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Rachat de crédits : parfois tentant mais toujours coûteux

Rachat de crédits : parfois tentant mais toujours coûteux
Septembre 2008
Le Particulier n° 1028, article complet.
Auteur : SCHMIDIGER (Frédérique)

Vous voulez réduire vos mensualités de remboursement en faisant racheter vos crédits ? Pourquoi pas, mais vous accentuerez votre endettement, allongerez votre durée d'emprunt, et paierez cher en intérêts et en frais.

Libérez-vous de vos crédits

Réduisez vos mensualités de remboursement de prêts de 60 % ! Augmentez votre pouvoir d'achat ! » Depuis plusieurs mois, les publicités pour les rachats de crédits envahissent les boîtes mail et les magazines. À 3 ans de la retraite, Catherine est sensible à cet argumentaire publicitaire. « Ce pourrait être la solution à la baisse prévisible de mes revenus. Je réduirais mes mensualités de remboursement pour maintenir mon train de vie, et je pourrais même emprunter 15 000 € de plus pour aider ma fille à acheter son petit deux pièces ». Catherine est l'une des cibles des banques spécialisées dans le rachat de crédits. Celles-ci ne s'adressent plus seulement à des emprunteurs en difficulté, mais aussi à des particuliers souhaitant augmenter leur volant de liquidités mensuel afin de mieux profiter de la vie. Ou à des ménages voulant retrouver une capacité d'épargne en vue de la retraite ; ou encore à des parents devant financer les études de leurs enfants. Autres catégories de personnes visées : les propriétaires impatients de construire une véranda ou une piscine, alors qu'ils n'ont pas fini de rembourser leur prêt immobilier ; ou les personnes désireuses de réduire le montant de leurs mensualités de crédits (sous la barre des 33 % de leurs revenus), afin de remplir les conditions requises pour obtenir un nouveau prêt immobilier, destiné, par exemple, à financer un investissement locatif.

Car le marché potentiel du rachat de crédits est large

Il n'est donc pas étonnant qu'un nombre croissant de professionnels s'y soit lancé ces dernières années. Selon une étude du groupe Xerfi, publiée en avril 2008, trois catégories d'opérateurs animent aujourd'hui le créneau : les spécialistes du crédit à la consommation (Cetelem, Sofinco, Cofidis ou Laser Cofinoga...), les réseaux bancaires (Caisse d'épargne, Crédit agricole-LCL, Crédit mutuel-CIC et Société générale) et, enfin, les spécialistes du rachat de crédits, souvent des filiales de grandes banques françaises ou étrangères (GE Money Bank, France Crédit, Créatis, CFCAL, Sygma banque...). Les offres de la plupart de ces établissements spécialisés sont encore diffusées auprès des particuliers par l'intermédiaire de courtiers. Mais l'arrivée récente sur ce marché des courtiers en ligne Meilleurtaux et Empruntis a achevé de banaliser le rachat de crédits, alors qu'il était encore peu connu du grand public il y a 10 ans. Faut-il, pour autant, se laisser tenter par le rachat de crédits ? Notre article vous présentera les quelques avantages de cette opération, mais vous alertera aussi et surtout sur ses nombreux inconvénients. Vous pourrez ainsi vous décider en pleine connaissance de cause.

Un seul crédit remboursé sur une durée plus longue

Le rachat de crédits concerne les emprunteurs qui consacrent 45 à 50 %, et parfois plus, de leurs revenus mensuels au remboursement de leurs crédits. L'opération doit leur permettre de retrouver un taux d'endettement – le montant des mensualités de crédit divisé par le montant des revenus nets – plus raisonnable, généralement fixé à 33 % par les banques généralistes. Pour cela, la banque qui rachète vos crédits les rembourse aux différents établissements créanciers en vous prêtant les capitaux nécessaires, sans que vous ayez à changer de banque. Le nouveau prêt unique ainsi consenti est remboursable sur une période de 12 mois à 12 ans, si vous n'avez que des crédits à la consommation à restructurer, et de 5 à 30 ans, si vous faites également racheter un crédit immobilier. La restructuration de vos crédits (immobilier, auto, travaux, personnel ou revolving) peut aussi bien englober vos découverts bancaires, vos dettes fiscales ou familiales, et parfois même professionnelles. Seuls les prêts à taux réglementés, comme le prêt 1 % employeur ou le prêt à taux zéro, ne sont pas rachetés. Plus généralement, vous n'avez pas intérêt à inclure dans cette opération de rachat les prêts assortis d'un taux fixe bas (en dessous de 4,5 %) ou les crédits déjà quasiment remboursés (avec 2 ou 3 annuités encore dues).

