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Vente aux enchères : un bon circuit pour vider une maison

Vente aux enchères : un bon circuit pour vider une maison
Mars 2009
Le Particulier pratique n° 344, article complet.
Auteur : SARGIS (Marise)

Lavabo, machine à laver, cabriolet Louis XV..., tout se vend aux enchères. à l'heure d'Internet, on peut y préparer sa vente, y faire ses estimations et proposer ses biens à un large public. De la salle des ventes à eBay...

Un déménagement à l'étranger, un divorce, une période de chômage, le décès d'un proche ou son départ en maison de retraite, chacun peut avoir, dans sa vie, à vendre une maison entière avec tout son équipement et son mobilier. Comment, alors, se débarrasser de tout cela au meilleur prix et, parfois, au plus vite ? Il existe quatre circuits, ayant chacun ses particularités, qui peuvent, plus ou moins, se combiner.

Brocanteurs, antiquaires et commissaires-priseurs

Ces professionnels de l'occasion acceptent de se rendre à domicile à condition que ce soit à proximité. Le brocanteur inspecte l'ensemble et propose un prix de rachat global. Il évalue, en son for intérieur, les belles pièces (fauteuil Louis XV, tableau d'un petit maître du xixe...), intègre le coût du service de désencombrement (le temps passé, le transport, le stockage...), puis fait le total avant de présenter une offre. “Si le brocanteur estime, par exemple, le tout à 10 000 €, il annoncera 7 000 €, qu'il faut considérer comme la rémunération de l'ensemble de la prestation”, confie un brocanteur de Seine-et-Marne. L'intérêt pour le vendeur est de régler définitivement l'affaire et d'empocher un chèque immédiatement.

L'antiquaire se déplace aussi, recherche les belles pièces pour les revendre, mais n'enlèvera pas lui-même le reste de la marchandise. Si aucun objet n'a de valeur, il repartira sans rien prendre. En revanche, si certains l'intéressent, pour gagner le marché, il sous-traitera auprès d'un brocanteur de son réseau le débarras du mobilier restant. Le prix sera global, et le vendeur payé comptant.

Brocanteurs et antiquaires font l'avance de trésorerie, stockent et revendent au meilleur moment, mais peuvent s'avérer de fieffés négociateurs, surtout si le client ignore la valeur marchande de ses biens. L'avantage de cette formule pour le vendeur est de liquider l'affaire rapidement et de faire vider la maison, mais en renonçant à connaître la valeur réelle de chaque pièce. “Les gens ­vendent facilement aux brocanteurs, puis ensuite traînent des regrets”, rapporte un commissaire-priseur.

Le commissaire-priseur se déplace également, mais estime le prix sur l'anticipation d'une vente future. Les frais de transport demeurent à la charge du vendeur, à moins, comme cela se pratique en province, d'organiser une vente sur place. Un commissaire-priseur n'écoule pas uniquement les belles pièces, comme beaucoup le pensent à tort. Les ventes courantes concernent les meubles et les objets usuels provenant des débarras. Même Drouot a un département de ce type à Paris (64, rue Doudeauville).

Le principe de la pochette-surprise

La vente aux enchères est-elle le meilleur circuit pour le tout-venant domestique ? Pas sûr. Certains cartons sont mis à prix, fermés, à 1 €. Un lave-linge presque neuf peut partir à 2 € si aucun enchérisseur n'a dépassé le prix de mise aux enchères, et si le vendeur n'a pas fixé un prix de réserve supérieur. Et l'on n'est pas assuré de tout vendre à la première séance. “20 % des invendus trouvent preneurs aux ventes suivantes”, souligne Anne Richmond de Lamaze, commissaire-priseur à Chamalières. Les sites Internet de petites annonces à prix fixes spécialisés dans l'univers domestique (craigslist, vivastreet, leboncoin.fr, boostime.fr...), certains dépôts-vente très fréquentés ou eBay sont, sans doute, plus rémunérateurs pour les objets très très usuels. Tout dépend du temps que l'on est prêt à consacrer à ce second marché.

En revanche, les belles pièces sont soigneusement mises de côté (ou cataloguées) pour les ventes à thème, qui attirent des collectionneurs très motivés, participant à la renommée de la société de ventes. Celle-ci cherche toujours à battre des records d'adjudication.

