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Laver plus vert

Laver plus vert
Avril 2008
Le Particulier pratique n° 334, article complet.
Auteur : SARGIS (Marise)

Faut-il faire le ménage dans nos détergents, opter pour les nouvelles gammes écocertifiées, essayer les ingrédients d'origine végétale, dénicher un de ces pressings qui lavent tout à l'eau, choisir ses pastilles de lave-vaisselle sans phosphates ? La vague verte déferle, et remet en cause nos habitudes.

Les détergents, tout le monde en emploie, tous les jours. Lessives, pastilles pour lave-vaisselle, produits d'entretien, savons... sont choisis selon quatre critères : le prix, l'efficacité, le parfum et la couleur. Aujourd'hui s'y ajoute le respect de l'environnement. Les nettoyants verts ont conquis une place en grande distribution, et les consommateurs sont incités à se poser la question de la composition des produits. à côté de l'écolabel européen, deux nouveaux référentiels ont vu le jour, avec Nature & Progrès et écocert, pour venir apporter certaines garanties. Lesquelles ? Qu'exige exactement la réglementation ? Est-ce suffisant au regard des effets sur l'environnement ? Faut-il faire le ménage dans son placard de produits d'entretien ?

Un premier pas, l'interdiction partielle des phosphates

L'excès de phosphates pendant 30 ans a provoqué l'eutrophisation de l'eau des rivières et des plans d'eau, avec une prolifération de phytoplancton asphyxiant les poissons.

Actuellement, 60 % du territoire français sont classés par l'Union européenne en zone sensible à l'eutrophisation, avec obligation pour les stations d'épuration des agglomérations de plus de 10 000 habitants de traiter l'azote et le phosphore, ce qui est loin d'être le cas encore aujourd'hui. Le combat mené par les associations de consommateurs pour interdire les phosphates a duré 20 ans. Depuis le 1er juillet 2007, c'est chose faite, en France – mais toujours pas dans toute l'Union européenne –, dans les lessives vendues au grand public, pas dans les détergents pour lave-vaisselle.

Les phosphates, dotés de propriétés anticalcaire, facilitent, à moindre coût, le lavage avec des eaux dures, et aident les tensioactifs à empêcher la redéposition des salissures. Ils ne sont pas toxiques en eux-mêmes, mais simplement par leur effet nutritif sur les algues, qui favorise l'eutrophisation quand ils sont présents en excès. Dans les lessives, ils ont été remplacés par des zéolites, une argile, plus embarrassante que toxique, qui a l'inconvénient de s'accumuler.

Les lave-vaisselle bientôt concernés

L'UFC Que choisir a publié, en mars, un test qui passe en revue les produits pour lave-vaisselle du marché, et dénonce les quantités astronomiques de phosphates qui y sont incorporés – au moins 50 % du produit dans un cas sur deux. à la suite du Grenelle de l'environnement, la Direction de l'eau du ministère de l'écologie travaille sur un projet de décret visant, à l'horizon 2010, à élargir l'interdiction des phosphates aux détergents pour lave-vaisselle. Les consommateurs voient déjà arriver en rayon des produits pour lave-vaisselle sans phosphates. “Les lessiviers qui n'utilisent plus de phosphates les remplacent par du polycarboxylate ou du phosphonate [dérivé de phosphate] et de l'acide polyaspartique, dont on ne connaît pas encore les effets à long terme sur la faune et la flore aquatiques”, souligne Jean-François Gravier, pharmacien de formation et fabricant de nettoyants bio. Le laboratoire ­Gravier (marques Lérutan et Harmonie verte) a choisi de ne pas fabriquer de pastilles pour lave-vaisselle, mais maintient une poudre sans phosphates, en prévenant que dans les lieux où l'eau est très dure, elle sera moins efficace.

Les phosphates restent encore le point noir environnemental dans d'autres états membres de l'Union européenne. “Cette question constitue la prochaine urgence à défendre par le groupe Vert au Parlement européen lors des discussions qui vont avoir lieu courant 2009”, confie Axel Singhofen, député européen. Un rapport de la Commission européenne doit être réalisé en avril 2009. Ce texte fera le point sur trois sujets de révision de la réglementation européenne : les phosphates, la biodégradabilité anaérobique des tensioactifs et la biodégradabilité des autres substances.

