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Produire de l'électricité sur son toit...

Produire de l'électricité sur son toit...
Juillet-Août 2008
Le Particulier pratique n° 337, article complet.
Auteur : SARGIS (Marise)

Les pouvoirs publics n'ont jamais autant soutenu la production d'électricité photovoltaïque. Crédit d'impôt, aides régionales, tarif de rachat incitatif, TVA réduite... C'est le moment, pour les particuliers, de s'équiper si la maison le permet. Devenir producteur d'électricité, un investissement rentable ?

Depuis deux ans, le photovoltaïque décolle en France. “En 2006, on comptait 50 demandes de raccordement par mois ; en 2007, ce chiffre est passé à 800 ; depuis début 2008, nous en recevons 1 000 par mois”, précise électricité réseau distribution France (ERDF), filiale de distribution d'EDF créée en 2008. Fini le militantisme ou le cantonnement aux sites isolés 

Aujourd'hui, les particuliers producteurs d'électricité visent le placement financier, et des offres clés en main leur sont proposées par les distributeurs d'électricité.

Le coup d'envoi a été l'augmentation du prix de rachat de l'électricité produite, passé à cinq fois le prix moyen du kilowattheure consommé. Grâce aux aides accordées par l'état et les collectivités locales, le temps d'amortissement des installations s'est réduit à près de 8 ans – voire moins –, au lieu de 25 ans auparavant. Si bien que les modules poussent à toute allure sur les toitures françaises. Depuis un an, les espaces Info énergie de l'Ademe croulent sous les demandes du grand public. Les installateurs se ruent sur les formations pour pouvoir arborer l'attestation QualiPV, indispensable pour ouvrir à la clientèle le droit aux aides publiques. Et si les démarches administratives restent nombreuses, elles sont désormais souvent prises en charge par le poseur. Ce dossier fait le point sur ce qu'un particulier doit savoir avant de se lancer dans des travaux d'installation d'un système solaire photovoltaïque, à ne pas confondre avec le solaire thermique, déjà bien implanté et traité abondamment dans nos pages.

Chaleur et lumière, deux sources d'énergie solaire

Les panneaux qui les transforment sont différents, même s'ils sont installés tous deux sur le toit des habitations. D'une part, on trouve des modules conçus pour le chauffage : la chaleur du soleil s'y accumule pour faire monter en température un fluide caloporteur, qui va chauffer l'eau dans le ballon. Ils sont destinés à l'eau sanitaire de la maison par le raccordement à un chauffe-eau. Certains alimentent en plus, par le ­dispositif mis au point par la société Clipsol, un parquet chauffant. D'autre part, il existe des modules photovoltaïques qui produisent de l'électricité : ils captent la lumière du soleil – pas sa chaleur. Les panneaux sont recouverts d'une couche de silicium sous forme cristalline. Quand les photons (lumière) heurtent leur surface, ils transfèrent leur énergie aux électrons de la matière. Ces derniers, en se mettant en mouvement, créent un courant électrique qui est recueilli par des fils métalliques très fins. Plusieurs cellules photovoltaïques forment un module ; plusieurs modules, un champ photovoltaïque.

Compte tenu du coût important de ces installations, jusqu'ici les particuliers choisissaient un système plutôt que l'autre. Mais rien n'empêche, si l'on dispose d'une grande surface de toit, de mixer les deux principes, et même d'obtenir une totale autonomie en électricité. Certains commencent à le faire, grâce aux aides, au crédit d'impôt, et à la baisse des prix des panneaux qui s'amorce avec l'arrivée des industriels chinois. “J'ai installé récemment les deux systèmes en île-de-France à des familles de quatre personnes, 15 m2 de panneaux photovoltaïques plus un petit chauffe-eau solaire”, témoigne Samy Smail, d'ENR Diffusion.

Plusieurs techniques pour le photovoltaïque

Actuellement, trois grands types de panneaux silicium sont commercialisés. Le silicium polycristallin, le plus courant en France (80 % du marché) et le moins cher, convient bien aux vastes toitures, même si son rendement n'est que de 12 % au maximum. Tout indiqué, au contraire, pour les petites surfaces, le silicium monocristallin coûte environ 5 à 10 % plus cher, mais son rendement est, normalement, le meilleur du marché (15 % au maximum). On le dit stable et durable. Un premier avis technique (ATec) vient d'être délivré par le CSTB pour l'un de ces panneaux, le Premium S3xx-PMy de la société allemande Schüco. Enfin, tout récent, le silicium amorphe se présente sous forme de rouleaux souples. La couche de silicium y est encore plus mince. On ne parle pas ici de cellules photovoltaïques mais d'“amorces”, car il ne comporte pas de cristaux. Son rendement est encore assez faible (6 %), mais son coût proportionnellement inférieur. Il faut donc couvrir de grandes surfaces (plus de 50 m2). Que ce soit du mono ou du polycristallin, les panneaux sont calibrés par le fabricant pour restituer une puissance donnée : 100, 150, 170, 180 ou 200 W. Le choix dépend surtout des contraintes de surface. L'installateur joue un rôle important de conseil au client. Ce dernier n'a plus qu'à choisir la couleur du panneau : noir, bleu, gris, et bientôt vert ou rouge comme au Japon et en Allemagne.