Un cérémonial intimidant

En vendant aux enchères, le vendeur récupérera l'argent après l'adjudication et le paiement par l'acheteur. De plus, il devra acquitter des frais compris entre 15 et 20 % du prix. La vente aux enchères – avec ses coups de marteau, ses bougies parfois, l'humour qui fait mouche de “l'homme habilité à diriger les ventes” comme le désigne la loi de 2000 – reste méconnue d'une partie des consommateurs, et intimidante. “Il faut dire au grand public de venir faire estimer ses objets auprès des commissaires-priseurs, qui peuvent faire appel à des experts si nécessaire pour ne pas passer à côté d'une pièce de valeur, il n'y a rien à perdre, l'estimation est gratuite”, déclare Philippe Ancelin, commissaire-priseur à Drouot Estimations. L'estimation orale est gratuite, comme il est d'usage. Elle devient payante s'il faut la coucher par écrit. Aujourd'hui, beaucoup viennent consulter avec une clé USB et leur inventaire sur photo, quand d'autres continuent d'apporter leur objet.

EBay revendique 80 millions de membres

Le site d'enchères américain, présent dans 39 pays et qui accueille 12 millions de visiteurs uniques par mois, est un autre moyen de se débarrasser des objets d'occasion. Ici, les frais sont minimes, mais il faut tout faire soi-même (voir encadré p. 46)... et connaître quelques ficelles : “Il faut faire en sorte que la fin de la vente aux enchères tombe un week-end, voire le dimanche en fin d'après-midi, un moment de pic, où le plus de clients sont connectés et susceptibles d'enchérir”, note une habituée. Même les articles encombrants ou d'une valeur dépassant les 1 000 € garantis par PayPal trouvent preneur quand le vendeur et l'acheteur ne sont pas trop éloignés géographiquement. Une visite s'organise alors pour voir l'objet, un peu comme l'exposition des marchandises le matin avant une vente aux enchères.

Un certain nombre de commissaires-priseurs considèrent eBay comme un heureux complément des ventes aux enchères publiques. “eBay est parfait pour tous les objets se trouvant dans l'antichambre de la vente aux enchères, par exemple les ­miniatures de flacons de parfum, prisées des collectionneurs, qui peuvent partir à l'unité sur Internet, alors qu'elles s'écouleraient par lots en salle des ventes”, explique Philippe Ancelin. Il en est ainsi de tous les petits articles.

De plus en plus de vendeurs professionnels

En France, la moitié des transactions faites sur eBay le sont à prix fixes, une pratique surtout utilisée par les vendeurs professionnels pour la marchandise neuve (électronique). Pour conforter cette évolution vers la professionnalisation des vendeurs et l'internationalisation des transactions, un système de paiement sécurisé PayPal (racheté par eBay en 2001) garantit le paiement immédiat jusqu'à 1 000 € aux vendeurs via le compte bancaire enregistré lors de l'ouverture du compte. “Le panier moyen sur Internet est de 150-200 €”, indique Christophe Eoche-Duval, secrétaire général du Conseil des ventes volontaires (CVV).

Selon le CVV, qui surveille de près les ventes électroniques, les trois quarts des transactions s'effectuent via PayPal. “Dans la rubrique “Art et antiquités” d'eBay, 70 % des vendeurs sont des professionnels inscrits à la place de marché Rue du Commerce. Certains ont pignon sur rue et complètent leurs revenus ; d'autres, des collectionneurs amateurs, se professionnalisent dans les faits...”, constate l'autorité de régulation, qui considère comme professionnel toute personne réalisant plus de 1 500 € de vente deux mois consécutifs.

Des transactions sans réel contrôle

Le gros problème d'eBay reste l'absence de tiers de confiance dans la transaction. Pas de commissaire-priseur mandaté par un vendeur qui engage sa responsabilité sur l'authenticité de l'objet pendant 5 ans. L'article d'occasion n'entre pas non plus dans le cadre de la loi Châtel, selon laquelle, lors d'une vente à distance, l'acheteur dispose d'un délai de rétractation de 7 jours. Celui-ci doit donc redoubler de vigilance ou avoir bien intégré la logique d'eBay. Une fois l'accord passé, il envoie son chèque au vendeur, qui, à réception, expédie l'objet. En cas de problème, l'acheteur peut se rétracter et, théoriquement, se faire rembourser dans les 30 jours, à condition que le vendeur soit de bonne foi

“Le bons sens commande à l'acheteur de se rendre chez le vendeur pour examiner les objets de valeur, de tenir compte aussi de son évaluation par les internautes et de sécuriser son paiement avec PayPal, qui le garantit en cas de fraude, de non-livraison, de produit non conforme à l'annonce, ce pour un montant à hauteur de 1 000 €”, argumente Catherine Brel pour eBay, qui déconseille d'acheter une voiture, par exemple, un important marché sur eBay, sans s'être déplacé avant.