Les tensioactifs échappent aux analyses des stations d'épuration

Ces agents de surface, surfactants et détersifs sont présents dans tous les détergents. Sur le plan de la biodégradabilité (élimination par micro-organismes), on trouve les “durs”, non biodégradables, et les “doux”, biodégradables. Les moins contestés parmi les doux sont les agrotensioactifs (étude de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie 2001), fabriqués à partir de matières premières issues de l'agriculture (sucre de betterave, céréales). Mais comme ils sont plus coûteux, on les utilise surtout dans les cosmétiques, où 75 à 95 % des tensioactifs sont d'origine végétale. Entrent aussi dans cette catégorie les alkylbenzènes sulfonates linéaires (LAS). Considérés comme suffisamment biodégradables par les tests officiels, ils sont largement employés par l'industrie des détergents, alors que de nombreuses études ont montré leur toxicité (à l'égard des poissons) et leur rémanence dans l'environnement, où ils se concentrent dans les sédiments.

Les tensioactifs durs résistent aux bactéries des stations d'épuration et des milieux naturels. La réglementation française limite dans les détergents la proportion des tensioactifs durs à 10 %. Les plus utilisés sont les alkylbenzènes sulfonates, qui moussent quelle que soit la dureté de l'eau. Les boues d'épuration peuvent donc receler des tensioactifs non biodégradés, et finir en épandage sur des terres agricoles, avec le risque d'une contamination des nappes phréatiques.

En station, les analyses obligatoires des eaux rejetées ne portent que sur les trois paramètres carbone, azote et phosphore, et pas du tout sur les tensioactifs. Par conséquent, personne ne sait exactement si les eaux évacuées dans le milieu naturel en contiennent, ni en quelle quantité. “Actuellement, dans les stations d'épuration, 95 % des détergents anioniques [les plus moussants, NDLR] sont biodégradés par un traitement secondaire selon la méthode des boues activées en aération prolongée”, affirme Roger Pujol, expert de l'assainissement pour la Lyonnaise des eaux. “Si la réglementation actuelle, révisable en 2009, parvient à imposer une biodégradabilité des tensioactifs en aérobie et en anaérobie, ce sont 80 % des tensioactifs qu'il faudrait éliminer, et les fabricants sont très réticents à cette idée”, précise Gilles Olivier, responsable du service de recherche et développement de Novamex (Arbre vert).

Des seuils de biodégradabilité contestés

Depuis octobre 2005, le règlement n° 648/2004 du 31 mars 2004 impose à tous les agents de surface une biodégradabilité finale (stade de minéralisation) en aérobiose de 60 % en 28 jours. à défaut, une dérogation doit être demandée, et il n'est plus exigé qu'une biodégradabilité primaire de 80 % en 21 jours (premier stade de la dégradation par les micro-organismes). à l'époque, le Collectif des scientifiques pour des détergents sans danger pour l'environnement avait lancé un appel pour alerter sur les dangers des tensioactifs rejetés dans l'environnement. Sur la base d'un dossier extrêmement documenté, ces spécialistes réclamaient que soit exigée une biodégradabilité totale établie sur des tests modernes et performants. “Les tests sont effectués en laboratoire dans des conditions idéales avec de l'eau douce chauffée à 30 °C, alors que la biodégradabilité dans une eau salée est beaucoup plus longue, et son efficacité plus faible”, avertit Henry Augier, scientifique signataire de ce collectif, qui a mené au Cerimer les études les plus complètes sur la question dès 1993.

Des détergents verts pas toujours biodégradables

Les détergents verts vantent le respect de l'environnement par rapport à la réglementation basique qui s'applique aux produits courants, mais sans revendiquer un taux de biodégradabilité. Le consommateur s'attend à y trouver des ingrédients naturels. Cependant, ils ne le sont pas forcément, et les arguments peuvent être trompeurs. Les mots “écologique” ou “bio” ne veulent rien dire en dehors des trois référentiels existants. Il vaut mieux se fier à ces labels, qui apportent quelques garanties, en sachant que chacun dans sa catégorie vise, en réalité, un circuit de distribution : les grandes surfaces pour l'écolabel européen, les magasins bio pour les produits contrôlés par écocert, et Certipaq pour Nature & Progrès.

