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Copies d'ancien, quelle facture choisir ?

Juillet-Août 2006
Le Particulier pratique n° 315, article complet.
Auteur : BARRON (Edwige)

Bergères, cabriolets ou commodes, la mode est aux copies plus ou moins fidèles de l'ancien. Selon les circuits, les prix font le grand écart.

Le meuble haut de gamme repart en flèche”, se réjouit Christophe Gazel, le directeur de l'Institut de promotion et d'études de l'ameublement (Ipea). “Les gens cherchent soit un prix, soit un produit à forte valeur ajoutée, mais le milieu de gamme ne fait plus recette”, constate-t-il. Exit le salon complet d'esprit Louis XVI qui trônait dans les foyers. Progressivement supplanté par le style jeune habitat de type Ikéa ou l'exotique chez les quadras et plus. La dernière enquête en date qui a ins­pecté nos demeures pour voir de quel bois nous nous meublons est formelle : “L'habitat s'est désormais affranchi de la notion d'ensemble.” La mode veut que l'on casse la froideur d'un intérieur zen par une réconfortante bergère, un amusant bonheur-du-jour “peinturé” (c'est un terme technique) de rouge profond, turquoise, violet ou vert mousse. Libéré de cette notion de cohérence du style, le particulier peut se laisser séduire ici ou là par une pièce inspirée de l'ancien, quelle que soit sa facture, de la mauvaise copie industrielle au beau travail artisanal, et sans devoir penser immédiatement collection.

Les copies bon marché, souvent très colorées, sont fabriquées en Asie

Leur ­défaut est de marquer au moindre coup (essences trop tendres), et de se fendre au bout de quelques mois quand elles sont ­exposées au chauffage (le bois subit de grandes variations hygrométriques, sans acclimatation suffisante)... Ces meubles qui “sentent le container”, comme disent les professionnels, sont reconnaissables à leurs assemblages simplement collés, avec le dessous et l'intérieur non poncés, des sculptures au tracé mou, empâté. Quant au siège rembourré, il n'a rien à voir avec un travail de tapissier : sangles et mousse en lieu et place des ressorts, finitions hâtives où un clou sur dix est vrai

Mais les coloris sont riants et les prix planchers, que ce soit chez Maisons du monde, Conforama, AM­PM ou aux 3 Suisses. Ce dernier vépéciste propose ainsi deux chaises médaillon à 498 € (pour des raisons de logistique, il est plus facile de les vendre par paires).

Pour localiser les fournisseurs de meubles moyenne gamme, il faut se tourner vers l'Est, la Pologne et, pour une moindre part, la Roumanie...

Nombreux sont les ­industriels français qui ont délocalisé une partie au moins de leur production en ­Pologne, et comme l'Est a une culture du travail du bois, le résultat n'est pas forcément inintéressant. Les vépécistes se fournissent ainsi à l'Est pour les copies de qualité moyenne. Essentiellement d'ailleurs en Pologne, car la Roumanie ne leur assure pas une sécurité suffisante, à eux qui doivent s'engager auprès de leurs clients sur une date de livraison, de quatre à huit semaines en général.

Mêmes fournisseurs polonais pour les tapissiers-ébénistes spécialistes de la copie d'ancien rembourrée, habillée ensuite dans de petits ateliers de tissus d'éditeurs haut de gamme. Ils s'y approvisionnent en carcasses pour les pièces mineures, les sièges d'appoint. “Il ne faut pas être chauvin, ce n'est pas mal”, reconnaissent des sociétés comme Take a seat, qui travaille aussi beaucoup le haut de gamme, avec alors des structures made in France réalisées dans les Vosges. En tout cas, il faut bien différencier ces productions moyenne gamme du meuble polonais premier prix où la couche épaisse de peinture cache souvent du bois abouté, des chutes collées bout à bout, quand il faudrait une pièce d'un seul tenant, du pied de la chaise jusqu'au dossier... Ou pis, quand le tissu masque une âme en aggloméré.

C'est également de Pologne que vient, en partie, le mobilier de Flamant, société belge qui vend un art de vivre en total look, du ­canapé au drageoir, en passant par le porte-parapluies. Une production globalisée : 400 four­­nisseurs dans 27 pays, de l'Europe de l'Est jusqu'à l'Asie. Si les modèles sont corrects, les formes demeurent banales, une sorte de plus petit dénominateur commun européen. Les volumes et le dessin un peu gauche donnent l'impression d'habiter une ébauche, une maison-­témoin ou au mieux un hôtel, malgré le positionnement qui se veut sélect.

Plus imaginatives, plus abou­ties aussi que les précédentes les fabrications venues du Portugal ou d'Espagne (Mis en demeu­re, Blanc d'ivoire...) lorsqu'elles sont cadrées par un goût et un stylisme français

Elles font mieux que les modèles belges, trop consensuels, au style stéréotypé, cosmopolite. Mais les essences de bois utilisées ne sont pas toujours nobles, et le dessin reste quand même souvent simplifié, privilégiant les lignes droites. Mis en demeure est un bon exemple de cette production qui tantôt réinterprète le charmant style gustavien (très doux, avec ses tons allant du blanc au bleu givré), tantôt adapte aux dimensions d'un appartement contemporain des consoles baroques italiennes ou édite des cartonniers Empire, ces meubles élégants où classer des papiers.