Marchandises contrefaites ou décrites de manière ambiguë demeurent le principal obstacle pour les acheteurs. Et cette méfiance par rapport aux pièces de valeur constitue un frein pour les biens dépassant la garantie de 1 000 €.

Le droit incertain

Le CVV, gendarme de la profession en tant qu'autorité de régulation des ventes aux enchères, physiques et électroniques, a attaqué en justice ce site leader. “Dans le cadre de notre mission, nous avons assigné eBay en responsabilité civile, estimant qu'il commet une faute en ne respectant pas la loi du 10 juillet 2000 et cause un préjudice moral”, déclare Christophe Eoche-Duval. Se considérant comme simple courtier, eBay a, jusqu'ici, échappé à l'application de cette loi qui assujettit toute société de ventes volontaires à un agrément du CVV.

L'issue de la bataille semble déjà perdre de son intérêt dans la mesure où cette loi va être remise en cause par la transposition de la directive 2006/123/CE du 12/12/2006 relative aux services dans le marché intérieur (dite Bolkestein) avant le 29 décembre 2009. L'agrément des sociétés de ventes volontaires sera remplacé par une simple déclaration où les conditions de sérieux (garanties financières, d'assurances, de compte de tiers) devront être fournies a posteriori. Un allégement dans le contrôle qui inquiète le secteur. Le CVV a ainsi remis un livre blanc le mois dernier au Premier ministre. La France est, en effet, le pays où les ventes aux enchères sont les plus réglementées, et le consommateur le mieux protégé.

“L'avenir des sociétés de ventes volontaires passe, de toute manière, par Internet. Or, la France est en retard par rapport à la Grande-Bretagne à cause d'un problème culturel lié au profil de nos commissaires-priseurs, dont la moyenne d'âge se situe au-delà de 50 ans, qui sont des passionnés d'art souvent peu préoccupés par les technologies”, argumente Henry de Danne, délégué général du Syndicat national des maisons de ventes volontaires (Symev). Le marché tend à se segmenter. “On trouve des clients exclusifs des salles des ventes, d'autres des ventes sur Internet, et un mélange des deux”, poursuit-il.

Une autre segmentation s'opère, qui concerne les marchandises elles-mêmes. “La catégorie des objets de collection, des cartes postales, des livres anciens, bascule de plus en plus vers eBay compte tenu de leur légèreté au transport, et nombre de marchands se plaignent”, rapporte Christophe Eoche-Duval.

L'inéluctable basculement vers Internet

Internet dope tout le secteur des enchères, facilitant la vie du chaland. Il suffit d'un ordinateur et d'une connexion pour consulter le calendrier des ventes partout en France, toute l'année (voir encadré p. 44). Les acheteurs ont accès aux catalogues mis en ligne dans tout le pays ; ils peuvent enregistrer des alertes sur des objets recherchés et, dans certains cas, enchérir grâce à des ventes électroniques (voir encadré p. 45). Il existe même des enchères robotisées. Pour le moment, seule une maison de ventes installée à Bourges pratique ce système, dit “bidding machine”, pour les jouets anciens.

Branchés Internet ou résolument réfractaires, les commissaires-priseurs donnent rendez-vous dans tout l'Hexagone aux amateurs – qui sont invités à venir découvrir leurs salles des ventes, à procéder à des estimations pour ceux qui le souhaitent –, lors du week-end Follement marteau (follementmarteau.com), les 28 et 29 mars. De quoi voir d'un peu plus près ces ventes à la bougie... électroniques ou non.

Marise Sargis


Mots-clés :

INTERNET , MEUBLE , VENTE AUX ENCHERES , VIDE-GRENIER




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