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Séniors : réviser son habitat pour ses vieux jours

Janvier 2009
Le Particulier pratique n° 342, article complet.
Auteur : SARGIS (Marise)

Le vieillissement de la population nourrit tout un marché de la dépendance. Une foule d'équipements rivalisent aujourd'hui, et en faire le tri devient problématique. Entrée dans l'univers de l'accessibilité, où nous ont guidés ergothérapeutes et architectes spécialisés.

Des escaliers à grimper, un grand jardin à tondre, une habitation isolée finissent par peser quand la raideur de l'âge limite les déplacements. “J'ai mis quelques années avant de convaincre mon père, souffrant des genoux et âgé de 75 ans, de déménager de sa maison à étages pour gagner un appartement avec ascenseur en centre-ville”, témoigne une ergothérapeute. Dans les faits, accomplir cette démarche est rare. “La plupart des gens souhaitent rester dans leur maison ou leur appartement, ou n'ont pas les moyens de changer et doivent aménager leur intérieur avec toute une gamme d'aides techniques”, ajoute Barbara Pereira, ergothérapeute à Escavie.

Un logement accessible doit être de plain-pied, équipé, dans la cuisine, d'un plan de travail de 80 cm de haut permettant d'œuvrer debout et assis, d'une douche à l'italienne au ras du sol, d'un lavabo à fond plat à hauteur variable, de volets roulants motorisés ; les portes auront 83 cm de large pour autoriser le passage d'un fauteuil roulant et les pièces humides des revêtements de sols durs et antidérapants... Ce domicile fait pour y demeurer le plus longtemps possible, situé de préférence en centre-ville, devrait idéalement être choisi bien avant que surviennent les problèmes. Pionnier en la matière, le cabinet d'architecture Joly étudie, depuis 20 ans, l'accessibilité des logements (voir encadré p. 45).

Grâce à la loi du 11 février 2005, la réglementation a évolué. Depuis 2007, toutes les copropriétés et les maisons individuelles neuves doivent obéir aux normes d'accessibilité concernant les circulations extérieures et les parties communes fixées par l'arrêté du 1er août 2006. Depuis 2008, les appartements neufs avec balcon, terrasse, loggia d'une profondeur de plus de 60 cm doivent disposer d'un accès sans seuil à partir d'une pièce de vie. En 2010, leurs salles de bains devront pouvoir être transformées ultérieurement en douches accessibles. ­Globalement, dans tout l'habitat neuf (maisons à louer ou à vendre et appartements), la circulation intérieure deviendra possible en fauteuil – ou sera susceptible de l'être avec des aménagements simples. Dans les immeubles de moins de trois étages comptant plus de 15 logements en étage, il faudra prévoir un espace où aménager ultérieurement un ascenseur. Les établissements recevant du public sont également concernés.

La France favorise l'aide à la personne plutôt que l'aménagement de l'espace.

“Il serait judicieux de faire des campagnes publiques pour la prévention des chutes, en insistant simplement sur le chaussant et le sol dégagé, sans tapis ni fils. Chaque chute devrait faire l'objet d'un questionnaire poussé par le médecin traitant pour en comprendre la cause et pouvoir empêcher la suivante”, préconise une ergothérapeute. C'est souvent après l'accident, au cours d'une hospitalisation, que l'on consulte ces professionnels.

Les ergothérapeutes aident les personnes handicapées à acquérir ou à recouvrir un maximum d'autonomie dans leur vie quotidienne. Pour remédier au déclin fonctionnel de l'âge, le spécialiste recourt à une série d'aides techniques. De plus en plus souvent, il propose des aménagements dans la maison, avec l'avis d'un architecte quand ceux-ci touchent au bâti. Avec les obligations prévues par la loi de 2005, les constructeurs se mettent à solliciter le regard de ces ergothérapeutes. L'Office public d'aménagement et de construction (Opac) de Paris fait systématiquement appel à eux pour traiter les demandes d'aménagement de domicile.

