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Aléas climatiques, comment éviter le pire

Aléas climatiques, comment éviter le pire
Septembre 2007
Le Particulier Immobilier n° 234, article complet.
Auteur : BRANCIER (Christiène)

Inondations, tempêtes, sécheresse, 23 500 communes sont concernées; des risques naturels dont on peut prévenir les conséquences; si un plan de prévention des risques est adopté, des aides sont prévues. Quels travaux envisager pour mettre sa maison à l'abri.

Tempêtes de décembre 1999, canicule de l'été 2003, inondations en série de 2005... Par leur violence, leur étendue et leurs conséquences, ces catastrophes naturelles ont marqué les mémoires. Mais chaque année, ce sont plus d'une centaine d'événements dommageables – inondations, tempêtes, orages, avalanches, mouvements de terrain (ou cyclones, dans les Dom-Tom) – qui sont recensés sur l'ensemble du territoire national. Avec des niveaux de gravité très variables, 23 500 communes, selon le ministère de l'Écologie et du Développement durable, seraient ainsi exposées à un ou plusieurs risques naturels. « L'aléa le plus fréquent est l'inondation, avec plus de la moitié des communes françaises concernées », indique Yorik Baunay, spécialiste des risques majeurs et fondateur de la société Ubyrisk Consultants. « Depuis la mise en place de la loi sur les catastrophes naturelles en 1982, 90 % des communes françaises ont bénéficié d'un arrêté cat'nat'pour cause d'inondation et certaines les collectionnent, comme Nice, par exemple, qui en recense aujourd'hui une trentaine », confie Yorik Baunay.

Les tempêtes, qui ne sont pas considérées en France comme des catastrophes naturelles, représentent pourtant la plus grosse enveloppe d'indemnisation accordée par les compagnies d'assurance depuis 1982, avec quelque 13 milliards d'euros, dont 6,1 milliards uniquement pour les tempêtes de 1999. Elles viennent frapper l'Europe, de novembre à février, menaçant principalement les zones littorales, avec des vents qui peuvent dépasser en rafale les 200 km/heure. Mais le contexte géographique local (vallée encaissée, par exemple) peut engendrer par endroits des dégâts parfois plus importants que sur le littoral.

Autre aléa causant des dommages considérables et très coûteux, les mouvements de terrain provoqués par les tassements différentiels des sols argileux concernent pour l'essentiel les bassins parisien et aquitain, touchant une quarantaine de départements.

Fort heureusement, le dispositif législatif relatif à la prévention des risques naturels a été renforcé en 1995 avec l'instauration du plan de prévention des risques (PPR). Mis en place par l'État, ce plan définit, dans les communes concernées, les zones exposées aux risques naturels et les mesures de prévention et de protection à mettre en œuvre. Il permet aussi de réglementer l'utilisation des sols en fonction des risques et est désormais annexé aux documents d'urbanisme. L'Institut français de – l'environnement (IFEN) précise qu'à la fin 2003, « 10 000 communes étaient engagées dans une procédure de prévention des risques naturels et que 60 % des villes de plus de 50 000 habitants disposaient déjà d'un PPR approuvé ». Cette réglementation s'impose bien évidemment aux constructions futures, mais aussi aux constructions existantes. Les particuliers disposent ainsi d'un délai de cinq ans pour mettre en œuvre les mesures de prévention prévues. Pour les inciter à ne pas retarder les diagnostics et les travaux nécessaires, un dispositif d'accompagnement partiel des dépenses a également été mis en place. Connue sous le nom de fonds Barnier, cette aide peut aller jusqu'à 40 % des frais engagés (voir encadré, p. 54).

Neutraliser les inondations

Lorsqu'on réside en zone inondable, la priorité est de neutraliser, autant que faire se peut, les possibilités de pénétration de l'eau, en faisant installer une ventilation et des évents adaptés. Pour cela, il suffit de rehausser ­toutes les ­bouches d'aération basses et de prévoir des systèmes bloquant le refoulement des eaux usées à l'intérieur de l'habitation. Il faut ensuite équiper les portes, portes-fenêtres et fenêtres de sous-sol de batardeaux qui feront barrage à l'eau et faire creuser des tranchées drainantes tout autour de la maison, qui assureront une baisse plus rapide du niveau de l'eau dans le sol. Il peut également être utile de s'équiper d'une pompe pour rejeter l'eau vers l'extérieur.

