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Comment bien acheter aux enchères ?

Comment bien acheter aux enchères ?
Septembre 2001
Le Particulier n° 946, article complet.
Auteur : MASSONNAUD (Robin)

Vous avez découvert le plaisir de chiner. Après avoir écumé brocanteurs et antiquaires de votre région, vous décidez d'aller tenter votre chance dans les salles de vente. Mais, pour acheter aux enchères en faisant de bonnes affaires, mieux vaut connaître les ficelles du métier.

Vous avez souvent profité de vos week-ends pluvieux sur la côte normande pour chiner. Mais, tout en déambulant entre les armoires de mariage et les cadres dorés à la feuille, il vous a semblé que les prix pratiqués étaient élevés. Pourtant, depuis quelque temps, vous aimeriez décorer votre maison de vieilles commodes et de bibelots anciens. Après tout, l'achat d'antiquités et d'objets d'art est un plaisir qui peut, avec le temps, se révéler un excellent placement. Vous vous posez donc la question de savoir s'il ne serait pas plus judicieux d'acheter en salles de vente, les professionnels s'y approvisionnant, vous avez peut-être une chance de trouver l'objet rare moins cher que dans leur boutique. Mais, vous hésitez. Vous craignez d'acheter des faux ou de surpayer vos acquisitions. Sachez qu'en maîtrisant quelques règles et en prenant certaines précautions, vous pourrez aborder les ventes aux enchères en toute sérénité.

Première étape : s'informer sur les ventes.

La première démarche de tout amateur est de se renseigner sur les ventes qui ont lieu à Paris et dans toute la France. Vous disposez, pour cela, d'un outil indispensable : La Gazette de l'Hôtel Drouot (14 F). Véritable bible du chineur, elle recense les ventes (appelées vacations) du fameux Hôtel situé à Paris, mais également celles organisées en province par tous les commissaires-priseurs de France. On y trouve même de plus en plus fréquemment des ventes à l'étranger. Sa présentation n'est pas toujours d'une grande clarté, mais vous vous y habituerez. La Gazette, qui paraît chaque vendredi dans les kiosques, contient un résumé des ventes de la semaine suivante, avec un descriptif des objets les plus intéressants, ainsi qu'un panorama de celles de la semaine précédente et des principaux prix obtenus. Mais, le plus passionnant pour l'amateur, ce sont les publicités. Toutes les études de commissaires-priseurs y passent, en effet, des annonces abondamment illustrées de leurs prochaines ventes. Une véritable mine de renseignements

En fonction de vos goûts, vous pourrez très vite repérer le thème de la vente – s'il y en a un – ou la commode qui vous intéresse. En dehors de La Gazette, vous pouvez, à Paris, vous procurer gratuitement le calendrier mensuel de l'Hôtel Drouot, mais il se contente d'énumérer très succinctement la nature des vacations et le nom de l'étude. En outre, vous trouverez des annonces de ventes dans toutes les publications traitant d'art. Mais, il s'agit presque exclusivement des grandes opérations de prestige.

Les ventes peuvent être généralistes ou spécialistes.

Vous vous rendrez vite compte qu'il existe deux grands types de vente. Certaines sont généralistes, l'on y côtoie du mobilier de toute période, des tableaux, des céramiques et les objets les plus divers. D'autres sont spécialisées, soit sur une époque, par exemple, l'Art-Déco ou le Moyen Age, soit sur une catégorie de produits : les tableaux anciens ou modernes, la céramique, l'art asiatique ou les bijoux. L'avantage des premières est que chacun peut y trouver son bonheur, mais la marchandise présentée n'est pas toujours de grande qualité. En revanche, dans les secondes, une sélection a souvent été faite et l'amateur éclairé y verra plus facilement des pièces rares, voire exceptionnelles. Si vous avez repéré, sur La Gazette,une vente qui vous intéresse, vous pouvez contacter l'étude afin d'acheter le catalogue. On y trouve, dans un vocabulaire de spécialiste qu'il faut apprendre à décrypter, le descriptif détaillé des lots (voir ci-contre), l'estimation des prix que ceux-ci peuvent atteindre, et les coordonnées des experts. Vous pouvez aussi effectuer votre présélection à l'aide d'Internet, en vous connectant sur le site de La Gazette (gazette-drouot.com), qui diffuse certains catalogues.

