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Quand l'entreprise garde les enfants de ses salariés...

Quand l'entreprise garde les enfants de ses salariés...
Avril 2006
Le Particulier n° 1000, article complet.
Auteur : SICOT (Dominique)

Pour développer les capacités d'accueil des tout-petits, l'État favorise depuis 2004 la création de crèches d'entreprises, censées offrir aux parents des horaires mieux adaptés à leurs propres rythmes de travail. Une vingtaine de réalisations ont déjà vu le jour.

L'État encourage les employeurs à ouvrir de nouvelles crèches

Dans un des immeubles du parvis de La Défense, 8 heures du matin. De lumineuses salles vitrées, du mobilier de poupées comme dans la maison de Blanche Neige. Tout est calme, feutré et coloré. Accueillis par les aides-puéricultrices, les parents confient leurs enfants (de 3 mois à 3 ans), avant de gagner leur bureau à quelques mètres de là, dans la tour occupée par Total, leur employeur et le propriétaire de la crèche les Petits Bonheurs, une des premières réalisations du genre.

Les crèches, plébiscitées mais rares.

Bien que les crèches soient pour 33 % des parents le mode de garde le plus bénéfique à l'enfant, selon une enquête du Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc), et pour 51 % le plus économique, elles accueillent à peine 9 % des moins de 3 ans (soit environ 27 % des enfants de cette tranche d'âge gardés à titre payant). Car les crèches sont rares (environ 145 000 places aujourd'hui, essentiellement dans les grandes villes) et ont des horaires d'ouverture pas toujours adaptés à ceux des parents (7 h 30 - 18 h 30 le plus souvent, parfois 7 h - 19 h). Partant de ce constat, le gouvernement a lancé en 2004 un plan doté de 200 millions d'euros, visant à créer 20 000 places supplémentaires d'ici à 2007, en impulsant, notamment, "les projets innovants et souples" – plages horaires élargies, accueil de dépannage et d'urgence s'ajoutant à l'accueil régulier – et la création de crèches privées, notamment d'entreprises ou interentreprises. Actuellement, il existe 2 005 crèches de quartier, gérées par les communes (72 %), les départements (8 %) et des associations (20 %). S'y ajoutent 195 crèches créées et gérées par les parents (voir p. 70), et seulement 207 crèches implantées sur des lieux de travail, essentiellement dans des entreprises publiques telles que les hôpitaux, dont 56 pour la seule Assistance publique des hôpitaux de Paris.

Des établissements cofinancés par l'État et la CAF.

Les crèches d'entreprises privées restent une petite minorité, car leur création représente un investissement de 6 000 à 15 000 € par place, et un budget de fonctionnement de 15 000 € en moyenne par an et par enfant. Pour lever cet obstacle, le plan crèches et la loi de finances 2004 ont créé de fortes incitations fiscales et financières. À condition de respecter les mêmes normes d'hygiène et de sécurité des locaux, de qualification du personnel et d'encadrement des enfants que les crèches publiques (définies par un décret du 1er août 2000), et de pratiquer les mêmes tarifs (voir ci-dessous), l'entreprise qui crée une crèche peut obtenir de la Caisse d'allocations familiales (CAF) une aide représentant 80 % des frais de création, dans la limite de 10 000 € par place. La CAF verse, par ailleurs, une participation aux frais de fonctionnement, complétant celle des parents à hauteur de 66 %, l'entreprise n'en supportant donc que 34 %. De plus, sur le plan fiscal, cette charge résiduelle est totalement déductible du bénéfice imposable de l'entreprise, et elle est allégée, en outre, par un "crédit d'impôt famille" égal à 25 % des dépenses de création et de fonctionnement de la crèche. Enfin, l'entreprise peut signer un "contrat enfance entreprise" avec la CAF, qui lui rembourse alors 50 % de sa dépense d'exploitation, nette d'aides et d'impôts. Au final, le coût net pour l'entreprise, par an et par place serait de 1 800 à 3 600 €, le haut de la fourchette correspondant au cas où des locaux spécifiques ont été construits, et dont l'amortissement entre dans les charges de fonctionnement.

Bien que l'obstacle financier soit ainsi réduit, "ouvrir une crèche reste un projet complexe, long et qui demande des compétences spécifiques," souligne Céline Jacquet, chargée de communication de Iziy, les Enfants d'abord

Cette société de conseil née en 2003 se qualifie de "facilitateur de crèches", un nouveau métier qui compte aujourd'hui une quinzaine de représentants tels que People & Baby (crèche Total), Les Petits Chaperons rouges, La Part de rêve, Crèche attitude, Bébébiz... Il consiste à aider au montage de projets de crèches mono-entreprise, interentreprises ou associant plusieurs partenaires publics et privés (des entreprises et des collectivités locales, par exemple, plusieurs PME et la mairie dans une petite commune). À cette fonction de conseil, la plupart de ces entreprises (ce n'est pas le cas de Iziy) ajoutent aussi celle de gestionnaire de crèche, une fois le projet réalisé. Ce qui évite aux entreprises initiatrices du projet d'avoir à s'en charger, et à leurs salariés d'être confrontés à leur employeur en cas de problème concernant la crèche.