Mais c'est en France que sont fabriquées les très belles copies, les variations pleines d'esprit inspirées d'un modèle ancien

Dans les Vosges principalement, qui ont maintenu une petite activité d'ébénisterie très pointue, liée traditionnellement à la présence des forêts, tout comme la région Rhône-Alpes et le Pays basque (Alki), alors qu'en Vendée, autre site historique, associé au port de La Rochelle, célèbre pour ses fameuses commodes, il s'agit davantage d'ébénisterie industrielle (Forège, Gauthier, par exemple).

Incontournables dans ce secteur de l'ébénisterie traditionnelle, Moissonnier, le nec plus ultra, mais également Grange, le leader national, ainsi que Nouailhac, Hugues Chevalier ou encore Daisy Simon, des entreprises de plus petite taille. Chez ces dernières, qui font moins d'économie ­d'échelle que le leader, les prix sont légèrement plus élevés. A titre d'exemple, une chaise y coûte en moyenne 700 €, contre 500 € chez Grange. Nouailhac, qui est spécialisé dans le siège, présente une petite gamme qu'il habille aussi bien de rééditions de tissus xviiie siècle que de tissus modernes décalés. Un cabriolet Louis XV vaudra dans les 1 400 €, une confortable bergère, dans les 2 000 € environ, un ­canapé, 4 000 €. Hugues Chevalier et Daisy Simon, quant à eux, se consacrent à des variations sur le meuble Art déco ; le premier en donne une version plus proche du contemporain, tandis que le second s'apparente davantage à de la réédition.

Les 60 grands magasins multimarques que compte notre pays sont les principaux points de vente des copies d'ancien de qualité

Ils sont connus de tous dans les villes où ils sont installés : c'est Ameublement Cerezo dans le centre de Toulouse, les Galeries Joly à Clermont-Ferrand, les meubles Baumgarten à Metz... Ces magasins, qui occupent souvent un immeuble entier, ­exposent des corners consacrés à une trentaine de fabricants, la moitié étant dédiée à la copie d'ancien plus ou moins revisitée (Grange, Moissonnier...), le reste au contemporain. Les grands magasins sont le second pôle de distribution, mais avec un choix beaucoup plus restreint (trois mar­ques seulement, par exemple, dans les Printemps : Mis en demeure, Flamant et Blanc d'ivoire), car les fabricants haut de gamme préfèrent que la vente soit accompagnée d'un conseil, le vendeur étant souvent décorateur lui-même.

La capitale est plus riche que la province, car les marques y ont leur vaisseau amiral. Question d'image, facilité aussi pour présenter les collections aux responsables des achats de l'hôtellerie (amateurs de solides meubles Art déco comme ceux de Daisy Simon ou d'Hugues Chevalier) et aux “architectes d'intérieur qui viennent au secours des consommateurs n'ayant pas une cultu­re du meuble ancien très assurée”, explique Christophe Gazel de l'Ipea. Grange, Moissonnier, Nouailhac ont ainsi des magasins en propre, alors qu'ailleurs ils seront seulement distribués par des boutiques multimarques ou des franchisés.

La vente par correspondance dispose d'un choix étroit mais bien ciblé

Si l'éven­tail de copies d'ancien d'AMPM chez La Redoute a un petit air asiatique, les 3 Suisses affichent une offre moyenne gamme, comprenant, par exemple, quel­ques éléments de la collection Terre d'émotions de Flamant : une console en bois sculpté à 289 €, une commode galbée et peinte à 489 €.

La Camif, vépéciste qui a le plus investi dans le meuble de qualité (avec beaucoup de mobiliers cer­tifiés NF), fait un gros ­effort de modernisation en proposant des copies d'an­­­­cien décalées. “Des produits qui marchent très bien, nous allons d'ailleurs développer l'offre dans les pro­­chains catalogues”, confie Michel Barichard, directeur des pages “maison”. L'offre est diversifiée, avec des bois nobles tels le merisier, le noyer ou le chêne massif (collection Guérande), mais aussi du néoclassique teinté d'humour (le chiffonnier multicolore de la collection Louise) ou une traditionnelle commode arbalète (collection Esprit de fa­mil­­le). Dans leur majorité, ces meu­bles sont fabriqués en France par de petites entreprises d'ébénisterie de qualité, ou au Portugal, finition et patine étant ensuite réalisées en France.

Reste, enfin, l'offre très bon marché des chaînes fabriquant des meubles exotiques premier prix en Asie, comme Maisons du monde (130 boutiques en France)

Elles complètent actuellement leur gamme coloniale par du Louis XVI made in Asia, du xviiie extrême-oriental. Prévenant que le bois de ces meubles confectionnés artisanalement peut... travailler et craquer légèrement (sic

). Du petit mobilier très coloré conçu pour une chambre d'enfant, ne durant que le temps d'une adolescence... Paradoxe, c'est par l'Asie et les meubles exotiques que nous revient ­l'usage de la cou­leur dans le mobilier, une pratique courante aux xviie et xviiie siècles quand les pastels étaient des plus en vogue. Il n'y a qu'à aller visiter les appartements de Mme de Sévigné au musée Carnavalet pour s'en souvenir.

Edwige Barron

Mots-clés :

EQUIPEMENT DOMESTIQUE , MEUBLE




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