Mais nombre de ventes sont dites non "cataloguées". Il n'y a alors aucun descriptif. Ces ventes sont souvent de véritables fourre-tout qui comprennent aussi bien des objets sans valeur que d'autres plus précieux ou plus rares. Elles ne font pas l'objet de publicité dans La Gazette – ou alors de façon très brève – et vous obligent à vous rendre sur place. Mais on peut y faire de très bonnes affaires.

Une règle incontournable : se renseigner sur les objets.

En matière d'antiquités et d'objets d'art, vous ne devez jamais acheter sans avoir vu. C'est pourquoi, pour toutes les ventes, des expositions sont organisées. Un exemple : vous avez repéré une vente de tableaux dans La Gazette qui a lieu le mercredi après-midi. L'exposition des toiles aura lieu la veille, c'est-à-dire le mardi, de 11 heures à 18 heures, et le matin de la vente de 11 heures à 12 heures. Si la vente a lieu le lundi, l'exposition est organisée le samedi.

En province, les ventes les plus intéressantes se déroulent le week-end, et les expositions préalables s'étalent souvent sur plusieurs jours afin de drainer la clientèle locale mais également nationale. L'exposition est une étape fondamentale pour l'amateur débutant que vous êtes. Elle vous permet, pour reprendre un vocabulaire de professionnel, de vous "faire l'œil". Vous n'êtes pas dans un musée, il n'est donc pas interdit de toucher

Ainsi, si une commode vous attire, rien ne vous empêche d'ouvrir les tiroirs, d'examiner son état général, de vous mettre à quatre pattes pour vérifier son châssis... De plus, l'expert est en principe présent, et à votre demande, vous apportera toutes les précisions possibles. Il vous montrera, par exemple, un plat de Nevers du XVIIe siècle et vous fera apprécier ses qualités tout en vous mentionnant ses défauts. Pour un tableau, il vous précisera l'état de la toile, l'existence et la nature des restaurations effectuées, sa provenance au cas où il aurait appartenu à une prestigieuse collection. Bien entendu, pour plus de sûreté, rien ne vous interdit de revenir voir les objets le lendemain matin. En revanche, si vous envisagez d'investir une certaine somme, vous devez prendre des renseignements complémentaires. Il vous faut vérifier si l'estimation qui figure au catalogue est raisonnable. Cette estimation est toujours donnée dans une certaine fourchette de prix. Ainsi, un dessin ancien de Boucher représentant une bergère dans un paysage de ruines pourra valoir entre 30 000 et 40 000 F. Comme tout néophyte, vous ignorez la cote de cet artiste réputé du XVIIIe siècle, qui était le protégé de la marquise de Pompadour. Plusieurs sources d'information sont utilisables, et là encore, Internet peut vous aider. Mais il existe aussi des adresses Minitel ou des dictionnaires papier (voir encadré p. 81).

Il est possible d'acheter en laissant un ordre...

Toutes ces démarches étant accomplies, vous êtes décidé. Vous allez acheter – ou plutôt essayer d'acheter –, un meuble, des chandeliers ou un tableau. Si vous ne pouvez pas assister à la vente, vous avez la possibilité de laisser un ordre à l'étude. Cet ordre doit être donné lors de l'exposition. Le commissaire-priseur ou ses assistants vous feront remplir un ordre d'achat, mentionnant le numéro du lot qui vous intéresse, son descriptif et le prix maximum que vous êtes prêt à payer. Au début, si vous n'êtes pas connu, vous devrez fournir des références bancaires ou un RIB. Autre solution, si vous n'êtes pas sur place : enchérir par téléphone. C'est un service gratuit pour lequel, là encore, il faut faire la demande lors de l'exposition. L'étude ou l'expert prendront vos coordonnées et vous préciseront à quel moment vous serez appelé. Mais il faut savoir que s'ils n'arrivent pas à vous joindre, ils ne peuvent être tenus responsables de ce contretemps.

Depuis peu, les enchères peuvent être données sur Internet en temps réel. Ce mode de participation fonctionne selon le même principe : il faut s'inscrire auprès de l'expert lors de l'exposition. Il concerne aujourd'hui un nombre limité de ventes, mais devrait se développer dans l'avenir.