Sur un strict plan financier, l'opération de rachat est rarement avantageuse. En allongeant la durée de remboursement de vos emprunts, vous alourdissez la facture des intérêts payés. Ainsi, la mensualité d'un prêt de 100 000 € au taux fixe de 9 % est certes réduite de 1 267 € à 900 € en portant la durée de remboursement de 10 à 20 ans, mais le montant des intérêts payés est plus que doublé, passant de 52 011 € à 115 933 €

Seuls les emprunteurs qui rachètent essentiellement un montant élevé de crédits revolving (15 000 € et plus), qu'ils auraient dû rembourser sur 5 ou 10 ans, peuvent réduire leurs charges financières en substituant un taux fixe de 9 % à un taux révisable de 19 ou 20 %.

Des frais élevés rendent l'opération coûteuse

Par ailleurs, le rachat de crédits alourdit votre endettement, du fait des frais prélevés, particulièrement onéreux si l'opération comprend un crédit immobilier. Pour rembourser une dette de 100, vous devrez ainsi souvent emprunter 105, ou même 110 si vous passez par l'intermédiaire d'un courtier. Il y a tout d'abord l'indemnité de remboursement anticipée (IRA), due à la banque ayant consenti le crédit immobilier d'origine. Elle représente jusqu'à 6 mois d'intérêts sur le capital remboursé, sans pouvoir excéder 3 % du capital restant dû avant le remboursement. Si vous devez encore 100 000 €, l'indemnité pourra atteindre 3 000 €. Cette somme est due même si vous aviez négocié sa suppression dans votre contrat de prêt, car les banques la maintiennent toujours en cas de remboursement du crédit par un établissement concurrent. Ensuite, il faut payer les frais de notaire liés à la garantie prise par la nouvelle banque prêteuse. Il s'agit, en général, d'une hypothèque sur un de vos biens immobiliers. Comptez 1 820 € environ pour un prêt de 100 000 € (950 € pour un prêt de 30 000 €, 4 290 € pour un prêt de 300 000 €). S'y ajoutent, le cas échéant, les frais de mainlevée (suppression) de l'hypothèque prise lors de l'achat du bien (500 € pour un prêt initial de 100 000 €, 310 € pour 30 000 €, 1 030 € pour un prêt de 300 000 €). Ces frais de mainlevée sont les seuls que vous pouvez économiser en négociant, avec la banque qui regroupe vos prêts, la dispense de cette formalité. Elle se contentera alors d'une hypothèque de second rang, sans risque pour elle, puisqu'une fois le crédit immobilier d'origine remboursé, la première hypothèque, sans objet, est radiée automatiquement un an plus tard. Vous pouvez également essayer de négocier les frais de dossier facturés par la banque prêteuse. Ils représentent, le plus souvent, 1 % du capital emprunté et sont parfois plafonnés. Enfin, il faut prévoir des frais de mandat de recherche de capitaux si vous passez par l'intermédiaire d'un courtier. Ceux-ci représentent l'équivalent de 2 à 7 % du capital emprunté. Le total de ces frais est ajouté au montant de vos crédits pour déterminer le montant global que vous devrez emprunter. « Nous ne proposons pas de consolidation de crédits immobiliers pour un montant inférieur à 50 000 €. Sous ce seuil, les garanties rendent l'opération trop coûteuse », explique Pascal Brasseur, directeur du métier regroupement de crédits de BNP Paribas Personal Finance, entité qui regroupe toutes les enseignes de crédits aux particuliers du groupe.

