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Le bois, une fibre d'avenir

Le bois, une fibre d'avenir
Novembre 2006
Le Particulier Immobilier n° 225, article complet.
Auteur : BERTRAND (Marianne)

Des usages multiples, pour construire et s'agrandir; un matériau résistant, mais qui doit être traité; apprécié pour sa simplicité et sa rapidité de mise en œuvre. Des atouts face au béton et à l'acier.

Esthétique, isolant, résistant... les qualités du bois dans la construction sont multiples, ce dont un nombre croissant de particuliers comme de professionnels semblent prendre conscience. La multiplication des salons et revues spécialisés en témoigne. Ce matériau vieux comme le monde opère son grand retour sur fond de développement durable : de par sa nature même, il répond en effet mieux que l'ensemble de ses concurrents – acier, béton parpaing ou aluminium – à la démarche HQE (haute qualité environnementale). Il peut être utilisé à tous les stades de la construction, sous les formes les plus variées : ossature, murs, planchers et toitures, mais aussi en bardages extérieurs et cloisons intérieures. L'époque où il était assimilé par le grand public à un produit précaire, réservé, au mieux, à l'habitat montagnard, est révolue.

Mais il reste à passer de l'intention au geste. Car la décision de faire construire une maison "tout bois", qui résulte généralement d'une initiative mûrement pesée, est encore marginale. Un grand nombre d'utilisateurs potentiels ignorent tout de ce matériau, de ses possibilités techniques, notamment en agrandissement. Il subsiste de plus des idées reçues qui jouent en défaveur du bois, dont les performances dépassent pourtant largement celles enregistrées sur le béton ou le parpaing, ses principaux rivaux.

Matériau écologique

Tout d'abord, contrairement à ce que l'on entend souvent dire, le bois est un matériau pérenne, comme en témoigne la résistance des maisons à colombages bâties au Moyen Âge. Il n'est certes pas à l'abri des incendies. Mais à l'inverse des préjugés les plus courants, sa résistance au feu se révèle excellente. Une poutre attaquée par les flammes se consume lentement sans se déformer, à l'inverse de l'acier ou du béton, ni dégager de substance toxique. Le bois répond parfaitement aux contraintes de la norme incendie, qui impose une résistance aux flammes d'au minimum un quart d'heure en maison individuelle. Les compagnies d'assurance ne s'y trompent pas, qui alignent la prime pour une construction en bois sur celle payée pour une maison en parpaings.

Le bois possède d'au­tres atouts. D'un point de vue strictement écologique, il contribue tout d'abord à la lutte contre l'effet de serre. Il emprisonne en effet le dioxyde de carbone (CO2), responsable du réchauffement de la planète, à raison d'une tonne par mètre cube coupé et stocké. Sachant que la France s'est engagée à diviser par quatre ses émissions de CO2 d'ici à 2050 et que le secteur du bâtiment produit... 19 % des gaz à effet de serre, le bois a de beaux jours devant lui. De plus, son cycle de ­production n'engendre pas de pollution, contrairement au fer ou au ciment. Et sa transformation en éléments de construction – au moyen d'opérations de sciage, séchage et rabotage – le met au premier rang des matériaux économes en énergie.

Le bois est également solide, pouvant supporter un poids identique à celui du béton, tout en étant bien plus léger, avec un impact minime sur le sol. Ainsi, une poutre en épicéa de trois mètres de portée, capable de supporter un poids de vingt tonnes, pèsera 60 kg, là où 80 kg d'acier seraient nécessaires. Et le bois est élastique, ce qui lui permet de subir certaines pressions extérieures sans se rompre, un atout particulièrement appréciable dans les régions à risques sismiques. Sa flexibilité lui permet presque toutes les formes. Il pourra, plus aisément que le béton ou la maçonnerie traditionnelle, satisfaire aux exigences architecturales les moins conventionnelles, comme la réalisation d'une pièce sphérique, par exemple.

Montage éclair

Mais c'est sur la rapidité de mise en œuvre que le bois présente un avantage particulièrement apprécié par rapport à ses concurrents.

