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Emanations de peinture : rafraîchir ses murs et s'intoxiquer aux solvants ?

Février 2009
Le Particulier pratique n° 343, article complet.
Auteur : FRANCISCO (Sylvie)

Les peintures sans odeur : de faux amis...

On commençait à respirer avec les nouvelles peintures sans odeur, et voilà que l'on nous explique que malgré des teneurs en solvants inférieures, elles seraient aussi polluantes à long terme, voire davantage.

Les peintures sous écolabel : pas si saines...

Les peintures écolabellisées garantissent des composants moins toxiques que dans les versions classiques.

Mais leur taux de composés organiques volatils (COV), les fameuses émanations cancérigènes, est encore très élevé pour le label NF Environnement.

Les peintures naturelles : avec précautions

Avant de se mettre à badigeonner de la chaux, une réflexion s'impose. Manipulation difficile, encrassement record, retour en arrière impossible... Existe-t-il des produits vraiment sains chez le marchand de couleurs ? Découverte...

Toute peinture comporte un liant (résine, gomme, huile naturelle ou synthétique) qui durcit au contact de l'air, des solvants servant à le liquéfier et des additifs (charges, pigments, plastificateurs, etc.) qui déterminent le pouvoir couvrant, la texture, la teinte, la résistance à l'humidité et à l'abrasion... Les solvants utilisés dans les peintures synthétiques sont des molécules très volatiles dérivées du pétrole (hydrocarbures). Comme d'autres gaz à effet de serre, ils contribuent à la formation d'ozone et de pluies acides. Par ailleurs, ils sont inflammables et explosifs. Suivant les cas, ils s'avèrent très irritants pour les yeux, les muqueuses, la peau, ou nocifs pour le cerveau, le foie, les reins, les poumons, les nerfs, la moelle osseuse, la peau et les testicules. Beaucoup sont reconnus comme mutagènes, cancérigènes ou toxiques pour la reproduction... Les effets d'une brève exposition à de fortes doses sont aujourd'hui assez bien identifiés, mais pas ceux d'une exposition prolongée à de faibles doses. Le phénomène de “relargages” (émissions continues dans les jours, les mois, les années qui suivent l'application) justifierait pourtant la conduite d'études sanitaires.

Depuis le 1er janvier 2007, la réglementation européenne limite le taux de composés organiques volatils (COV) à 75 g/l dans les peintures intérieures mates en phase aqueuse, et à 400 g/l pour celles en phase solvant – ce taux devant désormais être clairement indiqué sur l'emballage. En 2010, le seuil admis tombera à 30 g/l au maximum pour l'ensemble des peintures intérieures, ce qui devrait entraîner la disparition d'un grand nombre de produits en phase solvant (les laques, notamment).

Faut-il éviter les peintures à l'huile ?

On distingue les peintures synthétiques en phase solvant (dites “à l'huile”, ou glycérophtaliques) de celles en phase aqueuse (dites “à l'eau”, latex ou acryliques). Les premières sont notoirement néfastes à l'environnement et à la santé du fait de leur très forte teneur en solvants. Ceux-ci émettent, en effet, des COV, au moment de l'application (de 350 à 700 g/l selon qu'il s'agit de peintures mates ou brillantes), mais aussi après séchage. Outre les émanations persistant à la surface du revêtement, les supports poreux (plaques de plâtre, béton cellulaire, etc.), les moquettes, tissus, papiers peints, dalles acoustiques isolantes... jouent un rôle de réservoir : ils captent les COV lors de l'application, puis les relarguent progressivement dans l'atmosphère, dans les jours, voire les semaines ou les mois, qui suivent.

La peinture à l'eau est-elle moins nocive ?

Les peintures synthétiques en phase aqueuse contiennent moins de solvants que les glycéros. Elles dégagent donc moins de COV sur le coup (100 g/l pour les peintures mates, par exemple), mais en émettent plus longtemps. Là encore, gare aux matériaux environnants qui piègent, puis relarguent de manière continue ces gaz toxiques 

Ce phénomène est ici aggravé par l'absence d'odeur, qui tend à faire oublier la nécessité de bien aérer le local pendant et après l'application. Autre problème des peintures en phase aqueuse : elles comportent des cosolvants (ou solvants secondaires) et des agents de coalescence qui, certes, diffusent peu de COV, mais n'en sont pas moins toxiques, irritants, allergisants, mutagènes et cancérigènes. Citons, notamment, les éthers de glycol, les amines aliphatiques, le formaldéhyde, l'acétaldéhyde.

S'il n'y a plus de plomb, reste-t-il encore des métaux lourds ?

Qu'elles soient en phase solvant ou en phase aqueuse, les peintures synth­étiques ­comportent souvent, comme pigments ou additifs, des métaux lourds ou des gaz toxiques pour la santé : cobalt, chrome (hexavalent), mercure, arsenic, zirconium, etc. Difficile de savoir lesquels sont présents dans telle ou telle marque, dans quelles proportions, avec quel risque d'interaction avec la couche d'accrochage, la cire ou le glacis protecteur puisque les industriels se retranchent derrière le sempiternel secret de fabrication et l'absence d'obligation légale pour taire la composition exacte de leurs produits. On ne trouve plus de plomb ni de cadmium, interdits depuis longtemps, mais ces deux métaux lourds continuent de nuire à travers les peintures appliquées avant les années 1970 (risque d'inhalation de poussières lors du ponçage ou du décapage, ou encore d'ingestion d'écailles par les jeunes enfants).