La mise en place d'une hypothèque prend aussi du temps

Le déblocage des fonds prend, au mieux, 1 mois et, plus souvent, 3 mois. Pour réduire ces délais, des banques proposent désormais une caution hypothécaire d'un assureur. Le passage chez le notaire n'est alors plus nécessaire et cette garantie est moins coûteuse. Vous pouvez économiser environ 500 € sur un prêt de 100 000 €.

La hausse des taux alourdit encore la facture

La remontée des taux d'intérêts se répercute bien évidemment sur le coût des rachats de crédit. « Pour un regroupement de crédits à la consommation, sans garantie hypothécaire, les taux fixes sont très proches du taux d'usure, qui a atteint 9,6 % au 1er juillet », constate Emmanuel Bouriez, directeur général adjoint du Crédit municipal de Paris.

Si vous faites également racheter un crédit immobilier (rachat mixte), dans le meilleur des cas, votre prêt sera soumis à deux taux distincts. Un pour vos crédits à la consommation, avec un TEG aux alentours de 9 %. L'autre pour le crédit immobilier repris, plus bas. À l'exception du Crédit municipal de Paris, qui ne prête qu'à taux fixe, les taux variables sont encore proposés pour ces rachats mixtes, même s'ils perdent du terrain. « Le faible différentiel entre les taux fixes pour le crédit immobilier, qui sont dans une fourchette de 5,75 à 7,30 % hors assurance, et les taux variables, à peine plus bas, de 5,5 % à 7 %, rendent les taux fixes plus intéressants aujourd'hui », analyse Pascal Brasseur. Fuyez donc les offres à taux variable. Avec le retour de l'inflation, le pari financier sur 20 ans est trop risqué. « D'autant que les indices retenus pour ces taux variables, l'Euribor à un ou 3 mois, sont sujets à de fortes variations », avertit Emmanuel Bouriez. Au plus haut à 5,046 % en novembre 2000, et au plus bas à 2,016 % fin mars 2004, l'Euribor a franchi aujourd'hui la barre des 5 % (voir p. 92).

Si vous vous lancez dans le rachat de crédits, pourrez-vous bénéficier d'un taux fixe de 5,75 % ou de 7,30 % ? « Le taux consenti dépend de la qualité du dossier. Trois critères sont retenus. Le taux d'endettement avant l'opération, la capacité de remboursement du client après le rachat et, si une garantie est prise, le montant du prêt par rapport à la valeur du bien donné en garantie », détaille Maël Resch, responsable de la communication du courtier en ligne Empruntis.

Le montant maximal de l'emprunt varie selon vos revenus et la garantie fournie

Ces paramètres déterminent également le montant maximal que vous pourrez emprunter. Pour obtenir un prêt élevé sur une longue durée, il faut pouvoir donner en garantie un bien immobilier, qui peut être votre résidence principale ou secondaire, ou un bien mis en location. Le bien hypothéqué pourra être saisi par la banque et vendu si vous ne remboursez pas le prêt. Si vous êtes endetté à plus de 45 % ou 50 % de vos revenus nets, la banque ne vous prêtera guère plus de 70 % de la valeur du bien. Si vous êtes moins endetté, vous pouvez emprunter jusqu'à 80 % de sa valeur, estimée par un notaire, des agents immobiliers ou un expert nommé par la banque si elle l'exige (à ses frais). Vos revenus sont également passés au crible. On va éplucher vos relevés bancaires, estimer votre train de vie, traquer les crédits ou les comptes que vous n'auriez pas spontanément mentionnés. « Les revenus retenus seront minorés si vous êtes à moins de 5 ans de la retraite. Si vous savez que vous ne subirez pas de forte baisse de vos revenus grâce à des retraites supplémentaires, joignez une simulation de vos futures pensions », conseille Nicolas Irion, directeur général de la consolidation de crédits chez GE Money Bank. Attention aux mauvaises surprises si vous percevez des revenus variables. « Il faut établir la récurrence des vacations, cours ou consultations pour qu'ils soient pris en compte. Quant aux salariés rémunérés par des commissions, ils peuvent être financés s'ils ont un contrat de travail à durée indéterminée, avec au moins 3 ans d'ancienneté. La moyenne de leurs revenus sur 3 ans est alors calculée », complète Christophe Garnier, responsable du département de consolidation de crédits du réseau de courtage franchisé IN&FI.

