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La maison HQE est-elle écologique ?

Octobre 2007
Le Particulier pratique n° 328, article complet.
Auteur : SARGIS (Marise)

Une maison peut être un peu ou beaucoup haute qualité environnementale. La démarche HQE varie, chacun l'adopte à sa façon. Et d'autres options existent, avec quelquefois un meilleur bilan énergétique.

La maison haute qualité environnementale (HQE), saine, économe, facile d'usage, tous les constructeurs se vantent de pouvoir la réaliser. En pratique, très peu sont en droit d'afficher la marque HQE. Il faut, en effet, distinguer le référentiel, dont tout le monde peut s'inspirer sans contrainte, et la maison sous marque NF option HQE, qui répond à certaines exigences et fait l'objet de contrôles. Sur les 120 constructeurs de maisons individuelles reconnus NF – ticket d'entrée obligatoire – seulement un peu moins d'une vingtaine sont titulaires de l'option HQE. Le sigle correspond à une marque déposée. Mais qui sait exactement de quoi il s'agit ? “Les gens pensent que la démarche HQE se résume aux économies d'énergie. à tort

C'est une partie d'un vaste ensemble, qui a tout de l'usine à gaz d'ailleurs...”, affirme Olivier Feys, directeur du cabinet d'architecture Saipos.

La HQE atteste du respect d'une démarche globale – selon la norme XP 01-P020 – dont l'objectif est de préserver les ressources naturelles, limiter les gaz à effet de serre, les pollutions et la production de déchets. L'association d'utilité publique HQE a été créée en 1996 par le ministère de l'Environnement et un groupe d'institutionnels (Puca, CSTB, FFB, Arene, AIMCC, Ademe). Le référentiel de la maison HQE a été lancé en mai 2006. Début juillet 2007, seulement cinq maisons étaient sorties de terre, et 105 étaient commandées.

La démarche HQE prend en compte l'environnement, mais aussi la personne

Elle s'appuie sur 14 cibles définies autour de quatre thèmes. Deux considèrent les conséquences sur l'environnement extérieur avec les notions d'écoconstruction (choix de matériaux et de produits de construction...) et d'écogestion (eau, énergie, déchets d'activités, entretien). Les deux autres s'attachent à limiter les effets négatifs sur la personne, en créant un environnement intérieur satisfaisant en termes de confort (visuel, olfactif, acoustique, hygrométrique) et de santé (qualité sanitaire de l'air, de l'eau, des espaces).

Pour être labellisée HQE, l'habitation doit, en plus des exigences de construction NF, totaliser un minimum de 30 points (sur 110) piochés dans une liste de critères. Et sur ces 30 points, 19 doivent provenir de trois cibles (6 points de “chantier à faibles nuisances”, 10 points de “gestion de l'énergie” et 3 points de “gestion de l'eau”). C'est le tronc commun de toute maison HQE. Pour le reste, maître d'œuvre et maître d'ouvrage décident librement sur un barème d'options.

Les énergies renouvelables mises en avant

Y recourir rapporte 5 points par équipement, tout comme opter pour une installation de récupération des eaux à usage extérieur. Utiliser des produits fabriqués localement à partir d'une matière première telle que la terre crue ou le bois régional vaut 1 point par produit (sans pouvoir dépasser 5). Réserver un emplacement au compostage ou mettre en place des crochets d'ancrage sur la façade et la toiture pour les opérations de nettoyage donnent 1 point. Poser des compteurs et des tableaux électriques sur des murs ne jouxtant pas une pièce de nuit procure 3 points... Les 19 constructeurs engagés dans l'option HQE ont conclu des partenariats avec les industriels pour satisfaire au barème. C'est sans doute Geoxia, parmi les plus importants titulaires de la démarche HQE avec 9 000 maisons par an, qui a bénéficié des meilleurs accords pour les équipements menant à l'option HQE. Le groupe intègre dans les constructions de ses marques (Maisons Phénix, Maison familiale, Maison Catherine Mamet, Maison Castor, Maisons Clairlande, Les Demeures de la Côte d'Argent) récupérateurs d'eau de pluie, panneaux solaires insérés dans la toiture, chauffage par plafond rayonnant, aspiration centralisée, etc.