Pour limiter les dégâts à l'intérieur, il est indispensable de s'assurer tout d'abord de la sécurité des installations électriques, en prévoyant un réseau de distribution venant du plafond, avec des hauteurs de prises adaptées. Et de placer le tableau électrique, ainsi d'ailleurs que la chaudière, hors d'atteinte de l'eau. Dans les pièces sensibles, des sacs de sables, stockés à l'avance, peuvent ralentir la montée des eaux le moment venu.

Si l'habitation est exposée à des crues ­rapides ou torrentielles et ne comporte qu'un seul étage, il faut aménager une zone de survie au-dessus du niveau de la plus haute crue constatée. Cette zone peut être située dans des combles, un grenier ou au-dessus d'un garage. Une fenêtre ou une trappe dans le toit, permettant une évacuation éventuelle, doivent être prévues. En sachant que la modification des ouvertures de façade peut impliquer une autorisation de construire.

Mieux résister au vent

Pour lutter contre les effets parfois dévastateurs du vent, la prévention la plus efficace consiste bien évidemment à respecter les normes de construction en vigueur. « Dans les zones sensibles (littoral, vallées, point haut...), la pente du toit, l'orientation des ouvertures sont autant d'éléments de structure à déterminer en fonction des caractéristiques topographiques locales qui influencent la vitesse du vent », explique Charles Baloche, en charge des problématiques de sécurité au Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB). Cet expert, qui a dirigé le groupe d'études chargé d'analyser les dégâts des tempêtes de 1999 sur l'habitat, est catégorique : « Lorsqu'on veut construire dans une région ventée, mieux vaut respecter l'architecture locale ». Une préconisation qui semble de bon sens, mais il n'est pas inutile de rappeler qu'en 1999, des maisons de type savoyard construites en Bretagne ont vu leurs toitures arrachées parce qu'elles débordaient des murs, offrant une parfaite prise au vent.

La bonne coordination entre les différents corps de métiers est également essentielle pour s'assurer que l'assemblage et le raccordement entre les différents ouvrages sont correctement réalisés. « En 1999, de bonnes toitures ont été entièrement arrachées parce que leur fixation à la charpente avait été mal effectuée », confie Charles Baloche. Pour les particuliers, la seule possibilité de se prémunir contre ce type de dégâts est de missionner un architecte pour assurer la maîtrise d'œuvre complète de la construction. « C'est une solution peu coûteuse et préférable pour assurer une bonne conception et une utilisation appropriée des nouvelles normes Eurocodes, qui tiennent compte de tous les effets du vent », prévient Charles Baloche.

Pour l'habitat existant, les mesures à mettre en œuvre sont beaucoup plus légères. Dans l'Hexagone, elles consisteront le plus souvent à consolider la fixation des antennes de télévision et de satellite, et à faire vérifier par un professionnel du bâtiment que les cheminées sont bien dimensionnées et correctement arrimées à la toiture. Sans oublier d'élaguer, voire de supprimer, les arbres très proches ou de grande dimension, ou encore malades. Il convient de contrôler le bon fonctionnement et la fermeture de toutes les portes et fenêtres et de stocker des panneaux de contreplaqué et des fixations qui permettront d'occulter toutes les ouvertures demeurées sans protection. Une précaution à laquelle ne pensent pas toujours nos compatriotes peu habitués aux vents violents, et pourtant, ainsi que le souligne ­Charles Baloche, « quand le vent pénètre dans une habitation la pression intérieure peut soulever et arracher le toit. » Dans les départements et territoires d'outre-mer – où les vents peuvent atteindre 350 km/heure – des règles paracycloniques ont été définies, dont pourraient s'inspirer les constructeurs sur le territoire métropolitain, en zone sensible : débords de toitures correctement dimensionnés, construction de contreventements verticaux et horizontaux, pente du toit autour de 30°, pose de volets paracycloniques sur toutes les ouvertures et, bien sûr, choix de vitrages d'au moins 6 mm d'épaisseur.