Dans le cadre d'une perte d'autonomie, les plus de 60 ans peuvent, depuis 2002, prétendre à l'attribution d'une allocation personnalisée d'autonomie (Apa), calculée en fonction du degré de perte d'autonomie (six degrés) et des ressources de la personne. Les dossiers sont gérés par les conseils généraux, qui ont des équipes de travailleurs sociaux. Les ergothérapeutes sont donc rarement sollicités. “Actuellement, dans le cadre du maintien à domicile, le problème vient de ce que les fonds de l'Apa sont engloutis par l'aide humaine à domicile, qui est la solution unique retenue par le système français, dénonce Élisabeth Hercberg, consultante en ergothérapie. Or, on sait qu'il faut raisonner de manière pluridisciplinaire.”

La consultation d'un ergothérapeute en libéral pour un aménagement de domicile n'est pas remboursée. Ces professionnels exercent donc plutôt dans les hôpitaux, les centres sociaux, les centres d'information et de conseil sur les aides techniques (Cicat) et les Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH), créées depuis 2005 pour les moins de 60 ans. En cabinet, les honoraires sont libres. Ceux qui adhèrent aux instances professionnelles (Synfel-Ergolib ou Association nationale française des ergothérapeutes [Anfe]) s'engagent à appliquer les tarifs suivants : 41 €/h en cabinet et 52 €/h au domicile du client (déplacement de moins de 20 km). Un diagnostic sur place pour un aménagement des lieux – qui nécessite 2 h d'étude et la rédaction d'une synthèse indiquant les matériels et les cotes retenues, afin de permettre à la personne de traiter avec les artisans et de choisir l'équipement chez un revendeur médical – se facture en région parisienne dans les 270 €, et environ 350 € s'il faut une modification du bâti et l'intervention d'un architecte.

Un coaching geste par geste

Les ergothérapeutes libéraux souhaitent que leurs prescriptions soient reconnues et prises en charge par la Sécurité sociale. Dans le régime actuel, seuls les médecins rééducateurs qui travaillent dans les centres de rééducation fonctionnelle, destinés à accueillir les personnes en phase de posthospitalisation, sont habilités à prescrire des équipements médicaux. Mais hors hospitalisation, le grand public n'a pas accès à ces spécialistes.

Le rôle de l'ergothérapeute est aussi d'apprendre aux personnes les compensations gestuelles d'une faiblesse musculaire, d'une déficience articulaire... Par ­exemple, comment se relever d'un fauteuil sans utiliser ses triceps mais en gardant les pieds au sol de façon à basculer la tête et les épaules vers l'avant, ce qui entraîne le corps dans la bonne direction.

Apprendre à faire autrement

Les trois-quarts des articles préconisés par les ergothérapeutes sont puisés dans le commerce, tels le stylo à grosse prise munie d'un grip, le four multifonction haut de gamme à tiroirs coulissants, l'aspirateur robot, la tondeuse à gazon autoportée, le robinet mitigeur, voire à détection de présence infrarouge, le meuble desserte de cuisine à roulettes, le rasoir à légumes qui ne sollicite pas le pouce, l'ouvre-boîte électrique tout automatique, etc. “C'est beaucoup plus facile d'accepter l'aide technique quand elle est adoptée par tout le monde et ne stigmatise pas”, constate Laurence Koch, de l'Anfe. Une personne souffrant d'une arthrite avancée a tout intérêt à opter pour un poussoir de chasse d'eau large, et à éviter le modèle à tirer ou celui à économies d'eau avec deux poussoirs lilliputiens.

Les aides plus spécifiques ne sont utilisées que par un public restreint : ouvre-verrou, presse-tube, pince à long manche pour ramasser un objet sans se baisser, enfile-chaussettes, etc. De même, l'enfile-bouton “ne convient qu'à des personnes ayant des problèmes de sensibilité tactile, pas à des mains arthrosiques. Je le fais essayer, pour finir par leur expliquer comment faire autrement. Plus l'âge avance, moins il est évident de modifier ses habitudes gestuelles”, témoigne Barbara Pereira. Ou encore le rehausse-W.-C., inadapté à une personne de petite taille : une fois qu'elle y est juchée, elle risque de tomber. “Un artisan peut à la place aménager un socle à la base des W.-C.”, ajoute Paul Joly, architecte.