Changer les habitudes de construction

Même si la démarche HQE n'impose aucune technique prédéfinie, souvent les constructeurs ont dû réviser leurs pratiques. Mas Provence, avec 300 maisons par an en Région Paca et dans le Gard, a modifié son dispositif de collecte d'eau. “Nous avons remplacé les traditionnelles génoises par un procédé de drainage en pied de façade afin de récupérer les chutes d'eau”, précise Aurélie Sassier, technicienne de cette société. Mas Provence a aussi troqué son fournisseur espagnol de tuiles contre un fabricant français tout proche mais un peu plus cher. Quitte à revoir le système constructif, certains ont d'ores et déjà décidé de ne plus construire qu'en HQE, comme la marque Claude Rizon (Lorraine, Alsace, Midi-Pyrénées), dont toutes les maisons NF sont d'emblée au standard HQE. Pour les constructeurs, c'est une manière de gommer une image de “pavillonneur”. Et certains dossiers NF ne nécessitent qu'un petit effort en plus (une chaudière à condensation, par exemple) pour passer en HQE.

L'une des difficultés majeures des constructeurs HQE provient de l'obligation d'organiser des chantiers à faibles nuisances. “C'est le paramètre le moins facile à maîtriser sur de petits chantiers, avec des artisans dont il faut changer les habitudes”, admet Jean-Pierre Bosquet, président des Architecteurs. Une compagnie qui réalise 60 % de son activité dans le secteur résidentiel, et qui doit entrer officiellement dans la course HQE début 2008, avec des engagements sur des cibles prioritaires comme l'isolation, les matériaux sains et les énergies renouvelables.

L'évaluation du surcoût de la maison HQE ne fait pas l'unanimité

Cette maison coûte plus cher à construire. Mais de combien ? L'organisme certificateur Cequami chiffre le supplément entre 2 et 8 %. Mas Provence l'estime entre 10 et 15 %. Baticonfort scinde la majoration de l'option selon la performance, 3 % plus cher (qu'une maison NF) jusqu'à 40 points, et entre 8 et 10 % au-delà. Les architectes défendent un autre point de vue... Isabelle Castelli, qui vient de livrer huit premiers logements locatifs HQE à ossature bois avec des équipements mutualisés à Migné-Auxances, dans la Vienne, témoigne : “La maison HQE à 100 000 € que l'on nous demande souvent de prime abord ne dépasserait pas 62 m2. En France, HQE ou pas, le coût de construction au mètre carré s'élève à 1 200 € (hors taxes). à cela s'ajoutent 35 % de frais comprenant TVA, honoraires d'architecte et études diverses. De 1 200 €, on passe à 1 620 €/m2.”

Pour Geoxia, une dichotomie s'opère en fonction du budget des clients. Ceux qui ont de petits moyens sont dirigés vers les économies d'énergie (une bonne orientation peut faire économiser jusqu'à 30 % des besoins en chauffage). Ceux qui sont plus aisés vont plus avant dans la qualité environnementale. Les postes d'équipement en énergies renouvelables alourdissent les coûts. Il faut compter, en moyenne, 5 000 € pour des panneaux solaires, 4 000 € pour un puits canadien, et beaucoup plus pour la géothermie. Et les crédits d'impôt accordés par l'état ont le chic pour faire augmenter les prix des fabricants. “Les panneaux solaires ont grimpé de 50 % depuis trois ans, les chaudières à condensation également : de 3 000 €, elles sont passées à 4 500 € aujourd'hui, sans réels arguments”, dénonce Olivier Feys.

“Le problème, en France, est que le bâtiment applique les choix de construction les moins chers d'Europe sans se soucier des coûts de fonctionnement à venir. C'est l'inverse de la démarche des pays nordiques. Il est très difficile de faire changer les mentalités”, constate Jean-Pierre Bosquet. La démarche HQE peut, de ce point de vue, amorcer un virage.

Les architectes sont très critiques à l'égard de la démarche HQE

Le Conseil national de l'ordre des architectes s'est retiré, en avril 2005, de l'Association HQE, estimant la place prise par les industriels trop importante, et la norme par trop minimaliste. Patrice Genet, président de la Commission architecture et développement durable, déclarait en 2004 : “L'architecture durable ne se réduit pas à une norme. C'est une attitude sociale qui doit se traduire en démarche économique et citoyenne. Notre souhait est de favoriser ce nouveau positionnement sociétal.” Forts de leurs expériences depuis onze ans sur les marchés publics, qui exigent de plus en plus systématiquement le référentiel HQE (certifié sur ces marchés par Certivea), les architectes s'adaptent à la clientèle des particuliers, sans aller jusqu'à la certification délivrée par Cequima, dans laquelle ils se sentent trop à l'étroit. “La dimension HQE est toujours présente dans nos conceptions, mais le problème est économique : les clients rêvent d'une maison en bois avec une toiture végétalisée, des panneaux solaires, un isolant naturel... Faute de moyens, en bout de course, ils se retrouvent avec de la maçonnerie traditionnelle”, souligne Isabelle Castelli, avec un brin de déception.