Aisément transportable, il ­permet de préfabriquer en atelier toutes sortes d'éléments de construction : murs entiers intégrant menuiseries, isolation, fourreaux électriques et parements. Si bien qu'une fois la dalle posée – qui peut être en maçonnerie, une solution préconisée dans les régions chaudes, ou en... bois, spécialement adapté aux terrains accidentés – il ne reste plus qu'à assembler ces différents composants. Ce qui réduit considérablement l'ampleur, les nuisances, mais également les contraintes du chantier. Les aléas météorologiques, notamment : disparus, les reports de délais induits par une semaine de temps pluvieux. La rapidité d'élévation d'une structure en bois est aussi due à sa "construction à sec" : nul besoin d'eau sur le chantier. Une fois éliminés le temps de prise et de séchage induits par le béton, l'on obtient des durées d'assemblages imbattables. Le temps de montage hors d'eau et hors d'air varie selon les entreprises et la complexité du bâti, mais il prend en général entre une et deux semaines. Il faut en revanche intégrer les délais de livraison des menuiseries, qui peuvent être longs – plus de trois mois s'agissant d'une maison en bois. "Rien à voir cependant avec un chantier classique, qui demandera au moins quatre mois de plus", estime Florent Huchon, architecte dans le pays de Gex et directeur de la filière bois au sein du groupe des Architecteurs.

Isolation combinée

Le bois s'avère par ailleurs un bien meilleur isolant que le béton classique. Sa conductivité thermique est ainsi au moins dix fois inférieure. "De par sa structure alvéolaire, il réduit sensiblement les problèmes de ponts thermiques (ndlr : points de rupture de la barrière isolante)", affine Michel Perrin, directeur du Comité national pour le développement du bois (CNDB). L'édification d'une structure en bois s'opérant à sec, son occupant est assuré à la réception des travaux de trouver une atmosphère saine, non humide. Le bois offre des qualités naturelles hygroscopiques. Ses atouts en matière d'isolation se traduisent, une fois dans les lieux, par des économies d'énergie de l'ordre de 20 % par rapport à un habitat traditionnel. Une performance qui a toutes les chances d'atteindre, et même de dépasser, les niveaux fixés dans le neuf par la nouvelle réglementation thermique (RT) 2005, applicable aux permis de construire déposés depuis le 1er septembre dernier.

Mais ces bons résultats ne s'obtiennent que par la combinaison du matériau bois avec des isolants thermiques efficaces placés le plus souvent à l'intérieur, dans les murs mêmes, entre chaque montant d'ossature. Les classiques laines de verre et de roche, controversées sur le plan de la santé publique, sont sérieusement concurrencées par des isolants naturels considérés comme plus sains : chanvre, ­fibres de bois, cellulose... et même laine de mouton. Un bémol : leur coût, deux ou trois fois plus élevé qu'une garniture traditionnelle. "Mais il est possible de se contenter, à performance égale, d'une épaisseur moindre d'une bonne dizaine de centimètres par rapport à un mur de briques ou de maçonnerie", précise Thierry Paradis, ingénieur conseil au Centre technique de bois et de l'ameublement (CTBA) de Bordeaux. Ce qui, au passage, permet de gagner en surface habitable.

Il reste cependant un point noir : l'isolation acoustique, spécifiquement au regard des bruits d'impact. Un plancher posé sur un simple solivage est insuffisant pour étouffer les décibels générés par l'impact des pas ou la chute d'objets entre deux étages. "Mais une petite chape rapportée sur le plancher d'étage, ou la superposition de quelques couches de plaques amenant de la masse peuvent s'avérer suffisantes", relativise Michel Perrin.

