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Il faut préserver les concierges à la française (Interview)

Il faut préserver les concierges à la française (Interview)
Mars 2007
Le Particulier Immobilier n° 229, article complet.
Auteur : BERTRAND (Marianne)

Le point de vue de Roselyne de Villanova, Sociologue, chercheuse à l'IPRAUS(1).

LPI : Vous avez codirigé une enquête(2) au niveau européen portant sur les gardiens d'immeubles. Les concierges français travaillent-ils comme leurs homologues étrangers ?

R de V : Non, le travail des concierges ou gardiens français est assez différent, pas tant au niveau des tâches concrètes qu'ils effectuent que de leur rôle, parce qu'ils exercent leurs activités en occupant une loge. Dans les autres capitales européennes où l'enquête nous a conduit, le concierge habite soit un appartement dans la résidence elle-même, soit carrément à l'extérieur. Notre modèle n'est guère répandu et les loges milanaises, assez comparables aux nôtres, disparaissent progressivement. A Barcelone, le gardien, dans la plupart des cas, ne dispose que d'un comptoir dans le hall. Ce lieu d'accueil n'existe même pas à Londres, où le gardien, joignable par téléphone portable, arpente à longueur de temps la résidence. Quant à Oslo, c'est un système mixte qui a pris le pas : les copropriétaires font largement appel à une société extérieure, le "vaktmester", pour le nettoyage, tout en se répartissant entre eux les autres tâches dévolues aux concierges. Si bien qu'au final, les concierges français se distinguent de tous leurs voisins.

LPI : Peut-on encore parler de spécificité française, alors que les concierges subissent aujourd'hui de plein fouet la concurrence des sociétés de services extérieures ?

R de V : Il est vrai que le nombre de concierges a considérablement baissé en France. Ils étaient encore 85 000 dans la capitale à la veille de la seconde guerre mondiale, selon les chiffres de l'Insee, pour chuter à 24 000 cinquante ans plus tard. Mais depuis la fin des années 1990, ils sont en augmentation régulière, si bien que leur nombre oscille, au vu des dernières estimations, entre 26 000 et 30 000. Preuve que la profession n'est pas en voie de disparition...

Pour autant, il ne faut pas se voiler la face. Quand il y a un arbitrage à faire dans une copropriété confrontée à une inflation de charges, on songe d'abord à supprimer le poste de concierge. A supposer que les copropriétaires se mettent d'accord en assemblée générale pour vendre la loge et puissent rompre sans difficultés le contrat de travail. Reste que l'écart de coût entre un gardien traditionnel et des sociétés prestataires n'est pas aussi criant qu'on pourrait le croire. D'autant qu'il faut tenir compte des économies indirectes générées par de petites réparations dans les parties communes, sans compter la multitude de menus services rendus par un concierge sur place – repassage, garde d'enfants, dépôts de clés, stockage de colis, etc. Autant de tâches qui dépassent largement le cadre contractuel de ce qui est devenu un métier à part entière, avec des missions et une grille de salaire spécifiques. Par ailleurs, une société extérieure facturera, en cas de besoin, toute intervention supplémentaire, ce qu'il faut intégrer dans la balance.

LPI : Ces à-côtés ne participent-ils pas aux relations ambiguës qu'entretiennent au final les copropriétaires avec les concierges ?

R de V : Nombre de copropriétés, qui ont fini par se séparer de leur gardien, regrettent d'avoir fait appel à des sociétés de services. Pas pour le nettoyage, encore qu'il puisse laisser à désirer lorsqu'il est effectué par des équipes tournantes. Mais pour la présence humaine, irremplaçable. Le concierge se révèle, du moins dans le cadre ­de bonnes relations de voisinage, un véritable intermédiaire social entre les habitants. Il est, dans tous les cas, une courroie de transmission qui facilite la vie au quotidien et sert d'interface avec le syndic. Rien de comparable, lorsque les tâches sont réparties entre plusieurs prestataires ­s'abritant derrière une personne morale, ce qui crée volontairement une distanciation physique et mentale, laquelle s'avère pénalisante pour la vie de l'immeuble.

LPI : Dans une optique de réduction des charges de copropriété, est-il opportun d'envisager une solution médiane, à savoir recruter à temps partiel un concierge habitant à l'extérieur de l'immeuble ?

R de V : Nous avons recueilli le témoignage d'une copropriété qui, s'étant défaite de sa concierge, s'est ensuite ravisée en demandant son rappel à mi-temps. Indépendamment de cette situation un peu caricaturale, c'est effectivement une solution retenue dans nombre de petites copropriétés, où il est bien plus difficile d'amortir le poste de concierge que dans un grand ensemble. Le gardien, embauché à temps partiel sur une base horaire, partage ses journées entre deux ou trois immeubles contigus dont il habite l'une des loges, si bien qu'il y a toujours une présence, même si c'est dans un espace de voisinage élargi. Un mode d'organisation qui fonctionne d'ailleurs avec succès en HBM (ndlr : habitations bon marché, ancêtres des HLM) et en HLM, où il existe une loge par groupe d'immeubles.

LPI : Ce système de gardiennage par groupe d'immeubles est pourtant en train d'être remis en cause dans le parc HLM...

R de V : Il est en effet envisagé, à titre expérimental, de remplacer les gardiens HLM par des "chargés d'immeuble" qui assureraient la partie administrative, pour tout ce qui se rapporte à la gestion collective, et par des "employés d'immeubles", qui seraient en charge du nettoyage des parties communes et de la sortie des poubelles. Mais pour l'instant, il ne s'agit que d'une réorganisation menée à ­l'échelle de quelques sites parisiens et qui va d'ailleurs à l'encontre du discours de l'ensemble des offices HLM. Si elle était amenée à s'étendre, il ne faudrait pas que, sous couvert d'une rationalisation des métiers, l'on aille à l'opposé de la notion de proximité. Le concierge doit toujours être dans l'escalier...

 

(1) Institut parisien de recherche : architecture, urbanistique et société (laboratoire du CNRS de l'Ecole nationale supérieure d'architecture de Paris-Belleville et de l'université Paris-X-Nanterre)

(2) Loges, concierges et gardiens - enquêtes en Europe , sous la direction de Roselyne de Villanova et Philippe Bonnin, éditions Créaphis, 288 pages, 35 euros.


Mots-clés :

CONCIERGE , GARDIEN D'IMMEUBLE




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