Les crèches interentreprises ont la cote.

Une vingtaine de crèches privées ou associant public et privé ont ainsi vu le jour depuis 2004, et une centaine de projets seraient en cours. Un démarrage certes lent, mais il faut tenir compte des 6 mois à 1 an (voire 2 ans) nécessaires pour développer un projet. Les crèches interentreprises, associant ou non des collectivités locales, sont pour l'instant les plus nombreuses, comme celle du parc d'affaires Silic (55 places) à Rungis (94), ou, à Clichy (92), celle de 60 places destinée aux salariés de Gaz de France, PSA Peugeot Citroën et Gaselys, accompagnées par les Petits Chaperons rouges. La province n'est pas en reste, avec, en Haute-Garonne, deux crèches signées Bébébiz, l'une sur la zone d'activités de Basso-Combo à Toulouse (50 places) associant Siemens, Freescale, Silogic, On semiconductor et la mairie de Toulouse, l'autre associant l'hypermarché Leclerc de Roques-sur-Garonne et la communauté de communes d'Axe sud. D'autres secteurs qui pratiquent des horaires décalés et emploient une main-d'œuvre féminine importante se lancent aussi. C'est le cas, en Ille-et-Vilaine, de deux entreprises agroalimentaires (SVA Jean Rozé à Vitré et Triballat à Noyat-sur-Vilaine) dont les projets ont été montés par Iziy. "Il n'y a pas de règle quant à l'initiative de ces projets", remarque Claire Romanens, directrice générale de Bébébiz. Elle émane des salariés, par le bais du comité d'entreprise ou des délégués syndicaux, des directions générales ou des directions des ressources humaines. Chacun peut en effet y trouver son intérêt.

Fidéliser le personnel et lutter contre l'absentéisme.

"La crèche d'entreprise favorise une meilleure adéquation entre vie professionnelle et vie familiale et contribue à réduire l'absentéisme," souligne Daniel Croquette, délégué général de l'Association nationale des directeurs et cadres de la fonction personnel (ANDCP). "C'est un outil de fidélisation du personnel, qui s'adresse aussi bien aux ouvriers, aux employés qu'aux cadres, ajoute Christophe Durieux, P.-D. G. de People & Baby. Et un plus lorsque, comme Total, une entreprise veut développer le recrutement féminin." Quant aux parents, ils apprécient de cumuler les avantages de la crèche mode de garde collectif avec des horaires adaptés aux leurs : 8 h - 20 h par exemple pour les crèches Total et GDF / PSA, 6 h 45 à 22 h pour la SVA Jean Rozé, 6 h - 21 h pour Leclerc. Les Globe trotteurs de Roissy (Crèche attitudes) sont même ouverts de 5 h à 20 h du lundi au vendredi et de 7 h à 17 h les samedi et dimanche.

Difficile de trouver le mode de garde idéal.

Mais ces rythmes sont-ils adaptés aux tout-petits, soumis, en plus, au même trajet domicile-travail que leurs parents ? "Ce temps de transport, s'il est raisonnable, est aussi un moment passé avec son enfant", tempère Emmanuelle Tua, responsable pédagogique des Petits Chaperons rouges. "Et nous constatons que le temps de présence des enfants à la crèche ne dépasse pas 9 heures, alors que les CAF recommandent qu'elle n'excède pas 10 heures." Il reste, bien sûr, que la crèche d'entreprise, pas plus que les autres, n'accueille les enfants lorsqu'ils sont malades. Et surtout, que ce système lie emploi et mode de garde : les parents qui démissionnent ou sont licenciés perdent du même coup leur place en crèche. Certains gestionnaires, comme People & Baby, prévoient cependant dans le contrat conclu avec l'entreprise que ces parents puissent disposer d'un délai de 3 mois minimum pour trouver une autre solution. Ces nouvelles crèches d'entreprises ne sont donc pas la panacée, mais elles complètent utilement l'offre existante. Il leur reste à préciser leurs modes de fonctionnement et à assurer leur pérennité.

Dominique Sicot


Mots-clés :

CRECHE , ENFANT , ENTREPRISE , GARDE D'ENFANT




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