Olivier Feys, dont le cabinet d'architecture travaille pour moitié avec des particuliers, préfère le vocable libre de “maison à qualité environnementale”. Dans ce cabinet, deux ingénieurs épaulent les architectes dans leurs esquisses de manière à répondre techniquement aux clients sans délai. “La démarche HQE fait d'énormes raccourcis, et considère peu la question des matériaux. Poser du parpaing en HQE est une ineptie, c'est un déplorable isolant, très consommateur en énergie lors de sa fabrication”, critique Olivier Feys. Dans ses maisons sont bannis le PVC, le parpaing, et la géothermie, “dont les fluides ne sont pas recyclables, et qui exige un appoint électrique pour l'eau chaude”. Sont privilégiés le solaire passif, le béton teinté dans la masse au sol, le parquet de châtaignier, le bois de Douglas non traité, l'apport de lumière et, prochainement, la ouate de cellulose. “Pour autant, nous ne construisons pas écolo, pas de laine de mouton ou de toilettes sèches

” insiste l'architecte.

La maison HQE tend à un plus grand respect de l'environnement. Mais elle ne fait que tendre. Une habitation HQE inclut la plupart du temps du ciment, des parpaings – NF

–, des isolants traditionnels en laine de verre... “Je suis violemment contre la démarche HQE. à ce titre, on construit, à la Défense, des tours HQE de 60 000 m2 avec air conditionné, puisqu'on ne peut ouvrir les fenêtres, et de gigantesques parkings de 2 000 voitures, comme le projet de tour Société générale. Est-ce logique ?” s'insurge Claude Micmacher, architecte indépendant et responsable technique de l'association Construction respectueuse de l'environnement et économe en énergie (CREEE).

Il n'existe pas de définition claire et unique de la maison écologique

Dans ce registre, différents courants cohabitent. Tous sont nés après la première vague forcée d'économies d'énergie des années 1970. Ce fut l'époque des maisons solaires conçues sur les principes bioclimatiques avec de bonnes performances énergétiques. Dans les années 1990, la problématique du climat rebondit sur le bâtiment et fait émerger la notion de HQE. Dans les années 2000, la préoccupation de la santé dans l'habitat, liée à l'ampleur de la question de l'amiante et la croissance des allergies, fait pointer du doigt les matériaux de construction.

L'écoconstruction (encore appelée bioconstruction) s'est forgée sur le refus du béton, des matières plastiques, des produits traités, et sur la volonté de réduire le gaspillage énergétique. Au lieu du ciment, on met de la chaux ; on remplace le béton par de la terre ; le bois n'est pas traité ; ­l'ossature bois est systématique. En isolation, à la laine de verre, on préfère le chanvre, la laine de bois, le lin, les plumes de canard, le liège expansé ou la laine de mouton, plus écologiques.

Un centre de formation accueillant professionnels et particuliers

Dans ce créneau, il n'est pas facile de trouver des constructeurs et des artisans. Souvent, les particuliers, quand ils ne construisent pas eux-mêmes, sont obligés de mettre la main à la pâte, voire de pousser les artisans locaux à se former. Dans l'est de la France, Rémi Florian, ingénieur-conseil spécialisé dans la biologie de l'habitat et inventeur du procédé ossature bois éco-system, a fondé un centre de formation à Saverne, en Alsace, dédié à cette discipline, comprenant une session HQE d'un an ouverte également aux particuliers.

Selon ce versant de la biologie appliquée, un projet de label doit aboutir l'an prochain, qui respecte les quatre cycles naturels majeurs (air, feu, eau et terre). Le bâtiment ne doit pas être une barrière, mais rester le plus transparent possible. Une grande attention est portée aux champs électromagnétiques. Les câblages électriques évitent les boucles, ils sont placés en épi ou en pieuvre. Un interrupteur automatique de champs (un accessoire répandu en Belgique et en Allemagne) posé sur le tableau électrique protège des pollutions domestiques.

Les constructions de demain seront haute qualité environnementale

Les tenants de la bioconstruction défendent malgré tout la maison HQE. “Certains bâtiments HQE présentent des contre-performances, mais la démarche fait bouger les choses. Les industriels se sont engagés, les artisans peuvent utiliser leurs outils. De son côté, notre centre Bio-Espace accompagne, en allant plus loin, ceux qui le souhaitent”, argumente Rémi Florian. à Cequami, on confirme cette vocation d'entraînement : “Le référentiel HQE est appelé à devenir le standard de la construction dans une dizaine d'années.” La maison HQE est très loin d'être écologique à 100 %, mais cette notion est par nature mouvante, au gré des priorités citoyennes de celui qui y habite.

Marise Sargis


Mots-clés :

CONSTRUCTION , CONSTRUCTION IMMOBILIERE , ECONOMIE D'ENERGIE , LABEL , MAISON INDIVIDUELLE




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