L'écolabel s'intéresse à tout le cycle de vie du produit, et dresse une liste de critères appelés à évoluer régulièrement. Ainsi, le référentiel “détergents textiles”, créé en 2003, doit être révisé cette année – les phosphates y sont toujours autorisés. Le label est frappé du sceau européen. Son intérêt est d'assurer des produits dont l'efficacité est équivalente à celle de l'un des trois produits leaders du marché, mais avec des garanties environnementales : ici, les tensioactifs doivent être biodégradables aussi bien en aérobiose qu'en anaréobiose. “Cette exigence supérieure par rapport au règlement 2004 conduit à éliminer 80 % des tensioactifs du marché. Ce critère assure que le produit est entièrement biodégradé, y compris en l'absence d'air, et ne va pas se retrouver dans les boues d'épuration qui, une fois épandues dans les champs, pourraient finir dans le milieu naturel”, explique Gilles Olivier. L'écolabel européen n'exige pas que les ingrédients aient forcément une origine végétale, contrairement aux deux autres référentiels bio. Il n'empêche qu'une marque comme l'Arbre vert, qui s'est développée depuis 4 ans en grande distribution sous le couvert de l'écolabel européen, dont les 80 références arborent la petite fleur, s'impose en plus des origines végétales. “Nous consacrons 5 % de notre budget à la recherche et au développement afin d'anticiper les changements législatifs sur nos formulations”, déclare Géraldine Séjourné, responsable marketing de cette jeune marque dont les produits pour lave-vaisselle ont déjà conquis 4 % de parts de marché en grandes surfaces alimentaires.

Du naturel, mais pas à 100 %

Dans les magasins bio, l'accent est mis, au contraire, sur l'origine naturelle, recherchée en priorité par les clients, en sachant que la composition des détergents actuels peut difficilement l'être à 100 %. C'est cela que vient certifier le contrôle écocert. Lancé en 2007, il s'agit d'un premier palier, qui n'est pas une certification déposée au ministère de l'Industrie comme peut l'être Cosmebio pour les cosmétiques bio (voir LPP n° 326), mais un référentiel, moins coûteux à obtenir, et donc adapté à des produits simples. “Les détergents sont contrôlés par rapport à l'origine naturelle de leurs ingrédients et à leurs procédés d'obtention ; pas d'enzymes OGM”, assure Aurélien Rouillard, d'écocert.

Les tensioactifs d'origine végétale (base céréalière, sucrière, palme et coprah...) sont souvent dopés, pour pouvoir laver efficacement, avec un procédé de greffage de molécules pétrochimiques : l'éthoxylation. Le référentiel écocert l'admet, mais limite à 50 % les quantités et à 8 molécules greffées pour 1 molécule végétale du tensioactif. De son côté, l'écolabel ne fixe aucune restriction, et le cahier des charges des produits d'entretien de Nature & Progrès est le seul à interdire les tensioactifs éthoxylés. Les produits du laboratoire Gravier, l'un des deux seuls fabricants avec écolavie à être certifiés Nature & Progrès, ont été reformulés – formulation qui est gardée secrète – pour éliminer les tensioactifs éthoxylés. Une gageure technologique

Nature & Progrès plus exigeant qu'écocert

Le cahier des charges de Nature & Progrès proscrit ainsi les molécules de synthèse, les phosphates, les acides nitrilotriacétiques (NTA) et dinitrilotétraacétique (EDTA), les azurants optiques, le chlore, etc., et impose des matières exclusivement végétales issues de l'agriculture biologique ou des matières minérales non pétrochimiques, des procédés chimiques simples comme la saponification, l'hydrolyse, l'estérification. En remplacement des phosphates, les zéolites sont admises dans les lessives à hauteur de 20 %, faute de mieux et en attendant une meilleure efficacité des polysaccharides. Par ailleurs, les adhérents de l'association Nature & Progrès s'engagent, à une échéance de 5 ans, à fabriquer 100 % de produits en bio.

Ces marques vertes servent d'aiguillon pour l'amélioration des formules, et le succès rencontré auprès des consommateurs ne peut que pousser la réglementation à progresser. Pour le moment, à chacun de garder la main légère... à moins de passer au lave-linge sans détergent

Marise Sargis


Mots-clés :

LAVE-LINGE , LAVE-VAISSELLE , LESSIVE , PHOSPHATE , POLLUTION , PRESSING




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