Outre les panneaux, il existe des tuiles et des ardoises photovoltaïques, en réalité de petits panneaux de cinq ou six tuiles, plus esthétiques parce que s'intégrant parfaitement au toit. Cependant, leur rendement n'est pas optimal, car “la ventilation manque avec ce système”, précise Samy Smail.

Le prix d'achat de l'électricité provenant des systèmes intégrés au bâti (sur le toit, en façade ou sur les rambardes de balcon) étant presque le double de celui de l'énergie produite par un panneau posé dans le jardin, ce sont donc les premiers qui se développent sur le marché hexagonal. Mais on peut concevoir aussi des installations au sol quand, par exemple, le toit n'a pas la bonne exposition ou la bonne inclinaison, ou qu'il est trop à l'ombre. Cette solution est utilisée aussi pour la production à grande échelle. Chez nous, les projets de centrales au sol vont commencer à voir le jour en 2008.

Un millier d'installateurs QualiPV

C'est auprès des professionnels que les particuliers doivent se renseigner sur les contraintes de toiture. En France, ils disposent d'une filière solaire structurée autour d'un label de qualité qui atteste que les professionnels ont reçu une formation. “Malgré le retard du solaire français, notre pays a su se mobiliser pour réunir autour d'une même table les industriels, les installateurs et les pouvoirs publics, c'est une force”, insiste Francky Boisseau, de Qualit'EnR. La plus grande conférence mondiale sur l'énergie photovoltaïque, qui se tiendra à Valence (Espagne) en septembre, sera, pour la première fois depuis 20 ans, présidée par un scientifique français, Daniel Lincot.

Fin janvier 2008, les installateurs de panneaux photovoltaïques étaient un millier à s'être formés et à pouvoir arborer l'attestation QualiPV. L'association Qualit'EnR, qui regroupe toutes les énergies renouvelables, pronostique qu'ils seront 2 000 à 3 000 d'ici à la fin de l'année, surtout des électriciens et des couvreurs. Dans le secteur du solaire thermique, on compte 10 500 professionnels agréés Qualisol, principalement des plombiers-chauffagistes. L'annuaire du site qualipv.org recense ces entreprises, mais les associations de particuliers dont les membres, pionniers dans ce domaine, en connaissent les arcanes, sont également de bon conseil (solaire.en.nord.free.fr).

Nombre d'installateurs proposent, moyennant un forfait, de prendre en charge une partie des démarches. Ils font signer tous les formulaires au moment de l'acceptation du devis : déclaration d'exploitation d'une installation photovoltaïque à la Direction de la demande et des marchés énergétiques (Dideme), fiche de collecte de renseignements de l'installation à la direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement (Drire), ainsi que la demande de devis de raccordement auprès d'ERDF. Ces travaux peuvent majorer le budget (entre 500 et 1 500 € en moyenne), il est donc prudent de ne rien entreprendre avant d'avoir ce devis.

Des démarches longues et fastidieuses

Le client doit s'occuper de la déclaration préalable de travaux à la mairie (ou de la demande de permis de construire), du raccordement final au réseau électrique auprès d'ERDF et de la conclusion du contrat d'obligation d'achat avec ce distributeur. Très lourdes en France, les formalités administratives pour devenir producteur “restent aujourd'hui le principal frein au basculement”, déplore Thierry Jansonne, président de l'association Solaire en Nord. “EDF a réalisé une plaquette très détaillée sur la question, mais on hésite à la diffuser... par peur de faire reculer les candidats 

” confesse-t-il en riant.

Quand le projet se situe en zone protégée, près d'un monument classé, d'autres blocages peuvent apparaître. En île-de-France, les particuliers ont tout à craindre. “Je rencontre énormément de soucis avec les architectes des Bâtiments de France, qui peuvent refuser le projet, ou poser des conditions telles que cela en fait tomber la viabilité. La France a un patrimoine important, mais les contraintes administratives sont en contradiction avec les conclusions du Grenelle de l'environnement et les incitations nationales au développement des énergies renouvelables”, dénonce Samy Smail. En Allemagne, la championne du solaire de l'Union ­puisqu'elle représente 90 % du parc européen installé, il n'est pas rare de voir des églises recouvertes de panneaux.