Et les peintures “faiblement émissives” ?

Hormis les peintures en phase solvant et celles en phase aqueuse, on trouve parfois des peintures synthétiques dites “alkydes en émulsion” ou “faiblement émissives”– commer­cialisées depuis plus de 10 ans dans les pays scandinaves, elles commen­cent à peine à l'être en France. Elles ne sont pas non plus inoffensives, mais constituent un net progrès en matière de COV. Elles contiennent, en effet, peu ou pas de solvants (de 0,01 à 0,30 %, au lieu des 3 à 5 % pour les peintures classiques en phase aqueuse).

Qu'est-ce qu'une peinture naturelle ?

Les peintures naturelles ne font l'objet d'aucune définition officielle. Certains fabricants se prévalent de ce qualificatif au motif que tous les composants de leurs produits sont d'origine naturelle. Or, naturel ne signifie pas inoffensif. Le pétrole et ses dérivés, certains gaz, métaux (plomb, mercure) et minéraux (chrome hexavalent, arsenic) peuvent y être présents, alors qu'ils sont dommageables à l'environnement et à la santé. Vérifiez bien sur l'emballage la composition exacte (ou contactez le fabricant), car même les huiles ou essences végétales (huiles de lin, de soja ou de ricin, par exemple) et les terpènes d'agrumes peuvent provoquer des allergies. Il semble, toutefois, que le pouvoir allergisant dépend de la provenance de la substance, des transformations chimiques subies et des interactions avec d'autres matières naturelles ou synthétiques.

Que garantissent les écolabels ?

Certaines peintures synthétiques affichent un label de certification écologique : écolabel européen, NF Environnement (délivrés par l'Afnor Certification en France), Ange bleu, Öko-Test, Natureplus (labels allemands), etc., chacun ayant ses propres exigences et garanties. NF Environnement, par exemple, assure l'absence de métaux lourds toxiques, d'éthers de glycol sous la forme EGME, EGEE, EGMEA, EGEEA (et bientôt DEGEE, DEGDME, TEGME, TEGDME, EGBE) et de divers plastifiants. Il admet, en revanche, quelques substances dangereuses, jusqu'à 0,50 % d'hydrocarbures aromatiques (contre 0,15 % pour l'écolabel européen), ainsi qu'un taux maximal de COV de 100 g/l (contre 30 g/l pour l'écolabel européen). Si elle est moins polluante que les synthétiques classiques, une peinture écolabellisée n'est donc pas totalement saine.

En fait, les peintures les moins nocives (en l'occurrence les versions naturelles sans dérivés pétroliers ni métaux lourds) ne sont pas écolabellisées. Pour des raisons techniques, si elles sont réalisées, au moment de l'application, par l'utilisateur, qui mélange dans l'eau les différents composants naturels (caséine, chaux, pomme de terre, etc.), elles ne peuvent être soumises à des tests préalables. Pour des raisons financières et commerciales dans le cas des peintures naturelles industrielles, car les PME qui les conçoivent manquent de moyens pour supporter le coût d'une certification et/ou refusent que leurs peintures soient assimilées aux produits synthétiques écolabellisés, encore trop polluants par rapport aux leurs. Signalons que les marques de peintures synthétiques commercialisent généralement une seule version écolabellisée et profitent de la confusion du consommateur, tandis que la plupart des fabricants de peintures naturelles non nocives en proposent une gamme complète, y compris des laques, des lasures, voire des vernis et des cires.

Que contiennent les peintures vraiment saines ?

Les peintures naturelles en poudre (à base de chaux aérienne éteinte, de craie, d'argile, de silicates, de cire ou de gomme naturelles, etc.) et utilisant l'eau comme unique solvant sont saines. Du moins dans la mesure où n'y sont pas ajoutés des métaux lourds, des conservateurs, des siccatifs, des plastifiants synthétiques, des fongicides chimiques ou des substances émettant du formaldéhyde, de l'acétaldéhyde ou de l'ammoniaque. Ces peintures laissent respirer le support, ne coulent pas, dégagent une odeur agréable et offrent un très bon pouvoir couvrant. Leur prix est plus avantageux qu'il n'y paraît, mais difficile à comparer, car énoncé au litre, tandis que les fabricants de peintures synthétiques l'indiquent au kilo. Cela dit, des précautions d'emploi sont parfois nécessaires selon les composants. La chaux, par exemple, très appréciée pour ses qualités respirantes, bactéricides et fongicides, peut provoquer des brûlures cutanées lors de la mise en œuvre. Par ailleurs, les peintures naturelles les plus saines présentent une moindre résistance à la salissure, et exigent donc des rafraîchissements plus fréquents. Enfin, toutes n'admettent pas, par la suite, d'être recouvertes par d'autres types de peintures ou de revêtements.

Sylvie Francisco


Mots-clés :

BRICOLAGE , ECOPRODUIT , PEINTURE , PRODUIT DANGEREUX , TRAVAUX




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