...mais, il vaut mieux vaut être présent pour la vente.

Bien sûr, l'idéal est d'être présent pour la vente. Tout va très vite. Il faut savoir qu'en moyenne de 60 à 90 lots sont adjugés par heure. Reprenons l'exemple du dessin de Boucher. Il porte le numéro 120 et risque donc d'être adjugé passé la première heure. Si la vente commence à 14 heures, vous devrez vous présenter dans la salle vers 15 heures. L'estimation du dessin étant entre 30 000 F et 40 000 F, les enchères commenceront, dans la plupart des cas, à la moitié de l'estimation haute, c'est-à-dire 20 000 F. Mais, le plus souvent, si un amateur a laissé un ordre à 30 000 F, le commissaire- priseur précisera qu'il a un ordre à ce prix et les enchères débuteront sur cette base. Ce qui serait désavantageux pour un autre amateur qui aurait laissé un ordre inférieur. Il se peut aussi que le commissaire-priseur commence plus bas que la moitié de l'estimation haute. Cela signifie qu'aucun amateur n'a manifesté son intérêt pendant l'exposition. Par un signe, vous allez indiquer votre qualité d'enchérisseur. Le commissaire-priseur va alors monter le prix par paliers fixés librement, mais, par usage, les commissaires-priseurs procèdent tous de la même manière. Ainsi, dans notre exemple, la peinture passera à 22 000 F, puis augmentera en fonction des autres personnes intéressées à 25 000 F, 28000 F, 30 000 F, et enfin, 32 000 F. Vous avez porté cette dernière enchère, plus personne ne surenchérit. Le marteau d'ivoire du commissaire-priseur tombe, vous êtes déclaré adjudicataire. Le crieur, qui aide le commissaire-priseur à repérer les enchérisseurs, vous demandera votre nom, votre mode de paiement et vous remettra un bordereau.

Le paiement a lieu au comptant : vous pouvez donc régler en espèces (jusqu'à 20 000 F) ou par chèque. Le paiement par carte bancaire est admis par certaines études. En principe, vous ne bénéficierez pas de délais ni de possibilités de paiement étalé. Ces facilités ne sont accordées que dans les ventes de prestige. En sus du prix, vous devrez acquitter des frais qui s'élèvent à 10,764 % de la vente, ce taux étant de 9,495 % pour les livres. Mais vous n'aurez pas à acquitter de TVA sur l'objet – sauf s'il provient de l'étranger –, contrairement à ce qui se serait passé si vous aviez acheté chez un antiquaire.

Le marteau tombe, l'objet vous appartient.

Dès le marteau tombé, vous êtes propriétaire de l'objet. Par conséquent, il est sous votre entière responsabilité. Toute dégradation lors de sa manipulation n'est donc susceptible d'aucun recours. Or, bien souvent, s'il s'agit d'objets d'un prix élevé et que vous n'êtes pas connu, vous ne pourrez retirer votre bien qu'une fois le chèque encaissé. En attendant, il est conservé, c'est-à-dire stocké, à l'hôtel des ventes. À Paris et dans certaines études de province, des frais d'entreposage seront perçus (de quelques dizaines à quelques centaines de francs, selon la durée et le volume). Pour le transport, si vous faites appel à un professionnel (il existe un service spécial à l'Hôtel), les frais seront à votre charge. Sachez encore que les professionnels sont nombreux dans les ventes. Ils peuvent s'entendre pour faire monter artificiellement les enchères, surtout s'ils se rendent compte qu'ils ont affaire à un néophyte. Malheureusement, seule la fréquentation régulière des salles de vente vous permettra de déjouer ce piège. Autre particularité qui peut surprendre. Le marteau est tombé à 32 000 F et pourtant, le dessin de Boucher ne vous a pas été adjugé. La raison en est simple : le vendeur a fixé un prix de réserve supérieur à vos 32 000 F, qui correspond à un montant en deçà duquel le vendeur ne veut pas céder son bien. Si vous tenez au dessin de Boucher, vous devrez surveiller les ventes à venir pour repérer, le cas échéant, celle où il serait remis aux enchères. Vous pourrez, alors, retenter votre chance...

Robin Massonnaud

Mots-clés :

COMMISSAIRE-PRISEUR , VENTE AUX ENCHERES




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