Le raccordement par ERDF demande quatre mois : deux mois et demi pour établir le devis et faire une offre, puis un mois et demi pour réaliser les travaux de raccordement. Le manque d'anticipation de ce fort engouement pour le solaire photovoltaïque amène aujourd'hui à un goulet d'étranglement lors de cette étape décisive. “Nous travaillons à raccourcir ce délai, en proposant bientôt de numériser les photos des installations afin d'éviter un déplacement”, précise ERDF. “Mais il ne faut surtout pas imaginer qu'en passant par EDF les clients auront plus de facilités de raccordement”, insiste Patrick Bayle, pour EDF.

Un tarif de rachat garanti 20 ans

Les tarifs de rachat de l'électricité issue de la production photovoltaïque sont fixés par arrêté publié au Journal officiel. Dans le cadre de l'obligation d'achat, EDF, ou le distributeur local, s'engage à appliquer les prix en vigueur. Ceux-ci sont révisés chaque année, et grimpent alors de un centime le kilowattheure. Actuellement, en vertu de l'arrêté du 10 juillet 2006, l'électricité issue d'un panneau intégré au bâti se rachète 0,5719 €/kWh ; celle produite par un panneau au sol, 0,3119 €/kWh. Une transaction intéressante quand on sait que le consommateur achète son électricité 0,11 €/kWh. On comprend que les particuliers revendent intégralement l'électricité solaire qu'ils produisent, sans la consommer 

De plus, ce prix très incitatif est garanti par contrat pour 20 ans... Ironie du sort, les pionniers qui se sont équipés au début des années 2000 restent plafonnés aux tarifs de l'époque, bien moins compétitifs.

EDF, Poweo, Suez, Solairedirect, etc., proposent même des installations solaires clés en main incluant le financement. EDF a lancé un service téléphonique de conseil en énergie solaire (39.29). Ses offres Bleu ciel (fournies par Photon Power Technologies) ne concernent que les systèmes intégrés au bâti, et comprennent un package d'installation assorti d'une extension de garantie d'une durée de 20 ans. Les résidents des régions les plus ensoleillées (au sud d'une ligne allant, grosso modo, de Quimper à Chalon-sur-Saône) reçoivent même une proposition de financement avec des banques ­partenaires qui promet de dégager, dès la première année, un revenu net positif 

La chasse aux primes. Les Régions accordent souvent moins d'aides pour le photovoltaïque que pour le solaire thermique, mais celles-ci restent importantes. En Basse-Normandie, 40 % de la part non éligible au crédit d'impôt sont pris en charge, avec un plafond de 700 €. La Région Poitou-Charentes double le montant de la prime si d'autres travaux exemplaires d'économies d'énergie, tel le remplacement d'une chaudière à fioul par une à bois, sont associés au photovoltaïque. Paca va baisser les montants accordés au 1er août. L'Alsace (sauf pour les sites isolés), l'Auvergne, la Bretagne, le Centre, Champagne-Ardenne et Midi-Pyrénées ne distribuent aucune aide. Parfois, une prime est proposée, mais la capacité de production limitée (à 2 kWc(1) ou 5 kWc) : en Bourgogne et en Languedoc-Roussillon, elle est de 1 €/Wc ; en Rhône-Alpes, de 1,20 €/Wc ou de 0,72 €/Wc ; en Corse, dans le Nord-Pas-de-Calais et en Picardie, de 2 €Wc. Le Limousin accorde des primes, avec un plafond de 10 000 €. D'autres Régions avantagent la main-d'œuvre : la Haute-Normandie (plafond de 1 600 €), l'île-de-France (50 % du montant HT, plafond de 1 500 €), la Lorraine (1,80 €/Wc posé, plafond de 5 000 €). La Franche-Comté et l'Aquitaine consentent des prêts bonifiés. Certains départements y ajoutent leur écot, par exemple les Alpes-Maritimes (voir encadré p. 44). La carte de France des aides est consultable sur enerplan.asso.fr et qualipv.org.

Un placement financier... qui profite aussi à l'environnement

Le prix des énergies ne cessera d'augmenter. Les particuliers qui investissent dans des installations photovoltaïques aux conditions incitatives fixées aujourd'hui pourront, plus tard, choisir de consommer l'électricité qu'ils produisent au vu de l'évolution des tarifs des énergies. Le secteur industriel de la production de panneaux photovoltaïques est le plus dynamique du moment, comparable à celui de l'informatique à ses meilleurs jours (+ 30 à 40 % par an de taux de croissance).

(1) En photovoltaïque, on parle de puissance crête : c'est la puissance électrique maximale que peut fournir une cellule dans les conditions standard, soit à 25 °C et sous une puissance lumineuse de 1 000 W/m2. Cela pour permettre les comparaisons.

Marise Sargis


Mots-clés :

ECONOMIE D'ENERGIE , ELECTRICITE , ENERGIE , ENERGIE SOLAIRE , PHOTOVOLTAIQUE , TOITURE




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