-sol. Des investigations ont montré que ces infiltrations avaient pour origine la pénétration de l'eau dans la fissure, sans qu'aucune trace d'humidité n'apparaisse en superstructure (niveaux au dessus du sous- sol). La fissure étant rectiligne, le remède a consisté à l'ouvrir afin d'y loger un fond de joint et un joint élastomère. Un couvre joint métallique masque la fissure. Ce travail aurait dû être prévu à l'origine par le maître d'œuvre, car l'apparition de la fissure était inévitable...

Fissuration inesthétique après des travaux sur un immeuble existant

Un petit immeuble de quatre étages a fait l'objet de travaux de transformation de sa façade en pierre sur rue, à hauteur du rez-de-chaussée, puis d'un ravalement sur toute la hauteur de l'immeuble. La transformation a consisté en la suppression de deux grandes baies dont l'une était l'entrée de l'immeuble. L'entrée a été réduite par un remplissage en parpaings et la deuxième grande baie a été modifiée en une simple fenêtre nécessitant également un remplissage en parpaings, en largeur mais aussi en allège (partie maçonnée sous la nouvelle fenêtre). L'ensemble de la façade a été revêtu d'un enduit monocouche projeté. Environ deux mois après l'achèvement des travaux, une fissuration est apparue sur l'enduit extérieur, suivant le contour des anciennes baies.

L'avis de l'expert

La fissuration est due aux déformations différentes des matériaux hétérogènes (pierres d'origine et parpaings de remplissage) constituant le support de l'enduit monocouche. Ce dernier n'a pas absorbé les déformations en raison de l'absence d'un grillage qui aurait dû être mis en œuvre à cheval de la limite entre les matériaux différents. Les fissures n'étant en l'occurrence pas infiltrantes, la réparation ne s'impose que pour supprimer un défaut d'aspect de l'immeuble. Leur amplitude est susceptible de varier en fonction de la température (augmentation par dilatation ou diminution par contraction). La variation est cependant limitée et une réparation à l'identique nécessite le piochage du ravalement, puis l'application d'un nouvel enduit projeté après incorporation d'un grillage de type voile de verre qui absorbera une variation d'amplitude limitée. Ces travaux relèvent des compétences d'une entreprise de ravalement.

Fissures nécessitant des travaux de réparation lourds

La maison concernée comporte un sous-sol partiel et un étage. La fondation est assurée par des semelles filantes (socles continus formant l'assise des murs) en béton armé et les murs sont en briques revêtus d'un enduit traditionnel à base de ciment. Une fissuration à 45°, sous forme de lézardes de 3 à 10 mm, affecte la façade à l'angle de la construction. Après une mise en observation de six mois, un accroissement d'amplitude de près de 2 mm a été enregistré. Une augmentation importante, qui a justifié une campagne de sondages et d'essais. Résultat : l'assise des fondations était un sol de caractéristiques mécaniques insuffisantes pour supporter le poids du pavillon.

L'avis de l'expert

Ce désordre mettant en péril la solidité du bâtiment, des travaux de reprise en sous-œuvre étaient nécessaires. Ils ont été réalisés par la technique des micropieux (long élément cylindrique de diamètre inférieur à 25 cm, en béton armé, obtenu par forage) verticaux. A la fin de ces travaux, une nouvelle période de mise en observation d'un an a permis de prendre acte de la stabilisation du phénomène, les travaux de réparation du ravalement pouvant alors être entrepris.

Il faut noter que cette technique de reprise en sous-œuvre n'est pas la seule susceptible d'être employée. On peut aussi mentionner l'injection de résine expansive en sous-œuvre (méthode plus fréquente dans le cas des dallages), la mise en œuvre de puits (fondations creusées à la main), ou le prolongement des fondations en profondeur. Mais la stabilisation d'une fissure peut également passer par une intervention sur l'environnement immédiat du bâtiment : abattage d'un arbre trop proche, ou mise en place d'un géotextile (membranes enduites de produit imperméabilisant) enterré pour écarter la venue des eaux pluviales vers l'assise des fondations.

A chaque pathologie, un remède.

Kaveh Nattagh

Mots-clés :

CONSTRUCTION , CONSTRUCTION IMMOBILIERE , FISSURE , TRAVAUX




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