Déjouer la sécheresse

Les périodes récentes de grosse sécheresse (2003, mais aussi 1997 ou 1991) ont mis en évidence la vulnérabilité des constructions individuelles sur certains sols argileux. Ainsi, entre 1999 et 2002, quelque 300 000 maisons ont été touchées en France par ce que les spécialistes appellent « le risque de subsidence », ou encore les mouvements de terrain provoqués par les tassements différentiels des sols argileux. « En période de sécheresse, les argiles se rétractent, puis elles se gonflent quand il pleut, ce qui peut provoquer des fissures dans certaines maisons lorsque leurs fondations ne sont pas assez profondes », explique Yorik ­Baunay. Ce phénomène de retrait-gonflement des argiles se manifeste en général dans les premiers mois qui suivent l'épisode de sécheresse et peut, outre les fissures, provoquer de ­sérieuses distorsions au niveau des ouvertures, mais aussi des ruptures de canalisations, ou même la désolidarisation partielle des constructions annexes (perron, terrasse, escalier extérieur, garage...).

En France, près de 8 000 communes ont déjà été déclarées en état de catastrophe naturelle « sécheresse », estime l'Agence Qualité Construction. Cet aléa, de plus en plus récurrent depuis une vingtaine d'années, concerne essentiellement les constructions récentes. « Près de 80 % des maisons concernées ont moins de vingt ans », note Yorik Baunay.

Au Bureau de recherches géologiques et mi­nières (BRGM), un organisme public expert dans l'aménagement du territoire et les risques naturels géologiques, on rappelle pourtant qu'il existe des mesures de prévention simples et peu coûteuses, pour limiter ces désagréments et même construire, sans surcoût notable, dans des zones où cet aléa est considéré comme élevé. Pour cela, il faut d'abord veiller à ce que les fondations soient suffisamment profondes pour s'affranchir de la zone superficielle où le sol est sensible à l'évaporation (voir illustration, p. 53), et ancrées de manière homogène sur tout le pourtour du bâtiment. Cela vaut notamment pour les terrains en pente ou à sous-sol hétérogène. La structure du bâtiment doit être suffisamment rigide pour résister à des mouvements différentiels, d'où l'importance des chaînages verticaux et horizontaux. Deux éléments de construction accolés et fondés de manière différente doivent être désolidarisés et munis de joints de rupture sur toute leur hauteur pour permettre des mouvements différentiels. Les canalisations d'eau enterrées doivent également pouvoir subir des mouvements différentiels sans risque de rompre, ce qui suppose de poser des raccords souples. Tout élément de nature à provoquer des variations saisonnières d'humidité du terrain (arbre, drain, pompage ou au contraire une infiltration localisée d'eaux pluviales ou d'eaux usées) doit enfin être le plus éloigné possible de la construction. Le BRGM estime, en particulier, que l'influence d'un arbre s'étend jusqu'à une distance égale à au moins sa hauteur à maturité. « Mieux vaut donc éviter les plantations trop près de la maison », conseille Yorik Baunay.

Avant d'envisager toute nouvelle construction dans une zone où le risque de subsidence est connu, il est indispensable de faire appel à un bureau d'études géotechniques qui examinera le contexte géologique et hydrogéologique du sol, la nature du sol (présence ou absence d'argiles), l'influence de la végétation environnante et la circulation des eaux superficielles et souterraines. La construction devra tenir compte des conclusions du bureau d'études et s'adapter à la pente naturelle du sol.

Pour les constructions déjà existantes, plusieurs types d'action peuvent également être menés pour limiter les mouvements du terrain. Il convient d'abord d'assurer le captage et le rejet à bonne distance de tous les écoulements superficiels par un réseau de drains appropriés. Il faut aussi poser des écrans antiracines suffisamment profonds entre les plantations et le bâtiment ou, à défaut, éviter toute nouvelle plantation trop proche. Le rejet des eaux usées et pluviales doit s'effectuer de préférence dans le réseau d'égouts.

Quelle que soit leur nature, il est possible de remédier, souvent à faible coût, aux conséquences les plus désastreuses des principaux aléas climatiques. Si vous entreprenez des travaux pour réduire la vulnérabilité de votre habitat, veillez toujours à en garder soigneusement la trace : cela peut vous être utile en cas de sinistre pour faire valoir vos droits à indemnisation. Ces travaux valoriseront votre bien, et, dans certaines circonstances, ils vous permettront purement et simplement de trouver un acheteur si vous souhaitez le revendre.

Christiène Brancier


Mots-clés :

CATASTROPHE NATURELLE , INONDATION , MAISON INDIVIDUELLE , RISQUE NATUREL , SECHERESSE , TRAVAUX




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