Adressez-vous d'abord à votre banque

Si votre dossier est bon (endettement raisonnable, mensualités de remboursement de prêts pas trop lourdes avant le rachat), faites une demande de rachat de crédit auprès de votre établissement bancaire. « Votre établissement financier vous connaît. Il maîtrise mieux votre profil et peut donc, en principe, offrir des taux plus bas, sur une durée plus longue, avec des frais de dossier moins élevés », justifie Pascal Brasseur. Si votre banque fait la sourde oreille, privilégiez les établissements travaillant sans intermédiaire, pour économiser leurs frais de mandat. Rapprochez-vous, par exemple, d'une des agences du Crédit municipal de Paris en région parisienne, ou d'un des crédits municipaux de Province avec lesquels cet acteur historique du rachat de crédit à vocation sociale a noué des partenariats. Vous pourrez également faire étudier votre dossier en ligne sur des sites tels qu'Argenius (www.argenius.fr) ou Cetelem (www.cetelem.fr), tous deux filiales de BNP Paribas, pour du rachat de crédit mixte ou de France Crédit (www.france-crédit.fr), Sofinco (www.sofinco.fr)... pour le rachat de prêts à la consommation. Si votre dossier est moins bon, vous serez peut-être tenté de le confier à l'un des 2 000 courtiers en exercice pour le défendre auprès des établissements prêteurs. Préférez les acteurs locaux qui ont pignon sur rue ou qui adhèrent à un syndicat professionnel (association française des intermédiaires bancaires – AFIB, www.afib-iob.org), ou à de gros acteurs comme Meilleurtaux.com ou Empruntis.com. Fuyez, en revanche, les démarcheurs à domicile ou les petits courtiers qui ne travaillent qu'avec un ou deux partenaires seulement, et qui feront plus difficilement jouer la concurrence.

Ne sous-estimez pas les conséquences du rachat

Vous allez perdre l'assurance de vos prêts rachetés et devrez, de nouveau, en souscrire une pour votre nouveau prêt. Plus âgé, vous paierez sans doute davantage (le taux d'assurance peut varier de 0,3 à 3 % et plus si vous avez été malade...). Et si vous rachetez un prêt immobilier ayant financé un bien locatif, vous ne pourrez déduire de vos revenus fonciers que les intérêts de l'emprunt initial. Ni les frais ni le supplément d'intérêts ne sont déductibles (BOI 5 D-2-07, § 11 et 23 et s.). Vous ne pourrez bénéficier du crédit d'impôt sur les intérêts du prêt pour votre résidence principale que dans la limite du montant des intérêts du prêt d'origine (BOI 5 B-14-08, fiche n° 4, §13 et 14). Pour Abdellah Houari, responsable du pôle rachat de crédits d'Empruntis, « il est préférable d'obtenir par écrit la position de votre centre des impôts avant de réaliser l'opération ».

Sachez, enfin, que le Comité consultatif du secteur financier s'est ému, en début d'année, du manque d'information des emprunteurs sur les conséquences des rachats de leurs crédits. Un manque de transparence confirmé par Maurice Roullet, administrateur au sein de l'association UFC-Que Choisir, qui dénonce, notamment, la clause des contrats de rachat imposant à l'emprunteur de demander l'autorisation préalable de la banque prêteuse avant de souscrire un nouveau crédit. « Cette clause, abusive et anticoncurrentielle, est redoutable si la situation de l'emprunteur s'aggrave », explique-t-il. En effet, les banques peuvent invoquer cette clause devant les tribunaux pour établir la mauvaise foi des emprunteurs n'ayant pas cherché à obtenir leur autorisation préalable. Elles les privent ainsi du bénéfice d'un plan d'apurement de leurs dettes par la Commission de surendettement.

Frédérique Schmidiger


Mots-clés :

CREDIT , CREDIT A LA CONSOMMATION , CREDIT IMMOBILIER , ENDETTEMENT , HYPOTHEQUE , PRIX , SURENDETTEMENT




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