Maison "évolutive"

Un autre atout considérable du matériau bois est qu'il permet d'agrandir en douceur son habitation. Les structures en bois se prêtent en effet volontiers aux extensions, voire aux surélévations de tous types d'habitations, y compris maçonnées, et sont peu consommatrices d'espace : un petit bout de jardin peut permettre la création d'une pièce supplémentaire (voir encadré page 51). Une opportunité de plus en plus utilisée en périphérie des grandes agglomérations, où le coût du foncier devient prohibitif. C'est sur ce type d'opérations que les professionnels du bois sont le plus sollicités : elles représentent jusqu'à 15 % du marché, bien plus que pour la construction d'une maison à ossature en bois (voir encadré ci-dessous). La démarche bois dans l'existant est en général préconisée par les architectes. Il est essentiel, avant de confier son projet à un homme de l'art, de s'assurer de ses références dans ce domaine. Mais faire appel à un spécialiste est indispensable : "Il s'agit d'agrandir un espace exigu sans faire pour autant une verrue, tout en assurant au mieux la liaison avec la maçonnerie existante", met en garde Michel Perrin.

Le recours au bois présente de nombreux avantages : "Il n'est pas nécessaire, vu la légèreté du matériau, de reprendre les fondations en sous-œuvre, même s'il est conseillé de faire vérifier leur état au préalable", poursuit Michel Perrin. Le faible poids de la structure provoque un tassement minime, ce qui diminue considérablement le risque de fissures. Côté chantier, le plus gros désagrément se résume à la pose d'une dalle. Les autres éléments de construction étant, là encore, préfabriqués en atelier, les tracas liés aux travaux, voire à un déménagement provisoire, sont évités.

Les qualités du bois ne seront cependant convenablement valorisées que si les règles de l'art sont strictement respectées lors de la mise en œuvre : éviter les pièges à eau, soigner les assemblages, prévoir des débords de toiture ou encore éviter d'installer un bardage sur une façade très exposée, autant de règles de base qui doivent être impérativement respectées.

Talon d'Achille

Tous les bois n'offrent toutefois pas le même degré de résistance, face à leursdeux ennemis jurés : l'humidité et les insectes. Seules certaines essences jouissent en effet d'une protection qui les rendent naturellement résistants aux caprices du temps. C'est le cas, dans la forêt française, du chêne, du mélèze, ou encore du douglas : "Encore faut-il qu'ils soient purgés d'aubier (ndlr : enlèvement de la région externe du bois la plus récemment formée)", précise Loïc de Saint-Quentin, secrétaire général d'Afcobois (Association française des constructeurs bois). Une opération qui génère des déchets, et surtout des difficultés de traitement à l'échelle des scieries hexagonales. Aussi le bois utilisé en ossature tire-t-il son origine à 90 % de l'importation, pour la plupart d'exploitations forestières d'Europe du Nord. Quant aux variétés tropicales des forêts amazoniennes, très résistantes, elles sont le plus souvent employées pour la conception de terrasses. Sachez qu'il existe deux labels sur le marché (PEFC et FSC), garantissant la reconstitution des plants, au fur et à mesure de l'exploitation, en vue d'éviter la déforestation.

Tout le problème consiste à relier la durabilité d'un bois et son utilisation effective dans la construction. Une échelle définissant cinq "classes d'emploi" (anciennement "classes de risques") permet d'effectuer ce lien. A titre d'exemple, le sapin ou l'épicéa conviennent parfaitement pour la menuiserie intérieure (classe 2), mais pas pour un usage extérieur, où les revêtements sont soumis à des "alternances rapides d'humidification et de séchage" (classe 3). De l'essence retenue va dépendre également l'efficacité du traitement, quasi incontournable. Le plus draconien, car censé être éternel, dit "par autoclave", nécessite une imprégnation en profondeur, bien adaptée en particulier aux résineux, du fait de leur perméabilité.