Du bon usage de la barre d'appui

L'âge venant, la première aide que l'on achète pour faciliter les transferts, c'est la barre d'appui. Dans les catalogues, l'offre est gigantesque. Il en existe à tous les prix, de toutes les dimensions et couleurs – même de jolies (comme celles de Hewi). Les ergothérapeutes déplorent qu'elles soient souvent mal posées, voire dangereuses quand pour les attraper il faut se déséquilibrer. “éviter l'inox, matériau froid et glissant proposé par les plombiers ou les magasins de bricolage, et optez pour des gaines en plastique de qualité et des fixations en rapport avec le poids de la personne et le matériau de construction”, insiste Barbara Pereira. L'orientation de la barre est également fondamentale, et se choisit en fonction de la taille de l'utilisateur et de son besoin. “Il faut mettre le candidat en situation et repérer ses appuis naturels, c'est du bon sens”, ajoute Élisabeth Hercberg.

Illusoire baignoire à porte

Certaines aides techniques sont chères et inadaptées. Les publicités montrent des baignoires à porte qui permettent de bénéficier du crédit d'impôt. “Cet équipement a été créé à l'origine pour les malades en milieu médical, pour les grands brûlés notamment, et utilisé avec une équipe soignante autour, et dans une pièce chauffée à 50 °C”, explique Paul Joly. Les ergothérapeutes déconseillent ce dispositif. “Il exige la capacité d'enjamber et de se relever un minimum. De plus, la personne se refroidit le temps que la baignoire se remplisse d'eau puis se vide, c'est très décevant à l'usage”, souligne une ergothérapeute exerçant dans l'Hérault, qui précise que, dans les maisons de retraite où elles sont installées, ces baignoires s'utilisent, en fait, en douches. Leurs prix sont, de surcroît, extravagants. “Je viens de voir passer un devis de 5 000 € pour cet équipement, sans les frais de pose 

”, s'étonne une ergothérapeute. Une douche à l'italienne de plain-pied, bien plus appropriée, coûte moins de 3 000 €. Et même pour les inconditionnels de l'immersion, d'autres systèmes existent, moins onéreux, comme le fauteuil élévateur, qui remplit parfaitement son rôle sans la contrainte du refroidissement, pour environ 700 € (voir le schéma p. 48-49).

Quant au monte-escalier (voir LPP n° 338), certes il peut constituer une solution, à condition de veiller à ce qu'il soit vraiment bien conçu, ce qui n'est pas toujours le cas. Là encore, il est recommandé de demander conseil à un professionnel pour ne pas regretter un investissement important (évalué au minimum à 5 000 € pour un escalier droit et à 10 000 € le modèle à virage). Les ergothérapeutes peuvent également vous indiquer le revendeur de matériel médical de proximité qui assurera les réparations et l'entretien de votre installation.

Avant de choisir, testez

L'idéal est de pouvoir essayer à l'avance l'équipement que l'on vous recommande. Toutefois, il reste très difficile de trouver un revendeur de matériel médical acceptant de se déplacer au domicile des clients pour une démonstration. Et les pharmaciens, qui ne sont pas suffisamment informés sur ce type de produits, sont rarement de bons interlocuteurs. Mieux vaut s'adresser à l'ergothérapeute d'un Cicat pour se renseigner, choisir les matériels, connaître les revendeurs de proximité.

Le Cicat de Paris, spécialisé dans le handicap moteur (Escavie, 01.40.05.67.51), dispose d'un show-room où une large panoplie d'équipements peuvent être testés. Une consultation gratuite d'environ 2 h avec un ergothérapeute est possible sur rendez-vous. Les adresses des 28 Cicat qui subsistent en France sont consultables sur le site Internet de la Fédération nationale des Cicat (fencicat.fr).

Marise Sargis


Mots-clés :

ALLOCATION PERSONNALISEE D'AUTONOMIE , APA , CREDIT D'IMPOT , DEPENDANCE , PERSONNE AGEE , TRAVAUX




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