Insectes sous contrôle

Faiblesse de taille du bois : aucune essence, y compris exotique, ne résiste à terme à une attaque en règle de termites ou autres insectes xylophages. Or, les trois quarts des départements français sont menacés par de telles attaques. Si bien que la réglementation relative à la construction de logements neufs a récemment été durcie dans les zones contaminées ou susceptibles de l'être (décret du 23 mai 2006 et arrêté du 27 juin 2006). Installer une protection au niveau des fondations, via une barrière "physico-chimique", autrement dit par la pose d'un film insecticide avant de couler la dalle de béton, ne suffit plus. "Il faut en plus traiter les bois structuraux – pièces de charpente, solivages de poutres, montants de murs – dès lors qu'ils sont non visibles", explique Thierry Paradis. Solution traditionnellement retenue, l'emploi de fongicides et insecticides, des produits chimiques qui sont aussi utilisés pour les revêtements extérieurs et les façades. Un traitement décrié car susceptible de dégager des émanations nocives. C'est d'ailleurs pourquoi il ne sera bientôt plus possible pour les entreprises de travaux d'utiliser certains traitements, notamment au CCA – un redoutable mélange de sels de cuivre, de chrome et d'arsenic –, destinés à être remplacés par de nouveaux produits et techniques. Ces derniers devront bénéficier d'une autorisation avant d'être mis sur le marché, en application de la directive européenne du 16 février 1998, dite Biocides, dont la transposition en France est imminente.

Traitements verts

Quant au traitement en soi, il ne doit pas être diabolisé. "Les projets conduits selon une démarche HQE n'interdisent en aucun cas ­l'utilisation d'un bois traité", insiste Thierry Paradis. Le sel de bore, une poudre blanche diluée dans l'eau à employer en badigeon, est ainsi recommandé. Mais cette substance non toxique, vite lavée par la pluie, ne peut servir qu'à traiter l'intérieur d'une habitation. D'autres solutions naturelles de préservation du bois sont appelées à se développer dans les années à venir. Comme le traitement par haute température ou "rétification". Mais celui-ci présente l'inconvénient de noircir le bois et surtout de détériorer sa résistance, si bien que les spécialistes le déconseillent en structure. Autre procédé, le traitement oléothermique qui, comme son nom l'indique, associe haute température et imprégnation avec des huiles végétales. Et d'autres pistes sont actuellement à l'étude, car le bois est encore loin d'être au même stade de développement technique que le béton ou l'acier... Quoi qu'il en soit, il est recommandé de faire appel à une entreprise qui utilise les produits de préservation du bois ayant fait l'objet d'essais environnementaux préalables certifiés "CTB P+".

Entretien régulier

L'entretien du bois, perçu souvent comme une contrainte, est une question récurrente. Une problématique qui se pose essentiellement pour les façades extérieures. Dans la maison, le bois se conserve en effet pratiquement sans soins. Il ne pourrit pas non plus, contrairement à une idée reçue, dès lors qu'il est correctement ventilé. Par contre, le bardage de bois, c'est-à-dire le revêtement mural extérieur, résistera d'autant mieux aux intempéries et au temps qu'il est régulièrement entretenu. "Un effort pour le propriétaire, mais qui se révèle bien moins coûteux que le ravalement d'une maison de crépi ou de pierre", souligne Michel Perrin.

Les façades en bardage reçoivent le plus souvent une couche de lasure, peinture microporeuse censée permettre au bois de respirer tout en le protégeant. Certaines essences comme le mélèze, le douglas, le châtaignier, ou encore le cèdre rouge (red cedar), sont d'autant plus durables qu'une première finition a été appliquée en usine pour vendre un produit fini au client. "La fréquence de l'entretien, dans un tel cas, n'est plus que de dix à quinze ans", constate Thierry Paradis. A moins de vivre dans un climat particulièrement rude. Mais la peinture avec lasure relève d'un choix esthétique. Certains vont apprécier la couleur naturelle patinée grisée que prend le bois avec le temps. Une teinte qui a surtout l'avantage de tenir pendant vingt ou trente ans. Quitte, dans l'intervalle, à faire nettoyer tout simplement les moisissures à l'eau savonneuse et à donner un coup de raboteuse ou de ponceuse. Matériau vivant, le bois se respecte...

Marianne Bertrand

Mots-clés :

BOIS , MAISON INDIVIDUELLE , MATERIAU DE CONSTRUCTION




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